Drogues, alcool, débauches et excès en tous genres exercent sur les Rock Stars des ravages plus ou moins visibles. D’aucuns dirons que c’est le prix à payer à la dépravation même si les dommages physiquement constatés ne s’appliquent pas de façon égalitaire. Keith Richard a enterré les trois médecins successifs qui lui garantissaient une mort proche, violente et certaine s’il ne mettait pas un terme à sa consommation de dopes. Certains comme les illustres du Cub 27 n’ont même pas eu le loisir de constater de visu leur propre décrépitude car violemment emportés par la démesure de leurs abus. D’autres enfin sont partis sur le tard, victimes des conséquences pathologiques auxquelles ils auraient pu, sous couvert d’abstinence, faire un pied de nez. Au delà de ces disparités réside une constante équitable qui relève des ravages du temps qui passe. La grande faucheuse dispose d’outils redoutables pour avachir les chairs, déplumer les crinières, creuser les traits ou ramollir les postures. Au moment d’interroger le miroir pour savoir si en terme de souillure le superflu prend le pas sur l’essentiel il faut s’attendre à ce que la réponse fasse mal. Très mal. La preuve en images!
On ne va pas s’en plaindre, même de façon relativement confidentielle, le ”Revival” du Rock, semble reconquérir un peu de terrain. En 2011, les américains Zack Anderson et Cory Berry (Ex Radio Moscow) s’ associent avec la chanteuse suédoise Elin Larsson. Le trio enregistre une démo, commence à tourner et établit le contact avec un très jeune et très talentueux guitariste français, Dorian Sorriaux. S’en suit tout récemment un album éponyme qui du contenant au contenu baigne dans une ambiance Seventies, à la croisée d’un vrai Rock et d’un très bon Blues teinté de Soul. Certes, et comme dirai quelqu’un que je connais, peut être ”pas de quoi défriser Nelson Monfort” mais tout de même! Absolument rien à jeter dans ce premier LP du désormais quatuor. Même en mode mid tempo les titres sont efficaces, gorgés de feeling et de groove. Par les temps qui courent le plaisir d’entendre du gros son, de vraies guitares, une rythmique bien baston et une chanteuse qui a des tripes se fait rare. Blues Pills c’est Big Brother & the holding Cie qui fricote avec The Bell Rays. Ça envoie du bois, ça décrasse les cages à miel et ça sent bon la sueur. Vous attendez quoi pour vous faire prescrire ces pilules?
L’ impôt a parfois des effets inattendus, surtout lorsqu’il s’agit de l’exil fiscal qu’il génère. 1971, après la sortie de Sticky Fingers, les Rolling Stones, escroqués par leur manager et menacés par le fisc anglais se barrent dans le sud de la France. Dans une villa louée à Villefranche sur Mer ils installent musiciens, studio mobile, femmes, enfants et tout ce dont ils ont besoin pour enregistrer leur prochain album. Le résultat de cet isolement forcé c’est un double album, Exile on Main St, considéré aujourd’hui comme un classique du rock et l’un des meilleurs albums des Stones. Pendant son séjour doré la bande à Jagger invite également quelques potes ou proches. Dominique Tarlé, photographe engagé volontaire du Rock, en fait partie. Il connaît bien le groupe qu’il suit déjà depuis quelques temps et accepte donc de consacrer une journée à shooter les gitans du Rock dans ce nouvel environnement. Il reste finalement 6 mois dans la Villa Nellcôte où, armé de ses objectifs, il immortalise le quotidien des mauvais garçons en plein trip sex, drugs and rock’n’roll. Exile, le livre des Editions Genesis, sort en 2001. Les 1740 exemplaires sont épuisés en quelques jours. Quant à la somptueuse version Luxe signée par Dominique Tarlé et Mick Taylor, tirée seulement à 260 copies je vous laisse deviner. Que faire pour contempler les quelques 280 tirages historiques – presque tous en noir et blanc – sinon attendre une hypothétique réédition? Ben rien! Sauf partir en quête du Graal sur le net après avoir cassé la tirelire ou se contenter de ce que quelques sites sérieux et documentés mettent à disposition. Ici par exemple!
L’écoute des versions originales dont il est question ici même conduit à admettre que parfois les termes de reprise, inspiration, influence ou plagiat peuvent cohabiter de manière sournoise. Même quand il s’agit de l’un des plus grands groupes de rock de tous les temps!: Led Zeppelin!
Led Zeppelin I
Babe I’m gonna leave you: Ecrit par Anne Bredon dans les années 50, chanté en 1964 par Barbara Müller. Crédité ″ Words and Music: Jimmy Page ″. L’auteure intente une action en justice dans les années 80. Depuis le tire est estampillé ″ Brenon/Page-Plant ″.
Black Waterside: Chanson tirée du folklore Irlandais, arrangée et publiée par Bert Jansch en 1965. ″Music by Jimmy Page″ même s’il n’a fait que supprimer les paroles.
Dazed and Confused: A été écrit par Jake Holmes en 1967. Le titre est repris en son temps par les Yardbirds, groupe dans lequel Jimmy Page tient le manche de la 6 cordes. La version du Zep sera créditée : ″ Jimmy Page: Words and Music ″.
How Many More Times: Publié en 1961 par Howlin’ Wolf sous le titre de How Many More Years. Bien que les paroles soient différentes, la musique, elle, est identique. Figurent également dans la version du dirigeable des plans piqués d’une part à The Hunter de Albert King et d’autre part au Beck’s Bolero de Jeff Beck. Pourtant le songwriting est clair: ″ Jimmy Page, John Bonham & John Paul Jones ″.
Malgré tout deux titres de l’album sont bien attribués à leur auteur Willie Dixon: You Shook Me et Dazed and Confused . Au final seuls deux morceaux subsistent en tant que compositions originales: Good Times, Bad Times & Your Time is Gonna Come.
Led Zeppelin II
Whole Lotta Love: Au bénéfice de ″ Bonham/Jones/Page/Plant ″, Créé par Willie Dixon et enregistré par Muddy Waters en 1962 sous le titre ″You Need Love″. Dixon intente un procès et le gagne.
The Lemon Song: Riff et paroles pompés sur Killing Floor de Howlin’ Wolf en 1966 mais ″ Bonham/Jones/Page/Plant ″ toujours crédités.
Moby Dick: En écoutant Watch Your Step que Bobby Parker enregistré en 1961, on se demande vraiment comment ″ Bonham/Jones/Page/Plant ″ osent en revendiquer la paternité du morceau.
Bring it on Home: Sonny Boy Williamson l’enregistre en 1963 mais le porte au crédit de Willie Dixon qui en est l’auteur. Ce dernier intente un procès au cours des 70’s mais le titre restera attribué à ″ Page/Plant ″.
Led Zeppelin III
Since I’ve Been Lovin’ You: Signé ″ Jones/Page/Plant ″ et pourtant les paroles sont clairement copiées sur le Never de Moby Grape et la musique y est par moments très similaire.
Led Zeppelin IV
Stairway to Heaven: Hit planétaire attribué à ″ Plant & Page ″. L’intro et quelques plans seraient tirés de ″Taurus″, un morceau composé en 1968 par Randy California, le guitariste du groupe Spirit. Les membres de Led Zeppelin ont eu de nombreuses fois eu l’occasion d’entendre le titre, notamment lorsqu’ils faisaient la première partie du groupe Californien à Denver aux États-Unis. Plainte a été déposée par l’avocat de Randy California. A suivre donc. Les enjeux sont énormes. Droits d’auteur (et donc royalties), éventuelle interdiction de mise sur le marché (prévue à partir d’ octobre) de la version remastérisée de la discographie de Led Zeppelin… Même si généralement par le passé ce genre de conflit s’est presque toujours réglé à l’amiable, ce coup ci, les avocats vont devoir jouer une sacrée partition. Rock’ n’ Roll bordel!
[Extrait]: Cet illustrateur de renommée internationale a, dès le début de sa carrière, crée un style dont les images évocatrices et visionnaires ont illustré avec bonheur le monde musical. Avec des techniques, des approches et des styles différents, lui et Storm Thorgerson ont fait passer la jaquette de disque du rang de simple emballage à celui d’œuvre d’Art à part entière. Les dessins de Roger Dean évoquent de façon stylisée des paysages et des mondes étranges inspirés par la littérature fantastique et par la Science Fiction. Des univers grandioses aux lumières étincelantes, peuplés de créatures mythiques, ont fait que cet artiste anglais reste sans doute le plus connu dans l’illustration du Rock en général et du Rock Progressif en particulier.La première oeuvre discographique de Roger date de 1968; des montres hideux rampent et se meuvent sur la jaquette du premier album du power trio anglais TheGun (Race with the Devil) . En 1971 c’est l’album Fragile qui marque le début d’une longue collaboration avec Yes (Close to the Edge, Yessongs, Relayer, yesterdays, etc..). Choisie par Rolling Stone Magazine parmi les 50 meilleures pochettes du siècle, celle de Tales from Topographic Oceans (1973), illustre à merveille la musique et les textes cosmiques de l’album. Images et musique ne se sont jamais mieux rencontrées et complétées que sur l’association Yes – Roger Dean qui cette année encore contribue à l’image identitaire du groupe sur le dernier album: Heaven & Hearth.
Patrick BETAILLE, septembre 2014
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
[Extrait]: 1970, évincé et remplacé par Steve Howe au sein de Yes, Peter Banks forme Flash dès 1971. Un premier album, In the Can, sort au printemps 1972. Le succès n’est pas vraiment au rendez-vous, et ce, malgré un design accrocheur de John Hoernle. Ce premier essai est suivi à l’automne, d’un l’album éponyme tout aussi accrocheur au niveau packaging mais sans effet quant à la notoriété du groupe. Pourtant, le style musical de ces deux disques est fortement marqué de l’empreinte de Yes. Il faut peut être rechercher la cause de ces flops du côté d’une orientation musicale plus pop. Le groupe se sépare en 1973 peu après la sortie du troisième et dernier enregistrement studio Out of our hands. Un témoignage live est publié en 1997 dans la plus totale indifférence.
Patrick BETAILLE, août 2014
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
Milieu des années 70, l’âge d’or du rock. La bande dessinée entame alors sa révolution. Jusqu’alors plutôt destiné au jeune public cet art se tourne désormais vers le monde des adultes. Ainsi, l’on assiste en France à l’émergence de magazines tels que Métal Hurlant, l’ Echo des Savanes ou encore Fluide Glacial. Au sein de cette mouvance, les Editions Barclay qui entreprennent la réédition de la discographie de Jimmy Hendrix, ont alors une idée novatrice et intéressante: confier l’illustration des pochettes à des auteurs de bande dessinée. Le premier double album qui réunit Are you Experienced et Axis: Bold as Love est confié à Moebius (alias Giraud, le dessinateur de Blueberry). Pour le second volume, Electric Ladyland, c’est Philippe Druillet et son univers incomparable qui met en scène le Guitar Hero. La pochette du volume 3 comprenant Band of Gypsys et The Cry of Love est dessinée par Solé. Un photographe publicitaire, Patrice Leroy, œuvre sur l’illustration du quatrième volet Hendrix in the West et War Heroes. Pour terminer, Patrick Lesueur, dessinateur à Pilote (Mâtin quel journal!) de son état, se charge du Greatest Hits de la série. Ces représentations sont magnifiques et elles prouvent que, même si l’un sollicite notre écoute pendant que l’autre est affaire de regard, Rock et BD entretiennent parfois une relation fusionnelle.
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
Les Rolling Stones sont en train d’apporter la dernière touche à leur album ″Let It Bleed″ et réalisent qu’ils ont besoin, pour les chœurs, d’une voix qui déménage. Quelqu’un dans le studio pense à appeler Merry Clayton. Après un coup de fil houleux, la dame débarque dans le studio à 2 heures du matin, enceinte, en pyjama de soie et bigoudis sur la tête. Elle chante Rape, murder, it’s just a shot away sur Gimme Shelter. Mick Jagger en reste sur le cul. Cette histoire et de nombreuses autres tissent la trame de ce film sur le parcours des ″background singers″ de la musique américaine des années 60 à 80. Au travers d’entretiens et d’images d’archives Darlene Love, Táta Vega, Lisa Fischer (aujourd’hui choriste officielle des Stones), ou encore Judith Hill, toutes racontent, souvent avec beaucoup d’humour, ce métier de l’ombre. Sous les caractères bien trempés de ces chanteuses exceptionnelles, on découvre des femmes fragiles, pudiques, souvent meurtries de n’avoir pas été reconnues pour leur véritable talent. Toutes évoquent rêves et désillusions, joies et peines, mais surtout un amour immense pour la Musique. 20 Feet from Stardom donne également la parole à Mick Jagger, Bruce Springsteen, Stevie Wonder, Bette Midler, Sting… Tous rendent un hommage visiblement sincère à ces indispensables ″background girls″ malheureusement appelées à disparaître d’un univers musical où le look supplante la voix et où les overdubs et autres bidouillages électroniques remplacent les chœurs à moindre frais. Ce documentaire reste une grande fresque musicale, certes; mais il va plus loin encore en évoquant les soubresauts d’une société en pleine mutation et l’évolution de la condition féminine. ″Incontournable″,″Indispensable″, ″Exceptionnel″! Pour une fois ces termes, trop souvent galvaudés, prennent un sens.
[Extrait]: S’il ne faut retenir qu’un seul album du Jimi Hendrix Experience c’est celui ci. Electric Ladyland est non seulement le chef d’œuvre d’ Hendrix mais c’est aussi un des albums majeurs sortis ces quarante dernières années. Le gaucher de Seattle y érige son propre style musical afin d’être enfin reconnu pour ses talents de composition et non plus seulement pour ses prestations scéniques. Au départ ce n’est pas l’alchimie entre Blues, Psychédélisme, folk et rock qui fait parler d’elle mais bien autre chose: la pochette… En ignorant les exigences de l’Artiste, la maison de disque choisit de publier l’image d’un groupe de femmes nues. Sur le cliché d’un certain David King certaines de ces femmes tiennent des photos d’Hendrix, d’autres des disques de l’Experience. l’Amérique puritaine ne l’entend pas de cette oreille et interdit la publication en l’état du double LP qui au final sort avec une jaquette arborant le visage stylisé du guitariste. Heureusement et comme souvent, la vieille Europe – et surtout l’Angleterre où tout se passe au niveau du rock – accepte l’édition de la pochette originale. Le disque arrive ainsi dans les bacs le 25 octobre 1968. L’on sait aussi que plusieurs disquaires refusent de vendre ce qu’ils qualifient alors de » pure pornographie « ! D’autres, sûrement aussi frileux, mais préférant privilégier les bénéfices potentiels que représente cette bombe musicale, vendent l’œuvre emballée dans du papier kraft…
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
[Extrait]: C’est en Juin 1966 que Yesterday & today arrive dans les bacs outre Atlantique. Composé de singles, de faces B et de chansons d’albums précédents, l’album en tant que concept ne plait pas aux quatre garçons déjà dans le vent. A l’époque les Beatles n’ont contractuellement aucun pouvoir de décision mais, bien que très occupés par l’ élaboration de Revolver, ils parviennent à convaincre le staff de Capitol Records pour ce qui concerne la mise en oeuvre de la pochette du disque. Pour l’occasion, le photographe Robert Whitaker met en scène les Fab Four déguisés en bouchers et posant au milieu de pièces de viande et de baigneurs démembrés. Une façon humoristique d’exprimer un désaccord profond vis à vis de l’assemblage disparate des 11 titres. Cette photo, à l’origine du qualificatif de Butcher Cover, génère un tel scandale que les dirigeants de Capitol doivent retirer le disque de la vente pour le réinjecter avec une nouvelle jaquette. Peine perdue! Yesterday & Today deviendra la première production financièrement déficitaire de Capitol et sera le dernier disque produit par le marché américain sans le consentement direct du groupe. Reste que les heureux possesseurs d’une des 750 000 mille copies de la première version de l’album ont en main un joli capital; un de ces exemplaires s’est récemment vendu aux enchères 15 300 Dollars!
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre: