Edgar Müeller – The Crevasse

© Edgar Müeller

 

Une grotte sous-terraine dans les rues de Londres, un canyon à Moscou ou une mer de lave sous les pavés de Geldern en Allemagne ? Ca n’existe pas! Et pourtant, grâce au street art d’Edgar Müeller tout devient possible!

Connu pour ses œuvres en 3D effectuées à la peinture ou à la craie, cet artiste allemand parvient à offrir une autre vision des rues et à changer la configuration de l’espace public en y apportant des compositions tridimensionnelles époustouflantes. Certaines sont visibles ici: Support Street Art. Éphémères, ses œuvres sont de véritables illusions qui, à partir d’un point précis d’angle de vue, offrent une perspective hyper réaliste saisissante. The Crevasse a été peinte en Irlande en 2008, sur une esplanade de Dún Laoghaire dans la banlieue de Dublin. Une anfractuosité glaciaire de 250 mètres carrés qui attire, fascine, file le vertige. À l’époque sa réalisation a été filmée. Jugez plutôt! 

Patrick BETAILLE, juillet 2022

Joanne Shaw Taylor – Live!

 

Inutile de vous dire tout le bien que je pense de cette artiste dont la production discographique a été évoquée à plusieurs reprises ici même. Après deux années difficiles à cause de la pandémie Joanne Shaw Taylor renoue avec les tournées pour exprimer sur scène ce qu’est le blues. Enregistré à Franklin dans le Tennessee le 20 janvier 2022, Blues From The Heart Live témoigne de la performance de la guitariste britannique qui, pour l’occasion, nous livre l’essentiel de son dernier album studio: l’excellent Blues Album paru en 2021. le concert commence à fond  les ballons avec le Stop Messing ‘Round de Peter Green. Interprété avec une maestria à la six cordes qui offre de quoi convaincre un sourd qui ne veut pas entendre. S’en suit un hommage à Aretha Franklin avec une reprise de You’ve Gotta Make A Fool Of Somebody pleine d’émotion. La voix de Joanne, trop souvent sous-estimée, y est délicieusement efficace. Un peu plus loin c’est au tour d’Albert King de passer à la moulinette. Son Can’t You See What You’re Doing To Me devient l’occasion d’inviter Kenny Wayne Shepherd et de se livrer avec lui un duel guitaristique mémorable: 6’30 de pur bonheur, l’un des grands moments du concert! Les trois derniers morceaux bénéficient de la présence de Joe Bonamassa, producteur du précédent album studio, avec à la clef une belle version de Summertime. Blues From The Heart Live est incontestablement un bon investissement en tant que témoignage sur ce que le blues et le rock peuvent apporter quand ils sont si bien interprétés, notamment en live. 16 titres, 75 minutes de son, que demander de plus? Des images? J’ai! Le CD est accompagné d’un Dvd (ou d’un Blue Ray). Alors, heureux?

Patrick BETAILLE, juillet 2022

Du coup! – À tous les Coups

Aujourd’hui tous les coups sont permis! Depuis quelques années, cette expression utilisée à outrance et à toutes les sauces se propage comme un virus, appauvrissant considérablement la valeur sémantique du langage oral. Seul avantage: l’apprentissage de la langue française se retrouve grandement facilité. Du coup!

Du coup, la scène se passe à la terrasse du Café De La Gare et du coup, deux potes motards se retrouvent par le plus grand des hasards: Tiens t’es là? Du coup ça fait plaisir de te voir! Parait que tu vends ta bécane du coup?″ – ″Ouais, du coup j’ai mis une annonce sur Leboncoin″ – ″Cool! Du coup tu vas prendre quoi?″ – ″J’sais pas, une  Triumph ou une MV, du coup j’hésite″ – ″Du coup tu devrais faire le tour des concessions pour voir si ils font des reprises; du coup, ça pourrait le faire″ – ″C’est vrai mais du coup ça devient moins intéressant pour moi″ – ″Pas faux! Mais d’un autre côté tu te fais moins chier du coup″ –  ″Bon! Du coup, on boit un coup vite fait? J’suis pressé, j’suis sur un coup!″.

Du coup, pour se convaincre de l’ampleur des dégâts, l’on peut s’amuser à remplacer tous les ″du coup″ de ce dialogue par les termes ou expressions faisant jadis partie du langage courant: Ainsi – Donc – Dès Lors – Par conséquent – Aussi – En fait – Après – Finalement – Si je comprends bien – Désormais – par contre – Alors – En conclusion – De fait – Subséquemment [NDLR – Euh non, là faut pas déconner quand même]. Du coup ça change!

Patrick BETAILLE, juillet 2022

 

Le lundi c’est permis – Fenêtre

 

[Mason Cooley]: ″A beautiful woman peers out the window, as full of envy as the harridan who peers up at her from the street. – Une jolie femme regarde par la fenêtre, aussi pleine d’envie que la chipie qui la regarde depuis la rue ″.


Patrick BETAILLE, juillet 2022

The Gun – Race with the Devil

 

Seulement deux albums à l’actif de The Gun, groupe anglais formé en 1967 par les frères Gurvitz et dissout en 1970.  Le trio enregistre son premier disque éponyme, d’où sera extrait en 45 tours un Race With the Devil gavé de nitrométhane qui sera l’un des gros succès de l’automne 1968 au printemps 1969. ″C’est parti! Tu ferais mieux de courir, tu ferais mieux de fuir le feu du diable. De toutes façons il t’attrapera. Il te cherchera ici et là. Le diable te cherchera partout!″. Une fois n’est pas coutume, il n’est pas question d’un quelconque rendez vous au Crossroads avec à la clef un deal satanique, non. Ici le Malin est à vos trousses et le titre est bâti pour coller à la situation. Ça urge! La rythmique en témoigne et les cuivres omniprésents entretiennent l’angoisse. La peur est bien là aussi, les hurlements le démontrent, et le riff de guitare répété à l’envie vient prouver, si besoin en était, qu’il faut aller vite pour se soustraire à un aller simple vers l’Enfer. Sur sa six cordes Adrian Gurvitz est mélodieux, tranchant, rapide et son gimmick n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. En effet, Francis Rossi a télécastérisé le plan quand Status Quo interprétait Forty-Five hundred Times sur scène.

Au delà du single, le LP reste connu et apprécié pour sa pochette, la première réalisée par Roger Dean le créateur des fameuses pochettes de Yes, entre autres.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES  👈

Patrick BETAILLE, juillet 2022

Lekto – La Bête 2 l’événement

© Lekto

C’est le moins que l’on puisse dire: le street artiste avignonnais Lekto sait jouer de la bombe quand il s’agit d’afficher ses opinions politiques. Jean-Michel Blanquer coiffé un bonnet d’âne, Olivier Véran en soldat du Big Pharma, Gérald Darmanin muni d’un LBD et même Francis Lalanne en valeureux gaulois casqué et vêtu d’un gilet jaune. Plus récemment, c’est une fresque représentant Emmanuel Macron-Pinocchio en marionnette manipulée par le conseiller Jacques Attali-Geppeto qui a généré de vifs remous. Même si le sujet n’est pas sans rappeler les caricatures antisémites des années 30 et 40, dans un premier temps et au nom de la liberté d’expression, la municipalité d’Avignon a refusé de répondre aux demandes d’effacement de l’œuvre intitulée: La Bête 2 l’Événement. Prise de position qui, visiblement ne tenait qu’à un fil. Face à la monté en puissance de la polémique – à laquelle je refuse d’apporter ma contribution – entretenue par les pour et contre de tout bord, les autorité locales ont finalement décidé de faire marche arrière. Sur décision de l’intercommunalité du Grand Avignon et à la demande du préfet, la fresque a été recouverte… au rouleau. Fin du spectacle, rideau! Source et Info : Le Point.

Patrick BETAILLE, juin 2022

Ana Kasparian – Ceci est mon Corps!

Screenshot Youtube

[Ana Kasparian: Co-animatrice et réalisatrice américaine] : ″ Je me fiche que vous soyez chrétien. Je me fiche de ce que raconte la bible. Être assise ici à essayer de déchiffrer ce que votre livre à a dire sur cette question politique, j’ai l’impression que c’est un spectacle de clowns. Je me fiche que vous soyez chrétien. En fait, je pourrai même me battre pour votre liberté religieuse et la pratique de votre culte. Je n’adhère pas au christianisme et je n’accepte pas que vous me dictiez ma façon de vivre en fonction de votre religion. Je me fous de ce que raconte la bible. Toutes ces femmes adeptes de vos croyances ont le droit de ne pas se faire avorter, de ne pas utiliser de moyens de contraception, mais vous n’avez pas le droit de m’imposer un mode de vie et de décider ce que je dois faire de mon corps. Je me fous de votre putain de religion. J’en ai plus qu’assez de ces débats sans fin sur ce que prétend la bible. Vous vivez votre vie selon votre interprétation de la Bible. Ok, encore une fois je m’en tape, mais vous n’avez pas le droit de brandir la Bible en me disant: dans tel chapitre, dans tel verset la Bible dit ceci ou cela. Je n’y crois pas, et j’ai le droit, en accord avec notre Constitution, de ne pas y croire ″. À voir et écouter (en VO) Ici!

Patrick BETAILLE, juin 2022

The Knack – My Sharona

 

Il s’agit d’abord d’un tempo et d’un riff – reconnaissable entre tous – composé par un certain Berton Averre. My Sharona sort en juin 1979. Le single est extrait de l’album Get The Knack, un premier album fulgurant qui se vendra à plus d’un million d’exemplaires en moins de deux mois, un record, et restera N°1 au Bilboard 200 pendant 5 semaines. Il s’agit également d’un texte composé par Doug Fieger (chanteur, guitariste et fondateur de The Knack) tombé follement amoureux d’une fille de 17 ans. ″ Dis moi ma belle, quand t’intéresseras tu à moi? Ce n’est qu’une question de temps Sharona! S’agit-il du destin ou est-ce que mon esprit me joue des tours? En tous cas, moi je n’abandonnerai jamais ″. Chaque fois qu’il pensait à Sharona Alperin, Doug avait en tête le riff de son guitariste avec qui il décide de travailler sur la structure et la mélodie de la chanson. Il s’agit donc d’une passion qui finalement débouchera sur une véritable histoire d’amour avec à la clef un hit mémorable. Mademoiselle ira même jusqu’à poser pour la pochette du single. Enfin et surtout, il s’agit d’un titre qui relève du génie. Y’a un truc (Get The Knack)! Simple, efficace, entêtant, ce I can’t get no du début des années 80 n’a pas son pareil pour vous titiller les esgourdes et vous filer des fourmis dans les guiboles. Et quand l’on s’attarde sur le chorus de Berton Averre, une fois acceptée la verticalité des poils de vos avant-bras, c’est le terme de fulgurant qui vous vient immédiatement à l’esprit. Dave Grohl himself a d’ailleurs déclaré que My Sharona était l’une de ses chansons préférées, toutes époques confondues. En son temps, Michael Youn s’est même fendu d’une reprise toute personnelle avec son Comme des Connards qu’il faut s’empresser de vite oublier. S’il vous plait! Merci.

Patrick BETAILLE, juin 2022

Snake – Justice Wall Acte.2

© Snake

 

Snake est un street artiste toulousain. Né en 1974, ce plasticien urbain autodidacte débute dans le Street Art en 1990. Il est confirmé en tant que professionnel depuis les années 2000. D’abord touche à tout, il pratiqua toutes les disciplines et formes du graffiti. Désormais reconnu internationalement, il travaille sur divers projets, notamment au travers de collaborations institutionnelles. Récemment il a ainsi participé au Parcours de Graff de Bellefontaine – l’un des quartiers composant le Mirail à Toulouse – avec une œuvre intitulée Libre Arbitre. Particulièrement remarquable ce Justice Wall Act.2 que l’artiste à peint en 2020 à Lurcy-Lévis (une commune de l’Allier proche de Nevers), en un lieu baptisé Street-Art City. Cette réalisation met en scène la déesse de la justice Thémis les yeux bandés face à un monde au sein duquel l’argent pèse plus que la vie humaine. Retrouvez Snake Ici!  

Patrick BETAILLE, juin 2022

Ann Powers – Good Booty

 

Comment, au fil des époques, la musique populaire et la danse ont-elles influencé la sexualité, les rapports de genre et de race dans la culture américaine ?

Bonne question à laquelle Ann Powers répond dans ce passionnant pavé de 400 pages. ″ L’auteure retrace l’histoire de la musique populaire américaine. Gospel, jazz, blues, rock’n roll, disco, punk, rap et leurs innombrables ramifications sont détaillés par son regard engagé, iconoclaste et fécond. On assiste aux souffrances, aux voluptés et aux frustrations d’une nation pour qui le métissage a toujours été à la fois essentiel et problématique. Et pour qui la danse fut un des plus sûrs moyens que le corps exulte. Good Booty nous fait remuer le cerveau, les sens et les hanches ″ (4ème de couv).

Des exaltations religieuses du début du XXe siècle aux syncopes du R’n’B le plus aguicheur, Ann Powers traverse 150 années d’histoire de la musique américaine avec en toile de fond les dérives de l’évolution des mœurs d’une société en dérive. C’est dans ce contexte que la journaliste dresse les portraits des figures de proue de la scène musicale des années 50 à nos jours. Elvis, Jimi Hendrix, Jim Morrison, Bowie, Alice Cooper et d’autres se présentent sous un nouveau jour ou du moins sous un angle qui nous permet de comprendre le pourquoi du comment de leurs influences, de leurs aspirations, de leurs attitudes et des conséquences de leurs choix, à la ville comme à la scène. Janis Joplin, Madona, Lady gaga, musiciennes, féministes, actrices mais aussi groupies et lolitas occupent également une place de choix en tant qu’influenceuses ou victimes des excès d’un microcosme dominé par une masculinité parfois amenée à assumer son homosexualité en s’accaparant les dérives de la communauté gay et du glam et du disco.  

Très bien écrit, rythmé et admirablement structuré, Good Booty (NDLR: Traduire par ″ beau cul ″) relève de la prouesse documentaire à connotation historique. L’on comprend désormais comment les danses et transes africaines ont posé les premiers pavés sur le chemin de la musique populaire et l’on découvre aussi l’influence que la sexualité peut avoir sur un courant musical et sur toute une génération. Et inversement.

Traduit par Rémi Boiteux, toujours disponible, Good Booty a été publié fin 2019 par Le Castor Astral.