George Thorogood – 2120 South Michigan Ave

George Thorogood and the DestroyersGeorge n’a jamais renié l’influence du Blues sur sa musique. Quoi de plus naturel alors, au bout d’une quarantaine d’années musiciennes, de rendre hommage  à ce courant majeur. Quoi de plus logique aussi, après une quarantaine d’œuvres discographiques, de consacrer toute une galette au temple du genre: Chess Records. Toute la musique qu’il aime, elle vient de là. George rameute ses Destroyers et part enregistrer dans les studios en question treize morceaux dans lesquels il rend hommage aux maîtres du label parmi lesquels: Willie Dixon (″Seventh Son″, ″Spoonful″ et ″My Baby″), Muddy Waters, Bo Diddley, Chuck Berry (″Let it Rock″), Howlin Wolf ou encore Buddy Guy qui apporte une contribution furieuse à l’un des meilleurs titres (″Hi-Heel Sneakers″) de cet album produit par Tom Hambridge. Au passage il faut noter également la participation sur deux titres (″2120 South Michigan Ave″ et ″My Babe″) de Charlie Musselwhite qui souffle dans son harmonica comme si sa vie en dépendait. George Thorogood and the Destroyers ne sont jamais aussi bons que lorsqu’il s’agit de coller au basique ou de communiquer le plaisir qu’ils éprouvent en jouant ces covers mais aussi en interprétant les deux compos originales que sont ″Going Back″ (Hambridge, Thorogood) et ″Willie Dixon’s gone″ (Hambridge, Thorogood, Fleming). Envie d’une bonne dose de rock’n’roll old school avec du vrai blues dedans ? En manque de Gibson qui déchire ou de slide qui gratte ? Besoin de bon gros son qui fait taper du pied ? Ne cherchez plus ! ce disque est une petite tuerie! Et vous savez quoi? Il a rudement bien fait le George de laisser tomber le baseball pour se consacrer au Rock.

Patrick BETAILLE, février 2012

 

Ladies Blues – Joanne Shaw Taylor & Carolyn Wonderland.

 

Quand les filles s’y mettent elle ne font pas semblant et pour ce qui concerne le Blues ou le Blues Rock il arrive même qu’elles en remontrent à l’establishment masculin. Ana Popovic a intérêt à surveiller ses arrières car la concurrence est là et bien là !

Carolyn Wonderland Miss UnderstoodCarolyn Wonderland : Miss Understood (2008). Une fois admis le fait que la dame a démarré très jeune et qu’elle a tourné notamment avec BB King, Johnny Winter et autres Allman Brothers. Ceci fait il faudra noter qu’elle chante, compose, joue de la guitare et accessoirement, entre deux lessives, de la trompette ou du piano. Quoiqu’il en soit, voici de quoi convaincre les sceptiques – s’il en reste – ou à minima séduire les ignorants dont je faisais partie récemment encore. Ce septième album en est à intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord la production sobre, très soignée, sans excès aucun, tout au service de l’ambiance et du feeling. La variété des genres ensuite. Au travers des douze titre on navigue du Blues Rock le plus torride (Misunderstood) à la ballade bien sentie (Feed Me to the Lions) et ce en passant par des climats Country, Rythm  and Blues et même Jazzy ou Zydeco à l’occasion. Enfin et surtout Carolyn possède une voix puissante et rythmée qui s’accorde à tous les genres et dont les intonations ne sont pas sans rappeler Janis Joplin par moments. Quant au jeu de guitare  de la dame rien à dire : parfait ! Surtout quand il donne toute sa puissance dans une reprise du tandem Johnny Winter/Rick Derringer : Still alive and Well.

Joanne Shaw Taylor White SugarJoanne Shaw Taylor: White Sugar (2009). Cette jeunette va faire mal moi je vous le dis! Y’a pas mal de temps Dave Stewart (Eurythmics) s’exprimait ainsi après l’avoir vue et entendue: ″J’ai joué avec tout un tas de musiciens de Blues, partout dans le monde. J’ai même enregistré avec des types comme R.L. Burnside…. Mais l’année dernière j’ai entendu un truc que jamais je n’aurai pensé entendre : Une blanche, anglaise de surcroît, jouer du Blues Rock de façon si intense et passionnée que j’en ai eu les poils de la nuque tout hérissés″. La Miss avait 16 ans à l’époque. Aujourd’hui elle en a 25 et elle en est a son deuxième album. Son premier disque White Sugar, sorti en 2009 est un petit bijou de blues rock bourré de feeling, d’énergie et de subtilité. Au niveau des genres Joanne n’y va pas par quatre chemins ! Fender Télécaster sur On et en avant pour un bonne heure de chorus ravageurs mais très techniques au service d’une voix bien placée, chaude, puissante et sensuelle. Quand je vous aurai dit que production et mixage sont assurés par Jim Gaines (Johnny Lang et Stevie Ray Vaughan) ben vos saurez tout. Cerise sur le gâteau, pour une fois l’éditeur fait preuve d’originalité. le CD est noir et son design reprend le look vynil. Seul bémol le dernier morceau Blackest day au demeurant époustouflant, s’achève sur un decrescendo frustrant car l’on a pas envie que cela s’arrête, pas comme ça du moins.

Patrick BETAILLE, janvier 2011

 

Rory Gallagher – Ghost Blues

 

Ghost Blues! Un très beau moment que ce double Dvd consacré à un des – n’ayons pas peur des mots – plus grands guitaristes de tous les temps et incontestablement – ne nous dispensons pas d’être partial – le plus grand musicien tout droit issu de la tourbeuse Erin: Rory Gallagher.

La première galette The Story of Rory Gallagher raconte évidemment l’histoire de Rory. Original? Non, élémentaire ! De sa naissance à Ballyshannon jusqu’à sa mort à Londres en 1995 à l’âge de 47 ans. Pour faire court on y découvre pendant quasiment 1h30 sa jeunesse à Cork et plus particulièrement ses débuts musicaux laborieux dans un groupe de balloche, ses premières productions discographiques avec Taste  et bien sûr le gros morceau, sa carrière solo, y compris l’épisode Rolling Stones. Tout simplement passionnant ! La réalisation de cette biographie s’appuie, un peu à la manière des Classic Albums, sur les témoignages de figures qui ont de près ou de loin côtoyé ou accompagné l’Irlandais. Son frère (et manager), The Edge, Bob Geldof, Slash et d’autres ; ou encore Gerry Mac Avoy et Ted McKenna, respectivement bassiste et batteur de la formation. Tous nous livrent de riches anecdotes indispensables à la compréhension de la démarche musicale du personnage. Certaines révélations étonnent : Son frère qui a envie de lui casser la tête en constatant qu’à la veille d’une promo Rory a détruit l’enregistrement de son album ; le saviez vous ? il jouait aussi du saxo !  D’autres font rire : Ce fan qui pendant un cours de menuiserie essaie de brûler sa gratte au chalumeau pour qu’elle ressemble à la Strat  de son guitariste préféré. Celle enfin qui révèle avec beaucoup d’émotion qu’au sortir d’un concert Monsieur Gallagher traverse la rue pour aller filer quelques biftons à un musicien ambulant. Et quoi d’autre? Vous le saurez en faisant l’acquisition de ce petit bijou que tout Gallagherophile qui se respecte se doit de posséder, ne serait ce que pour apprendre que … Non rien ! Enfin si ! rapport à la première place dans un sondage sur les guitaristes de l’époque ; devant Clapton, Page et Hendrix siouplait. Tant pis c’est dit !

Le second Dvd Beat Club Sessions  regroupe quant à lui les extraits d’émissions de télévision allemande de 1971 et 1972. 16 titres, que je sache jusqu’à présent jamais diffusés, dont  les classieux Laundromat et Messin  with the Kid dont l’interprétation inspirée vous fait vite oublier le montage kitscho-psychélique très tendance à l’époque.

Avec ces deux skuds pas un seul instant on ne s’ennuie, c’est évident, mais surtout on découvre un artiste extrêmement doué, passionné, sensible, intègre et profondément humain.

Zoom! Parce que c’est vous (et puis je suis chez moi ici non ?) je vais partager une anecdote  malheureuse concernant  ma rencontre avec Rory. C’était en 1985, en Août je crois. Concert aux arènes de Mont de Marsan (40). Le Rock festival de Mont-de-Marsan qu’ils appelaient çà. A l’époque j’avais ma propre émission dans une radio locale. Tapage nocturne consistait en deux heures hebdomadaires bien évidemment consacrées au Rock dans tous ses états. Me voilà donc parti dans les Landes avec pass, casse croûte, canettes et magnéto pour couvrir l’événement. Mont de Marsan donc. Ca démarre mal, Rory est en retard, plus d’une heure, et il se murmure même que sa prestation est annulée. J’en discute d’ailleurs au hasard d’une rencontre avec un mec Sympa, Jean Pierre Sabouret, journaliste dans un mensuel Rock. Soudain une clameur monte et Rory déboule sur scène. Tout le monde se branche et à l’arrache démarre un show qui dure deux heures trente. De la  folie furieuse, un set fabuleux au cours duquel ont été joués pas mal de titres de Calling Card et Top Priority  mes albums studio préférés je l’avoue. Rappel, rappel, fin du concert et course vers l’interview. Rory me reçoit avec une franche poignée de main, de celles que normalement l’on réserve aux bons potes et me tend une canette. Il est lessivé, en nage, et visiblement heureux. ″ It was really fantastic ! ″ dis je en attaquant ma canette; lui en est déjà à la troisième. S’en suivent une vingtaine de minutes de conversation plutôt que d’interview formelle. Je lui demande des nouvelles de la Tatoo’d Lady, il s’excuse du retard, je lui parle de son harmoniciste (Je sais pas encore que c’est celui de Nine Below Zero) et de sa prestation fabuleuse, il me demande si je veux une autre bière. Je lui confirme que j’adore Shadow Play, il me remercie. Je suis aux anges, le temps qui m’est imparti est consommé, enregistreur sur Stop, il sourit, me raccompagne en me remerciant avec une main sur l’épaule. Je quitte les lieux, exit les arènes alors qu’Eric Burdon a commencé son set mais, encore sous le choc, je m’en tape. Je ne pige pas ce qui m’arrive et je suis déjà en train de gamberger sur la super émission que je vais monter pour la semaine d’après. C’est là que ça se complique. Retour à Pau, passage au local pour restituer le matériel. Je dépose le bobineau sur un coin de console. Erreur ! Le lendemain je repasse au studio pour faire le montage en cabine. Plus de bobineau. Panique. Ouf ! je le retrouve, pas là où je l’ai laissé mais je le retrouve. Play !… Catastrophe ! en lieu et place de mon reportage je tombe sur les commentaires d’un consanguin local sur le déroulement de je ne sais plus quelle manifestation agricole de la plus haute importance. Je trouve le coupable qui à ma gueule et à mes yeux injectés de sang comprend qu’il vaut mieux qu’il s’écrase.

Extrait : Moi: T’as bien vu qu’il y avait marqué ″ Rory Mont de Marsan ″ sur la bobine non ? – Lui: Ouais ! c’était quoi ? – Moi: Laisse tomber et vas te perdre crétin !

Tout ça pour dire qu’une fois l’incident  digéré, ce que j’ai gardé de cette rencontre je l’ai retrouvé dans cette biographie. À tel point qu’à la fin de Ghost Blues la gentillesse, la simplicité et la disponibilité de cet immense artiste m’ont foutu un peu d’eau au bord des yeux.

 

Pat Mc Manus Band – 2PM

 

Ce 2PM, deuxième album du Pat McManus Band est un concentré de talent et de facilité. Bien sûr le Pat en question a déjà fait ses preuves il y a bien longtemps quand avec ses frangins il brûlait les planches au sein des Mama’s Boys. Compositeur, guitariste, violoniste et chanteur, l’irlandais retourne aux sources d’un blues rock qui sent bon l’Irlande. Il va à l’essentiel avec beaucoup de cœur et de talent qu’il démontre tout au long des 14 compostions de cet album indispensable à tout amateur de blues rock. L’homme a musclé son jeu et à greffé plus de rock à son blues mais le feeling est toujours là. L’ambiance générale prête sans conteste au plaisir d’une écoute prolongée au cours de laquelle on appréciera sans aucun doute les nombreux solos du Professeur qui navigue sans complexe entre fureur et feeling. 2 PM est un putain de bon disque. Respect !

Patrick BETAILLE, janvier 2010

 

Gov’t Mule – By a Thread

Gov't Mule By a Thread

Après une expérience Reggae (Mighty High en 2007) qui bien qu’ intéressante fut loin de faire l’unanimité, Warren Haynes et sa bande nous revient cette fois avec un opus qui mettra d’accord une fois pour toutes les fans de la première heure. Avec By a Thread nous sommes en effet loin des tentatives expérimentales précitées. Et ça démarre très fort avec en guise d’introduction la présence aux guitares de Billy Gibbons qui donne le ton comme il se doit avec un Broke Down on the Brazos qui va vous faire sortir les couilles par les oreilles. Les talents conjugués de Warren et Billy ont dans ce titre un goût de téquila dont il faut abuser en toutes circonstances. Après ce démarrage, Gov’t Mule met la gomme comme s’ il s’agissait du dernier burn avec un Any Open Window funky à souhait et qui n’est pas sans rappeler le gars Hendrix, rien que çà!  On reste néanmoins dans la lignée du très beau High and Mighty paru en 2006 avec notamment quelques titres mid tempo aux accents Zeppelinien tel que Railroad Boy, ou encore Frozen Fear, une espèce de country rock aux accents reggae. D’autres titres comme Gordon James ou Forevermore pourraient paraître banaux à la première écoute mais il n’en est rien car comme à son habitude Haynes met en avant sa voix chaude et son jeu subtil qui mettent ces titres au rang de petits joyaux. On arrive ainsi doucement au titre le plus long de cette galette, Inside Outside Woman Blues #3, qui durant plus de neuf minutes vous assène un bon gros blues rock ponctué de solis furieux et de wah wah déjantée. Gov’t Mule excèle dans ce genre et, si besoin en était, nous le prouve une fois de plus. Au final c’est l’album qu’il faut pour faire connaissance avec ce groupe fantastique qui a déjà produit une bonne douzaine de skuds mais c’est aussi l’album qui confirme que nous avons à faire à un des tout meilleurs groupes du genre qui aujourd’hui nous livre 11 titres et 65 minutes de blues rock inventif .

Patrick BETAILLE, novembre 2009