Jan Rose Kasmir – Jeune Fille en Fleur

© Photo Marc Riboud

 

Citoyenne américaine, Jan Rose Kasmir était lycéenne lorsque le 21 octobre 1967, à Washington, elle prit part aux mouvements contre l’engagement des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam. Ce jour là, des milliers de pacifistes manifestant leur indignation étaient réunis devant le Pentagone. C’est alors que la jeune fille de 17 ans se détache de la foule et va au devant de la garde nationale. Le photographe français Marc Riboud est sur le lieux, il couvre l’événement pour l’agence Magnum et immortalise la scène avec cette photo de Jan Rose tenant une fleur et faisant face, seule, à une rangée de soldats qui pointent leurs fusils équipés de baïonnettes. L’instinct de Riboud fait mouche. L’image va devenir un parfait symbole du mouvement pacifiste des sixties, et même un véritable cas d’école en tant qu’analyse photographique, tant les oppositions visuelles sont nombreuses : baïonnette phallique contre fleur virginale, multitude contre solitude, fleur contre arme et, par extension, la vie contre la mort.

C’est l’artiste psychédélique Michael Bowen qui fournit ce jour là les fleurs aux manifestants, inventant par la même occasion le Flower Power.

De longues années s’écoulent avant que Jan Rose Kasmir ne prenne connaissance du cliché. C’est son père qui, au beau milieu des années 80, découvre par hasard l’image de sa fille dans un magazine de photo acheté en Écosse. Plus tard, la ″Jeune fille à la fleur″ est devenue kinésithérapeute. Depuis 2001 elle vit avec sa famille au Danemark mais n’a jamais cessé de s’engager contre la guerre. En 2004, elle réapparaissait à Londres lors d’une manifestation contre l’invasion de l’Irak par les américains. ″Je reste une vieille hippie qui se fond dans la masse, comme Superman, dont la cape est cachée dans le placard″ disait-elle alors.

Patrick BETAILLE, septembre 2022

 

NAPOLEON XIV – They’re Coming to Take me Away

 

Derrière le pseudo de NAPOLEON XIV se cache en fait le nom de l’ingénieur du son d’un studio new-yorkais, un certain Jerry Samuels. En 1966, en pleine période de psychédélisme il décide d’écrire et d’enregistrer une chanson simpliste, sorte de pied de nez ironique et humoristique à la tendance mystique, littéraire et surréaliste du moment. Il faudra pas moins de 9 mois à ce doux dingue pour atteindre son objectif, la principale difficulté consistant à travailler sans musiciens et surtout sans section rythmique. Il fait donc appel à quelques uns de ses amis pour enregistrer une piste de grosse caisse, un autre de tambourin et une troisième de claps de mains. Une fois finalisé, l’ensemble est ensuite mixé sous forme de boucle répétitive à laquelle est ajouté le son d’une sirène à manivelle louée 5$. Pour la voix, l’ingénieur fait appel à ses compétences de technicien en utilisant un séquenceur à vitesse variable qui lui permet de moduler son propos – aussi bien dans les aigus que dans les graves – tout en y ajoutant de l’écho et les hurlements de la sirène. Quant aux paroles, elles abordent le thème de la folie, celle dans laquelle le héro sombre quand sa copine le quitte… 

Craignant qu’on lui reproche de se moquer des maladies mentales, l’auteur décide de rajouter un dernier couplet dans lequel on découvre que c’est à cause de la fuite de son clébard parti en goguette que notre héro pète les plombs! Pour preuve, l’illustration du LP montre NAPOLEON à proximité d’une bouche à incendie sur laquelle tout bon canidé qui se respecte est censé pisser. Sauf que là, au bout de la laisse et dans le collier rien!..

They’re Coming to Take Me Away, Ha-Haaa! sort en single en juillet 1966. Contre toute attente et bien que censuré sur certaines radios (BBC notamment), le titre fait un carton et se retrouve instantanément N°3 au top 100 du Billboard, N°1 au cash Box, N°2 au Canada et N° 4 au Royaume-Uni. C’est tout simplement la face A jouée à l’envers qui figure la face B titrée !aaaH-aH ,yawA eM ekaT oT gnimoC er’yehT. Même les infos présentes sur l’étiquette sont intégralement imprimées à l’envers. Sans conteste une aventure musicale dans laquelle on se serait pas étonné outre mesure de voir débarquer le Screwy Squirrel de Tex Avery! En dernière position sur le LP paru la même année, la réponse attribuée à Joséphine XV: I’m Happy They Took You Away, Ha-Haaa! (Je suis contente qu’ils aient fini par t’enfermer).


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES  👈

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Le lundi c’est permis – Toucher

 


″ Come on David! Just relax, try not to get an erection and everything will be fine! –  Ok doc! But my name is Maurice! – I know Maurice, David it’s me! ″


Patrick BETAILLE, septembre 2022

The Moody Blues – Nights in White Satin

 

Changement de label et de cap en 1967 pour les Moody Blues qui laissent de côté les reprises rythm and blues pour se consacrer au rock psychédélique. Pour leur deuxième opus, Polydor souhaite leur faire enregistrer une version rock de La Symphonie du Nouveau Monde d’Antonín Dvořák. Préférant graver leurs propres compos avec un orchestre de musique classique, les Moody Blues deviennent alors les précurseurs d’un rock symphonique qui, de l’aveu de Ian Anderson (Jethro Tull), sera pour lui une source d’inspiration incontestable, y compris pour ce qui concerne l’approche conceptuelle de ses productions futures. Paru en novembre, Days of Future Passed est en effet basé sur un projet : aborder le quotidien d’un individu et, logiquement, la track list de 7 titres débute par The Day Begins pour s’achever sur un Nights in White Satin sorti simultanément en single. Nous y voilà! La chanson a été écrite par le chanteur-guitariste Justin Hayward, inspiré par le cadeau de sa petite amie: une paire de draps en satin blanc. L’épisode devient très rapidement l’un des hymnes du rock progressif et joue dans la même catégorie que A Whiter Shade of Pale de Procol Harum…

Paroles romantico-mélancoliques à souhait, habillage symphonique, utilisation de la  flûte et du tout nouveau Mellotron, harmonies vocales et son remarquable offrent pour un temps un beau succès international (numéro un en France et au Canada ) au single qui connaitra un fort regain de popularité à la fin des années 70. Nights In White Satin a fait l’objet de nombreuses reprises.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES  👈

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Nine Eleven – Les Interdits du Rock

 

Le 11 septembre 2001. Les attentats ayant entrainé la destruction du World Trade Center, ont été l’un des jours les plus tragiques de l’histoire de l’humanité.
Même si images, débats, polémiques diverses et variées sur fond de théories parfois complotistes ont peu à peu cédé la place à une routine quotidienne salvatrice, personne n’a oublié ce qui s’est passé ce jour-là.

Trois jours après la catastrophe, la société Clear Channel Communications fait parvenir à plus de 1100 radios nationales une liste de chansons dont la diffusion est jugée inappropriée compte tenu du contexte. Ainsi, ce listing comprenait des titres qui, de près ou de loin, faisaient référence à la violence, la guerre, les armes, la mort mais aussi aux avions, aux collisions et au… ciel.
Plus de 160 chansons se retrouvent bannies du jour au lendemain, souvent de manière absurde et sous couvert de prétextes aberrants, farfelus ou illogiques. Ainsi, d’après Clear Channel, What a Wonderful World de Louis Armstrong se retrouve censurée car trop joyeuse par rapport au désastre (Si, si!). Walk like an Egyptian des Bangles, interdite car son titre fait référence à un pays du  Moyen-Orient.
Bien évidemment, certains groupes à la réputation déjà sulfureuse n’échappent pas à la vindicte moraliste. AC/DC et ses  Shot Down in Flames, Shoot to Thrill, Highway to Hell, TNT et Hell’s Bells. Knockin’ on Heaven’s Door par Bob Dylan et Guns’ N’ Roses, Rock the Casbah des Clash, Stairway to Heaven de Led Zeppelin ou encore Jump de Van Halen. Quant à Rage Against the Machine, c’est tout le répertoire du groupe qui est condamné car globalement trop critique vis à vis de la société américaine. 

Prémonition? Live Scenes from New-York,  le triple album live de Dream Theater, sort le jour même des attentats. Sur la pochette, une pomme en feu ceinte de barbelés. En arrière plan, Manhattan,  ses Twin Towers et sa statue de la Liberté. Le disque est aussitôt retiré de la vente pour être réédité. Le logo du groupe viendra remplacer la Big Apple embrasée.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


 

 

Pierre Coudouy – Photographe au Pays de l’Ours

 

Artiste-Auteur-Photographe depuis 2000, Pierre Coudouy s’est – dans un premier temps et bien avant d’aborder des sujets plus urbains et de s’impliquer dans des activités associatives qui aujourd’hui occupent une bonne partie de son quotidien – spécialisé dans la photographie de reportage qu’il pratique en allant à la rencontre de personnages authentiques qui animent des lieux chargés de traditions, qu’elles soient vinicoles ou pastorales. Authentique, Pierre l’est aussi. Il travaille avec un appareil photo à visée télémétrique, au grand-angle, sans effets spéciaux ni retouches. Son seul accessoire, l’écriture grâce à laquelle il donne avec justesse encore plus de corps à ses errances pyrénéennes, aussi bien dans la vallée ossaloise que du côté des vignobles du Jurançon. À ce titre, voici notre faiseur d’images en mode auteur avec deux beaux témoignages actuellement disponibles aux éditions MonHelios et ailleurs: Berger au pays de l’ours et Vigneron Bio, de la terre au Vin.

Très prochainement, deux événements importants (en accès libre et gratuit) vont mettre à l’honneur le travail de Pierre Coudouy dans le cadre des journées Européennes du patrimoine qui se dérouleront dans l’Espace Lecture et Découverte de la Ciutat dans le quartier du Hédas à Pau:

  • Le 17 septembre à 11h: Une conférence/débats/rencontres avec l’auteur à propos du livre ″Berger au pays de l’Ours » (pastoralisme transhumant au fil des saisons). 
  • Du 17 septembre au 1er octobre: Dans le même contexte, exposition permanente des clichés du photographe palois. Le mardi, jeudi et vendredi de13h à 17h – le mercredi de 12h à 18h  et le samedi de 10h à 13h et de 14h à 18h.

Voici donc une bonne entrée en matière pour marcher sur les pas de ce photographe humaniste en suivant son actualité sur son blog et sur les réseaux sociaux: Ici et . Adishatz!

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Sex Pistols – God Save the Queen

 

Flashback d’actualité. En juin 1977, Elisabeth II fête ses 25 ans passés à la tête d’un royaume balloté entre traditions pesantes et crise économique et sociale. The Queen parade dans les rue de Londres dans un somptueux carrosse de 5 tonnes tiré par 8 chevaux luxueusement harnachés. Ce jour là également, les Sex Pistols et quelques 200 invités se retrouvent pour une mini croisière sur la tamise à bord de la ″Queen Elisabeth″, une embarcation au nom prédestiné louée pour la circonstance. C’est Malcom McLaren, le manager du groupe, qui avait imaginé ce coup de pub au cours duquel le God save the Queen version punk énervé devait être joué sous les murs de Westminster et du parlement. Une façon comme une autre de protester contre la censure dont avait été victime le single sorti un mois auparavant. À l’époque, le titre était en effet interdit de radio, de vente dans certaines enseignes et Johnny Rotten et ses amateurs nihilistes n’avaient même plus le droit de se produire sur les terres de la perfide et flegmatique Albion. L’expédition n’arrivera pas à destination. La police fluviale aborde la péniche et contraint tout le monde à regagner les quais sur lesquels une escadre de bobbies sont prêts à intervenir. Devant le refus général de débarquer, les autorités décident de charger. Début d’émeute, bagarre générale et 11 arrestations. On ne plaisante pas avec la royauté surtout pas sous couvert de propos injurieux: ″ Dieu sauve la reine. Le régime fasciste fait de toi un crétin. Ne te laisse pas imposer ce que tu ne veux pas. Ne te laisse pas guider dans tes choix. Il n’y a pas d’avenir, aucun avenir pour toi… Dieu sauve la reine, elle n’est pas humaine ″. Malcolm McLaren, après avoir été tabassé, menotté et emprisonné cette nuit là, sera jugé dès le lendemain puis libéré sans être condamné; probablement afin d’éviter que de l’huile ne soit jetée sur le feu. Finalement, 250 000 exemplaires de ce God save the Queen revendicatif et provocateur seront vendus dès la première semaine de sa publication, atteignant la première place dans les charts du New Musical Express et la deuxième au classement officiel des singles britanniques. ″ Rien à Foutre de ces Conneries ″ [traduction élégante de Nevermind the Bollocks] est le titre de l’unique LP studio sorti en octobre 1977 et sur lequel figure le single en question]. Here’s the Sex Pistols!

👉 Remets une pièce dans le Juke Box!👈

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Elsa Kuhn – In Felt we Trust

Enfant, Elsa Kuhn aimait déjà créer des vêtements pour ses poupées, aidée en cela par sa grand-mère qui lui enseignât les rudiments des techniques liées au travail du tissu. La couture devient pour Elsa une passion qui, après des études à l’Académie Internationale de Coupe de Paris, l’amène à développer sa propre marque de vêtements pour enfants. De fil en aiguille et tout in s’intéressant à la broderie, l’artiste se lance dans la réinterprétation de pochettes de disques qu’elle collectionne avec enthousiasme. ″J’ai toujours été passionnée par la musique et comme pour beaucoup, vient toujours une envie de trouver un moyen de l’exprimer et de la partager. Moi, j’ai décidé de faire appel au tissu, aux fils et aux aiguilles″. Au sein de son projet In Felt we Trust, Elsa exprime son talent exclusivement à la main. J‘ai décidé de broder à la main plutôt que d’utiliser une machine à coudre″ dit-elle. ″C’est un travail long et minutieux mais il offre d’innombrables possibilités″. Le modus opérandi consiste donc dans un premier temps à analyser le concept et la structure des cover art. Vient ensuite le moment de préparer et de découper les éléments de feutrine sur lesquels sont dessinés certains détails, notamment les ombres. La phase finale de la broderie sublime enfin l’ensemble au format 30 x 30 qui peut parfois exiger une vingtaine d’heures de boulot. Le résultat est plutôt bluffant pour des pièces uniques et éventuellement réalisables à la demande. Pour en savoir d’avantage et en voir encore plus:  Elsa Kuhn

Patrick BETAILLE, septembre 2022

The Pretty Reckless – Death by Rock and Roll

 

Dans le monde du rock énervé il y a trois catégories de femmes qui parviennent à occuper le devant d’une scène généralement squattée par la gent masculine. Celles que j’appelle les plasticiennes d’abord. Elles sont physiquement intelligentes et savent se servir de leurs atouts pour se mettre en valeur, souvent pour faire oublier que leurs voix, même honnêtes, n’ont que peu de chance de vous faire grimper aux rideaux. Les tonitruantes ensuite. Celles qui sont ou qui veulent se (nous) persuader qu’il n’y a pas que les mecs qui en ont et qu’elle peuvent gueuler aussi fort et parfois mieux que les testostéronés de service. Et puis il y a les autres – pas si nombreuses  que ça – qui parviennent à sortir du lot en se payant le luxe d’établir un pont entre deux genres. Taylor Monsen en fait partie. Grâce à cette frontwoman aux allures de poupée Barbie, tôt tombée dans la marmite du rock high energy  et dotée d’une voix grave, sensuelle et légèrement rauque, The Pretty Reckless a su s’imposer. Après trois albums honorables, les new-yorkais sont de retour avec un Death by Rock and Roll qui pourrait bien devenir l’album de la consécration. Pour ce quatrième opus, le groupe a travaillé avec Pearl Jam et le batteur de Soundgarden (Matt Cameron) sur quelques titres et a également fait appel à Tom Morello (Rage Against the Machine). Sorti en février 2021, ce manifeste de 12 titres a beaucoup gagné en maturité. Riffs acérés, tempos lourds et vocalises efficaces (Death By Rock And Roll – Only Love Can Save Me Now –  And So It Went – My Bones) sont toujours d’actualité mais c’est surtout par leur créativité que la belle insouciante et ses fines lames parviennent à passer à la vitesse supérieure en sortant des sentiers battus. Compositions mid tempo (25 – Witches Burn – Turning Gold) ou semi acoustiques (Go so High), registre parfois country rock (Rock and Roll HeavenHarley Darling), ballade orchestrée (Standing at the Wall), de quoi prouver que The Pretty Reckless porte désormais haut les couleurs d’un rock persuasif, mélodieux et donc intéressant.

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Spencer Elden – Nevermind: Fin de la Partie

À la fin du mois d’août 2021, un mois avant le 30e anniversaire de la sortie de l’album, le bébé nageur désormais trentenaire, avait déposé une première plainte en se disant victime d’exploitation commerciale d’images à caractère pédopornographique. Débouté, Spencer Elden a fait appel et le 3 janvier 2022, sous couvert cette fois d’une demande de compensation financière liée à l’exploitation du droit à l’image. Au cours de l’audience, la défense du plaignant – celui qui figure sur le cover art de Nevermind, s’est entendue dire par les avocats des ayants droit de Nirvana: ″... à de nombreuses reprises, Monsieur Elden a refait la photo en échange de rémunérations; il s’est fait tatouer le titre de l’album sur la poitrine et il a dédicacé des copies de l’album pour les vendre sur eBay et a exploité l’image pour entretenir sa célébrité…″. L’argument n’a pas laissé la justice indifférente. Dans un document judiciaire daté du vendredi 2 septembre, le juge de Los Angeles, Fernando Olguin, a rejeté la plainte, officiellement pour des motifs de prescription, et envoyé Spencer faire mumuse dans le pédiluve. Fin de l’histoire? 

Patrick BETAILLE, septembre 2022