The Darkness – Dreams on Toast

 

Huitième album studio pour cette formation britannique qui distille depuis toujours un rock de qualité. Aujourd’hui, The Darkness persiste et signe en remettant au goût du jour les codes du heavy metal et du glam rock. Iconoclaste par essence, Dreams on Toast propose donc un patchwork étonnamment éclectique. Rock And Roll Party Cowboy ouvre l’album avec un véritable hommage au heavy rock à l’énergie brute et aux solos tranchants. Avec I Hate Myself  Justin Hawkins se prend pour Russell Mael des Sparks pour s’ancrer cette fois dans une veine glam réjouissante. Queen première époque ne renierait certainement pas ce Hot On My Tail aux accents folk de ’39 (A Night at the Opera) qui offre un bon moment de calme avant un entêtant Mortal Dread aux accents classic rock. Don’t Need Sunshine, une ballade rock des plus classiques riche en harmonies vocales et arrangements classieux. 

Le reste du disque ressasse la formule, chacun des morceaux répondant de près ou de loin aux influences évoquées précédemment. Il faut néanmoins retenir le mid tempo enjôleur de Don’t Need Sunshine et un The Longest Kiss aux faux airs de pop bubblegum nourrie de vocalises expressives et de guitares cristallines. Quant à The Battle For Gadget Land, voilà une autre pépite énergique aux accents métal qui prend au passage des tournures stoner. Cold Hearted Woman: guitare acoustique, tambourin, banjo et fiddle sont de sortie pour une ballade moderne dans l’Ouest américain. Dreams On Toast s’achève sur Weekend In Rome, un titre conçu comme une musique de film avec des voix parlées accompagnées d’une orchestration grandiloquente qui installe une atmosphère totalement décalée. Véritable épilogue émotionnel à contrepied, ce dernier morceau souligne la capacité du quatuor à sortir brillamment de son registre habituel pour séduire la plupart avec un album foisonnant et réussi.

 

Gyasi – Here Comes The Good Part

 

À l’origine du projet, le chanteur/guitariste Gyasi Heus qui, du fin fond de la Virginie Occidentale, s’est construit à travers diverses expériences. Ses parents lui ont transmis leur passion pour le blues, le Jazz et la world music. Par la suite l’artiste a découvert les Stones, Hendrix et a développé une passion pour le rock psychédélique et le glam rock de Bowie et de T.Rex.

Un premier album, Androgyne, parait en 2019 et offre un melting-pot de ces influences auxquelles viennent s’ajouter des touches de pop, de folk et d’un hard rock à la sauce Led Zep. 

Le deuxième album de Gyasi (prononcer Jah-See ou Jossi) paru récemment, s’épanouit lui aussi dans une fusion de glam vintage et de rock brut, où cohabitent riffs, rythmes soutenus et chant puissant. Toujours ancré dans l’approche rock flamboyant, la production du disque est bien étoffée et les arrangements sont suffisamment audacieux pour créer une alchimie immédiate et puissante qui insuffle de la nouveauté dans un genre qui a fait ses preuves depuis fort longtemps.

Here Comes The Good Part est un voyage intéressant dans le passé et le futur du rock. L’approche audacieuse et le style de Gyasi alliés à la technique d’un groupe efficace donne naissance à un album à la fois classique et avant-gardiste. Même les fans des New York Dolls devraient trouver leur bonheur dans cet équilibre – entre tape-à-l’œil et intensité brute – qui possède déjà sa propre identité.

 

Jethro Tull – Ruminant

 

Au regard du nombre de musiciens qui sont passés dans ses rangs et compte tenu du nombre d’albums publiés, on peut affirmer sans hésiter que Jethro Tull fait partie de ces institutions garantes de la qualité de la musique populaire, la vraie! Quasiment 60 ans que Ian Anderson promène sa flute sur les scènes du monde entier pour promouvoir cette espèce rock conceptuel et inclassable imprégné de musique classique, de folklore celtique, de blues et de rock progressif aux touches parfois heavy.

Après un gros passage à vide au cours des années 80, le Tull est parvenu plus tard à redonner espoir aux fans de la première heure avec deux albums solides parus successivement en 2022 et 2023: The Zealot Gene et RökFlöte. En 1976, sur une jambe perchée, Anderson chantait qu’il était trop vieux pour faire du rock ‘n’ roll mais trop jeune pour mourir. Pour preuve, nous voici en 2025 avec ce Curious Ruminant entre les oreillesPuppet and the Puppet Master annonce la couleur du retour aux sources avec un rythme soutenu, des guitares acoustiques et des échanges entre l’orgue Hammond de John O’Hara et la guitare de Jack Clark qui s’exprime à merveille sur le titre qui suit en apportant son nom à l’album. Bien sûr, il y a la flûte, si caractéristique et omniprésente qui domine et illustre notamment Dunsinane Hill et The Tipu House. On retrouve également dans ce 23ème album de la mandoline, de l’accordéon, du piano et beaucoup de guitares acoustiques révélatrices d’un retour aux racines folk du groupe. La voix de Ian est toujours aussi rauque et l’écossais fait preuve d’un lyrisme à nul autre pareil. Toutes les compositions sont concises, carrées, efficaces; de belle manière, elles vont à l’essentiel. Seule exception, Drink From The Same Well qui dure près de 17 minutes et qui n’est pas sans rappeler les magnifiques envolées de Thick As a Brick. Quelques accords de guitare acoustique pour Interim Sleep le dernier morceau. Ambiance pesante, nappage de clavier, flute subtile. Ian Anderson ne chante pas, il parle, avec en fond des pulsations qui finissent par s’éteindre car il s’agit d’exprimer le décès d’un être cher. Émouvant! 

À 77 ans Ian Anderson n’a pas encore dit son dernier mot. Inspiration et créativité sont le lot de ses dernières productions discographiques. Plus encore sur ce Curious Ruminant passionnant et musicalement très abouti.

Patrick BETAILLE, mars 2025

Le lundi c’est permis – Postulat

Source Image: Pxfuel.com/Wallpaper

 


[Lemmy Kilmister. 1945-2015]:  ″ There’s two kinds of music, music you like, and music you don’t like; music that moves you, and music that doesn’t. That’s all there is! – Il y a deux sortes de musique : celle que l’on aime et celle que l’on n’aime pas ; celle qui nous émeut et celle qui ne nous émeut pas. C’est tout ! ″


Patrick BETAILLE, mars 2025

Spiders – Sharp Objects

 

Depuis leurs débuts en 2012, ces suédois se sont forgés une réputation d’ambassadeurs d’un rock qui réchauffe en s’inspirant d’un passé agrémenté d’une touche de modernité. Spiders revendiquent haut et fort leurs influences. Blues, boogie, heavy rock et même new wave) suintent de Flash Point (2012), Shake Electric (2014) et Killer Machine (2018), les précédents albums. Avec Sharp Objects,  le groupe explore un nouveau territoire imprégné d’un garage rock qui sur fond de riffs ravageurs battrait au rythme de la new wave du début des années 80. Étant donné qu’aucun des 11 morceaux ne dépasse les quatre minutes, le groupe livre un album à la fois familier et imprévisible qui semble avoir été enregistré dans un seul but : divertir. Imaginez que, dans les années 70, Status Quo aurait eu Debbie Harry comme chanteuse et vous comprendrez. Ou pas. Blondie est manifestement une référence assez évidente avec au chant Ann-Sofie Hoyles qui livre ici une excellente interprétation. Les guitares old school sont une véritable force tout au long de cet album soigneusement produit et très accrocheur qui ne se contente pas de rendre hommage à l’histoire du rock; il l’entraîne dans le présent avec un joli petit coup de pied au cul. Sharp Objects ne changera pas votre vie mais il offrira du piquant à vos soirées avec des titres énergiques qui donnent l’impression d’avoir été faits pour être joué fort. Très fort!

 

Thin Lizzy – The Acoustic Sessions

 

En mai 1984, Thin Lizzy se sépare après avoir laissé un beau marque-page dans le livre de l’histoire du rock. C’est deux ans plus tard que, victime de nombreux excès, Phil Lynott disparait à jamais en laissant derrière lui un vide que les fans de l’époque auront bien du mal à combler. Et voilà qu’en 2025, quarante ans après la sortie de Thunder and Lightning, arrivent the Acoustic Sessions, un album composé des versions dépouillées des morceaux qui ont nourri la notoriété du combo irlandais formé à Dublin en 1969. Pour en arriver là, la batterie d’époque de Brian Downeyes et les voix originales de Phil Lynott ont été associées à de nouvelles parties de guitare de Eric Bell, membre fondateur présent au sein de la formation jusqu’en 1973. Raison pour laquelle l’intégralité des titres viennent des sessions des trois premiers albums auxquels le guitariste a participé: Thin Lizzy en 1971, Shades of a Blue Orphanage en 72, et Vagabonds of the Western World paru en 1973.

Whiskey In The Jar, Eire, Mama Nature Said, Here I Go Again, l’essentiel y est, y-compris Slow Blues qui rend hommage à Gary Moore qui avait rejoint la formation suite au départ de Bell. Chaque morceau est une version revisitée des originaux. Soutenu par une production bien équilibrée, Eric Bell a fait un travail remarquable et il parvient à nous offrir une approche différente et jouissive, bien loin des resucées mercantiles. The Accoustic Sessions est bien un nouvel album qui est à Thin Lizzy ce que le MTV Unplugged est à Nirvana! 

Patrick BETAILLE, février 2025

Rock Anthology – 1975

 

Putain 50 ans! En 1975 Pink Floyd pleurait Syd Barrett, Led Zep squattait à Greenwich Village, Queen passait la nuit à l’Opéra et Patti Smith épelait Gloria.

Petit voyage sur un chemin de mémoire musicale pavé de certains de ces albums intemporels, sortis il y a un demi-siècle, et qui ont joué un rôle essentiel dans l’histoire de la musique populaire sur laquelle ne régnait pas encore l’autotune.

Alors oui, je sais. Il en manque dans ce millésime. Beaucoup, et des bons en plus: Bob Dylan: Blood on the Tracks – David Bowie: Young Americans – Neal Young: Tonight’s the Night – Supertramp: Crisis? What Crisis? – Alice Cooper: Welcome to my Nightmare – Aerosmith: Toys in the Attic – Black Sabbath: Sabotage – Mike Oldfield, Fleetwood Mac, Tangerine Dream, Brian Eno, Parliament, Bruce Springsteen, AC/DC, Lou Reed, etc. Le bon temps quoi!

Patrick BETAILLE, janvier 2025

 

La Discothèque Idéale 2024

 

Les divas de l’auto-tune vous donnent des envies de suicide? La soupe radiophonique et télévisuelle vous en touche une sans faire bouger l’autre? Le Viens Poupoule d’André Verchuren vous hérisse? La Symphonie N°5 d’Arthur Honegger vous fait autant d’effet qu’un pet de lapin sur une toile cirée?

Le remède existe. Si, si! Le choix, bien qu’assumé, est bien évidemment relatif, partial et subjectif. Il a juste pour ambition d’entretenir l’espoir que le rock n’est pas encore mort et de prouver que, contre vents et marées, de talentueuses volontés mettent beaucoup de conviction et d’énergie pour que leur passion et leur plaisir deviennent nôtres. Bien sûr, le débat reste entier et ouvert mais il doit obéir à une constante et une seule: ″ La musique c’est comme la vie, ça se respire ″ (Francis Zegut). La discothèque idéale est chroniquée ici: Rock’n’Roll Bordel!

 

Blues Pills – Birthday

 

 

 

Tournées incessantes, cela faisait 4 ans que la formation suédoise ne nous avait pas gratifié d’une production studio. Flashback. Blues Pills est né de la rencontre. Celle de Zack Anderson (basse) et Cory Berry (batterie) du groupe Radio Moscou avec la chanteuse Elin Larsson. Un premier album éponyme gorgé de hard/psyché sort en 2014. Deux ans plus tard, plus sophistiqué, plus pop rock et teinté soul, Lady in Gold obtient l’adhésion du public. Retour aux sources en 2020 avec un Holy Moly au blues rock fougueux, flamboyant et surtout très convaincant. Bien avisé celui qui aurait pu parier sur ce qu’allait offrir la quatuor avec ce quatrième album. Birthday est une fois de plus différent de ce qui a nourri la notoriété du groupe. Musicalement, ce qui est frappant à la première écoute c’est que sont privilégiées les lignes mélodiques, harmoniques et rythmiques du rock, le tout dans une ambiance pop. À n’en pas douter, les fans de rock énervé risquent de passer leur chemin en accordant toutefois un accessit aux trois premiers titres. Birthday, D’ont you Love it et Bad Choices, tous trois bien campés dans un classic rock énergique. Peut-être s’attarderont ils un moment sur le mid tempo de Piggyback Ride et Holding Me Back ou le bluesy Shadows et son ambiance garage, mais, en prétendant que ces compos n’apportent pas grand chose de neuf.  Une chose est sûre, la complainte heavy I Don’t Wanna Get Back on that Horse Again ne va pas leur friser les poils de la guitare. Pas plus que Top of the Sky, Like a Drug, Somebody Better et What has this Life Done to You, des ballades douceâtres qu’ils s’empresseront de qualifier de ″ housewife music ″. Fadaises et billevesées que tout ceci comme aurait dit Maître Capello en remettant 100 francs dans le nourrain.  Bien qu’assez éloigné des disques précédents, Birthday est admirablement bien ficelé et pas un seul des 11 titres n’est réellement dissonant. Les compositions, chacune dans leur genre, sont d’une rare efficacité et le chant magnifique est en tous points d’une perfection rare [Elin Larsson est enceinte, ceci expliquant cela? – NDLR]. Montez le son, go wild, et faites-le écouter à ceux qui vous sont chers.

Patrick BETAILLE, août 2024

Steven Tyler – Dream Off!

© Photo: Victor Chavez

 


[Steven Tyler – Dream On]: ″ The past is gone… Everybody’s got the dues in life to pay – Le passé est révolu… Dans la vie, tout le monde a des comptes à rendre ″.


Hélas, trois fois hélas, il va falloir se faire à cette idée. Aerosmith c’est terminé. Une fin brutale pour le groupe qui était sorti de sa retraite il y a un an pour entamer en 2023 une tournée d’adieu, histoire de fêter ses 50 ans de carrière. Et quelle carrière! 150 millions de disques vendus, des hits planétaires, bon nombre de Grammy Awards et autres récompenses dignes d’une notoriété phénoménale. C’est en septembre 2023, lors du Peace Out : The Farewell Tour que Steven Tyler s’est fracturé le larynx au cours d’un concert à New York. Le tour de chant avait alors été reporté pour laisser au chanteur à la voix de chat écorché le temps nécessaire de récupérer ses cordes vocales. Las, le diagnostic est sans appel: un rétablissement complet de sa blessure n’est pas envisageable. Constat déchirant et c’est contrainte et forcée que la formation de Boston a annoncé la fin prématurée de sa carrière. Fini l’Amour dans l’Ascenseur*, stop à la Vie sur le Fil du Rasoir*. Déménagement*: les Jouets restent dans le Grenier* et les Rats à la Cave*. Pas Plus*! Pour l’Émotion* et les Pleurs*, C’est par Ici*. Steven, Joe, Tom, et Brad vont pouvoir profiter d’un peu de repos bien mérité. AEROSMITH, qui n’a pas pour autant annoncé sa séparation, enregistrera t-il à nouveau ? On peut rêver*.

*Love in an Elevator – Livin’ on the Edge – Movin’ Out – Toys in the Attic – Rats in the Cellar – No More, No More – Sweet Emotion – Cryin’ – Walk this Way  – Dream on.

Patrick BETAILLE, août 2024