Buddy Guy – Born to Play Guitar

Buddy Guy, Born to play guitar

 

Buddy Guy est toujours là et bien là. A 80 balais, le dernier des Blues Giants depuis la disparition de B.B. King vient de remporter le Grammy Award du meilleur album Blues 2016 avec son 28ème album studio: Born to play guitar. Celui dont le jeu a inspiré Hendrix et sur les solos duquel Clapton s’est fait saigner les doigts, livre 14 titres qui, une fois de plus attestent de l’incontestable talent du guitariste. Une fois mis de côté les accents Pop du dispensable Crazy World on ne boude pas son plaisir à l’écoute du reste des compositions. Fioritures inattendues, balayages de cordes subtils, ballades acoustiques ou chorus ravageurs tout y est, y compris quelques invités de marque. Sur Wear you out, Billy Gibbons prête sa voix rauque pour un bon gros blues rock à la ZZ Top. Kim Wilson (Fabulous Thunderbirds), en pleine forme, apporte son harmonica sur Too late, un blues West Coast des plus dynamiques. Joss Stone pour un duo sympa sur Baby you got what it takes. Van Morrison lui participe à Flesh & bone, un hommage à B.B. King sous la forme d’une superbe ballade aux accents country/folk. Et puis il y a ces moments privilégiés. Buddy n’a pas son pareil quand il fait hurler sa strat sur des envolées bien musclées telles que Thick like Mississippi mud ou Smarter than I was. Alors bien sûr d’aucuns diront qu’il n’y a dans tout ça pas de quoi défriser Nelson Momfort... Fuck! La basse de Billy Cox et le solo de Wah Wah que Jimmy himself aurait approuvé c’est du mou de veau peut être? Non! 

Patrick BETAILLE, avril 2016

Left Lane Cruiser – Dirty Spiff Blues

Left Lane Cruiser Dirty Spiff Blues

Les gars de Left Lane Cruiser aime le blues, le boogie, les gros amplis et les pédales de distorsion. Voilà pour la musique. Question mode de vie, l’alcool, les femmes, les potes et la marijuana occupent chez eux une place prépondérante. Depuis leur premier album en 2007 ils ont établi leur fond de commerce sur ces fondamentaux et la recette fonctionne plutôt bien pour  Frederick Joe Evans qui tient la Slide et le batteur Brenn Beck. À vrai dire ce qui à l’origine était un duo devient aujourd’hui un trio. Beck ayant quitté la formation il a été remplacé aux drums par Pete Dio et un certain Joe Bent s’est vu confier le rôle de bassiste. Et ce qui devait arriver, arrive. Le groupe de l’Indiana reste fidèle au bon gros Blues du Mississipi dans sa version Garage la plus brute mais il se met à explorer de nouveaux horizons. Comparé au remarquable ”Bring Yo’ ass to the table” sorti en 2008 ”Dirty Spiff Blues”, septième album de la formation, affiche plus de structure, des compositions plus fournies et surtout un son énorme. Plus grand, plus fort, et plus sale voici donc un très bon opus qui ferait penser à du R.L Burnside sous amphétamines. Un vrai régal que ce Voodoo hillbilly punk-blues qui l’instar d’un Tres Borrachos a de quoi tenir vos voisins éveillés une bonne partie de la nuit.

Patrick BETAILLE, juin 2015

 

Manu Lanvin – Son(s) of the Blues

Manu Lanvin & Devil Blues1984, Denis boitille sous la pluie, à ses côtés François qui trimbale un sac à dos et une guitare. Cette acoustique accompagne les deux loosers sur les routes, dans les rue de Paris, dans le métro et dans un squat. Hormis le rôle non négligeable de l’instrument dans ”Marche à l’ombre”, le film, il faut noter que c’est sur le manche plusieurs fois refait de l’Ibanez en question que Manu Lanvin a plaqué ses premiers accords. Il avait une douzaine d’années et allait tomber tête la première dans le chaudron. Avec quatre opus à son actif  le guitariste chanteur  reste pourtant méconnu du grand public et ce malgré de remarquables collaborations avec Paul Personne, Neal Black ou son ami Calvin Russel. Les choses devraient changer car il est prévu qu’il fasse sous peu la première partie de notre Jojo national, mais là n’est pas le sujet. ”Son(s) of the Blues”, devrait en séduire plus d’un avec ses 12 titres qui viennent de là, qui viennent du Blues. En l’écoutant on se promène à Nashville, à la Nouvelle Orléans voir même au sud des Etats Unis, plus précisément dans le Mississippi. Les influences sont bien présentes et il arrive même que des touches jazzy ou rockabilly viennent épicer un ensemble sur lequel le Devil Blues, en tant que trio, assure plutôt bien. La voix rauque et grave de Manu colle parfaitement au genre et les compos, toutes originales, se voient parfois sublimées par des chorus plus qu’ habiles comme en témoigne le titre éponyme qui ouvre l’album à 100 à l’heure . Quant aux textes (dont trois en français), ils sont bien là pour attester de la sensibilité et des talents de compositeur de l’artiste. Ce cinquième essai est un très bon disque, essentiellement Blues Rock mais pas que, digne des grands noms de la discipline, et il prend toute sa dimension lorsqu’il est joué sur scène. C’est là que l’aisance et la sincérité prennent toute leur dimension; quand énergie et feeling sont dépensés sans compter pour communiquer avec le public.

Patrick BETAILLE, mai 2015

King Pug – Grocery

King Pug Grocery Dave WilkinsonUn bien beau cadeau de Noël que cette découverte au travers de laquelle je serai certainement passé sans les conseils avisés de Veetess Speereet. A n’en pas douter King Pug devrait vite se faire un nom dans le monde hélas trop confidentiel de l’Indie Rock. A l’origine du projet, un musicien anglais, auteur, compositeur et producteur: Dave Wilkinson. En 2013 histoire de mettre entre parenthèses son activité de musicien de studio, le guitariste/harmoniciste fait appel à un ami et partenaire de longue date, Caspar Saint-Charles, pour étayer l’expression d’un besoin de revenir aux fondamentaux du Blues Rock. Le duo met rapidement sur pied ”Borneo Mint Shave”, un premier EP de 7 titres enregistrés ”à la maison” et bourrés jusqu’à la gueule de guitares râpeuses et de rythmes syncopés. Satisfaits du résultat les deux compères reviennent cette année un nouvel album. Bien qu’un peu plus travaillé, Grocery et ses 12 titres reste dans la même veine que le précédent. C’est Roots à souhait, rafraîchissant, bien rythmé, et d’évidentes influences funky foutent des fourmis dans les pieds et donnent à l’ensemble un goût de revenez-y.  ″Noël en toc ou Rock en stock″, il faut se décider, mais quand on sait que King Pug est recommandé par Zegut en personne le choix n’est pas trop difficile. Pour s’en convaincre et savourer du Blues qui ne vous le donnera pas… le Blues… il suffit de se rendre à l’ épicerie: Grocery!

Patrick BETAILLE, décembre 2014

Joe Bonamassa – Different Shades of Blue

Joe Bonamassa. Differnet Shades of BlueOn ne présente plus l’ américain, prodige du Blues qui est à lui seul le représentant émérite d’un renouveau qui l’a propulsé à un niveau de popularité rarement atteint dans un domaine sensé être en voie d’extinction. Revoilà donc Joe Bonamassa qui n’avait pas sorti d’album studio strictement personnel depuis l’excellent ”Dust Bowl” en 2011. Sans surprise majeure pour ce qui concerne la teneur et l’ambiance, ”Different Shade of Blue” vient étayer le talent et la boulimie multi directionnelle d’un artiste pour le moins généreux et surdoué. Dans l’ensemble très bon et très bien soutenu par des musiciens talentueux, l’album ouvre  sur un hommage à Hendrix et s’achève sur une ballade ennuyeuse dont on se serait facilement passé. Heureusement il contient aussi un ”oh beautiful” qui n’est pas sans rappeler ”Black Dog” de Zeppelin et livre de grands moments comme l’impétueux ”Living on the Moon” ou le torride ”Heartache Follows Wherever I Go” qui regorgent de cuivres que Joe a ramené de ses dernières collaborations avec Beth Hart. Reste un mystère. Celui de la pochette de l’album qui n’est pas sans rappeler l’image de Roland Free battant le record de vitesse à Bonneville Salt Flats en Septembre 1948. Une idée? Je suis preneur car, à part les nuances de bleu, je ne vois pas!

Patrick BETAILLE, novembre 2014

Johnny Winter – Step back!

 

Johnny Winter a publié pas moins d’une trentaine d’albums de Blues et de Blues Rock avant l’été 2014. Sa mort, à l’âge de 70 ans a laissé un vide difficile à combler pour la communauté du Blues. ″Step Back″ est son dernier album studio et il fait suite à ″Roots″ sorti en 2011 dans lequel un hommage était rendu aux artistes qui ont inspiré ou influencé l’albinos.  Comme ″Roots″ , ″Step Back″ consiste  essentiellement en une série de duos avec quelques grands noms du moment. Jugez plutôt! Eric Clapton , Ben Harper , Billy Gibbons , Joe Perry , Dr. John , Leslie West , Brian Setzer et Joe Bonnamassa sont de la partie pour un album bourré jusqu’à la gueule de guitares rugissantes au service d’un Blues Rock des plus efficaces. Au travers de ces collaborations motivées, il reste évident que Johnny Winter  affiche encore joie, excitation et plaisir; honnêtement il n’a peut être jamais aussi bien joué! Alors bien sûr Step Back ne propose rien de particulièrement innovant ou surprenant mais il est réconfortant de découvrir que le guitariste texan nous a quitté en  laissant derrière lui un témoignage sur lequel les amateurs du genre ne manqueront pas de se précipiter tant il est indispensable.

Patrick BETAILLE, octobre 2014

 

Beth Hart & Joe Bonamassa – Live in Amsterdam

Dvd Beth Hart & Joe Bonamassa Live in AmsterdamPassons sur la pauvreté graphiquement nauséeuse du packaging et attardons nous sur ce que moi j’ose appeler un putain de bon moment musical. Ce double Dvd Live in Amsterdam n’est ni plus ni moins que la transcription exacte d’un concert que Joe Bonamassa et Beth Hart ont donné lors de la tournée promotionnelle de l’album Seesaw Pas d’overdubs, pas de bidouilles numériques. Ce que vous entendez est ce qui a été joué. La quasi totalité du dernier album et cinq titres de Don’t explain sont interprétés par ces deux artistes qui s’offrent même le luxe de quelques autres covers bien senties. Pour l’occasion Beth et Joe sont soutenus par une section de cuivres et une bande de tueurs patentés déjà vus aux côtés du guitariste surdoué. Que ce soit le batteur Anton Fig, le bassiste Carmine Rojas, le guitariste rythmique Blondie Chaplin ou le clavier Arlan Schierbaum, tous sont incroyablement inspirés et efficaces, visiblement heureux de participer à ce qui se passe sur scène. Nous n’assistons pas à  un concert de guitar héro pas plus qu’à une prestation de diva reconnue. Non! et pourtant il y aurait matière à, tant le talent de ces deux artistes est énorme. Point d’ego prédominant donc. Tout n’est que collaboration fusionnelle et capacité considérable à transmettre un large éventail d’émotions bienfaitrices. La lecture dévastatrice de I’d Rather Go Blind (Etta James) en est la meilleure preuve; dix minutes de pur bonheur, le feeling de Joe Bonamassa fait des merveilles et l’interprétation de Beth Hart est orgasmique. Croyez moi! Cette nana c’est Otis Redding moins les baloches! 21 titres (sans compter les bonus), plus de deux heures de musique, un film sobre et efficace, et un son tout ce qu’il y a de plus propre, que demander de plus? Un petit extrait? Bon d’accord et c’est bien parce que c’est vous: Live in Amsterdam! .

Patrick BETAILLE, avril 2014

Mark Doyle and the Maniacs – Shake’ em on Down

Agrandir: Mark Doyle & the Maniacs - Shake 'en on down!Si vous avez fourgué ou égaré votre collection d’albums emblématiques du Blues Boom des années 60 ou si la production discographique actuelle vous fait autant d’effet qu’un pet de lapin sur une toile cirée, ce compact est fait pour vous.  Ostensiblement dédié au Blues Rock Anglais d’une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, ″Shake ‘Em On Down″ revisite quelques standards qui en leur temps firent les très riches heures des Them, des Yardbirds, de Savoy Brown, de Peter Green, John Mayall ou encore de Robin Trower, tous s’étant au préalable copieusement  inspirés du répertoire du Blues traditionnel. Mark Doyle et sa bande de maniaques se sortent plutôt bien d’un exercice sur lequel pas mal se sont déjà cassé les dents. En effet, dès la première écoute ce disque vous met une bonne petite claque entre les oreilles et ce dès le premier titre, « Mystic Eyes« , qui ajoute un brin de frénésie à la version originale et déjà solide de Van Morrison. S’en suivent un ″Smokestack Ligtnin’″ à l’harmonica jouissif, un ″Shake ’em on Down″ et son déchaînement de basse/batterie, un ″Needle and Spoon″ aux riffs ravageurs et, pour clôturer ce petit brûlot, un ″Messin’ the Blues″ de 8’35 assez hypnotique. Tour de passe passe ou hommage, appelez ça comme vous voulez mais soyez convaincu que ces 10 titres représentent une approche contemporaine et excitante d’un genre musical qui, grâce à des musiciens talentueux et aussi vaillants que des mules de bât, n’a peut être pas dit son dernier mot. Et c’est tant mieux !

Patrick BETAILLE, Janvier 2014

Beth Hart – Bang Bang Boom Boom

Beth Hart: CD Bang Bang Boom Boom!

En 2011 et avec ″D’ont explain″, fruit d’une collaboration judicieuse avec Joe Bonamassa, Beth Hart passe de la Variété haut de gamme au  Blues Rock électrique qui colle à merveille à  son tempérament d’écorchée vive. En 2012 l’influence bluesy reste évidente au sein de Bang Bang Boom Boom, nouvel et huitième opus studio de la Californienne. Guitares et piano occupent toujours une place prépondérante,  à l’instar de Baddest Blues, façon Billy Holiday, qui ouvre les festivités, ou encore Caught out in the rain qui dégueule d’émotion pendant plus de 7 minutes. La profusion de cuivres sur Swing My Thing Back Around et Spirit Of God amorce un changement de direction avec tonalité Swing ou Big Band que ne renierait pas Cab Calloway. Avec Better Man, Ugliest House ou encore le titre éponyme, l’ambiance devient plus légère et plus fun qu’à l’accoutumée. Au final ce qu’il faut retenir, c’est qu’avec ces  11 compostions originales, la force de cet album réside avant tout dans l’éclectisme des influences desservies par une voix à la foi chaude, puissante et émouvante. La production heureuse de Kevin Shirley (Led Zep, Aerosmith, Bonamassa) assure à l’ensemble une cohésion sans faille. Et que dire du packaging ? Visuel qui atteste du réchauffement de la planète, paroles lisibles sans loupe, Liner notes d’Henry Yates, commentaires de l’artiste sur les origines de chaque titre, quelques zoulies zimages… Une fois n’est pas coutume, on en a pour ses euros ! C’est donc l’occasion ou jamais de découvrir cette immense artiste. A moins de préférer se focaliser sur ses performances scéniques… Auquel cas il suffit : soit de se rabattre sur le sublime Dvd Live at Paradiso, sorti en 2005, soit d’assister à l’un des concerts de la tournée française qui passe par l’Olympia  le 28 Mars 2013. Quand Beth Hart chante le temps s’arrête, le cœur danse et les poils de la nuque se hérissent!″ Je confirme!

Patrick BETAILLE, octobre 2012

Davy Knowles – Live at the Gaiety Theatre

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″ J’ai su que je serai musicien le jour où alors que j’étais en voiture avec mon père j’ai entendu Sultans of Swing de Dire Straits ; ce titre a changé ma vie . Davy avait onze ans à l’époque. Au départ il a  pioché dans la discothèque du paternel pour dévorer du John Mayall, Clapton, Peter Green et Rory Gallagher. Il a d’ailleurs avec ce dernier le point commun qui consiste en l’intégration des influences celtiques dans sa musique; rien d’ étonnant, il est originaire de l’ île de Man !  Quelques cours de guitare plus tard le trio Back Door Slam voit le jour, nous sommes en 2005 et c’est en 2006 que sort le premier album Roll Away qui atteindra rapidement la 7ème place au Bilboard. Succès d’autant plus intéressant que c’est Davy qui assure toutes les compositions à l’exception de Outside Woman Blues (Blind Joe Reynolds). On y retrouve bien sûr toutes les influences évoquées plus haut, mais aussi l’expression d’une sensibilité portée par une voix chaude et pleine d’émotion. 2009, sortie de Coming up for air sous le nom de Davy Knowles and Back Door Slam! Entre temps il y a eu le split du trio, les tournées mondiales, les premières parties de George Thorogood, Buddy Guy, Lynyrd Skynyrd, Chickenfoot et, excusez du peu,  Gov’t Mule ou  encore Jeff Beck. Ce deuxième album, produit par Peter Frampton, est brillant ; même les morceaux mid-tempo s’articulent autour de chorus à la fois fins et puissants.  11 titres dans lesquels les fans de Blues Rock, toutes générations confondues, trouveront leur compte ; en particulier à l’écoute de Tear down the walls et Hear me Lord (George Harrison) où Davy fait preuve d’un feeling et d’un doigté exceptionnels pour triturer sa guitare PRS. 2009 c’est aussi l’année de la sortie du Dvd  Live at the Gaiety Theatre. L’artiste  joue chez lui, sur l’Ile de Man. Il clôture ainsi une tournée de 400 dates aux USA et un passage à Londres pour un concert à guichet fermé. Rien à redire, l’énergie est là, la prestation est superbe, le show est sobre, assez intimiste mais d’une intensité redoutable ; il s’achève par un titre acoustique sur lequel les chœurs sont assurés par les enfants de l’école du coin. Emotion garantie ! Vous savez quoi ? La soi disant authenticité musicale, le côté basique du genre, l’approche intellectuelle du Rock… Ben tout ça je m’assoie dessus avec allégresse et impertinence! Davy Knowles c’est du bon, du talentueux, de l’authentique et même s’il ne remplace pas Rory Gallagher ou Gary Moore, il parvient quand même à combler une bonne partie du vide qu’hélas ils ont laissé derrière eux. Pas mal à 25 ans non? Pour preuve : Joe Satriani himself  a dit de lui : ″ parmi les bluesmen modernes c’est mon préféré !

PB, mars 2012