Cancel Culture – Les Looney Tunes dans le Viseur

Ça sent le roussi pour Pépé le Putois! La Warner vient de tailler un short à la mouffette aux allures de french lover qui poursuit de ses assiduités Pénélope Pussycat. Fortes de ce constat, de nouvelles voix s’élèvent aussi contre la présence du loup de Tex Avery, mâchoire tombante, yeux exorbités et langue pendante à la vue de pin-up affriolantes. Idem pour Speedy Gonzales et les stéréotypes qu’il véhicule sur les mexicains. Vil Coyote, qui ne pense qu’à faire un sort à Bip Bip, est accusé de harcèlement et d’agressivité. Sexisme, culture du viol, incitation à la violence, grossièretés, etc, désormais tous les prétextes sont bons pour revendiquer l’effacement ou l’interdiction des dessins qui ont animé nos enfances sans pour autant faire de nous des obsédés notoires, des serial killers ou des pervers psychopathes. Si pour certains la démarche de la Warner relève d’une banale évolution de la société, pour d’autres, les personnages incriminés sont tout simplement les victimes d’une Cancel Culture (culture de l’effacement) prétendument garante de la Morale et de la préservation des bonnes mœurs. Ben voyons! C’est un peu vite oublier qu’à une époque, la plus grande société de production et de distribution cinématographique au monde n’avait pas hésité à agir de même pour se débarrasser de ce qui collait au cul de l’histoire peu glorieuse du pays de l’Oncle Sam. Déjà dans les années 2000 une intégrale de l’œuvre Tex Avery avait été censurée dans sa réédition en DVD. Deux des 65 dessins animés sont été purement et simplement écartés. Aux oubliettes Uncle Tom’s Cabana dans lequel un noir fait de la résistance et obtient gain de cause face à des promoteurs immobiliers. Oublié Half-Pint Pygmy mettant en scène une tribu d’individus lippus aux tresses dressées. Sept autres dessins animés ont subi des coupes ou des retouches à la palette graphique. Effacées les têtes des personnages qui se retrouvent transformées en blackfaces suite à des explosions; gommée la pancarte ″No Japs″ de The Blitz Wolf dans lequel Tex Avery se moque d’Hitler. Peut on envisager un seul instant que là aussi il soit question de moralité? Certainement pas non! Plutôt un moyen ridicule de tirer un trait sur, entre autres exactions, 250 ans d’esclavage des africains, 1 siècle de ségrégationnisme et de massacres des populations indiennes. Pauvre monde! À quand remonte la dernière rencontre avec un loup érotomane, un Petit Chaperon Rouge version pin-up dévoyée, un putois et un coyote champions de la loose ou un bébé qui flingue son voisin parce qu’il louche sur sa sucette? Tremblez Vil Coyote, Speedy Gonzales, Pépé Le Putois et autres Looney Tunes! Pour notre santé morale et donc pour notre bien, la bien-pensance d’un pays champion du monde de l’ingérence, de l’interventionnisme, du racisme, de la violence, de malversations en tout genre et de la vente d’armes, est en train de mettre à mal la parodie, la dérision, la frénésie et l’humour de la transgression visuelle et narrative. Même en Belgique Annie Cordy se retrouve taxée de racisme à cause de son Cho Ka Ka O! Si, si! D’ici qu’ils coupent le Zizi de Pierre Perret parce qu’en colo il a pissé dans le lavabo, y’a pas loin!

Bonus: La censure des pochettes de disques en Livre: In Vinyle Veritas!

Patrick BETAILLE, mars 2021

21 commentaires sur « Cancel Culture – Les Looney Tunes dans le Viseur »

  1. Merci Patrick pour cet article super intéressant . La gomme bien pensante efface. Mais ce n’est pas ça qui réparera les « erreurs » du passé.

  2. Mon identité d’homme en a pris un sacré coup au moment des mouvements de libération de la femmes à l’époque du MLF, j’étais en pleine adolescence entre les visions machos et les cris de libérations et j’en souffre encore.
    Alors quand je vois le renouveau qui bien que justifié en s’appuyant sur la chasse au gros porcs, j’imagine les ados d’aujourd’hui en plein confinement et subissant la morale bien pensante made in USA à la censure made in facebook qui a pris l’habitude de nous faire oublier de penser et d’apprécier l’art sous toutes ses formes, et le grand dam d’être un mâle qui doit surtout fermer sa gueule. Il ne reste même plus les bd et Cartoons….. et dix de der pour le reconfinement = kouik

  3. Bravo pour ton texte ! Des voix s’élèvent enfin pour dénoncer ces dérives progressistes.

    Cette « cancel culture » annonce clairement la couleur : le puritanisme nord-américain est de retour. Un retour en force car porté par la puissance de feu non pas des drones américains, mais des réseaux dit sociaux. Une épuration sociétale est à l’oeuvre dans toutes les sociétés occidentales portée par de nouvelles générations (plus malléables, car d’autres générations se sont déjà fait avoir par ces beaux discours moralisateurs) et l’idéologie « progressiste ».
    C’est déjà en place dans les milieux culturels en France. Par exemple, quand tu écris un scénario pour un appel à projets, on te fait comprendre que ton histoire doit évoquer un des aspects de la France d’aujourd’hui. Et on communique en écriture inclusive. Tu vois tout de suite où tu mets les pieds : mettre de la diversité partout. C’est à croire que tous ces décideurs ont des choses à se reprocher en mettant autant d’énergie à montrer qu’ils sont du côté du bien, qu’ils combattent le racisme et les discriminations. Et pendant ce temps, on enchaîne confinements et couvre-feux qui alimentent la précarité, le ressentiment et les extrêmes.

  4. Putain, quel monde de cons ! Je stocke en ce moment n’importe quoi (sauf du papier Q), j’achète tout ce que je trouve dans les vide-greniers, les bacs à soldes… Et dans quelques temps je revendrai à prix d’or sous l’manteau. A la sortie des écoles. A la sortie des églises, des mosquées, des temples, des synagogues (les faux culs bénis, c’est la meilleure clientèle). Alors que les drogues seront en vente libre, je monterai un trafic de Looney Tunes, de Polanski et autres…

  5. Maintenant je dis bonjour Monsieur à toutes les femmes, je marche dans la rue en regardant mes pompes pour ne pas regarder la gente féminine, j’ai tout bon là ? Partant de là, il va être difficile aux nouvelles générations de se reproduire. Ha, ça ne se dit pas non plus ça ? Tant pis je ferai 6 mois de taule !
    Mais où va t’on ?

  6. Je ne comprends pas comment c’est possible… Nous bénéficions quasi tous d’un accès à l’information de nos jours, ça devrait servir à nous élever, prendre un peu de recul sur tout ce qui s’est passé dans l’histoire de l’humanité (esclavage, droits des femmes, etc…).

    Mais non, l’être humain reste un connard incapable de regarder un film comme « Autant en emporte le vent » avec un peu de recul sur l’époque qu’ils visionnent. Juger le passé parfois lointain avec les yeux et la morale de personnes de 2021, qu’elle connerie!

    Le pire en France c’est que des boîtes comme la Warner ou Disney s’auto-censurent afin de ne pas faire de vague ou de polémique sur les réseaux sociaux (le nouveau tribunal populaire apparemment). Mais rappelons que la France pays de liberté permet d’acheter des livres tel que « Mein Kampf ». Ce qui est une bonne chose, des livres tels que celui-ci ont participé à l’horreur, mais il faut pouvoir le lire, l’interdire n’effacera pas le passé!

  7. Avant les Looney Tunes, il y a eu Tintin.
    Il suffit qu’un pseudo sociologue-philosophe croit déceler une diablerie en interprétant ce qu’il lit entre les ligne pour déclencher l’apocalypse.
    A quand le tour des Bisounours ?

  8. Tu as raison de faire remarquer ces dérives.
    Ceux qui ont interdit des livres ou des opinions n’ont JAMAIS été du côté des gentils dans l’histoire.
    Pourquoi ceux-là seraient cette fois du bon côté ?

  9. Merci Patrick Belle intervention. Depuis quand a t on besoin de quoique ce soit pour avoir son jugement et savoir faire la part des choses? Qui se donne le droit de nous infantiliser et de nous donner la direction de la pensée unique. A force de  » censurer  » ce genre de chose on va à l’envers de la finalité voulue..; « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde » (Desproges). « Vaut mieux être bourré que con, ça dure moins longtemps » (Coluche). Moi ce genre de chose ça a tendance à me pousser dans l’excès inverse justement. Pour la provocation et la liberté de pouvoir dire ce que je veux. même des conneries. « C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer la gueule » (Coluche). Nos chères années 70 nous ont fait tout voir, tout écouter et on a entendu et retenu ce que notre bon sens et notre réflexion et notre moralité a voulu qu’on retienne. Chacun a le droit d’étayer sa pensée et de la confronter aux autres, sans qu’un arbitre moralisateur puisse donner la voie de la vérité…
    Vivement demain et le « lundi c’est permis » … « R’n’R’ Bordel » (Patrick B.)
    LoLo

  10. La seule chose que j’accepterai, c’est ce que Disney avait mis en place. Avant chacun de ses dessins animées « politiquement incorrects » (d’ailleurs qui décide de ce qui est correct?), ils mettaient la mention « Ce programme est présenté tel qu’il a été créé. Il peut contenir des représentations culturelles datées ». Pourquoi pas, un peu comme les clopes, vous êtes avisés… A la rigueur… Mais là, il ne faut quand même pas exagérer… C’est quoi cette génération de merde, demain la censure va toucher quoi? La musique? Le rock pendant que l’on y est? Nous sommes dans un monde où l’on peut voir sur internet en streaming des nanas se faire « démonter » par 20 mecs (pire des télés-réalités) sans le moindre contrôle mais l’on va censurer les dessins animés car certains ont une morale un peu datée… Cherchez l’erreur… Quand j’étais gamin, on nous laissait regarder les Looney Toons tranquille, mais si tu te faisais choper par la papetière en train de mater des nichons dans le rayon porno, tu t’en prenais une bonne! Monde de con… Autant j’adore les USA pour certaines choses qu’ils nous ont apportés, entre autre certains courants musicaux… Mais leur côté puritain est à gerber, ils commencent par leurs grandes écoles puis polluent l’ensemble du reste de la culture en utilisant les réseaux sociaux comme incubateur…

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