Steve Hill – Hanging on a String

Steve Hill a passé des décennies à définir ce que signifie d’être un groupe de blues rock à lui tout seul. Hanging On A String est probablement un aboutissement. Faute de mieux, le canadien est considéré comme l’un des guitaristes les plus prolifiques au pays de Couillu le Caribou. Également chanteur, auteur, compositeur et homme orchestre, celui qui a commencé à jouer dans les bars à 16 ans et qui est devenu pro à 18 ans, est aujourd’hui une force musicale à ne surtout pas sous-estimer. Enregistré au Studio 606 de Dave Grohl et produit par Darrell Thorp (Foo Fighters, Radiohead), ce treizième album est aussi raffiné que brut. Il est de ce bois dont on fait les cabanes qui doivent résister aux assauts du temps. 8 rondins impeccables, bruts, taillés à la hache par le bucheron de service qui joue de tous les instruments. Du titre éponyme à la reprise du When the Music is Over des Doors, ce disque est un véritable assaut musical. Amateurs de sirop d’érable passez votre chemin. 

Patrick BETAILLE, novembre 2024

Andy Warhol – Sérigraphies

Andy Warhol

 

En 1967, Andy Warhol se fait remarquer en apposant son nom sur la pochette de The velvet Underground & Nico illustré par la désormais célébrissime Banane. Deux ans plus tard, nouveau coup d’éclat:  l’artiste est à l’origine du concept illustrant la pochette du Sticky Fingers des Rolling Stones. L’inoubliable fermeture éclair.

Figure de proue du mouvement Pop Art, c’est à partir de cette époque que Warhol atteint l’apogée de sa notoriété. Ses œuvres explorent la relation entre l’expression artistique et le culte de la célébrité. Il est désormais associé à un style immédiatement reconnaissable, dérivé de ses portraits sur lesquels il applique une technique qu’il utilisera pour ses œuvres les plus célèbres. Les artistes sont photographiés de près et en noir et blanc. Warhol redessine ou repeint sur des aplats en couleur certaines de leurs caractéristiques physiques et leurs traits sont réduits à l’essentiel. Le transfert sérigraphié sur toile met en valeur les yeux, les cheveux ou la bouche. Il suffit de s’arrêter un instant sur les pochettes des albums Love You Live des Stones (1977), Silk Electric de Diana Ross (1982), Aretha d’Aretha Franklin (1986) ou Menlove Ave de John Lennon (1986), pour comprendre le procédé qui consiste à offrir aux stars le statut d’icones. 

Patrick BETAILLE, novembre 2024

Warren Haynes – Million Voices Whisper

 

Warren Haynes est de retour et après neuf ans d’absence en studio, le guitariste de Gov’t Mule et de l’Allman Brothers Band affiche clairement sa volonté d’explorer de nouveaux horizons. Joués avec un groupe exceptionnel, les onze (14 en version Deluxe) titres de Million Voices Whisper établissent un équilibre subtil entre blues, funk et soul. Le disque débute par These Changes, co-écrit avec Derek Trucks. Tout en légèreté, le morceau brille d’un magnifique dialogue de guitares qui n’est pas sans rappeler l’époque où le duo dialoguait au sein des Allman Brothers. Day Of Reckoning offre des accents country à ce qui ressemble à un blues rock mené à plusieurs voix.  L’ambiance Muscle Shoals prend vraiment vie sur un Go Down Swinging tout de cuivres nourri. You Ain’t Above Me débute en blues lent et va crescendo vers un final au cours duquel Haynes livre un beau solo et se laisse aller en donnant une belle puissance à sa voix. This Life As We Know It impressionne par son côté enjoué et accrocheur. Retour de Derek Trucks sur une ballade chargée d’émotion avec Real, Real Love dans lequel Warren rend hommage à son ami défunt, Gregg Allman. Funky time now! Dans le genre, Lies, Lies, Lies se présente comme une jam époustouflante au cours de laquelle le travail à l’orgue de John Medeski est aussi lumineux que la partition du guitariste à la wah-wah. Quant à Kevin Scott, le bassiste et compère au sein de Gov’t Mule depuis 2023, il est monstrueux avec un groove et une finesse dignes d’un Jaco Pastorius! Incontestablement le grand moment de Million Voices Whisper qui s’achève sur Terrified et Hall Of Future Saints tout aussi funky et classieux, offrant quelque chose d’unique de la part de Warren Haynes qui maîtrise son sujet mieux que jamais. Son solo sur From Here On Out devrait convaincre les plus sceptiques.

Patrick BETAILLE, novembre 2024

Beth Hart – You Still Got Me

 

Depuis 2019 et son Tribute to Led Zeppelin en 2022, Beth Hart n’avait rien produit d’original.  2024 annonce donc le retour de la diva avec de nouvelles compostions sur l’album You Still Got Me. Si besoin en était, Madame prouve qu’elle est une excellente chanteuse mais aussi une musicienne/compositrice de haut vol. Elle nous offre 11 chansons, différentes dans leur style, mais qui mettent toujours en valeur une authenticité classieuse. Wanna Be Big Bad Johnny Cash tape dans le classic rock, et le Never Underestimate A Gal offre des teintes jazzy et Pimp Like That oscille entre calme et tempête. Plus intimes, Little Heartbreak girl, Wonderful World ou la superbe balade soft-jazz Drunk On Valentine et le titre éponyme You Still Got Me sont interprétés avec douceur, sensibilité et brio; piano, voix et production aux petits oignons occupent admirablement l’espace. Avec son ambiance bluesy ponctuée de pulsations et d’un solo de guitare remarquable, Don’t Call The Police semble tout droit sorti d’un thriller qui s’achèverait sur le Machine Gun Vibrato au rythme hypnotique sur lequel les vocalises évoluent dans plusieurs registres.

Les fans de la screameuse Beth Hart en mode blues rock viscéral (avec Joe Bonamassa notamment) risquent d’être un peu désorientés par cet assemblage. Qu’ils se rassurent. Suga N My Bowl remet les pendules à l’heure avec Eric Gale et surtout, You Still Got Me ouvre sur ce Savior With A Razor qui vous ferait sortir les c******* par les oreilles en associant la puissance vocale aux riffs lourdement ciselés de maitre Slash.

Patrick BETAILLE, octobre 2024

MC5 – Heavy Lifting

 

Malgré les apparences, Heavy Lifting n’est pas un album de MC5. Enfin si, mais là non, ou du moins pas vraiment. C’est en réalité le chant du cygne de Wayne Kramer, guitariste et auteur-compositeur du groupe proto-punk de Detroit fondé à son initiative en 1964. Soixante ans plus tard, quand le projet d’album a vu le jour, les seuls membres du groupe originel encore vivants étaient Kramer et le batteur Dennis Thompson. C’est donc avec un sentiment bizarre que l’on réalise que ce quatrième album officiel voit le jour alors que Kramer et Thompson sont tous deux décédés en 2024. Wayne en février et Dennis en mai. Bien que Thompson soit aux drums sur deux morceaux, et que Kramer soit aux commandes en écrivant 12 des 13 morceaux, la question se pose. Célébration fantomatique? Oui et non ou alors peut-être, faut voir quoi.

Ce n’est pas surprenant, Heavy Lifting est musicalement très différent de ce que le Motor City Five a gravé sur Kick Out the Jams en 1969, Back in the USA en 1970 ou le High Time de 1971 et dans les faits, la set list se rapproche d’avantage de ce que Wayne Kramer a offert en solo au cours des années 90, pas tout à fait ou presque. À ceci près que notre guitar hero parvient à réaffirmer son statut de vétéran du proto-punk avec de bons morceaux et une dose conséquente d’arrogance, hélas mise à mal par un son trop formaté années 80. C’est Bob Erzin (Kiss, Alice Cooper, Pink Floyd, etc.) qui est aux commandes d’une production tapageuse beaucoup trop clinquante qui sied mal à la folie et à l’énergie brutale planquées dans nos mémoires auditives. Des invités de marque (Slash, Tom Morello, Vernon Reid et Tim McIlrath) apportent leur contribution à un album somme toute intéressant qui peut être considéré comme l’œuvre finale d’un combo, certes assagi, qui n’a jamais fait de concession à la scène rock et qui y revient pour lever le rideau sur un dernier acte qu’il ne faudrait surtout pas mésestimer. Ça c’est sûr!

Patrick BETAILLE, octobre 2024

The Dead Daisies – Light ’Em Up

 

Après avoir tenu le micro au sein du groupe australien de 2015 à fin 2018, John Corabi revient en tant que frontman remplacer au chant Glen Hughes parti batifoler chez Black Country Communion. Le septième album studio des Dead Daisies marque donc une nouvelle étape dans la carrière de ce supergroupe qui, au fil des années, a connu bon nombre de changements de line-up. Aujourd’hui c’est un quintet affuté qui vient promouvoir un heavy rock haut de gamme. Doug Aldrich anciennement guitariste de Whitesnake, David Lowy le guitare rythmique membre fondateur du groupe, Michael Devin – lui aussi un ex-Whitesnake – à la basse et Tommy Clufetos, un des anciens batteur de Black Sabbath, accompagnent le retour de l’ex-chanteur de Mötley Crüe. La voix puissante de Corabi colle efficacement à un registre somme toute assez classique mais bougrement efficace puisque soutenu par la virtuosité de Aldrich, la maîtrise de Lowy et une rhythmique solide. C’est exactement ce que l’on ressent à l’écoute du premier skud, celui qui offre son titre à l’album: Light ‘Em Up [allumez-les ! – NDLR]. Il en va de même pour les morceaux suivants avec une mention particulière pour I Wanna be your Bitch ou I’m Gonna Ride qui semblent tout droit sortis du répertoire AC/DC et un Take a Long Line basique mais terriblement badass. En neuvième position un dispensable Love That’ll Never Be, une ballade aux sonorités très eighties bienvenue pour le repos des cages à miel après un décrassage zélé. Take my Soul parachève l’ensemble avec un mid tempo atmosphérique qui connait une accélération au cours de la quelle Doug Alrich renoue avec son passé Whitesnake. Mission accomplie pour les Dead Daisies. Light ‘Em Up est puissant sans être outrancier, traditionnel sans être rétro, mature, sans concession, tout simplement simple et réjouissant.

Patrick BETAILLE, octobre 2024

David Gilmour – Luck and Strange

 

Luck and Strange n’est pas un disque. C’est un joyau! Un joyau qui brille de neuf feux éclatants de sensibilité et d’élégance. Confinement, tournées, querelles avec Roger Waters, vente de ses 120 guitares, voilà 9 ans que David Gilmour n’avait pas donné suite à Rattle That Lock son précédent disque. Tout le monde pensait que l’ex-guitariste du Floyd était en train de jouir d’une retraite bien méritée. C’est peut-être le cas mais une chose est sûre c’est bien dans la sérénité que baigne ce nouvel album solo. D’emblée, Black Cat, un instrumental concis au style aérien, prend aux tripes de la nostalgie. Avec Luck and Strange et son ambiance bluesy, le guitariste qui n’a pas perdu la main semble en apesanteur. Démarrage tout en douceur de The Piper’s Call qui progresse lentement pour finir noyé dans un jeu de 6 cordes élégantes et lyriques. La voix de David atteint des sommets de sensualité dans un Single Spark où violons et guitare s’unissent harmonieusement. Vita Brevis, bref instrumental annonciateur de l’étonnant et viscéral Between Two Points porté par la voix magnifiquement éthérée de Romany Gilmour, la fifille à son papa. Transe assurée pour un funky et déconcertant Dark and Velvet Nights dans lequel claviers et guitares en disent tant. Arrangements et production irréprochables pour un Sings qui n’invente rien et c’est tant mieux. L’album dans sa version non augmentée, se referme sur Scattered. 7:30 extatiques qui débutent avec un clin d’œil aux battements de cœur qui ouvre Dark Side of The Moon (Speak to Me) mais aussi à l’intro de Meddle (Echoes). En quelques secondes, on sait. C’est franchement floydien mais on s’en fout. Mélodie imparable, guitare hispanisante, cordes, piano, timbre de voix et ce solo du maître qui vous transperce comme au bon vieux temps de Comfortably Numb. Oui c’est beau à ce point. Luck and Strange est, dans son intention, sa conception et son exécution, le meilleur album solo d’un artiste de 78 balais qui nous offre une approche presque expérimentale, mélangeant émotion et pics musicaux prégnants dont on se repait à l’envie.

Patrick BETAILLE, septembre 2024

The Georgia Thunderbolts – Rise Above It All

 

The Georgia Thunderbolts avaient débarqué sur la scène rock en 2021 avec un premier album: Can We Get A Witness paru en octobre. Saluée à l’époque par la critique et une bonne partie du public en manque de Lynyrd Skynnyrd et autres Outlaws, la formation originaire de Géorgie est de retour avec Rise Above It All. Ce deuxième album continue d’entretenir l’héritage sudiste et ses codes immuables tout en explorant de nouveaux horizons. Les compositions sont abouties, les guitares tenaces et harmonieuses, la rythmique robuste et les vocalises de TJ Lyle occupent l’espace avec une passion révélatrice qui n’est avare, ni de testostérone, ni de feeling et surtout pas de puissance. Avec ses treize titres, Rise Above It All prouve que le southern rock – même en mode country et mid tempo – a encore de beaux jours devant lui, a fortiori quand il devient l’apanage d’un groupe épanoui qui revendique ses racines via une énergie créative et efficace. Une chose est sûre, il ne faut surtout pas se focaliser sur un cover art hideux-qui-pique-les-yeux pour savourer une musique de qualité à ranger pas loin de Black Stone Cherry et Blackberry Smoke. Rock’n’roll motherfuckers!

Patrick BETAILLE, août 2024

Blues Pills – Birthday

 

 

 

Tournées incessantes, cela faisait 4 ans que la formation suédoise ne nous avait pas gratifié d’une production studio. Flashback. Blues Pills est né de la rencontre. Celle de Zack Anderson (basse) et Cory Berry (batterie) du groupe Radio Moscou avec la chanteuse Elin Larsson. Un premier album éponyme gorgé de hard/psyché sort en 2014. Deux ans plus tard, plus sophistiqué, plus pop rock et teinté soul, Lady in Gold obtient l’adhésion du public. Retour aux sources en 2020 avec un Holy Moly au blues rock fougueux, flamboyant et surtout très convaincant. Bien avisé celui qui aurait pu parier sur ce qu’allait offrir la quatuor avec ce quatrième album. Birthday est une fois de plus différent de ce qui a nourri la notoriété du groupe. Musicalement, ce qui est frappant à la première écoute c’est que sont privilégiées les lignes mélodiques, harmoniques et rythmiques du rock, le tout dans une ambiance pop. À n’en pas douter, les fans de rock énervé risquent de passer leur chemin en accordant toutefois un accessit aux trois premiers titres. Birthday, D’ont you Love it et Bad Choices, tous trois bien campés dans un classic rock énergique. Peut-être s’attarderont ils un moment sur le mid tempo de Piggyback Ride et Holding Me Back ou le bluesy Shadows et son ambiance garage, mais, en prétendant que ces compos n’apportent pas grand chose de neuf.  Une chose est sûre, la complainte heavy I Don’t Wanna Get Back on that Horse Again ne va pas leur friser les poils de la guitare. Pas plus que Top of the Sky, Like a Drug, Somebody Better et What has this Life Done to You, des ballades douceâtres qu’ils s’empresseront de qualifier de ″ housewife music ″. Fadaises et billevesées que tout ceci comme aurait dit Maître Capello en remettant 100 francs dans le nourrain.  Bien qu’assez éloigné des disques précédents, Birthday est admirablement bien ficelé et pas un seul des 11 titres n’est réellement dissonant. Les compositions, chacune dans leur genre, sont d’une rare efficacité et le chant magnifique est en tous points d’une perfection rare [Elin Larsson est enceinte, ceci expliquant cela? – NDLR]. Montez le son, go wild, et faites-le écouter à ceux qui vous sont chers.

Patrick BETAILLE, août 2024

Black Country Communion – V

 

Beaucoup en 2010 – et j’en faisais partie – ne donnaient pas cher de cette réunion au sommet, et ce, malgré le plaisir indéniable suscité par un premier album éponyme: Black Country Communion.  D’autres productions plus qu’honorables ont suivi: Black Country Communion 2 l’année suivante et Afterglow en 2012. Cinq ans de silence. Il y avait matière à penser – et je le pensais – que c’en était fini de cette association haut de gamme et qu’il était temps d’aller voir ailleurs si le classic rock était toujours d’actualité. Arrive pourtant une quatrième invitation intitulée BCCIV et bourrée d’alchimie palpable entre des joueurs aguerris et talentueux.

Du coup, sept ans plus tard, la curiosité – et curieux je suis – était de mise vis à vis de V le cinquième opus du super groupe. La formation allait-elle confirmer la réussite du précédent ou se satisfaire d’un heavy rock alimentaire? Franchement, ça valait le coup d’attendre. En 10 titres, Glenn Hughes (bass & vocals), Derek Sherinian (keyboards), Jason Bonham (drums) et Joe Bonamassa (guitars) nous offrent ce qui se fait de mieux dans le genre. Les compositions sont accrocheuses, soignées et n’ont aucun mal à se démarquer des platitudes habituelles. Au chant, Glen Hughes brille par sa puissance et son feeling. Les guitares rhythmiques et solos de Joe Bonamassa sont incandescentes. Bohnam la joue simple et efficace et les nappages aériens des claviers de Sherinian assurent à merveille la cohésion de l’ensemble. Le quatuor est au mieux de sa forme et assurément V peut être considéré comme une démonstration classieuse et recommandable nous invitant à rêver que l’aventure puisse continuer. 

Patrick BETAILLE, juillet 2024