The Zac Schulze Gang – Straight To It

 

Voici un power trio britannique qui, incessamment, sous peu et peut-être même avant, risque de faire parler de lui. Originaire de Gillingham dans le Kent, The Zac Schulze Gang débarque avec un album prometteur. Coup de maitre pour Ruf Records qui a signé le groupe en publiant un  Straight To It au titre approprié. Accompagné par son frère Ben à la batterie et Ant Greenwell à la basse, Zac Schulze va droit au but et livre un rock’n’roll teinté de blues qui vous prend à la gorge. 11 titres balancés avec une précision redoutable et une énergie brute qu’électrise une production sans fioritures. De la force communicative de The Rocker à l’intensité explosive de High Roller, l’album vibre d’une alchimie unique. Derrière cette puissance se cachent pourtant des nuances. Des morceaux comme Angeline et Betterland apportent une touche power-pop, prouvant que mélodie et fougue peuvent parfaitement coexister. Quelques invités: Nigel Feist et son harmonica rageur sur I Won’t Do This Anymore ou High Roller et Lee Wilson à l’orgue Hammond sur Turning To Stone et la ballade Things Change.
Avant d’en arriver là, à l’heure de The Voice et de l’IA, le trio a arpenté avec succès des scènes aussi prestigieuses que le Rory Gallagher Tribute Festival de Ballyshannon, l’édition 2023 du Crossroads Festival parrainé par Clapton et fait les premières parties de Samantha Fish et Nine Below Zero. Finalement, en 2024, ils ont remporté le prix du meilleur groupe aux UK Blues Awards et celui de artiste de l’Année en 2025.


Ceci expliquant cela, ces lascars au blase improbable signent avec Straight To It un imparable premier LP fougueux, précis et résolument tourné vers un avenir sans ces branleurs d’Oasis et c’est tant mieux!


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Ana Popovic – Dance to the Rhythm

 

 

Comme sur le précédent Power, on retrouve tout ce qui fait le style et la personnalité de Ana Popovic. Que ce soit dans le chant où elle ne manque ni d’assurance, ni de subtilité, ou dans son jeu à la technique infaillible, la guitariste reste à la hauteur de sa réputation. Exaltée comme jamais, elle aborde avec Dance To The Rhythm un registre essentiellement Soul et Funk. Elle est accompagnée d’un groupe qui évolue à la manière d’un big band dirigé par son ami, co-auteur et bassiste Buthel Burns. Enveloppée de chœurs envoûtants, dynamisée par une section cuivre torride, Ana fait preuve de classe et de grâce en évoluant dans un registre auquel elle ne nous avait pas forcément habitués et elle est musicalement irrésistible (physiquement aussi d’ailleurs!). Groove vitaminé et production léchée sont de mise sur les 10 titres d’une fluidité remarquable, parfois baignés d’influences jazz (Worked Up), blues (Dwell On The Feelin), R’n’B (Hurt So Good), funky (She Nuf) ou caribéennes (Soulution). Il y a beaucoup de technique dans les parties guitares. Beaucoup de feeling aussi, que ce soit en rhythmique ou en solo. Les incursions acoustiques (Hurt so Good) ou l’utilisation de la Cry Baby Wah (Sisters and Brothers) sont brillantes.
Et puis il y a 50 Ways To Leave Your Lover, une reprise de Paul Simon au chœurs très soul nappés de claviers et cuivres auxquels n’avait pas pensé Michel Delpech. Dire que Dance To The Rhythm porte bien son nom serait un doux euphémisme tant il est jubilatoire!
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Gluecifer – Same Drug New High

 

Les frimats sont là mais la vague de chaleur en provenance du nord de l’Europe, elle, persiste. Après le Kickstarter des suédois de Bullet, leurs voisins norvégiens de Gluecifer reviennent avec le baume réparateur pour lèvres gercées et mains abimées par la rigueur des températures hivernales. Entre 1994 et 2005 les gars d’Oslo ont occupé une place privilégiée au sein du heavy rock scandinave. Split, reformation en 2017 avec un nouveau line up mais depuis l’album Atomic Thrill paru en 2004,  ingenting, nothing, nada, nichts, que dale!
Le titre de ce nouvel album, le sixième, annonce la couleur: même médoc, nouveaux effets. Le groupe reprend les assauts sonores dont il avait le secret avec onze brûlots insolents et accrocheurs. Du furieux The Idiot à l’équilibre instable de On the Wire aucun temps mort avec au passage un clin d’œil à AC/DC (Made in the Morning) et une main tendue au punk rock avec Armadas et 1996. Fusion électrisante de rock, de punk et de glam, Same Drug, New High reste un hommage en toute simplicité à l’efficacité d’un rock euphorique et le signe annonciateur du retour de Gluecifer au sommet avec une signature sonore brute et incisive.
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Bullet – Kickstarter

 

Ceux qui devant le visuel de ce disque auraient encore un doute pourront le lever en se penchant sur une tracklist* au nommage révélateur. Au cours de 25 ans d’existence, Bullet n’avait rien produit depuis Dust To Gold paru en 2018 et aujourd’hui le message est clair. Avec Kickstarter Le combo suédois est de retour pour un hommage appuyé à un heavy metal fidèle à l’esprit de la fin des seventies. Guitares rugissantes, riffs solides et énergie boostée à l’aquavit, le tout conforme au modèle sur lequel Accept, Judas Priest et, aujourd’hui encore, AC/DC ont toujours régné en maîtres. Sur les onze titres, le chanteur Dag Hofer mène la charge en tonitruant haut dans les tours, accompagné par des guitares constamment en zone rouge et une rhythmique à la synchro parfaite. Classique certes, vintage bien sûr, mais Kickstarter se distingue par une grosse dose de maturité et un soin particulier apporté à l’efficacité d’un vigoureux démarrage au kick. Attention aux guiboles!  
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*Tracklist: Kickstarter, Caught In The Action, Open Fire, Keep Rolling, Hit The Road, Avenger, Chained By Metal, Spitfire, Full Throttle, Strike At Night, Night Falls Down.


 

Danko Jones – Leo Rising

 

Fidèle à la tradition, le douzième album studio de Danko Jones propose un heavy rock sec, carré et percutant. Leo Rising ne fera pas certainement basculer la carrière du groupe canadien mais il confirme une sincérité qui n’est pas étrangère au fait que l’on apprécie ce power trio depuis plus de 20 ans. Certes, pas de quoi faire oublier la frénésie de We sweet Blood paru en 2003 mais les onze titres du nouvel opus prouvent que, sans chichis, sans esbrouffe et loin des tendances, le rock n’est pas encore mort dans l’Ontario. Pour preuve, Diamond in the Rough et son clip en hommage à Kiss s’impose avec un solo incandescent de Marty Friedman (Megadeth) qui transforme le morceau en explosion de virtuosité et de flamboyance.
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Slash – Live at the S.E.R.P.E.N.T

 

C’est en 2024, durant les sessions de Orgy of the Damed, que Slash met en place le concept S.E.R.P.E.N.T (Solidarity-Engagement-Restore-Peace-Equality-N-Tolerance). Le but? Via une série de concerts organisés aux États-Unis, célébrer et promouvoir le blues en se produisant avec d’autres artistes pour collecter des fonds destinés à plusieurs associations caritatives.
Dans ce contexte l’album Live at the SERPENT Festival a été enregistré et filmé LE 17 juillet 2024, lors du concert au Mission Ballroom à Denver Colorado. Slash et sa bande s’attaquent à un mélange de standards ayant inspiré toute une génération de musiciens. Les 14 titres reprennent quasiment tous les morceaux de Orgy of the Damned, à l’exception de Hoochie Coochie Man, Awful Dream et Living for the City. La setlist passe ainsi de Parchman Farm Blues de Bukka White et Killing Floor de Howlin’ Wolf à Oh Well de Fleetwood Mac, Born Under A Bad Sign de Booker T. & the MG’s et Shake Your Money Maker d’Elmore James. La version de Papa Was A Rolling Stone des Temptations repose sur un groove envoûtant, tandis que Stormy Monday ralentit le rythme jusqu’à une intensité croissante avant d’exploser en une catharsis soul. Le guitariste dévoile également une nouvelle composition originale, Metal Chestnut, un morceau puissant, arrogant et en parfaite harmonie avec tout le reste.
Sous le nom de Slash’s Blues Ball, l’ex pistolero des Guns’N’Roses est accompagné de Teddy Andreadis (claviers, harmonica et chant), Tash Neal (guitare rythmique et chant), Johnny Griparic (basse et chœurs) et Michael Jerome (batterie). Ensemble ils nous offrent un concert brut de fonderie en rendant un hommage puissant aux légendes qui ont façonné le rock et le blues.
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Laura Cox – Trouble Coming

 

Laura Cox confirme son envie de ne pas se laisser enfermer dans un genre qui pourtant lui sied à merveille. Ce changement de cap, la guitariste franco-britannique l’avait déjà amorcé avec Head Above Water paru en 2023 et aujourd’hui elle enfonce le clou avec un quatrième album: Trouble Coming. Cette nouveauté démarre sur les chapeaux de roues avec trois titres de rock puissant et de blues rock poisseux. Changement de climat avec Inside The Storm et Dancing Around the Truth pour une incursion pop rock de belle tenue à laquelle on ne s’attendait pas forcément. Fallait bien ça pour nous amener gentiment vers Out of the Blue, une ballade intimiste à l’ambiance particulièrement admirable générée par le chant accompagné au banjo et à la slide. Tempo soutenu et guitares rugissantes; chacun dans leur genre, The Broken et Rise Together bénéficient d’un groove imparable. Quant à Do I Have Your Attention, en à peine un peu plus de trois minutes le morceau devrait convaincre les plus réticents grâce à son énergie furieuse et communicative. Le disque s’achève sur Strangers Someday, une power ballad fort bien interprétée.
Avec Trouble Coming Laura Cox s’impose en tant que chanteuse accomplie et confirme ses talents de compositrice et de guitariste virtuose au service d’un rock parfaitement maîtrisé.

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Walter Trout – Sign Of The Times

 

Cinq décennies que ce guitariste, compositeur, chanteur et harmoniciste originaire du New Jersey prêche la bonne parole du blues incandescent. Cet ancien de Canned Heat et des Bluebreakers de John Mayall n’a visiblement pas l’intention de se reposer sur ses lauriers. À 74 ans, Walter Trout est plus motivé que jamais et il nous offre une restitution brute et sans concession de ce blues rock qui lui colle à la peau. Plus rock que blues et sans pour autant céder à la nostalgie, les dix titres du nouvel album cohabitent entre fureur et volupté. D’emblée Artificial déboule avec un tempo lourd et un riff monstrueux qui mènent tout droit à la langueur bluesy de Blues on My Pilow. Brutal, lancinant et éruptif, Sign of the Times et son orgie sonore exploite une ambiance des plus sombres. Autres temps, autres mœurs. Place à l’ode à l’amour qu’est Mona Lisa Smile, une superbe ballade acoustique. Plus classiques au sens noble du terme, Hightech Woman, I Remember et Hurt no More. Autour d’envolées évoquant l’univers tourmenté de Jimi Hendrix, No strings attached mijote avec une classe éblouissante. Contraste de son et de style, clin d’œil à Sonny Terry et Brownie McGhee avec Too Bad, un blues acoustique intime qui fait la part belle à l’harmonica. L’album s’achève en beauté sur ce Struggle to Believe tout en puissance qui montre pourquoi Walter Trout fait partie des grands du blues rock.
Sign of the Times est une déclaration qui va bien au-delà d’une expression musicale basique. Captivant dès la première écoute, il perpétue l’histoire et le style d’un vétéran du blues qui, avec plus de 40 albums à son actif, est reconnu pour ses performances électrisantes et ses compositions émouvantes.
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Patrick BETAILLE, novembre 2025

Mark Morton – Without The Pain

 

Pour Anesthetic, son premier album solo paru en 2019, Mark Morton – connu pour mitrailler les riffs comme un GI sous amphètes – s’était livré à une approche plus conventionnelle du hard rock en se démarquant du heavy/trash metal de Lamb of God.
Avec le récent Without the Pain, le guitariste américain confirme le virage au frein à main et dévoile une autre facette de ses talents. Sur le beau cover art de ce deuxième opus on le voit de profil et on imagine son regard posé sur l’horizon de ces influences country rock et blues rock. Pour la circonstance Morton a fait appel à quelques potes triés sur le volet. Au fil des dix titres l’on découvre de fait les participations de membres de Clutch, Blacktop Mojo, Blackberry Smoke ou Tyler Bryant & The Shakedown. Entre autres.
Musicalement l’ensemble tient la route et s’avère très efficace grâce à un cruise control qui permet de rouler en toute décontraction entre rock marécageux (without The Pain), shuffle (Hell & Back), blues rock torride (Forever In The Light), ballade mélancolique (Come December), doom tonitruant (Noctural Sun) et americana (Kite String). Dernière station avant l’autoroute; faire le plein; direction le Sud, la Virginie. Dust, rageur et percutant, Brother à la fois classique et magistral et The Needle & The Spoon une réinterprétation sincère du classique de Lynyrd Skynyrd. L’album s’achève sur le rire d’un enfant avec Home, un titre au lyrisme mélancolique qui baigne dans une ambiance musicale envoutante.
Avec une tracklist haut de gamme Without the Pain est un album convaincant qui trouvera très facilement sa place aux côtés du Whomp Whack Thunder de Whiskey Myers.
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Whiskey Myers – Whomp Whack Thunder

 


Dixit Cody Cannon, chanteur et compositeur, le nom de son groupe aurait été inspiré par un certain Myers, un sans-abri et ivrogne notoire qui vivait au bord de la rivière du patelin. À l’époque, Cannon et ses potes l’avaient surnommé ″ Whiskey ″. C’est en utilisant ce sobriquet qu’en 2008 la formation sort son premier album: Road of Life.



Avec leur septième album, les six musiciens originaire de l’est du Texas qui composent Whiskey Myers, se révèlent au sommet de leur art pour perpétuer l’esprit du Southern Rock dans sa version la plus viscérale, loin des envolées de Lynyrd Skynyrd, Outlaws, Molly Hatchet et consort. ″ One, two, one, one, one, one! ″. Quand la country se joint au blues dans une exaltation propulsée par le rock, Whomp Whack Thunder incarne a lui seul le concept roots du rock sudiste. Rythmes percutants et guitares hargneuses sur Time Bomb et Tailspin alors que Midnight Woman s’ouvre sur un riff lent ambiance vaudou avant de se libérer sur un tempo classic rock. Ramblin’ Jones, titre à la fois séduisant et menaçant brille d’un groove tourbillonnant dont bénéficie également un Break These Chains plus bluesy. Born To Do, petit joyau de folk dans lequel narration, dobro et slide cohabitent à merveille. Vient enfin le moment de Monsters, une composition mélancolique dont les paroles qui explorent les thèmes de la peur, de la solitude et de l’espoir vous prennent aux tripes tant la musicalité et surtout l’interprétation sont émouvantes. 
Portées par le chant habité de Cody, les mélodies sont imparables. Onze pépites taillées dans la masse pour conduire Whiskey Myers vers des horizons où sincérité, énergie, et sensibilité font la loi. Whomp Whack Thunder est non seulement un coup de tonnerre, c’est un grand album. Très grand!

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