Joël Gruau – The Guitar Tank

Joël Gruau, The Guitar Tank

Pour moi la musique est indissociable de la moto, toutes deux me procurent le même sentiment de liberté. Voilà déjà belle lurette que Joël Gruau a fait sienne cette maxime de Francis Zegut. Chez les Gruau le travail du bois relève de la tradition familiale. Pas étonnant que le petit dernier soit très tôt imprégné des exhalaisons de sciure et de copeaux en provenance de la menuiserie. En grandissant, Joël découvre la musique et se passionne pour le Blues Boom anglais, à l’époque accompagné d’un terrible virus identifié sous l’appellation de Motocycletum Vrombitus. Bsa, Norton et autres Velocette font désormais partie d’un quotidien infectieux qui se traduit chez l’adolescent par de fortes démangeaisons au niveau de la guitare. Ce  n’est que bien plus tard, et grâce à l’absorption de doses massive de rêves, de passion et de délires, que la rémission s’installera. Devenu luthier, Joël Gruau exerce aujourd’hui son talent au travers d’un art pour le moins particulier. Il a fait sienne l’union technique, à priori improbable, entre moto et musique. Entre ses mains le moindre bidon d’huile ou de dégrippant devient un Ukulélé ou un Bidonlélé et des réservoirs de Norton, d’ Enfield, de Terrot ou de Trophy connaissent une deuxième vie sous la forme de guitares ou de basses. Même si à l’occasion des emballages de Jack Daniel’s, de biscuits, de cigares, ou de bonbons, se voient dotés de pouvoirs résonnants ne vous y trompez pas; l’ Artiste, non content de concevoir, réparer, restaurer ou régler tout ce qui en pince pour les cordes, excelle aussi dans la facture d’instruments disons plus classiques. Il a réalisé sa première Les Paul en 1989, sa SG en 92 et il conçoit encore et toujours dobros, basses et autres acoustiques, guitares de jazz manouche comprises. Qu’ils soient bidons, réservoirs, imaginés ou inspirés de l’histoire tous les projets sont menés au fil de l’impulsion créatrice et/ou de la demande des clients, qu’ils soient amateurs, professionnels ou simples collectionneurs. Pour la petite histoire… Jacob Desvarieus de Kassav possède la Bidon Castrol GTX; la Cavaquino Yacco et la basse bidon une corde ont été commandés par Yvan Talbot et Johnny Depp s’est vu offrir un Bidonlélé Esso acheté dans l’atelier de Villeneuve St Georges où même Frank Margerin est à l’honneur. Avec la Lucien, magnifique résé de Sportster dédicacé, Monsieur Gruau fait coup double car il rend hommage au dessinateur tout en gardant le contact avec le monde de la moto. Un bon moyen de compenser car Il faut dire que son quotidien et les projets à venir (une guitare à partir d’ une roue rayonnée de mini moto) ne lui laissent guère le temps de sortir son 500 Bullet.  Vous êtes sur la réserve? Faite le plein de notes sur le site de ce créateur de génie. Ici vous trouverez l’accord parfait, notamment en parcourant les étapes de fabrication de ces instruments exceptionnels.

Philippe Dubreuille – Magicien de la 6 cordes

Philippe Dubreuille dans son atelierBien que banale l’histoire de Philippe Dubreuille est somme toute bien belle. Comme beaucoup d’adolescents il écoute de la musique en rêvant de devenir une Rock Star et passe des heures à s’écorcher les doigts sur le manche d’une guitare. Un beau jour il égare l’instrument en question et profite du fait que son oncle possède un atelier de menuiserie en Haute Savoie pour se lancer dans la fabrication de son propre modèle.  Non seulement il y parvient mais il suscite également intérêt et admiration auprès quelques potes pour qui il se lance dans la réalisation de modèles personnalisés. Il n’en faut pas plus! De fil en aiguille (ou plutôt de cordes en micros. NDLR)  il bosse dans des magasins de musique en Suisse, puis en Angleterre et décide finalement de monter son propre atelier à partir duquel il se bâti une solide réputation. Rien d’étonnant quand on sait qu’ il lui arrive même de créer des instruments dotés de cordes harmoniques. Le talent de ce luthier autodidacte  séduit et attire musiciens et artistes qui, de plus en plus nombreux, font appel à lui  pour concevoir, customiser ou réparer leurs instruments, et ce, même quand l’opération relève du miracle comme lorsqu’il s’agit de redonner vie à la Telecaster en piteux état de Wilko Johnson . Depuis 2000, le Français désormais installé à Londres, est propriétaire  d’un atelier dans le West End. L’endroit est à la musique ce que Carnaby Street est à la mode. Surnommé ”Tin Pan Alley”, ce sanctuaire de l’ instrument de musique à vu défiler en son temps Stones,  Beatles et autres Kinks qui venaient s’y approvisionner. Autres temps, autres mœurs… Aujourd’hui c’est Prince, ZZ Top, Aerosmith, Ben Harper, Jim Jones Revue, Joe Bonamassa et bien d’autres qui fréquentent les lieux; plus particulièrement le 25 Denmark Street qui est l’antre de Philippe Dubreuille. Une visite s’impose et c’est Ici!

PB, janvier 2014