Bo Diddley – Who Do You Love?

 

[Extrait]: Parcours pour le moins atypique que celui de Ellas McDaniel. Enfant abandonné par sa mère de 15 ans incapable de subvenir à ses besoin, il est confié à sa tante qui, en 1935, s’installe dans un ghetto au sud de Chicago. Dès l’âge de sept ans, le gamin apprend le violon et commence à jouer et à chanter le gospel dans l’église de son quartier…
Il quitte l’école de bonne heure pour s’initier à la menuiserie et la lutherie. Parallèlement il se met à la boxe qu’il abandonnera rapidement pour se consacrer à la musique. Avec The Hipsters, son premier groupe, il joue dans les rues et dans les bars tout en vivotant de petits boulots pour assurer son quotidien. À temps perdu, il enregistre des maquettes et démarche les maisons de disques. Séduits par le son original et par le rythme afro-cubain de ses compostions, les frères Chess le signent et lui font enregistrer Bo Diddley/I’m a Man (avec Willie Dixon à la contrebasse), un premier disque qui sera le prétexte pour Ellas Mc Daniel de devenir Bo Diddley…
Influencé par John Lee Hooker et inspiré par le I’m Your Hoochie Coochie Man de Muddy Waters, Bo enregistre Who do you Love ? Une espèce de shuffle hypnotique au cours duquel le protagoniste harcèle de questions sa femme qu’il soupçonne d‘adultère. Le single sort en 1956 sans atteindre les charts. Le public commencera à s’intéresser à la chanson et à toutes celles incluses dans la compilation sortie en 1958 : Bo Diddley. Des titres tels que Who Do You Love bien sûr, mais aussi Before You Accuse Me, Pretty Thing, I’m a Man ou Road Runner auront une énorme influence sur les jeunes britanniques qui découvrent le blues et les premiers disques de rock’n’roll. Plus encore après la tournée de Diddley au Royaume-Uni en 1963, avec en première partie un jeune groupe débutant et motivé: les Rolling Stones…

 

L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Patrick BETAILLE, janvier 2024

Rock Anthology – 1974

 

Putain 50 ans! Il est indéniable que le rock moderne doit énormément aux seventies. Pink Floyd, Led Zeppelin,  Aerosmith, Alice Cooper et d’autres inspirent parfois encore – et heureusement – de nombreux groupes contemporains. En 1974 Supertramp commettait le Crime du siècle, Rory Gallagher nous embarquait dans son Tour d’ Irlande, Deep Purple Brûlait et pour les Stones c’était Only Rock’n’roll.

Petit voyage sur un chemin de mémoire musicale pavé de certains de ces albums intemporels, sortis il y a un demi-siècle, et qui ont joué un rôle essentiel dans l’histoire de la musique populaire sur laquelle ne régnait pas encore une Aya Nakamura autotunée et bistourisée de la tête aux pieds.

Alors oui, je sais. Il en manque. Beaucoup dans ce millésime, et des bons en plus: Aerosmith: Get Your Wings – Bad Company: Bad Company – David Bowie: Diamond Dogs – Eric Clapton: 461 Ocean Boulevard – Genesis: The Lamb Lies Down On Broadway – Lynyrd Skynyrd – Second Helping, Humble Pie, Judas Priest, Kiss, Queen, Roxy Music, Thin Lizzy, Yes, Tom Waits, etc. Le bon temps quoi!

Patrick BETAILLE, février 2024

 

Nino Ferrer – Best Of

 

Vous vous rendez compte? Cette année, Agostino Arturo Maria Ferrari aurait fêté ses 90 ans si Nino Ferrer en avait décidé autrement. Un jour de 1998, en plein mois d’août, une détonation retentit dans le Lot, près de Montcuq. Dans l’indifférence quasi générale d’une France encore en train de célébrer sa victoire à la coupe du monde de football, c’en était fini du chanteur des Cornichons, de Mirza et du Télefon. Il allait fêter ses 64 ans. Vous vous rendez compte? Mis à part les fans de la première heure qui appréciaient et apprécient encore cet artiste touche-à-tout sensible à l’humour original, aux propos pertinents ou acerbes et au comportement à la fois romantique et rebelle, seuls ces trois titres restent à jamais gravés dans la mémoire collective. Vous vous rendez compte? TROIS! Allez, quatre si l’on compte Le Sud, son dernier tube qui remonte déjà à plus de deux décennies. Pourtant, le chanteur a laissé un œuvre prolifique, entre jazz, rhythm’n’blues, soul, rock psychédélique et folk. Une bonne quinzaine d’albums, pas moins de 200 titres qui, pour la plupart, restent méconnus! 

À l’occasion des 25 ans de la disparition Nino et à l’initiative des fils de Ferrer, Universal a publié trois compilations thématiques: Nino Rebel, Nino Dandy et Nino Groovy. Ces doubles Best Of comprennent chacun 40 titres. Point commun, les 20 premiers morceaux sont les mêmes quel que soit le thème [on se demande bien pourquoi mais bon, le marketing à ses raisons que la raison ignore]. Autre point commun, les trois disques sont illustrés par Loustal. Et ça c’est pas rien non plus!

Alors?! Rebel, Dandy ou Groovy? Tout est Ici: Loustal/Nino Ferrer.

Patrick, BETAILLE, Janvier 2024

La Discothèque Idéale 2023

 

Les divas de l’auto-tune vous donnent des envies de suicide? La soupe radiophonique et télévisuelle vous en touche une sans faire bouger l’autre? Le Viens Poupoule d’André Verchuren vous hérisse? La Symphonie N°5 d’Arthur Honegger vous fait autant d’effet qu’un pet de lapin sur une toile cirée?

Le remède existe. Si, si! Le choix, bien qu’assumé, est bien évidemment relatif, partial et subjectif. Il a juste pour ambition d’entretenir l’espoir que le rock n’est pas encore mort et de prouver que, contre vents et marées, de talentueuses volontés mettent beaucoup de conviction et d’énergie pour que leur passion et leur plaisir deviennent nôtres. Bien sûr, le débat reste entier et ouvert mais il doit obéir à une constante et une seule: ″ La musique c’est comme la vie, ça se respire ″ (Francis Zegut). La discothèque idéale est chroniquée ici: Rock’n’Roll Bordel!

Patrick BETAILLE, Janvier 2024

Canned Heat – On the Road Again

 

[Extrait]: C’est l’histoire d’une rencontre. Celle en 1964 de Bob Hite, un employé de magasin de disques de Los Angeles, et de l’un de ses meilleurs clients, un collectionneur répondant au nom de Alan Wilson. Ensemble, ils décident de former un jug band pour partager leur passion commune pour le blues en se produisant dans la rue. Ils sont rejoints par le guitariste Henry Vestine, récemment viré des Mothers of Invention de Frank Zappa, puis par le batteur Frank Cook un virtuose ayant œuvré aux côtés de Chet Baker. Canned Heat était né. Pour le nom, Alan Wilson s’inspire du Canned Heat Blues de Tommy Johnson…

En juin 1967, le bassiste Larry Taylor arrive, le groupe se fait un nom lors du Monterey Pop Festival, et en juillet, Liberty Records sort un premier album éponyme contenant, entre autres, des reprises de standards de blues de Willie Dixon, Robert Johnson et Muddy Waters. Fin 1967, Fito De La Parra vient remplacer Frank Cook à la batterie. Boogie with Canned Heat, le deuxième LP, sort le 21 janvier 1968. Contrairement à son prédécesseur il contient principalement des compositions du groupe dont On the Road Again. La première version de l’album, dure 5 minutes. Pour être diffusée sur les radios, une version de 3 minutes amputée des solos d’harmonica et de guitare paraît en single aux États-Unis en avril 1968…

Voix de fausset, bourdonnement magique de l’harmonica et présence obsédante du luth indien provoquent une sensation de étrange de bien être à l’écoute des paroles évoquant le besoin et l’envie de voyager pour fuir les réalités de la vie quotidienne.

On the Road Again et une prestation au festival de Woodstock en août 69 consacrent mondialement Canned Heat et son blues mâtiné de boogie. La chanson se classe à la seizième place du Billboard américain et devient l’un des tubes de l’été 68 en Europe.


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Patrick BETAILLE, janvier 2024

Bill Haley – Rock Around the Clock

[Extrait]: Pas mal de controverses quant à savoir quelle a été la première chanson rock’n’roll jamais enregistrée. En 1991, après de nombreux et longs débats, le Rock and Roll Hall of Fame tranche en faveur de Rocket 88. Ce morceau a été enregistré le 5 mars 1951 par Jackie Brenston et Ike Turner au cours d’une session dans le studio du producteur Sam Phillips.
Ce dernier vend la chanson à Chess Records, qui l’édite en single en avril, sous le nom de Jackie Brenston & his Delta Cats. Publié le 5 mars 1951, Rocket 88 entre dans le classement rhythm & blues du Billboard à la fin du mois d’avril, atteint la première place en juin pour y rester cinq semaines consécutives. Saisissant l’opportunité, Bill Haley enregistre sa propre version en juillet avec son groupe The Saddlemen… 1953 sera un tournant pour le chanteur de Detroit qui abandonne la country and western pour se consacrer à un genre nouveau: le rockabilly. Changement de nom également pour les musiciens qui l’accompagnent ; dorénavant il s’agit de Bill Haley and His Comets…

Le 12 avril 1954, Bill et ses sept comètes entrent en studio et enregistrent Rock Around the Clock. Publié en mai en face B de Thirteen Women, le single passe tout d’abord inaperçu. Mais Jimmy De Knight, conseiller technique pour Blackboard Jungle [Graine de violence – NDLR], choisit ce titre comme chanson principale. Le film sort en mars 1955 et rencontre un succès considérable. Réédité en Face A dans la foulée, Rock Around the Clock entre dans le Billboard Hot 100 en mai, pour s’y installer numéro 1 des ventes aux États-Unis pendant 8 semaines…

En 2018 aux USA, elle sera sélectionnée par la Bibliothèque du Congrès pour être conservée dans le National Recording Registry, car elle est ″ elle est culturellement, historiquement et artistiquement significative ″.


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 Patrick BETAILLE, décembre 2023

Deep Purple – Hush

 

[Extrait]: Parmi les titres de Shades of Deep Purple, le premier album du groupe de hard rock britannique, figurent trois reprises dont Hush, une composition de Joe South (Cf Billy Joe Royal – Hush). Publié en même temps que le LP en juillet 1968, le single connaît un succès foudroyant aux Etats-Unis, grâce notamment à l’ambiance musicale à la fois pop et heavy élaborée à l’orgue par John Lord. Ce dernier qui était alors fasciné par le style et du son de Vanilla Fudge déclarait :  » J’ai commencé à faire ces trucs déjantés à l’orgue avec The Artwood et St. Valentine’s Day Massacre, mes groupes précédents. J’ai joué cette partition comme avec des congas. Le rythme de Hush ressemble plutôt à une samba. »
La chanson est l’une des préférées des fans. Mais Ian Gillan venu remplacer Rod Evans en 1969 ne voulait l’interpréter durant les concerts avec le Mark II de Deep Purple. Il a fallu attendre l’arrivée du guitariste Steve Morse en 1994 pour qu’elle soit intégrée dans les setlists…


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Aretha Franklin – Think

 

[Extrait]: S’il est une artiste qui mérite bien le surnom de ″ Queen of Soul ″, c’est bien Aretha Franklin. Originaire de Detroit, cette chanteuse à la technique et à la tessiture de voix surprenantes fera à jamais partie des figures emblématiques de la musique populaire à consonance soul, rythme and blues et gospel qu’elle pratiqua depuis l’âge de 12 ans.
A 19 ans, elle épouse l’auteur-compositeur-producteur-manager Ted White qui prend en charge sa carrière en 1961 et lui obtient un contrat avec Columbia, label sur lequel paraît un premier album de jazz et quelques singles grâce auxquels Aretha commence à se faire un nom…

En novembre 1966, son contrat pour Columbia expire. Aretha signe alors avec Atlantic Records et, en janvier 1967, elle se retrouve dans les studios Fame de Muscle Shoals en Alabama pour enregistrer l’album I Never Loved a Man the Way I Love You. Le 10 avril 1967, Atlantic commercialise un deuxième extrait de l’album, une reprise d’une chanson d’Otis Redding : Respect. Ce second 45-tours se hisse à la première place des charts R&B pendant 8 semaines. C’est le début d’une célébrité qui se solde par une vingtaine de disques d’or et classe 8 albums en tête des charts. En 1968, la Reine sort les albums Lady Soul et Aretha Now, portés par les tubes Chain of Fools, I Say a Little Prayer et surtout Think qui paraît en single le 2 mai 1968. Les paroles de cette chanson d’amour féministe trouve un écho immédiat…

Respect et Think deviennent rapidement la signature de l’interprète. Avec ces symboles de la lutte pour l’égalité et la liberté, cris de ralliement du mouvement pour les droits civiques et hymnes féministe, le phénomène Aretha Franklin est lancé…


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Patrick BETAILLE, décembre 2023

Ten Years After – I’m Going Home

 

Originaire de Nottingham au Royaume-Uni, ce groupe de blues rock est issu de la rencontre en 1964 du guitariste Alvin Lee et du multi-instrumentiste Leo Lyons. Rejoints trois ans plus tard par le batteur Ric Lee (sans lien de parenté avec Alvin) et le claviériste Chick Churchill, le quatuor adopte le nom de Ten Years After.
En jouant des classiques de blues et de rock, la formation devient vite populaire, au point d’être considérée comme l’une des meilleures du blues boom de la fin de la décennie et d’obtenir en 1967 un contrat avec Deram, filiale de DECCA Records. S’en suit un premier album éponyme sans grand retentissement. Par contre, les prestations scéniques de TYA drainent de plus en plus de public. La maison de disques décide donc que le prochain LP serait un live. Enregistré sur la scène d’un petit club de jazz du sud-ouest de Londres, Undead paraît le 10 août 1968. Il ne reprend aucun des titres du premier opus studio mais offre des jams jazzy à rallonge mettant en valeur la vitesse et la technique incroyables d’ Alvin Lee, avec en point d’orgue une version de I’m Going Home, publiée en 45 tours fin novembre. Composées par le guitariste, les paroles sans intérêt [elles racontent l’histoire d’un gars très content de rentrer chez lui pour retrouver sa femme – NDLR] ne sont que le prétexte à un long et éblouissant solo. Lee rend hommage à quelques-uns de ceux qui depuis ses 13 ans nourrissent son inspiration et ponctue son set d’extraits de Blue Suede Shoes (Carl Perkins), Baby, Please Don’t Go (Big Joe Williams) et Whole Lotta Shakin’ Goin’ On (popularisée par Jerry Lee Lewis). Soutenu par une section rythmique brillante, il se livre, avec sa Gibson 335, à une démonstration de swing, de fluidité et de virtuosité étonnants qui malheureusement ne suffiront pas à garantir le succès du single auprès d’un public alors friand du heavy rock de Cream et Led Zeppelin.
Tout change l’année suivante, le 17 août 1969. Au cours de son passage au festival de Woodstock, Ten years After interprète une version de 10 minutes de I’m Going Home. C’est la seule chanson issue de la performance du groupe qui peut être vue dans le film de 1970 car l’équipe technique rencontre des difficultés pour pouvoir enregistrer la totalité du show. Loué pour l’énergie et la rapidité de son solo de guitare, celui que l’on surnomme désormais ″ Captain Speedfingers ″ est élevé au rang de guitar hero.
I’m Going Home – Woodstock Performance paraît en 45 tours en France en octobre 1970 et fera partie de la bande originale du film de Cédric Klapisch sorti en 1994 : Le Péril Jeune.


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Patrick BETAILLE, décembre 2023

Tri Yann – La Belle Enchantée

 

[Extrait]: Pour l’illustrer le 22ème album de Tri Yann sorti le 15 avril 2016 , le graphiste Tanguy Jossic choisit un dessin du peintre sculpteur français Georges Lacombe. Un couple allongé, enlacé et nu, illustre la pochette. Madame est de dos. Une croupe féminine au su et au vu de tous ? Inconcevable ! La représentation de seins, de fesses et de sexes est un motif de blocage sur les sites de streaming. C’est ainsi que se justifie la société française Believe, l’un des leaders mondiaux de la distribution digitale. Contraint de revoir sa copie, Tri Yann doit rhabiller La Belle Enchantée qui  » étreint Yann et l’enlace « , mais désormais en costume de bain des années 1900!  » Nous n’en voulons pas à Believe – confie l’un des chanteurs, Jean Chocun – elle ne fait que se plier aux normes en vigueur sur le Net, imposées par des firmes comme Apple. L’on peut quand même s’interroger sur l’américanisation de l’Europe et du monde. Quelle pudibonderie stupide ! « . La version physique de l’album reste commercialisée avec sa pochette d’origine sur le label du groupe : Marzelle.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, novembre 2023