Nick Ut – Kim Phuc

© Photo Nick Ut-AP

 

L’enfer, c’est celui dans lequel se retrouve plongée Kim Phuc Phan Thi un jour de juin 1972.  La petite fille a neuf ans lorsque une bombe au napalm larguée par l’armée sud-vietnamienne tombe sur Trang Bang, son village au sud-ouest de son pays. Touchée par les projections d’essence gélifiée, Kim court en hurlant sur la route avec d’autres enfants suivis par des soldats. Elle a été happée par les flammes. Son dos, sa nuque et ses bras son brûlés et le reste de ses vêtements sont réduits à l’état de cendres qui collent à sa peau. Nick Ut, mandaté par Associated Press, capte l’horreur de cet instant. Juste après avoir pris le cliché devenu tristement célèbre, le jeune photographe décide d’amener la victime à l’hôpital où on lui dit clairement que, dans son état, des soins sont inutiles car elle allait mourir de ses blessures. ″J’ai montré ma carte de presse et j’ai dit que si elle mourait, ma photo serait à la une de tous les journaux et qu’ils auraient des comptes à rendre″ raconte le journaliste.

Cinquante ans plus tard, le cliché ″ Napalm Girl ″ – qui a valu à son auteur le prix Pulitzer – demeure incontestablement l’une des images les plus marquantes de la guerre du Viêt Nam. Quant à Kim, elle vit désormais au Canada. Elle a tout pardonné, s’est réconciliée avec la photo qui très longtemps lui a rappelé sa souffrance et la perte de son enfance. ″ Je ne peux pas changer le passé, mais avec de l’amour je peux changer l’avenir ″ confiait elle dans une interview.

Patrick BETAILLE, octobre 2022

Jan Rose Kasmir – Jeune Fille en Fleur

© Photo Marc Riboud

 

Citoyenne américaine, Jan Rose Kasmir était lycéenne lorsque le 21 octobre 1967, à Washington, elle prit part aux mouvements contre l’engagement des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam. Ce jour là, des milliers de pacifistes manifestant leur indignation étaient réunis devant le Pentagone. C’est alors que la jeune fille de 17 ans se détache de la foule et va au devant de la garde nationale. Le photographe français Marc Riboud est sur le lieux, il couvre l’événement pour l’agence Magnum et immortalise la scène avec cette photo de Jan Rose tenant une fleur et faisant face, seule, à une rangée de soldats qui pointent leurs fusils équipés de baïonnettes. L’instinct de Riboud fait mouche. L’image va devenir un parfait symbole du mouvement pacifiste des sixties, et même un véritable cas d’école en tant qu’analyse photographique, tant les oppositions visuelles sont nombreuses : baïonnette phallique contre fleur virginale, multitude contre solitude, fleur contre arme et, par extension, la vie contre la mort.

C’est l’artiste psychédélique Michael Bowen qui fournit ce jour là les fleurs aux manifestants, inventant par la même occasion le Flower Power.

De longues années s’écoulent avant que Jan Rose Kasmir ne prenne connaissance du cliché. C’est son père qui, au beau milieu des années 80, découvre par hasard l’image de sa fille dans un magazine de photo acheté en Écosse. Plus tard, la ″Jeune fille à la fleur″ est devenue kinésithérapeute. Depuis 2001 elle vit avec sa famille au Danemark mais n’a jamais cessé de s’engager contre la guerre. En 2004, elle réapparaissait à Londres lors d’une manifestation contre l’invasion de l’Irak par les américains. ″Je reste une vieille hippie qui se fond dans la masse, comme Superman, dont la cape est cachée dans le placard″ disait-elle alors.

Patrick BETAILLE, septembre 2022

 

Pierre Coudouy – Photographe au Pays de l’Ours

 

Artiste-Auteur-Photographe depuis 2000, Pierre Coudouy s’est – dans un premier temps et bien avant d’aborder des sujets plus urbains et de s’impliquer dans des activités associatives qui aujourd’hui occupent une bonne partie de son quotidien – spécialisé dans la photographie de reportage qu’il pratique en allant à la rencontre de personnages authentiques qui animent des lieux chargés de traditions, qu’elles soient vinicoles ou pastorales. Authentique, Pierre l’est aussi. Il travaille avec un appareil photo à visée télémétrique, au grand-angle, sans effets spéciaux ni retouches. Son seul accessoire, l’écriture grâce à laquelle il donne avec justesse encore plus de corps à ses errances pyrénéennes, aussi bien dans la vallée ossaloise que du côté des vignobles du Jurançon. À ce titre, voici notre faiseur d’images en mode auteur avec deux beaux témoignages actuellement disponibles aux éditions MonHelios et ailleurs: Berger au pays de l’ours et Vigneron Bio, de la terre au Vin.

Très prochainement, deux événements importants (en accès libre et gratuit) vont mettre à l’honneur le travail de Pierre Coudouy dans le cadre des journées Européennes du patrimoine qui se dérouleront dans l’Espace Lecture et Découverte de la Ciutat dans le quartier du Hédas à Pau:

  • Le 17 septembre à 11h: Une conférence/débats/rencontres avec l’auteur à propos du livre ″Berger au pays de l’Ours » (pastoralisme transhumant au fil des saisons). 
  • Du 17 septembre au 1er octobre: Dans le même contexte, exposition permanente des clichés du photographe palois. Le mardi, jeudi et vendredi de13h à 17h – le mercredi de 12h à 18h  et le samedi de 10h à 13h et de 14h à 18h.

Voici donc une bonne entrée en matière pour marcher sur les pas de ce photographe humaniste en suivant son actualité sur son blog et sur les réseaux sociaux: Ici et . Adishatz!

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Willy Ronis – Photographe Humaniste

© Photo Willy Ronis

 

Rien n’échappait au regard de Willy Ronis (1910 – 2009). Né à Paris, ce photographe (ukrainien du côté de son père et lituanien de celui de sa mère) commence la photo à 18 ans et devient professionnel indépendant à partir de 1936. L’époque tumultueuse riche en mouvements sociaux est propice aux commandes. Il photographie les grèves chez Citroën, les défilés communistes, les manifestations ouvrières et les habitants des quartiers populaires. Mobilisé en 1939, il revient à Paris mais, étant juif, il ne peut demander l’autorisation de travailler et part se réfugier à Marseille. À la Libération, la presse a besoin de témoignages visuels. Ronis revient donc à Paris. Là, il shoote les amoureux, leurs retrouvailles, le retour des prisonniers de guerre, les ouvriers et la vie des quartiers pauvres. Rien n’échappe à son regard engagé sur les prolétaires, les politiques, les artistes et surtout les petites gens qu’il aime profondément. Comme son copain et collègue d’agence (Rapho) Robert Doisneau, il immortalise également les bistrots d’après-guerre où règnent le ballon de rouge et le demi, parfois seules échappatoires à la misère ambiante. Ces rescapés des ravages de la guerre parviennent encore à trouver la force de sourire – de rire parfois – et deviennent sans le savoir les acteurs d’une réalité émotionnelle qui donne de la force et de la tendresse à cet humanisme qui caractérise l’œuvre du Photographe. Willy Ronis sur Artnet.

Patrick BETAILLE, août 2022

Gérard Rancinan – Le Radeau des Illusions

© Gérard Rancinan

 

Gérard Rancinan commence sa carrière de photographe en 1969 au journal Sud Ouest à Bordeaux. À dix-huit ans il devient le plus jeune photojournaliste de France, couvrant l’actualité locale. À vingt-et-un ans il est muté à l’agence du journal de Pau. Sollicité par la toute nouvelle agence de Presse Sygma, il rejoint l’équipe des photographes à Paris et il couvre l’actualité du monde entier. Il réalise aussi des portraits des stars de la mode, de la musique [NDLR – ses photos ont illustré des albums de Daniel Balavoine, Jacques Higelin, Charlélie Couture, Pascal Obispo] du cinéma, du sport, de personnalités diverses et d’artistes d’art contemporain de renommés mondiale. Il quittera Sygma en 1986 pour créer sa propre agence de presse, puis redevient indépendant en 1989 (source Wikipedia).

Photographe engagé mondialement connu pour ses fresques dépeignant les vérités cachées et sordides de ce monde, il met en œuvre des compositions inspirées des grands maitres classiques tels que Géricault ou Velasquez. Ses paraboles photographiques plutôt décalées, véritables métaphores de l’Humanité, théâtralisent à outrance la réalité du monde contemporain et relatent les métamorphoses du siècle en cours, un monde schizophrène, ambigu et contradictoire en proie au chaos et à la décadence. Ses fresques photographiques sont des grosses productions. Chaque image est l’objet de plusieurs mois de travail avec des équipes de stylistes, de maquilleurs, de techniciens, de figurants et de décorateurs. En 2008, s’inspirant du Radeau de la Méduse, l’artiste a mis en scène le rêve impossible des millions de migrants et de réfugiés contemporains à la poursuite des mirages de l’Occident. Ainsi, son Radeau des Illusions nous plongeait déjà dans le drame et la souffrance de ces déracinés partis à la poursuite des mirages de l’Occident symbolisés ici par Hollywood et la Tour Eiffel. Les récents drames des réfugiés fuyant la misère et la guerre rendent le message de Gérard Rancinan ô combien actuel, et sa puissance artistique encore plus poignante.

Patrick BETAILLE, juin 2022

Man Ray – Le Violon d’Ingres

© Man Ray

Le violon d’Ingres de Man Ray datant de 1924 n’est pas seulement une des photos les plus célèbres de tous les temps. C’est aussi l’une des premières qui soit véritablement une œuvre d’art. Quand Man Ray rencontre Kiki de Montparnasse, celle ci est l’un des modèles préférés de l’époque. Pourtant, quand il lui demande de poser lui, elle refuse au prétexte qu’un photographe n’est pas un artiste car il se contente d’enregistrer la réalité. Pour la convaincre Man Ray doit lui jurer qu’il est capable de l’idéaliser comme le ferait un peintre. Il dessine deux ouïes à l’encre de chine sur le dos de Kiki dont le corps se métamorphose immédiatement en violon. Son turban oriental et sa pose parodient Le Bain Turc de jean-Dominique Ingres, dont le violon était l’instrument favori et dont le style académique horrifiait un surréaliste comme Man Ray. La même photo sans ces deux ouïes n’aurait été qu’une simple reproduction mécanique du dos de la reine de Montparnasse. Mais grâce à ce dessin, l’artiste a magnifié son modèle. Kiki pouvait être  contente: le Violon d’Ingres était bel et bien une œuvre d’art. (Source d’Art d’Art).

Le tirage original de cette photographie a récemment été mis aux enchères au Rockefeller Center de New York par Christie’s. Le Violon d’Ingres a été adjugé a plus de 12 millions de dollars. Un record pour la photographie!  

Patrick BETAILLE, mai 2022

René Robert – le Photographe Assassiné

© René Robert

 

Le photographe René Robert est mort dans la nuit du mercredi 18 au jeudi 19 janvier. A-t-il trébuché ? A-t-il fait un malaise ? Une chose est sûre, il est tombé aux alentours de 21h et n’a pu se relever. D’après le journaliste et ami Michel Mompontet, c’est un SDF qui a fini par appeler les secours. Mais neuf longues heures s’étaient passées, il était trop tard. Le photographe cloué au sol n’a pas pu être ramené à la vie, il est décédé en hypothermie.Durant 9h aucun passant ne s’est arrêté pour voir pourquoi ce monsieur gisait sur le trottoir. Personne! Comment en sommes nous arrivée à oublier la base même de ce qui fait l’humanité? ″ Ce que dit cette tragique fin de vie est une chose totalement hideuse sur nos comportements. Pas de doute, René Robert a été assassiné par une société individualiste, aveugle et sourde, qui laisse crever les siens dans l’indifférence générale.

Jack London – Tranche de vie

Photo de Horst A. Friedrichs: 21st Century Rockers

 


[Jack London]: ″ Show me a tattooed man and I’ll tell you about a man with an interesting past – Montrez-moi un homme tatoué et je vous parlerai d’un homme au passé intéressant ″.


Patrick BETAILLE, janvier 2022

Zapping Photo – 2021 en images

Toshira Garraway, à gauche, et Courteney Ross, la petite amie de George Floyd, réagissent au verdict déclarant Derek Chauvin coupable du meurtre de Floyd, à Minneapolis en avril 2021. 

© Joshua Lott/The Washington Post

 

Avec une sélection de clichés révélateurs, le Washington Post parcourt les événements significatifs de 2021. Actualité oblige, il y est beaucoup question de la pandémie, de l’assassinat de George Floyd, des élections américaines, des catastrophes climatiques, des migrants mais pas seulement. Un zapping essentiel pout se focaliser sur l’essentiel. La mémoire ne filme pas, la mémoire photographie″ (Milan Kundera). Attention les yeux, c’est par ici: The Lastings Images of 2021.

Patrick BETAILLE, décembre 2021

 

Le lundi c’est permis – Reflet

© Vineet Singh – Flickr

 


Qu’avons nous là? L’homme invisible? Un fantôme? Un hologramme? Et s’il s’agissait tout simplement d’un mec complètement à côté de ses pompes? – What do we have here? The invisible man? A ghost? A hologram? What if it’s just a guy being completely out of line?