Klaus Voormann – le Revolver des Beatles

Klaus Voormann Revolver Cover

[Extrait]: Si Sgt. Peppers’, le White Album ou Abbey Road ont été longtemps ou toujours considérés en tant que grandes œuvres des Fab Four, il convient aujourd’hui de rendre justice à ce qui reste le vrai chambardement musical de leur prédécesseur. Revolver arrive durant l’été 1966 et avec lui la confirmation d’un changement radical  dans la façon d’aborder la Pop Music. Déjà avec Rubber Soul en 1965, les Beatles se livrent à quelques expérimentations sonores avec notamment l’apparition du sitar dans Norwegian wood ou du clavecin dans In My Life. C’en est fini des bluettes pour minettes pré-pubères et Revolver le confirme. Les Beatles sont en totale symbiose, bossent comme des dingues, font tomber les barrières et, sous acides, explorent de nouveaux horizons. Au sommet de leur art, John, Paul et George intellectualisent le propos, enrichissent les sonorités et produisent un fantastique kaléidoscope lyrique et musical qui culmine sur un Yellow Submarine déjanté, festif, saugrenu, et aussi psychédélique que le cover art de l’album. C’est Klaus Voormann qui conçoit la pochette avec un montage noir et blanc mélangeant dessin au trait et collage de photos des musiciens. Bassiste de son état, Voormann rejoint le groupe Manfred Mann de 1966 à 1969. Après la séparation des Beatles, il intègre le Plastic Ono Band de John Lennon et joue sur les albums respectifs de George Harrison et Ringo Starr. En tant qu’ illustrateur il travaillera également pour les Bee Gees, Spooky Tooth et plus récemment pour les norvégiens de Turbonegro.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, novembre 2018

Gerald Scarfe – The Wall

Gerald Scarfe The Wall Cover Art
© Gerald Scarfe – The Wall

 

[Extrait]: Dessinateur et caricaturiste anglais, Gerald Scarfe est surtout connu pour avoir travaillé avec Pink Floyd sur le concept album avec l’éblouissante Screming Head, sur la scénographie des concerts et sur le film d’Alan Parker: The Wall. C’est lui en effet qui a réalisé les dessins ayant servi de base au projet artistique du cover art de l’album et aux animations du long métrage. En tant que caricaturiste et illustrateur, Scarfe travaille surtout pour le New Yorker et le Sunday Times dont l’édition du 27 janvier 2013 lui valent quelques soucis de la part des organisations juives. En effet, là aussi de mur il est question. A l’époque le Sunday Times publie une caricature représentant le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou construisant un mur avec le sang et le corps des Palestiniens et légendée: ″ Élections israéliennes – Va-t-on continuer à cimenter la paix? ″. A l’occasion l’artiste ne manque pas non plus de s’en prendre à Donald Trump à qui il voue une haine féroce, notamment quand il fait dire au Président des USA: ″ We are going to make America Hate again ″ (nous allons à nouveau faire haïr l’Amérique)!

 

Donald Trump by Gerald Scarfe
© Gerald Scarfe

retrouver Gerald scarfe dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Robert Johnson & Tom Wilson – King of the Delta Blues Singers

 

[Extrait]: Mort dans des circonstances non élucidées, Robert Johnson a rejoint le Club 27 en 1938. La musique jouée par ce natif du Mississippi est bien loin des standards habituels. C’est un Blues sans fioritures aucune, juste quelques notes de guitare acoustique qui accompagnent une mélopée à la fois aiguë et éraillée. Surprenant à la première écoute, le style de l’interprète plonge l’auditeur dans l’ univers d’un Blues des origines qui clame les peines, les joies et les espoirs des esclaves noirs n’ayant pour horizon que les champs de coton du Delta. Pendant sa courte carrière Robert Johnson n’enregistre que 29 titres dont plusieurs furent repris plus tard et aujourd’hui encore par de nombreux interprètes. Parmi les plus célèbres, Cream, Led Zeppelin, The Blues Brothers, Eric Clapton, The Rolling Stones, etc… Keith Richards raconte d’ailleurs qu’en 1962, lorsqu’il entend pour la première fois un disque de Robert Johnson chez Brian Jones, il lui demande: ″ Qui est-ce? ″ Jones répond que c’est Robert Johnson, un obscur chanteur/guitariste de blues. Keith insiste : ″ Ok! mais qui est cet autre type qui joue de la guitare avec lui ? ″ Jones lui explique qu’il n’y a pas de second guitariste et que Johnson joue seul. Et Keith de s’exclamer: ″ Wow! Ce type doit avoir deux cerveaux ! ″ Le travail du bluesman ayant été gravé à l’époque en 78 tours, il va sans dire que sa discographie se limite à des compilations techniquement remises au goût du jour et régulièrement rééditées. La totalité des témoignages musicaux récupérés depuis son décès sont disponibles sur double CD et coffret parus en 1990 et 1996: Robert Johnson – The Complete Recordings. Avant cela Columbia publie deux albums contenant 16 titres chacun: King of the Delta Blues Singers en 1961 et King of the Delta Blues Singers, Vol. IIen 1970. Cette dernière édition est tout à fait remarquable notamment par son covert art expressif. Figure au bas de l’image la mention: Robert Johnson first records in a makeshift studio in a San Antonio hotel room – November, 1936 (Premiers enregistrements de Robert Johnson en studio improvisé dans une chambre d’hotel à San Antonio en novembre 1936. NDLR). Le trait, les couleurs, le décor et les personnages traduisent à merveille l’ambiance des conditions spartiates des séances et la solitude de l’artiste qui joue face au mur. En un seul tableau l’auteur de cette oeuvre arrive à exprimer toute la profondeur et la désespérance de la Musique du Diable. Sur les annotations, ce travail exceptionnel est attribué à Tom Wilson. Malgré des recherches assidues, il semble impossible d’en savoir plus sur cet artiste et le seul moyen d’apprécier la splendeur de cette oeuvre dans son intégralité reste la juxtaposition du recto avec l’autre partie du dessin figurant à l’intérieur de la pochette. Dont acte!

Patrick BETAILLE, novembre 2018


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


 

Mike Doud – Physical Graffiti

Mike Doud Physical Graffiti

[Extrait]: Avant de réaliser en 1979 la pochette de l’album Breakfast in America de Supertramp, Mike Doud avait acquis ses lettres de noblesse grâce à sa contribution au cover art de Physical Graffiti, sixième opus de Led Zeppelin. En 1975, l’artiste conçoit une jaquette ludique représentant deux immeubles du New York’s East Village. Selon l’orientation donnée aux enveloppes intérieures du double album, des figurines apparaissent aux fenêtres découpées. Ainsi il est possible de voir passer Elizabeth Taylor, Cléopâtre, Marcel Duchamp, Marlene Dietrich, Laurel & Hardy, Jerry Lee Lewis, King Kong, la Vierge Marie, ou encore le couronnement d’Elizabeth II ou le Magicien d’Oz. Peter Grant et les membres du Zep occupent aussi la place, sauf si l’on privilégie l’insert contenant les titres de l’album en lettres rouges… La version vinyle reste l’une des plus originales dans la discographie du dirigeable et en tous cas à l’époque la plus chère à mettre en œuvre. L’immeuble quant à lui est toujours debout, il se situe à New York au 97 St Mark’s Place. On y va? Au sous sol il y a désormais un magasin de fringues qui a pour enseigne… Physical Graffiti!

Patrick BETAILLE, novembre 2018


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Mike Doud – Breakfast in America

Mike Doud Breakfast in America

[Extrait]: Au départ prévu pour s’intituler Working Title, puis Hello Stranger, le sixième album de Supertramp sort finalement en 1979 sous le nom de Breakfast in America. Malgré des différends personnels et musicaux de plus en plus lourds à gérer, Rick Davies et Roger Hodgson ont quand même trouvé un terrain d’entente quant à la trame du disque: Une critique de l’Amérique et du rêve américain (n’oublions pas qu’ils sont anglais!). C’est dans ce contexte que le designer Mike Doud conçoit avec humour et dérision le magnifique visuel de l’album. La pochette montre une vue de New York depuis le hublot d’un avion. La Statue de la Liberté est remplacée par Kate Murtagh habillée en serveuse rigolarde tenant un menu et un jus d’orange posé sur un plateau. A l’arrière plan, on distingue un Manhattan tout en pots de condiments, piles de tasses, soucoupes, nourriture, carafes, couverts et objets divers. Symboliquement la Grosse Pomme devient alors une vision cartoonesque d’une Amérique consumériste et superficielle. Grâce à des tubes tels que Take the long way home, Logical song, Goodbye stranger et bien sûr Breakfast in America

Patrick BETAILLE, novembre 2018


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Étienne Daho – Chansons de l’innocence retrouvée

Étienne Daho censure

[Extrait]: En 2010, la RATP avait interdit la pochette de l’album J’accuse de Damien Saez, la jugeant trop offensante car on pouvait y voir une femme offerte nue dans un caddie de supermarché. En 2013  c’est au tour d’Etienne Daho de subir les foudres du transporteur parisien. l’affiche sensée promouvoir la sortie du treizième album de l’artiste français fait débat. Comme sur le packaging du disque Chansons de l’innocence retrouvée on y voit le chanteur poser aux côté d’une jolie jeune femme en petite culotte et seins nus. Le cliché pris à Ibiza est l’oeuvre de Richard Dumas, photographe de presse pour Le Monde et Libération à qui l’on doit aussi des illustrations pour Alain Bashung, Christophe Miossec ou Carla Bruni. Même si la RATP nie le fait d’avoir demandé la censure de l’image il s’avère au final que certains comme Itune, Universal, Amazon  et Polydor affichent sur leur site une version pudique de la pochette.

Patrick BETAILLE, octobre 2018


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Alfra Martini – The Kitten Covers

Alfra Martini covers: Dylan, U2, Stooges

 

[Extrait]: Originaire de Brooklyn, musicienne, designer, PDG du label All Hands Electric et spécialiste dans le commerce d’affiches publicitaires originales, Alfra Martini est avant tout une artiste freelance. Elle est à l’origine du projet baptisé ″The Kitten Covers″. Son idée: revisiter des pochettes d’albums en les détournant avec… des chatons. Si les lascars de Motörhead deviennent moins badass en kitties, Syd Barret lui, même mué en chat, est toujours aussi allumé. Au travers de quelques 150 covers réalisées entre 2011 et 2016 on se doit d’admettre que le plus souvent les codes des originaux sont respectés et que le résultat est parfois étonnant!

 

Alfra Martini covers: Blondie, Doors, T.Rex


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Red Hot Chili Peppers – Mother’s Milk

Red Hot: Censure Mother's Milk

[Extrait]: Sorti le Mother’s Milk est le quatrième album studio du groupe américain Red Hot Chili Peppers. La pochette de l’album comporte une photo en noir et blanc du groupe qui grâce à un montage se trouve entre les bras d’une femme nue. Une rose cache le mamelon gauche du modèle alors que le droit est masqué par l’image du chanteur Anthony Kiedis. Cela ne suffit pas à calmer bon nombre de distributeurs qui sous prétexte de nudité excessive refusent de mettre l’album en vente dans leurs enseignes. EMI décide donc de publier une version encore plus soft pour laquelle les membres du groupe ont été agrandis afin de masquer la totalité du buste. Après la sortie de l’album des posters promotionnels sont édités. En tirage limités ils reprennent le cover art de l’album mais cette fois le sein du modèle Alaine Dawn est totalement visible. Affirmant que lors de la séance photo elle n’aurait pas été informée quant au devenir des tirages, Alaine Dawn porte plainte et obtient 250 000 $ de dommages et intérêts.

Patrick BETAILLE, septembre 2018


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Malcom Brown – Thich Quang Duc

Malcom Brown Rage Against the Machine

1992. Avec leur premier album, les californiens de RATM envoient du lourd, du très lourd. Musicalement d’abord, avec une fusion de rock aux influences punk, metal et rap funky. Politiquement ensuite. Très engagés, les thèmes abordés par le groupe tournent essentiellement autour des abus du capitalisme, des mensonges des médias et des inégalités sociales. Artistiquement enfin quand Zach de la Rocha et Tom Morello décident d’illustrer leur album avec cette terrible photo. Nous sommes en 1963 à Saïgon. Le moine bouddhiste Thich Quang Duc s’immole par le feu pour protester contre les exactions du régime dictatorial sud-vietnamien soutenu à l’époque par les États-Unis. Présent sur les lieux, le photographe américain Malcom Brown shoote la scène pour le compte de Associated Press. L’un des clichés de la série lui vaudra d’ailleurs le prix Pulitzer et Rage Against the Machine, l’album, restera sans doute l’un des illustrations les plus bouleversantes de l’histoire du Rock.
La même photo avec un cadrage plus large sera reprise pour l’édition 20th Anniversary du disque.

Patrick BETAILLE, juillet 2018


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – ÉLoquence et Désaveu du cover art  👈

The Mama’s & The Papa’s – Aux chiottes!

If you can believe your eyes and ears

[Extrait]: On se demande à quoi carburaient les californiens de The Mama’s & The Papa’s pour accepter de poser entassés dans une baignoire afin d’illustrer la jaquette de leur premier album. D’une incroyable laideur, le cover art de If You Can believe Your Eyes and Ears sorti en 1966 marque les esprits mais s’attire aussi les foudres de la censure. On aurait pu penser  que la photo représentait un danger en tant qu’incitation à une débauche chère au mouvement Hippie de l’époque mais non! C’est bien la présence d’un banal goguenot à côté de la baignoire qui a fait crier à l’indécence. Ainsi, deux ans avant le Beggars Banquet des Stones, le groupe de Cass Elliot doit affronter les puritains pour finalement se voir obligé de coller un sticker sur l’album afin de dissimuler l’objet du délit. Flush!

Patrick BETAILLE, juin 2018


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈