[Extrait]: Force It, cinquième opus de UFO, sort en juin 1975 sur Chrysalis Records. Comme son prédécesseur Phenomenom, il est produit par le bassiste de Ten Years After, Leo Lyons et enregistré à Londres avec Chick Churchill, lui aussi membre de TYA, aux claviers. La formation, qui à l’époque comporte entre autres Phil Mogg au chant et un certain Michael Schenker aux guitares, sera rejointe en 1977 par le regretté Paul Raymond. L’artwork de cet album, véritable catalogue de robinetterie pour salle de bain, est signée du collectif Hipgnosis. On y voit un couple en train de s’ébattre dans un baignoire. Chaude ambiance, mise en scène sans équivoque, titre ambigu, la pochette sera censurée aux Etats Unis. Malgré tout Force it rencontre un beau succès auprès du public et, pour la première fois, fait entrer les hard rockers anglais dans les charts US.
Patrick BETAILLE, mai 2019
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
L’histoire de Bishop Gunn commence en 2016 avec la parution EP de 5 titres sorti dans l’indifférence quasi générale, exception faite des quelques initiés qui avaient eu la chance de voir les pistoleros chevelus en première partie des concerts de Whiskey Myers, Lynyrd Skynyrd et Black Stone Cherry. Tout droit venu de Natchez dans le Mississippi, le quartet est résolument ancré dans un rock sudiste imprégné de Heavy Rock, de Soul, de Folk et de Blues. Travis McCready au chant, Drew Smithers à la guitare, Ben Lewis à la basse et Burne Sharp à la batterie nous offrent aujourd’hui leur premier album de 11 titres et autant le dire tout de suite, ça fait du bien par où ça passe. Voix éraillée, chorus flamboyants, harmonica crade à souhait, cuivres cinglants et parties de slide incisives, le tout enregistré au légendaire Muscle Shoals Sound Studio en Alabama, il n’en faut pas plus pour se laisser convaincre. Œuvre d’un jeune groupe déjà très mature, Natchez est un putain de bon disque! Même les morceaux mid tempo ou les ballades bluesy suintent d’énergie savamment contrôlée et de feeling chaleureusement communicatif. A consommer sans modération!
Pendant sa tournée 2017, Manu Lanvin et ses Devil Blues font un break en studio pour y enregistrer quelques reprises. Les trois jours prévus au départ se prolongent au point de donner naissance à un album complet. Enregistré en mode live du côté de Forges les Eaux, Grand Casino prouve, si besoin en était, que Manu maîtrise son sujet à la perfection. Entre compos originales et reprises, l’album est un véritable kaléidoscope Blues & Roll. Highway to hell d’AC/DC, Satisfactiondes Stones et Rock me baby de BB King revisités pour la circonstance débordent d’originalité pêchue. La version de Spoonful écrite par Willie Dixon, enregistrée en 1960 par Howlin’ Wolf et immortalisée par Cream, bénéficie ici de la présence poids lourd de Popa Chubby qui fait partie des invités. Accueillis également sur ce septième album, Beverly Jo Scott, Taj Mahal, et Paul Personne qui contribue au seul titre en français: Je suis le Diable. Si Blues Booze & Rock’n’Roll sorti en 2016 était l’album de la maturité, Grand Casino le confirme en ajoutant éloquence, énergie et plaisir, le tout diablement bien asséné par le power trio de choc: Devil Blues.
Bonne nouvelle! Brian Setzer (guitare, chant), Lee Rocker (contrebasse) et Slim Jim Phantom (batterie) sont de retour. La formation originale du légendaire trio qui, en traversant le désert musical des années 80, avait redonné au Rockabilly ses lettres de noblesse, revient après 26 ans d’absence discographique. 12 nouveaux titres viendront célébrer le 40ème anniversaire de la formation. Cerise sur la banane, une tournée mondiale qui passera par la France est d’ores et déjà planifiée. Avis aux amateurs de Creepers, de Gomina et surtout de zique qui fait sortir les bijoux de famille par les oreilles, les Stray Cats ressortiront leurs griffes lors des concerts prévus entre autres à l’American Tours Festival de Tours le 6 juillet, aux Eurockéennes de Belfort le 7 juillet et au Musilac Festival d’Aix-Les-Bains le 13 juillet! En attendant et pour se mettre dans l’ambiance, un extrait de l’album intitulé ″40″ à paraître en mai: Cat fight!
[Source Blues Web]: Joanna Connor voit le jour en 1962 du côté de Brooklin. Elle passe son enfance dans le Massachusetts et se retrouve très tôt baigné dans le Blues des albums de Taj Mahal et Jimi Hendrix que sa mère écoute à longueur de journée. Elle reçoit sa première guitare à 7 ans et adolescente elle forme plusieurs groupes à la High School qu’elle fréquente. Elle devient professionnelle en 1981, elle a 19 ans. En octobre 84 elle s’installe à Chicago et se retrouve au sein de The 43rd Street Blues Band, le groupe du guitariste Dion Payton. Joanna ravage littéralement les bars blues de la région avec ses solos de slide incendiaires et sa voix écorchée. Très vite sa réputation grandit allant jusqu’à la faire remarquer lors d’une prestation éblouissante quand elle assure derrière Payton pendant le concert au Chicago Blues Festival de 1987. Le signal est donné. La guitariste est prête et se sent capable de sillonner les Etats-Unis avec son propre groupe. Son premier album Believe It sort sur Blind Pig en 89 et un critique musical du Chicago Magazine décrit l’artiste comme ″ le nouveau talent le plus excitant de la scène blues ″. La même année, les lecteurs du magazine américain Guitar, la classent parmi les trois ″ leading female guitar players ″ de l’année reconnaissant en elle ″ the spirit of Freddy King ″. Elle reçoit également les félicitations de Buddy Guy, d’Otis Rush et de Jimmy Page. La dame enregistre ensuite plusieurs albums, notamment Living On The Road, Rock’n Roll Gipsy et Big Girl Blues. Sur Six String Stories paru en 2016, son style continue de s’affirmer sur des titres essentiellement Blues et Blues Rock, parfois teintés de Jazz mais toujours imprégnés de son jeu de slide guitar fulgurant. Alors bien sûr question physique et look vestimentaire nous sommes bien loin des canons guitaristiques à la Joanne Shaw Taylor ou Ana Popovic. Qu’importe! La Big Girl Blues n’a pas besoin de ça. Son talent a largement de quoi faire pâlir d’envie le haut du panier de la guitare au féminin. C’est sur scène, quand explosent une spontanéité, une énergie, une décontraction et une efficacité sans pareilles que Joanna Connor est inégalable, y compris lorsqu’elle s’exprime en petit comité lors d’une BBQ party. Hallucinant!
[Extrait]: ″Kick out the Jams motherfuckers or get off the stage″ (Envoie la sauce enfoiré ou barre toi de la scène!) C’est par ces mots que Rob Tyner (chant), accompagné des guitaristes Fred Sonic Smith et Wayne Kramer, avait pour habitude de harceler les groupes qui partageaient la scène avec lui. Régulièrement, la formation du Michigan se faisait arrêter pour violences, obscénités ou grossièretés; parfois même, les musiciens n’avaient même pas le temps de monter sur scène que le police était déjà à la manœuvre. Le premier album du MC5 sort en février 1969 sur le label Elektra. C’est un live enregistré les 30 et 31 octobre 1968 au Grand Ballroom de Detroit lors de la fête d’Halloween. Protopunk par excellence, ce disque comporte entre autres titres ravageurs Ramblin Rose, Rama Lama Fa Fa Fa et Starship. Figure aussi Kick out the jams qui donne son titre à l’album et qui devient l’objet de nombreuses polémiques, notamment avec la maison de disque qui d’emblée impose une version édulcorée sur laquelle ″ Motherfuckers ″ est remplacé par ″ Brothers’n’Sisters ″. Le terme ″fuck″, lui, reste présent sur l’intérieur de la pochette qui sera rapidement censurée. Pour ne rien arranger, le célèbre journaliste musical Lester Bangs, écrit dans Rolling Stone que le disque est ″ ridicule, ennuyeux et prétentieux ″. Dès lors, certains disquaires refusent de vendre l’album allant même jusqu’à menacer le label de stopper les ventes de tous ses artistes. Craignant pour la discographie des Doors, eux aussi au catalogue, Elektra prend la décision de se séparer du groupe. Brûlot live sans concession, Kick out the jams, marquera définitivement l’histoire de la musique rock. Les 8 titres rendent compte sans fioriture de la provocation, de la puissance et de la sauvagerie des prestations scéniques du Motor City 5, par ailleurs magnifiquement représentées sur la jaquette réalisée à partir de clichés du photographe Joel Brodsky. ″ And right now… right now… right now, it’s time to… kick out the jams, motherfuckers ″!
Cinquantenaire oblige, retour sur une année politiquement bouleversante, socialement agitée, culturellement créative et musicalement prolixe: 1969! Le Concorde décolle, De Gaulle démissionne, le Vietnam est en feu, Denis Hopper débarque au Festival de Cannes avec Easy Rider, la lune se fait piétiner, le sang coule en Irlande du Nord et Jack Kerouac disparaît. Mais pendant ce temps là…
… Le 12 janvier, parution du 1er album de Led Zeppelin. Page, Plant, Jones & Bonham brandissent les tables de la loi du Hard Rock. Le 30 janvier les Beatles donnent leur dernier concert sur le toit des locaux d’Apple à Londres.
Le 1er mars Jim Morrison est arrêté pour outrage public lors d’un concert à Miami. En avril, Bob Dylan avec Nashville Skyline et Neil Young avec Everybody Knows, réinventent la Country Music. À la même époque Joe Cocker convoque Page, Winwood et Stainton pour son With a little help from my friends.
Joli mois de mai avec le premier opéra rock des Who. Pete Townsend met en scène Tommy, un ado perturbé, sourd et aveugle qui devient champion de flipper. Crosby, Stills & Nash, eux, établissent les fondements d’un rock californien sur fond d’harmonies vocales et de guitares lyriques.
Le 1er juin The Jeff Beck Group publie Beck-Ola. Jeff improvise, Rod Stewart chante Elvis, Nicky Hopkins pianote et Ron Wood tient la basse. Le 3 juillet Brian Jones est retrouvé mort dans sa piscine et le 21, sur les ruines de Cream, Eric Clapton forme Blind Faith avec Steve Winwood, Ginger Baker et Ric Grech. Juillet c’est aussi la Soft Parade pour les Doors, l’album le plus atypique du groupe. Punk avant l’heure, Iggy Pop déballe ses outrances le 5 août à la tête des Stooges. 500.000 spectateurs, 3 morts (1 overdose, 1 accident de tracteur, 1 péritonite), 4 fausses couches, 2 naissances; c’est le bilan du festival de Woodstock qui a lieu du 15 au 18 août dans l’état de New York. Santana est sur scène avec un Soul Sacrifice mémorable qui figure sur l’album éponyme qui parait le 30 août.
Septembre: le 11, Janis Joplin en rupture d’avec Big Brother & the Holding Cie, revient avec son Kozmic Blues Band; frisson garanti! Le 22, un lundi, deuxième album de Robbie Robertson et ses potes canadiens: The Band. Le 26, John, Paul, George et Ringo traversent Abbey Road et livrent leur chant du cygne.
C’est en octobre que le Roi Pourpre est intronisé; le 10, Robert Fripp, Greg Lake & Ian McDonald sont In the Court Of the Crimson King. Le même jour Frank Zappa, sans les Mothers of Invention, sort Hot Rats, un album instrumental dans lequel rock et jazz sont en fusion. Le 22, Led Zeppelin revient avec un deuxième album; son whole Lotta Love orgiaque entre dans la légende. Le double Ummagumma de Pink Floyd sort le
Novembre! Creedence Clearwater Revival est au sommet de la créativité. A peine 3 mois après Green River et 10 mois après Bayou Country, John et Tom Fogerty servent un Willy and the Poor Boys éblouissant. Premier album et gros succès pour The Allman Brothers Band et son blues rock solidement imprégné des ambiances du sud. Grateful Dead sous LSD arrive dans les bacs le 10 novembre avec le psychédélique Live Dead. The Rolling Stones en sont déjà à leur huitième album avec le monumental Let it Bleed qui sort le 28 novembre; Live with me, Gimme Shelter, Midnight Rambler et Let it bleed, magiques! Que ça saigne! C’est bien ce qui va se passer le 6 décembre 1969 à Altamont. Au cours d’un concert qui rassemble plus de 300 000 personnes un adolescent noir de 18 ans, Meredith Hunter, est poignardé par un Hells Angels.
En 1969 j’ai 16 ans! j’ignore allègrement les Bee Gees et je découvre Jethro Tull qui fait un Stand Up au son d’une Bourée enchanteresse. Je n’oublie pas non plus ma totale incompréhension à l’écoute de Trout mask replica du Captain Beefhart ni mon intérêt pour le Good morning little school girl de Ten years After dont le I’m going home me laissera sur le cul un an plus tard lors de la projection de Woodstock, le film. Quant au disque du MC5, il n’a été sauvé de la vindicte paternelle destructrice qu’une fois prouvé qu’il m’avait été prêté par un mien ami. Kick out the jamsmotherfuckers brothers’n’sisters!
[Extrait]: Si Sgt. Peppers’, le White Album ou Abbey Road ont été longtemps ou toujours considérés en tant que grandes œuvres des Fab Four, il convient aujourd’hui de rendre justice à ce qui reste le vrai chambardement musical de leur prédécesseur. Revolver arrive durant l’été 1966 et avec lui la confirmation d’un changement radical dans la façon d’aborder la Pop Music. Déjà avec Rubber Soul en 1965, les Beatles se livrent à quelques expérimentations sonores avec notamment l’apparition du sitar dans Norwegian woodou du clavecin dans In My Life. C’en est fini des bluettes pour minettes pré-pubères et Revolver le confirme. Les Beatles sont en totale symbiose, bossent comme des dingues, font tomber les barrières et, sous acides, explorent de nouveaux horizons. Au sommet de leur art, John, Paul et George intellectualisent le propos, enrichissent les sonorités et produisent un fantastique kaléidoscope lyrique et musical qui culmine sur un Yellow Submarine déjanté, festif, saugrenu, et aussi psychédélique que le cover art de l’album. C’est Klaus Voormann qui conçoit la pochette avec un montage noir et blanc mélangeant dessin au trait et collage de photos des musiciens. Bassiste de son état, Voormann rejoint le groupe Manfred Mann de 1966 à 1969. Après la séparation des Beatles, il intègre le Plastic Ono Band de John Lennon et joue sur les albums respectifs de George Harrison et Ringo Starr. En tant qu’ illustrateur il travaillera également pour les Bee Gees, Spooky Tooth et plus récemment pour les norvégiens de Turbonegro.
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
Certes, la parodie de la jaquette du POWERAGE d’AC/DC pourrait donner envie à un cul de jatte de prendre ses jambes à son cou. Surtout pas! Tout est dans le titre. Contre toute attente, le maître incontesté du Gipsy Blues se livre à un exercice quelque peu inattendu. Le guitariste américain nous offre une relecture blues de la puissance de feu du combo australien et il offre à son interprétation acoustique des arpèges, de la slide, du Jazz et même parfois des accents hispanisants. La superposition de sa voix chaude façon Tom Waits à jeun, parfois accompagnée de chœurs féminins, de tambourin, de mandoline ou de violon, ajoute du feeling et du sublime à l’intensité de son jeu de guitare. Fallait oser! L’album s’ouvre sur un Hells bells superbement métamorphosé et se termine par un Ride On aux accents gospel. Entre les deux? Rock’n’roll damnation, Girls got rhythm, une sublime version jazzy de Have a drink on me, et unYou shook me all night long en version ballade brumeuse. Et puis il y a Beatin’ around the Bush, It’s a long way to the top, Sin city, Kicked in the teeth et bien sûr un Whole lotta Rosie survitaminé. Ce disque est une gageure incroyable, une énorme surprise, une bouffée d’air pur et une baffe dans la gueule qui prouve si besoin en était que Eric McFadden est un fabuleux guitariste au mieux de sa forme quand il assène le blue grass déjanté et techniquement époustouflant de Beatin’ around the bush!
[Extrait]: Au départ prévu pour s’intituler Working Title, puis Hello Stranger,le sixième album de Supertramp sort finalement en 1979 sous le nom de Breakfast in America. Malgré des différends personnels et musicaux de plus en plus lourds à gérer, Rick Davies et Roger Hodgson ont quand même trouvé un terrain d’entente quant à la trame du disque: Une critique de l’Amérique et du rêve américain (n’oublions pas qu’ils sont anglais!). C’est dans ce contexte que le designer Mike Doud conçoit avec humour et dérision le magnifique visuel de l’album. La pochette montre une vue de New York depuis le hublot d’un avion. La Statue de la Liberté est remplacée par Kate Murtagh habillée en serveuse rigolarde tenant un menu et un jus d’orange posé sur un plateau. A l’arrière plan, on distingue un Manhattan tout en pots de condiments, piles de tasses, soucoupes, nourriture, carafes, couverts et objets divers. Symboliquement la Grosse Pomme devient alors une vision cartoonesque d’une Amérique consumériste et superficielle. Grâce à des tubes tels que Take the long way home, Logical song, Goodbye strangeret bien sûrBreakfast in America…
Patrick BETAILLE, novembre 2018
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre: