Buddy Guy – Ain’t Done With the Blues

 

La dernière apparition de Buddy Guy datait du 16 avril 2025 dans Sinners, le drame horrifico-surnaturel consacré au blues du Delta et à la fin duquel il incarnait le rôle de Preacher Boy. Même si musicalement il n’a plus rien à prouver, le dernier des Blues Giants persiste et signe avec un vingtième album studio: Ain’t Done with the Blues.  ″ Cet album parle de mon parcours et des gens qui m’ont tant appris ″ explique Buddy. ″ Muddy, Wolf, Walter, Sonny Boy, BB… tous m’ont demandé de défendre le blues. J’essaie de tenir cette promesse ″.

À bientôt 90 ans, Buddy Guy est non seulement toujours debout mais il confirme également que grâce à sa passion, sa détermination et son jeu il est capable d’honorer ses engagements en allant encore plus loin avec 18 titres imprégnées d’âme et d’histoire. Une célébration à laquelle sont invités quelques uns de ceux qui, plus souvent qu’à leur tour, ont rendu hommage à la Musique du Diable. Joe Walsh (How Blues is That), Christone ″ Kingfish ″ Ingram (Where U At), Peter Frampton (It Keeps me Young), Joe Bonamassa (Dry Stick) et les Blind Boys of Alabama (Jesus Loves the Sinners). Entre hommages à John Lee Hooker (Hooker Thing), Lightning Hopkins (One for Lightnin’) et BB KIng (The Blues Chase the Blues Away), entre shuffle, gospel, R&B, Chicago blues et hymne méditatif (I Don’t Forget), l’ensemble vibre d’un chant expressif et d’une intensité électrique dont le guitariste a le secret. Ain’t Done With The Blues n’est pas une promenade nostalgique, pas plus qu’un résumé de carrière. C’est juste la preuve que Buddy Guy n’en a pas fini avec le blues et qu’il reste un artiste essentiel devant lequel on ne peut que s’incliner.

Patrick BETAILLE, août 2025

Buddy Guy – The Blues Don’t Lie

 

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il a le sourire l’ami Buddy. En poche 4 Grammy Awards, 6 Blues Awards, 1 Billboard Century Awards obtenu en 1993 et le prix du Coup de cœur Blues décerné par l’Académie Charles-Cros en 2018. Un tel succès ne pouvait que laisser présager le meilleur pour ce récent album qui, 4 ans après The Blues is Still Alive and Well, concrétise le retour en studio du dernier blues giant. Ce témoignage arrive à point nommé,  65 ans après que Buddy arrive à Chicago dans un train en provenance de Baton Rouge avec juste quelques fringues et… sa guitare. Avec The Blues don’t Lie, l’âge aidant, le guitariste s’est assagit et joue la carte du calme et de la sérénité. Mais attention: sa guitare est toujours aussi propre, aérienne et musclée. Certains trouveront peut-être l’ensemble trop détendu, trop propre, voir même trop lissé. À ceux là je dis tout de go: ″ne venez pas piétiner ma zone de confort et allez voir du côté de Bigflo et Oli si j’y suis″. Cet album est avant tout, nostalgique, émouvant et sombre mais quand la stratocaster entre en scène, la fougue et l’énergie est au rendez-vous d’un genre dans lequel le guitariste excelle: transmettre avec subtilité et émotion ce qu’il ne peut traduire par les mots. Les ambiances sont variées. Invitée, l’icône du gospel Mavis Staples offre sa voix incomparable à We go back. James Taylor collabore harmonieusement à Follow the Money et Elvis Costello donne le ton sur ​​Symptoms of Love, un boogie lent aux accents ZZTopiens. De la partie également: Bobby Rush sur What’s Wrong with That, Jason Isbell sur un Gunsmoke Blues funky et Wenty Motten qui y va de ses vocalises sur House party. ″Je leur ai promis à tous – BB, Muddy, Sonny Boy! Tant que je serai là, je maintiendrai le blues en vie » disait Buddy Guy. Il tient sa promesse, une fois de plus, et The Blues Don’t Lie le prouve. À 86 ans et pour un trente-quatrième album c’est une putain de belle perf!

Patrick BETAILLE, octobre 2022

Theresa Needham – The Blues Godmother

 

Née McLaurin dans le Mississippi, Theresa a épousé Robert Needham et a déménagé à Chicago dans les années 40. En décembre 1949, elle a ouvert un club dans le sous-sol d’un immeuble au 4801 South Indiana Avenue, dans le sud de Chicago. Baptisé Theresa’s Lounge (parfois aussi appelé T’s Basement) l’endroit modeste avait pour vocation de proposer des concerts de blues au public, majoritairement noir, du quartier. Le talent des bluesmen et la qualité des jams sessions auxquelles participaient volontiers les musiciens, attiraient de plus en plus de monde. Rapidement, le bouche à oreille permit au Thersa’s Lounge d’acquérir une renommée mondiale. Outre Junior Wells et Buddy Guy qui faisaient pour ainsi dire partie des murs, d’autres pointures n’hésitaient pas à y faire une apparition au cours de leurs tournées. Ce fut le cas par exemple de Muddy Waters, Jimmy Rogers, Otis Spann, Little Walter, Otis Rush, ou encore Howlin’ Wolf. Dans les années 70, Earl Hooker et Junior Wells y ont même enregistré des sessions qui seront publiées dans les années 2000. En 1983, lorsque le propriétaire a refusé de renouveler le bail de Theresa Needham, le club a déménagé puis, a définitivement fermé ses portes trois ans après. La marraine du Chicago Blues est décédée en 1992, à l’âge de 80 ans. Elle a été intronisée à titre posthume au Blues Hall of Fame en 2001. Source et infos (en anglais): Theresa’s Lounge.

Photos: Marc Pokempner. De gauche à droite: Jam entre Sammy Lawhorn et John Primer. Theresa Needham, la taulière en fin de soirée. Junior Wells derrière le bar (il est armé!).

Patrick BETAILLE, juillet 2021

 

Buddy Guy – Blues is still alive and well

The Blues is still alive and well

 

Tout est dans le titre! Avec ce nouvel album Buddy Guy prouve, si besoin en était, qu’il est bien une légende vivante, le seul survivant de tous les géants du Blues depuis la mort de B.B. King en 2015. Déjà en 2010 dans Living Proof  il ouvrait en proclamant qu’il était ″74 years young″. aujourd’hui, à 81 ans  il dit simplement: ″a few good years is all I need right now″ (quelques bonnes années, c’est tout ce dont j’ai besoin en ce moment). Sur la pochette de Blues is still alive and well Buddy, tout sourire, pose avec sa Telecaster à pois devant le panneau de Lettsworth, sa ville natale en Louisiane. En arrière plan, une bicoque délabrée qui n’est pas sans rappeler celle McKinley Morganfield, alias Muddy Waters. Le décor est planté. L’ami Guy se sort les tripes, vocifère et distille des chorus ravageurs comme si sa vie en dépendait. 15 titres, plus d’une heure d’une musique qui nous rassure sur l’état de santé du Blues même si ici il est souvent question de vie et de mort. Étonnant! Étonnant et surprenant aussi. Sur ″You Did The CrimeMick Jagger joue de l’harmonica; vous ai-je dit que que Mick le lippu est un putain d’ harmoniciste? Non? Ben je vous le dit! Le troisième titre nous offre une tuerie au cours de laquelle Keith Richards et Jeff Beck, éternels disciples consciencieux, font parler la poudre: Cognac!

Buddy Guy – Born to Play Guitar

Buddy Guy, Born to play guitar

 

Buddy Guy est toujours là et bien là. A 80 balais, le dernier des Blues Giants depuis la disparition de B.B. King vient de remporter le Grammy Award du meilleur album Blues 2016 avec son 28ème album studio: Born to play guitar. Celui dont le jeu a inspiré Hendrix et sur les solos duquel Clapton s’est fait saigner les doigts, livre 14 titres qui, une fois de plus attestent de l’incontestable talent du guitariste. Une fois mis de côté les accents Pop du dispensable Crazy World on ne boude pas son plaisir à l’écoute du reste des compositions. Fioritures inattendues, balayages de cordes subtils, ballades acoustiques ou chorus ravageurs tout y est, y compris quelques invités de marque. Sur Wear you out, Billy Gibbons prête sa voix rauque pour un bon gros blues rock à la ZZ Top. Kim Wilson (Fabulous Thunderbirds), en pleine forme, apporte son harmonica sur Too late, un blues West Coast des plus dynamiques. Joss Stone pour un duo sympa sur Baby you got what it takes. Van Morrison lui participe à Flesh & bone, un hommage à B.B. King sous la forme d’une superbe ballade aux accents country/folk. Et puis il y a ces moments privilégiés. Buddy n’a pas son pareil quand il fait hurler sa strat sur des envolées bien musclées telles que Thick like Mississippi mud ou Smarter than I was. Alors bien sûr d’aucuns diront qu’il n’y a dans tout ça pas de quoi défriser Nelson Momfort... Fuck! La basse de Billy Cox et le solo de Wah Wah que Jimmy himself aurait approuvé c’est du mou de veau peut être? Non! 

Patrick BETAILLE, avril 2016