Sacrilège – Clapton is God!

Eric Clapton GodProbablement l’une des photos les plus célèbres de l’histoire du Rock. Nous sommes en 1965. Alors au sein des Yardbirds, Eric Clapton était en concert au Crawdaddy Club de Richmond à la périphérie de Londres. Le graffiti, soit disant l’oeuvre d’un fan inconditionnel, apparaît pour la première fois sur le mur d’une station de métro et élève le guitariste au rang de divinité: Clapton is God! Dans une interview en 1971 pour Classic Rock Magazine, l’artiste déclare que d’après lui il ne s’agit ni plus ni moins que d’un coup de pub. Quand les Yardbirds ont joué au Crawdaddy il y avait dans l’équipe un gars qui avait pour mission de jouer le rôle de chauffeur de salle en faisant la claque pour motiver le public. J’ai toujours été persuadé que c’est lui qui était à l’origine de cette inscription. Qu’importe! La légende était née et avec elle la répétition à l’envie sur les murs de Londres et d’ailleurs de l’emblématique sloganL’un de ces graffitis a été immortalisé alors qu’un cabot qui passait par là a trouvé opportun de se soulager précisément à cet endroit, même pas conscient qu’il serait à jamais figé pour la postérité. En avril 1965 God allait quitter les Yardbirds pour remplacer Peter Green au sein de John Mayall and The Bluesbreakers, puis, plus tard, pour fonder Cream.

Patrick BETAILLE, mars 2019

Robert Johnson & Tom Wilson – King of the Delta Blues Singers

 

[Extrait]: Mort dans des circonstances non élucidées, Robert Johnson a rejoint le Club 27 en 1938. La musique jouée par ce natif du Mississippi est bien loin des standards habituels. C’est un Blues sans fioritures aucune, juste quelques notes de guitare acoustique qui accompagnent une mélopée à la fois aiguë et éraillée. Surprenant à la première écoute, le style de l’interprète plonge l’auditeur dans l’ univers d’un Blues des origines qui clame les peines, les joies et les espoirs des esclaves noirs n’ayant pour horizon que les champs de coton du Delta. Pendant sa courte carrière Robert Johnson n’enregistre que 29 titres dont plusieurs furent repris plus tard et aujourd’hui encore par de nombreux interprètes. Parmi les plus célèbres, Cream, Led Zeppelin, The Blues Brothers, Eric Clapton, The Rolling Stones, etc… Keith Richards raconte d’ailleurs qu’en 1962, lorsqu’il entend pour la première fois un disque de Robert Johnson chez Brian Jones, il lui demande: ″ Qui est-ce? ″ Jones répond que c’est Robert Johnson, un obscur chanteur/guitariste de blues. Keith insiste : ″ Ok! mais qui est cet autre type qui joue de la guitare avec lui ? ″ Jones lui explique qu’il n’y a pas de second guitariste et que Johnson joue seul. Et Keith de s’exclamer: ″ Wow! Ce type doit avoir deux cerveaux ! ″ Le travail du bluesman ayant été gravé à l’époque en 78 tours, il va sans dire que sa discographie se limite à des compilations techniquement remises au goût du jour et régulièrement rééditées. La totalité des témoignages musicaux récupérés depuis son décès sont disponibles sur double CD et coffret parus en 1990 et 1996: Robert Johnson – The Complete Recordings. Avant cela Columbia publie deux albums contenant 16 titres chacun: King of the Delta Blues Singers en 1961 et King of the Delta Blues Singers, Vol. IIen 1970. Cette dernière édition est tout à fait remarquable notamment par son covert art expressif. Figure au bas de l’image la mention: Robert Johnson first records in a makeshift studio in a San Antonio hotel room – November, 1936 (Premiers enregistrements de Robert Johnson en studio improvisé dans une chambre d’hotel à San Antonio en novembre 1936. NDLR). Le trait, les couleurs, le décor et les personnages traduisent à merveille l’ambiance des conditions spartiates des séances et la solitude de l’artiste qui joue face au mur. En un seul tableau l’auteur de cette oeuvre arrive à exprimer toute la profondeur et la désespérance de la Musique du Diable. Sur les annotations, ce travail exceptionnel est attribué à Tom Wilson. Malgré des recherches assidues, il semble impossible d’en savoir plus sur cet artiste et le seul moyen d’apprécier la splendeur de cette oeuvre dans son intégralité reste la juxtaposition du recto avec l’autre partie du dessin figurant à l’intérieur de la pochette. Dont acte!

Patrick BETAILLE, novembre 2018


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Jean Paul Pagnon – Blues Entoilé

J.P Pagnon Muddy Waters
© Jean Paul Pagnon

 

Du Delta du Mississippi à Chicago,  des ruelles de la Nouvelle-Orléans aux quartiers de New-York, l’univers de ce peintre français héberge chanteuses et musiciens, micros, guitares et cuivres dans des univers qui ont la chaleur d’une tasse de café qui fume, la rondeur d’une volute de cigare de La Havane et la moiteur d’un été en Louisiane. Jean-Paul Pagnon donne des couleurs à ce rêve américain, et met en images l’éternelle bande-son du Jazz et du Blues. 

Crystal Shawanda – Voodoo Woman

 

Voodoo Woman est certes le cinquième album de Crystal Shawanda mais c’est aussi le premier à être diffusé hors Canada d’où est originaire l’artiste. L’occasion donc de découvrir une chanteuse qui s’est déjà taillé une jolie réputation dans le milieu de la Country mais qui cette fois, par goût, décide d’exprimer sa passion pour le Blues. Le regard qu’elle pose sur ce genre musical majeur est très moderne et ce bien qu’elle se livre à quelques reprises incontournables et brillamment accompagnées. En effet, outre Howlin’ Wolf et Big Mama Thornton, Crystal Shawanda rend également ici hommage aux immenses Koko Taylor et Etta James avec un bouleversant ″I’d Rather Go Blind″. On n’y échappe pas, avec Voodoo Woman c’est l’âme de Janis Joplin et à l’intensité de Beth Hart qui vous pète à la gueule! C’est pas peu dire et on ne va surtout pas s’en plaindre. Voilà un album convaincant et l’on devient vite accro.

Buddy Guy – Blues is still alive and well

The Blues is still alive and well

 

Tout est dans le titre! Avec ce nouvel album Buddy Guy prouve, si besoin en était, qu’il est bien une légende vivante, le seul survivant de tous les géants du Blues depuis la mort de B.B. King en 2015. Déjà en 2010 dans Living Proof  il ouvrait en proclamant qu’il était ″74 years young″. aujourd’hui, à 81 ans  il dit simplement: ″a few good years is all I need right now″ (quelques bonnes années, c’est tout ce dont j’ai besoin en ce moment). Sur la pochette de Blues is still alive and well Buddy, tout sourire, pose avec sa Telecaster à pois devant le panneau de Lettsworth, sa ville natale en Louisiane. En arrière plan, une bicoque délabrée qui n’est pas sans rappeler celle McKinley Morganfield, alias Muddy Waters. Le décor est planté. L’ami Guy se sort les tripes, vocifère et distille des chorus ravageurs comme si sa vie en dépendait. 15 titres, plus d’une heure d’une musique qui nous rassure sur l’état de santé du Blues même si ici il est souvent question de vie et de mort. Étonnant! Étonnant et surprenant aussi. Sur ″You Did The CrimeMick Jagger joue de l’harmonica; vous ai-je dit que que Mick le lippu est un putain d’ harmoniciste? Non? Ben je vous le dit! Le troisième titre nous offre une tuerie au cours de laquelle Keith Richards et Jeff Beck, éternels disciples consciencieux, font parler la poudre: Cognac!

Sari Schorr – A Force Of Nature

Sari Schorr & The Engine Room

Ancienne choriste Joe Louis Walker et de Poppa Chubby, Sari Schorr décide en 2015 de voler de ses propres ailes en participant au ″ Keeping The Blues Alive festival ″. Mike Vernon est dans la salle. Celui là même qui en son temps a crée le label Blue Horizon et produit Clapton, Mayall, Peter Green et Ten Years After tombe littéralement sous le charme et propose à la new-yorkaise de produire son premier album. D’emblée le ton est donné avec un Ain’t Got No Money porté par la voix puissante et profonde de la diva et les riffs intenses d’ Innes Sibun. Connu pour avoir joué avec Robert Plant et ouvert pour Johnny Winter, Taj Mahal, Walter Trout, ou encore Nine Below Zero, le guitariste amène avec lui le groupe Engine Room qui, avec une efficacité redoutable, offre un régal de complicité et de cohésion tout au long de l’album. A Force of Nature avec un son dense, une rythmique massive et une production brute, tape, à deux exceptions près, dans le registre du Blues Rock couillu et c’est bien entendu la personnalité vocale de Sari Schorr qui par son énergie et son feeling drive l’ensemble des douze titres. Quand la brune enflamme ses cordes vocales elle prend des accents de Tina Turner, de Janis Joplin ou, plus près de nous, de Beth Hart. Pour se convaincre qu’il se passe enfin quelque chose au royaume du Blues il suffit de se laisser porter par la version sombre, moderne et très personnelle d’un chant traditionnel immortalisé en son temps par Leadbelly  puis par Ram Jam dans sa version la plus rock: Black Betty!

Patrick BETAILLE, avril 2018

George Thorogood – Party of One

Party of One, George Thorogood

 

S’il est une musique que s’écoute avec les pieds c’est bien celle de ce bon George. Guitariste efficace par excellence, Thorogood a passé toute sa carrière à promouvoir sa propre vision d’un rockin’ blues en faisant rugir sa Gibson ES-125 sur toute les scènes du monde.  Avec sa voix puissante et authentique il a porté des standards  tels que Move It Over d’ Hank Williams, Who Do You Love de Bo Diddley et s’est également assuré l’adhésion du public biker avec des compos comme Back to the bone″. 40 ans après la sortie de son premier album, le ricain ancien joueur de baseball effectue un 360 avec une approche purement acoustique de ses racines musicales, celles des champs de coton du Mississippi et du Chicago Blues.  Pour Party of one, son 14ème album studio, George Thorogood met au chômage son groupe The Destoyers et assure à lui seul, au dobro à la guitare et à l’harmonica, un bel hommage aux grands du genre que sont Willie Dixon, Elmore James et Robert Johnson. Moins attendues mais tout aussi efficaces des covers des Rolling Stones (No expectations) et de Bob Dylan (Down by the highway). Dans ce retour aux sources, une version acoustique de l’un des traditionnels temps forts on stage avec un titre déjà popularisé depuis fort longtemps par le grand John Lee Hooker: One Bourbon, One Scotch, One Beer. Cheers!

Boogie Beasts – Come and Get Me

Boogie Beasts: Come and Get MeBoogie Beasts, formé par Jan Jaspers et Mathias Dalle (guitare et chant) nous prouve qu’il n’est pas obligatoire d’ être né au fin fond d’un désert poussiéreux ou sur les bords du Mississippi pour exprimer un amour démesuré pour le Blues du Delta version rock à l’américaine. Avec ″Come and Get Me″, le quatuor Belge accouche d’un album homogène, conséquent et bourré d’énergie. Les rythmes sont hypnotiques, guitares et harmonica se provoquent pour mieux se rejoindre et les voix s’entremêlent pour alimenter de pesantes mélopées que ne renieraient pas R.L. Burnside ou John Spencer. Entre Boogie Rock et Punk Blues, ce premier essai est un aveu à peine déguisé d’ enthousiasme novateur de la part de musiciens qui ouvrent les portes du temps du temps avec une honnêteté absolue. A écouter absolument! Dig

Patrick BETAILLE, avril 2017

John Doe – Crossroads, la Route du Blues

Crossroads, film John Doe sur Robert Johnson

 

Pour peu que l’on s’intéresse au Blues, vient toujours un moment où se manifeste l’envie d’en savoir plus sur l’une de ses plus belles des légendes. Avec seulement 29 titres enregistrés Robert Johnson est devenu un mythe, la référence suprême, le gardien du panthéon de la musique, celui qui a fait naître chez Jimmy Hendrix, Eric Clapton, Keith Richard, Led Zeppelin et tant d’autres, la passion viscérale pour le Delta Blues qui allait de près ou de loin les influencer musicalement. En 1986, à partir d’un scenario de John Fusco, le réalisateur Walter Hill traite le sujet sous forme de fiction musicale gentillette qui se termine par un duel guitaristique éblouissant entre Ralph Macchio et Steve Vai dans le rôle du serviteur du diable. Il est donc question de ce fameux pacte avec le Malin. Pacte au cours duquel Robert Johnson aurait vendu son âme en échange d’un immense talent.  Avec Crossroads, la route du Blues, John Doe élève le débat au rang d’un subtil mariage des genres qui oscille entre fiction, documentaire et road-movie.
Fan de Blues, je rêvais depuis mon adolescence de faire la Route 61. Il m’aura fallu 30 ans pour y parvenir avec quelques dollars, un bon copain et une idée : conter les légendes de Robert Johnson. J’ai écrit et vécu cette aventure passionnément. Une année de préparation, 1 mois de tournage, 6 mois de montage et 8 ans de galères pour faire connaitre ce film. Aucun producteur, pas de distribution, pas d’aide financière, juste un entêtement maladif: y croire ″.
Le résultat est bluffant. La démarche est sincère, les protagonistes étonnants, le ton lugubre et l’ambiance générale très roots. Au final on y croit, on s’y croit! Au point d’avoir envie de participer, en compagnie de Calvin Russel, à la quête du 30ème morceau, celui  qui délivrera Robert Johnson de sa malédiction. Monsieur John Doe*, qui que vous soyez, merci pour cette belle initiative, pour ce moment intense et pour la mise en images de cette passion dévorante. Enfin et surtout, merci pour le partage sans contrepartie avec la mise à disposition d’infos remarquables et de l’intégralité de l’œuvre au format Dvd ou Divx en Vost.  C’est ici: La Route du Blues .

* Dans les années 50, John Doe est le pseudonyme utilisé par les réalisateurs américains  qui ne souhaitaient pas ″signer″ leurs œuvres en raison de désaccords avec les règles fixées par l’industrie du cinéma et de la télévision. Une façon de faire de la résistance.

Jean Vern – House of the Blues

Jean Vern, House of the Blues artwork
© Jean Vern

 

Extrait]: Né au Havre en 1940, décédé en 1998, musicien et dessinateur de bande dessinée (″La Maison du temps qui passe″, ″Mort sous la Tamise″…) Jean Vern est parvenu à mettre en commun ses deux passions en réalisant de superbes pochettes de disques de Blues et de Jazz. Il a notamment œuvré pour une série initialement éditée par Barclay: House of the Blues. Ses dessins sont remarquables. La finesse du trait et l’expression traduisent admirablement l’ambiance d’une période au cours de laquelle le Blues offrait  une place de choix à des artistes tels que John Lee Hooker, Freddie King, Lousiana Red ou Buddy Guy.

 

Jean Vern, House of the Blues artwork
© Jean Vern

Patrick BETAILLE, décembre 2016


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈