Screamin’ Jay Hawkins – Constipation Blues

Source Image: Wikimedia Commons

 

S’il est un original qui mérite une place toute particulière dans le Panthéon du Blues c’est bien Screamin’ Jay Hawkins. Déjà au cours de son enfance Jalacy Hawkins est en partie élevé par des indiens Blackfoot. Après le lycée, en 1945, il devient acteur-chanteur fantaisiste pour l’armée de l’air, exerce ses talents en Allemagne, au Japon et en Corée et se met même à pratiquer la boxe. En 1951 il est engagé comme pianiste chanteur dans un groupe de jazz et saisit l’opportunité de partir en tournée avec Fats Domino. En 1956, tout bascule. Il attire l’attention du public avec I put a Spell on you (eh oui, c’est de lui!) qui malgré la censure devient un énorme succès. Dès lors celui qui se targue de changer de maison de disque comme de chaussures peut donner libre cours à son goût prononcé pour la provocation et les délires en tous genres. Il invente pour la scène un personnage loufoque qui sort d’un cercueil vêtu d’une cape, manipule des gris-gris voodoo, joue avec des crânes et se livre à toutes sortes d’élucubrations. Un de ses délires musicaux les plus loufoques  reste sans conteste un titre de l’album What that is  qui parait en 1969. Constipation Blues – qui fera l’objet d’un duo avec Serge Gainsbourg – est un régal d’humour scatologique.

″ Mesdames et messieurs! La plupart des artistes ont écrit des chansons sur l’amour, les peines de cœur, la solitude, le chagrin, mais personne ne s’est exprimé à propos de la véritable douleur. Le groupe et moi même revenons à l’instant de l’hôpital où nous rendions visite à un homme atteint de ce mal. cette chanson s’appelle le Blues de la constipation. Umm – Ummmhhh – Oooh – Uh – Uh – Aaahh -Uoh – Ah! Faut qu’ça sorte! Faut qu’ça sorte! Aah! J’ai trop mal. Chaque fois que j’essaie j’y arrive pas! Faut qu’ça sorte! Waaaaoooh ! Cette douleur à l’intérieur, j’en peux plus! Faut qu’ça sorte! Splassh – Spshhh – C’est bon, je me sens bien! Splash! Flush! Phew – Phew – Phew! Ça va vachment mieux! ″. Avec le son et même sans odorama c’est encore mieux. La preuve! En sortant vous êtes priés de laisser cet endroit aussi propre que vous l’avez trouvé en entrant!

Ecouter:  Voodoo Jive, The Best Of Screamin’ Jay Hawkins. Une compilation Rhino essentielle. Screamin’ Jay Hawkins Live, un concert enregistré à l’Olympia en 1998; le constipé est on ne peut plus en forme et c’est son chant du cygne car il mourra deux ans après.

Patrick BETAILLE, juillet 2015

 

 

 

The Rolling Stones – Sticky Fingers

Rolling Stones, censure de Sticky Fingers

[Extrait]: Publié en avril 1971, Sticky Fingers marque l’entrée des Rolling Stones dans les seventies. C’est avec cet album que le groupe lance son propre label, Rolling Stones Records, mettant ainsi fin à sa collaboration avec Decca Records pour le Royaume-Uni, et London Records aux USA. Pour la première fois Mick Taylor est présent sur les 10 titres du disque et Mick Jagger est crédité sur certaines parties guitares. Première apparition également du désormais incontournable logo ″ Tongue and Lip ″. Chef-d’œuvre rock, triple platine et considéré comme le meilleur album de la longue carrière des Stones, Sticky Fingers se fait aussi remarquer par sa jaquette pour le moins originale. L’idée est d’Andy Warhol qui, pour la photo, fait appel à Billy Name. C’est Craig Braun qui est en charge de la partie technique du concept de la fermeture éclair. Mick Jagger insiste sur le fait que le zip doit être opérationnel et, qu’une fois actionné, il doit révéler ce à quoi l’on s’attend. Beaucoup de fans pensent que c’est à Mick Jagger qu’appartient la proéminence sous la braguette des jeans.
En fait non. Plusieurs figurants étaient présents lors des séances photos et c’est Joe Dallesandro, un acteur ami et probablement amant de Warhol, qui revendique le fait d’ avoir été sélectionné. Pour une fois, malgré le côté suggestif du visuel, la jaquette ne sera pas désavouée aux États-Unis, pas plus qu’en Grande-Bretagne. En 2003, la chaîne américaine Network VH1 attribue même à l’objet le titre de  » plus belle pochette de disque de tous les temps « . Seuls quelques distributeurs déplorent le fait que la fermeture éclair endommage les vinyles lors du stockage et de la manipulation. En Espagne par contre, la censure est appliquée et le jean zippé est remplacé par une boite de mélasse d’où émergent des doigts, évidemment gluants. Par la même occasion, Sister Morphine est banni de cette version hispanique. Pour cause d’incitation aux drogues, le titre est remplacé par une version live de Let it Rock, une composition de Chuck Berry. Olé !

Patrick BETAILLE, juillet 2015


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Datura4 – Demon Blues

 

Un nouveau combo composé de vétérans de la scène Rock australienne, confirme que traditionnellement les autochtones ont un goût prononcé pour le Rock généreux et efficace. Sur leur premier album, Datura4 égrène un large éventail d’influences stylistiques gravitant autour de ces sons durs et lourds qui ont fait les riches heures des seventies. Tout nouveaux et  tout chauds,  les 11 titres de ”Demon blues” égrènent Hard Rock, Boogie et Blues Rock agréablement efficaces. Dès L’ouverture du disque, Out with the tide, affiche la capacité du groupe à œuvrer dans ce style si souvent galvaudé. A la différence de certains excités du manche, Dom Mariani (guitare et chant) et Greg Hitchcock (Guitares) jouent le jeu sans en faire des tonnes tandis que le duo Warren Hall/Stu Loasby assure le job en offrant une assise rythmique sobre et parfaitement équilibrée. Malgré quelques variations Pop ou West Coast ce Demon Blues  semble plus que prometteur et devrait pleinement satisfaire les adeptes de Heavy Rock, les amateurs de Left Lane Cruisers ou Radio Moscow et ceux en mal de décrassage des cages à miel. Infos et extraits: Alive Records!

Patrick BETAILLE, juillet 2015

 
 

Syd Barret – Have you got it Yet?

 

Roger Keith Barrett, musicien britannique attiré par les extravagances du psychédélisme, fut avec David Gilmour l’un des membres fondateurs de Pink Floyd. De tempérament torturé et totalement instable Syd Barret, s’adonnait régulièrement aux substances hallucinogènes; au point d’être exclu du groupe en 1968 à cause entre autres de sa surconsommation de LSD. Il se lança alors dans une brève carrière solo tout en continuant de pratiquer la peinture, son autre drogue,  pour finalement se retirer du monde et vivre en reclus dans la banlieue de Cambridge jusqu’en 2006, date de sa mort à l’âge de 60 ans. Ce rare génie de la musque Pop aura droit cette année à un documentaire qui revient sur sa courte, mais non moins essentielle, carrière musicale. Have you got It yet? n’est pas le premier reportage consacré à l’artiste, loin s’en faut. Le film, attendu pour cet été ou début 2016, a vu sa réalisation confiée à Roddy Bogawa qui déclarait à son sujet : ″ Il est vraiment unique, il a une dimension intime que les autres docus lui étant consacrés n’ont pas su capter ″. Source: New Musical Express.

Patrick Betaille, juillet 2015

Sex Slaves – Thank God for Jack Daniel’s

 

We’re going out tonight, Me and my friends, All night long, Contagious, One more night,  Search & Destroy,  See you naked et Kiss me. La track list annonce la couleur de l’album sorti en 2005 avec un titre tout aussi révélateur: Bite your Tongue. Quand on sait que les auteurs enregistrent sous le nom de Sex Slaves on s’attend à trouver en bonne place ce bon vieux sticker Parental Advisory. Mêm’ pas! Comme quoi… Quoiqu’il en soit le trio Glam Punk de New York City ne fait pas dans la dentelle, c’est indéniable. Sur scène, leur terrain de jeu favori, ils s’attirent les grâces d’un public en attente de gros son et de high energy, parvenant même à capter l’attention de C.C. Deville (Poison), Gene Simmons (Kiss) et Lemmy Killmister de Mötorhead. Rien d’ étonnant quand on écoute Thank God for Jack Daniel’s. C’est primaire, puissant, carré, et de plus les paroles sont une ode au Tennessee Whiskey!

″ Un truc que j’ai appris sur la route: dans chaque ville se trouve un ami que je me dois de rencontrer. A Tuscan, Arizona, il m’attendait. Merci mon Dieu pour le Jack Daniel’s. Merci de m’avoir sauvé car la seule chose qui puisse me protéger du Diable c’est un verre de ce bon vieux breuvage du Tennessee. Barman sers m’en un bien tassé car avec les potes on a rien d’autre à faire que de mater les nanas et on va se mettre minables. Arrête moi si je me trompe. Tu penses que j’ai trop bu mais tu te goures. En fait ce sont les verres qui se vident trop vite. Y’a longtemps que j’avais pas vu la tronche de Jésus mais ce soir il est là, à côté de moi. Merci mon Dieu pour ce Jack Daniel’s. La seule chose qui puisse le surpasser c’est un autre verre de ce bon vieux breuvage du Tennessee, à l’oeil! ″.

Patrick BETAILLE, Juillet 2015

 

 

Left Lane Cruiser – Dirty Spiff Blues

Left Lane Cruiser Dirty Spiff Blues

Les gars de Left Lane Cruiser aime le blues, le boogie, les gros amplis et les pédales de distorsion. Voilà pour la musique. Question mode de vie, l’alcool, les femmes, les potes et la marijuana occupent chez eux une place prépondérante. Depuis leur premier album en 2007 ils ont établi leur fond de commerce sur ces fondamentaux et la recette fonctionne plutôt bien pour  Frederick Joe Evans qui tient la Slide et le batteur Brenn Beck. À vrai dire ce qui à l’origine était un duo devient aujourd’hui un trio. Beck ayant quitté la formation il a été remplacé aux drums par Pete Dio et un certain Joe Bent s’est vu confier le rôle de bassiste. Et ce qui devait arriver, arrive. Le groupe de l’Indiana reste fidèle au bon gros Blues du Mississipi dans sa version Garage la plus brute mais il se met à explorer de nouveaux horizons. Comparé au remarquable ”Bring Yo’ ass to the table” sorti en 2008 ”Dirty Spiff Blues”, septième album de la formation, affiche plus de structure, des compositions plus fournies et surtout un son énorme. Plus grand, plus fort, et plus sale voici donc un très bon opus qui ferait penser à du R.L Burnside sous amphétamines. Un vrai régal que ce Voodoo hillbilly punk-blues qui l’instar d’un Tres Borrachos a de quoi tenir vos voisins éveillés une bonne partie de la nuit.

Patrick BETAILLE, juin 2015

 

Blind Faith – Blind Faith

Clapton, Winwood censure Blind Faith

[Extrait]: Fin 1968, Cream et Traffic viennent de se dissoudre. Eric Clapton et Steve Winwood décident de travailler ensemble sur de nouvelles idées musicales. Ils font appel à Ginger Baker, lui aussi en congé de Cream et sont rejoins par Ric Grech qui vient de plaquer Family en pleine tournée. Ce beau monde se réunit chez Clapton dans le Surrey pour établir les bases de ce qui sera l’unique album du groupe Blind Faith. Six titres, 42 minutes de Rock teinté de Blues avec quelques joyaux dont Presence of the Lord et  Can’t find my way home

L’album sort en août 1969 et reçoit un accueil mitigé de la part d’un public probablement déçu par la brièveté de l’œuvre et un Do what you like masturbatoire de 15 minutes qui occupe les 2/3 de la face B. Le disque est de plus attaqué par la censure car la jaquette réalisée par le photographe Bob Seidemann représente une jeune fille pubère, à demi-nue, tenant une maquette d’avion qui à l’époque est perçue en tant que symbole phallique. Anéanti par ces déconvenues, Clapton plonge dans la déprime et la drogue, laissant sans suite une des œuvres majeures de l’histoire du Rock.

Patrick BETAILLE, juin 2015


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


La Femme – Le Podium

 

[Extrait]: Le groupe electro-punk La Femme est né en 2010 de la rencontre de deux copains originaires de Biarritz : Marlon Magnée et Sacha Got. Sans manager, ni producteur, la formation gère seule la promotion d’un EP qui paraît en 2011. Intitulé Le Podium, ce premier essai renferme Sur la Planche, le titre un temps captur(é) par Renault pour sa publicité. Le visuel du disque fait appel au célèbre tableau de Gustave Courbet : L’Origine du monde. Comme la toile du maître en son temps, la jaquette suscite de nombreuses réactions et finit par être censurée, notamment outre-Atlantique où le combo s’est bâti une solide réputation sur la scène électropop…

Les jambes écartées et le sexe impudique de l’œuvre se retrouvent cachés par un encart noir sur lequel on peut lire: ″ THIS IS NOT LA FEMME ACTUAL COVER BECAUSE IT GOT CENSURED ″. Le texte en anglais est écrit en blanc et comporte une belle faute lexicale : ″ CENSURED ″ au lieu de ″ CENSORED ″.

Patrick BETAILLE, mai 2015


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


The Pretty Reckless – Going to Hell

 

Attention! The Pretty Reckless: groupe rock US à chanteuse physiquement intelligente. Going to hell est leur deuxième album, réussi en tant que parfaite illustration de l’évolution musicale parfois radicale que peut connaître un groupe lorsqu’il arrive à maturité. On en arrive assez vite à oublier l’ex-actrice de la série Gossip Girl pour se concentrer sur la musique. Dans le genre gros rock alternatif, le groupe new-yorkais propose donc quelque chose d’ intéressant et bien léché. Miss Momsen et ses killers évoluent dans un univers à la fois musclé et sensuel, à la musicalité parfaitement millimétrée, comme en témoigne en ouverture le titre éponyme à la rythmique survitaminée. Provocateur et rugissant Going To Hell  lorgne allègrement du coté heavy metal et annonce la couleur de l’ensemble de l’album. The Pretty Reckless semble également avoir assimilé le fait que le vrai rock peut aussi s’illustrer par des titres plus soft. Waiting for a Friend, par exemple, apporte une teinte country alors que Blame me flirte avec le Folk Rock. House on a Hill par contre vient confirmer l’adage selon lequel tout disque qui envoie du lourd doit héberger sa ballade stillovingyounesque. C’est chose faite. Cela permet au passage d’apprécier des qualités vocales qui permettent à Taylor Momsen de se faire remarquer autrement que par la courbe de ses lombaires. Going to Hell ne restera probablement pas dans les annales mais dans l’immédiat il mérite une oreille quelque peu attentive.

Patrick BETAILLE, mai 2015

 

Manu Lanvin – Son(s) of the Blues

Manu Lanvin & Devil Blues1984, Denis boitille sous la pluie, à ses côtés François qui trimbale un sac à dos et une guitare. Cette acoustique accompagne les deux loosers sur les routes, dans les rue de Paris, dans le métro et dans un squat. Hormis le rôle non négligeable de l’instrument dans ”Marche à l’ombre”, le film, il faut noter que c’est sur le manche plusieurs fois refait de l’Ibanez en question que Manu Lanvin a plaqué ses premiers accords. Il avait une douzaine d’années et allait tomber tête la première dans le chaudron. Avec quatre opus à son actif  le guitariste chanteur  reste pourtant méconnu du grand public et ce malgré de remarquables collaborations avec Paul Personne, Neal Black ou son ami Calvin Russel. Les choses devraient changer car il est prévu qu’il fasse sous peu la première partie de notre Jojo national, mais là n’est pas le sujet. ”Son(s) of the Blues”, devrait en séduire plus d’un avec ses 12 titres qui viennent de là, qui viennent du Blues. En l’écoutant on se promène à Nashville, à la Nouvelle Orléans voir même au sud des Etats Unis, plus précisément dans le Mississippi. Les influences sont bien présentes et il arrive même que des touches jazzy ou rockabilly viennent épicer un ensemble sur lequel le Devil Blues, en tant que trio, assure plutôt bien. La voix rauque et grave de Manu colle parfaitement au genre et les compos, toutes originales, se voient parfois sublimées par des chorus plus qu’ habiles comme en témoigne le titre éponyme qui ouvre l’album à 100 à l’heure . Quant aux textes (dont trois en français), ils sont bien là pour attester de la sensibilité et des talents de compositeur de l’artiste. Ce cinquième essai est un très bon disque, essentiellement Blues Rock mais pas que, digne des grands noms de la discipline, et il prend toute sa dimension lorsqu’il est joué sur scène. C’est là que l’aisance et la sincérité prennent toute leur dimension; quand énergie et feeling sont dépensés sans compter pour communiquer avec le public.

Patrick BETAILLE, mai 2015