Daddy Long Legs – Street Sermons

 

Trois mecs de la Big Apple pratiquant une espèce de punk-blues déjanté. Originaire du Missouri, Brian Hurd prêche et exhorte ses deux enfants de chœur qui assurent rythmiquement l’essentiel avec efficacité. Le trio Daddy Long Legs s’approprie le rock, le blues, le stomp et la country, secoue le tout pour se livrer à joyeux un chahut old school à l’énergie jouissive. Avec ses 12 homélies ce Street Sermons est étonnant, c’est le moins que l’on puisse dire. Ça sent la bière tiède et la sueur, c’est tendu comme un string et les inflexions du prédicateur harmoniciste font la part belle à la puissance et au feeling. Pour des sermons comme Be a Fool Once, Harmonica Razor ou Rockin’ my Boogie, je suis prêt à aller à la messe tous les jours. De fortes chances d’ailleurs que j’y croise Dr. Feelgood, Nine Below Zero et même le Reverend Horton Heat… 

 

The Answer – Sundowners

 

Certains groupes font tellement d’efforts pour paraître authentiques en surfant sur la vague du revival, qu’à force, ils ne deviennent que des caricatures d’eux-mêmes – suivez mon regard! Au mieux, et pour un temps seulement, ils parviennent à donner l’illusion d’être les porte-paroles d’un courant que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître: le rock bien trempé des seventies. Ces efforts, d’autres par contre n’ont pas à les faire tant ils ont naturellement capté l’essentiel des influences qui coulent dans leurs veines et la façon de les exprimer sans faire semblant. Sans conteste, The Answer appartient à cette dernière catégorie. En 2006 le quatuor irlandais avaient annoncé la couleur avec Rise, un galop d’essai au cœur duquel bouillaient des audaces assumées que certains pisse-vinaigres se sont empressés de qualifier de plagiat. La belle affaire! S’agissant de led Zep, Aerosmith, AC/DC ou Black Crowes, qui s’en plaindrait dès l’instant qu’ un amour profond et sincère du genre opère et que la sincérité valide la démarche. Beaucoup d’auditeurs y ont trouvé leur compte et ont offert un succès mérité à ce premier opus. L’engouement se confirme en 2010 avec la parution de Everyday Demons qui permet à Cormac Neeson et sa bande d’assurer la première partie de la tournée Black Ice d’AC/DC. Sur les quatre albums suivants la même recette est appliquée, certes parfois avec une baisse d’inspiration créative qui globalement ne nuit pourtant pas à la cohérence de l’ensemble de la production. Depuis 2016 et un Solas honnête mais dispensable The Answer brillaient par leur silence discographique. Sept années d’éclipse partielle pour une prise de recul probablement nécessaire à un retour aux fondamentaux. Résultat, toujours le même line up et un septième album studio qui vient remettre les pendules à l’heure. Les onze titres de Sundowners devraient ravir les fans de blues rock rétro, de rythmes hypnotiques, de riffs tonitruants et de fuzz. Avec entre autres Get on Back, Blood Brother, Livin’ on the Line et bien sûr la composition qui offre son titre à l’album, nos irlandais du nord raniment la flamme et confirment, si besoin en était, un brillant savoir-faire.

 

Screamin’ Rebel Angels – Heel Grinder

 

Pas une nouveauté en tant que telle puisque le skud dont à propos duquel je vais causer ne date pas de la dernière neige mais plutôt de celle de janvier 2019.

Depuis 2011, les Screamin’ Rebel Angels se sont approprié l’énergie primitive des débuts du rockabilly, l’émotion du rhythm & blues et la sensualité de la Soul des années 1950, et ce, avec une fougue à nulle autre pareille. À la tête de ce ce quatuor new-yorkais originaire de Brooklin, une certaine Laura Palmer qui a bien compris que l’une des règles essentielles c’est d’essayer d’attirer immédiatement l’attention de l’auditeur. Cette meneuse chante, joue de la contrebasse, de la guitare rythmique, écrit les chansons, conçoit les illustrations et ne mout pas le café; ça c’est plutôt le boulot de Brian Hack, virtuose pourvoyeur de solos de son état. La première chose qui frappe à l’écoute de Heel Grinder (NDLR: Meuleuse de Talons Hauts), le deuxième long play, c’est la voix de Laura, parfois ponctuée de ″Wooo″ à la Little Richard, qui par moments donne l’impression qu’elle est prête pour la baston. Oooh my Sooooul! Elle grogne, vocifère, le ton est si puissant et rugueux qu’on en arriverait facilement à envisager ce qui aurait pu se passer si Bessie Smith avait eu l’occasion d’assurer les lead vocals au sein des Cramps. Voix unique de palmer, virtuosité de Hack, cogne précise de Sean O’Connell et slaps percutants de la miss à la contrebasse; la magie opère et à partir de là tout décolle à un rythme effréné en flirtant avec un psychobilly post punk jouissif que ne renierait pas le Révérend Horton Heat. Si la plupart des 13 titres carburent au nitrométhane, certains comme  Brassy Brown, Sweet  Petunia ou Something on Your Mind font preuve d’exception avec une baisse de tempo qui ne nuit en rien à la fougue et à la cohérence de l’ensemble. Cet album bourré de mélodies et de rythmes est une pépite de revival stupéfiant d’authenticité et de classe. Parfois, le rock, le vrai, bande encore et il n’a rien à devoir aux médias trop occupés à faire l’article de la soupe auto-tunée. Ne me remerciez pas, c’est avec plaisir et volupté que je vous offre de quoi vous décrasser les esgourdes!

 

David Bowie – Halloween Jack

 

[Extrait]: Conséquence de plusieurs projets avortés (dont une adaptation musicale du roman 1984 de George Orwel), le huitième album de David Bowie paru en 1974 reste basé sur l’étrange. Tout en s’écartant du glitter rock, Diamond Dogs devient une descente aux enfers post-apocalyptiques où se côtoient des personnages étranges. Parmi eux, Halloween Jack, une créature mi-homme, mi-chien, dessinée par l’artiste belge Guy Peellaert. L’illustration sera assombrie au bon endroit afin de masquer les parties génitales de la créature thérianthrope.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, février 2023

Golden Earring – Moontan

 

[Extrait]: Formé en 1961 à La Haye, Golden Earring connaît très vite le succès. Entre 1969 et 1984, le groupe effectue de nombreuses tournées en Amérique. Durant cette période ils jouent avec Santana, King Crimson, Led Zeppelin, Kiss, Rush, Aerosmith et Jimi Hendrix. Moontan est leur neuvième album studio. Diffusé par Polydor en 1973, il renferme entre autres titres celui qui deviendra le plus grand succès international des bataves : Radar Love. À partir d’une photo de Ronnie Hertz, c’est une danseuse de cabaret qui tient lieu d’illustration. La Bluebell girl emplumée et lascive pose nue. Aux États-Unis, l’image est rapidement censurée. À sa place c’est désormais un gros plan sur une oreille arborant sur son lobe une créole étiquetée  » Golden Earring « .


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, février 2023

la Musique Joue des Tours

 

[Marcel Destroy – Philosophe approximatif]: ″ J’aime tellement la musique que les 33 tours je les passe en 45 tours afin de pouvoir les écouter plus souvent! – I love music so much that I play LP’s into 45 Rpm so I can listen to them more often!


 

Rock Anthology – 1973

 

Il est indéniable que le rock moderne doit énormément aux seventies. Pink Floyd, Led Zeppelin,  Aerosmith, Alice Cooper et d’autres inspirent parfois encore – et heureusement – de nombreux groupes contemporains. Dark Side of the Moon reste l’un des albums les plus vendus au monde, Alice Cooper brasse des billions et veut être élu et un dirigeable se pose sur la Chaussée des Géants.

Petit voyage sur un chemin de mémoire pavé de certains de ces albums intemporels, sortis il y a un demi-siècle, et qui ont joué un rôle essentiel dans l’histoire de la musique populaire sur laquelle ne régnait pas encore une Aya Nakamura autotunée jusqu’au cul et aux nibards.

1973: Janvier – Deep Purple: Who Do We Think We Are • Février – Iggy Pop & The Stooges: Raw Power. • Mars – Byrds: Byrds. Beck Bogert Appice: BBA • Avril – David Bowie: Aladin Sane. Eagles: Desperado • Mai – Mike Oldfield: Tubular bells • Juillet – Mott The Hopple: Mott – New York Dolls: new York Dolls • Octobre – Lou Reed: Berlin • Novembre – Roxy Music: Stranded. Ringo Starr: Ringo • Décembre – Wings: Band on the Run

Alors oui, je sais. Il en manque. Beaucoup, et des bons en plus: Caravan, John Cale, Tom Waits, Cat Stevens, Elliott Murphy, Procol Harum, Graham Nash, John Lennon, Billy Joel, Stevie Wonder, Genesis, Black Sabbath, Lynyrd Skynyrd, Wailers, Queen, Who, King Crimson, Bruce Springsteen, Stones, etc..!

Patrick BETAILLE, février 2023

 

Laura Cox – Head Above Water

 

Laura Cox était en train de se noyer? C’est ce que laisserait entendre le titre de cet album: Head Above Water. Bon d’accord, en toile de fond des deux précédents opus (Hard Blues Shot en 2017 et Burning Bright en 2019) c’est du bon gros blues rock efficace et sincère qui domine. La musicienne française aurait pu continuer à pratiquer l’apnée dans un genre qui lui a apporté reconnaissance et succès, mais non! Pour ce troisième essai, Laura part explorer de bouveaux horizons et elle nous offre quelque chose d’un peu plus intime avec un Old Soul et un Seaside mid tempo. Before we get burned est en mode électro acoustique et c’est la balade country à la slide de Glassy Day, ponctuée de picking au banjo, vient clôturer l’album de 11 titres. C’est bien là que l’on est forcé d’apprécier l’auteure-compositrice et ses talents de guitariste. Pour le reste des compos c’est bien sûr l’énergie brute mais contrôlée qui domine quand la cavalerie déboule. Des riffs velus, des solos simple, efficaces et une rythmique appuyée. Emballé c’est pesé, mon pt’it mec t’es refait! Head Above Water n’est peut être pas l’album que l’on attendait mais il reste celui que l’on peut apprécier tant il fait preuve d’homogénéité, de sincérité et d’élégance portée par la voix souvent éloquente de la Coxy Lady.

Patrick BETAILLE, janvier 2023

 

Robert Finley – Sharecropper’s Son

 

Robert Finley a commencé à pratiquer la guitare avec un instrument acheté d’occasion dans une friperie. Il avait 11 ans et c’est donc très tôt qu’il a commencé à grenouiller dans le milieu du Gospel en se produisant en amateur avec différentes formations, très souvent des quatuors. En 1970, il a rejoint l’armée en tant que technicien sur hélicoptères en Allemagne. Très vite il intègre l’orchestre de son régiment avec lequel il aura l’occasion de se produire à travers toute l’Europe. Après son retour en Louisiane il vivote de petits boulots et se produit essentiellement en tant que musicien de rue. C’est en 2015 que Music Maker Relief Foundation – une organisation à but non lucratif qui soutient les musiciens de blues vieillissants – découvre le talentueux musicien et lui offre la possibilité de se produire dans des tournées organisées avec des artistes tels que Robert Lee Coleman et Alabama Slim. En 2016, Finley sort Age Don’t Mean a Thing son premier album studio et, l’année suivante, c’est au tour de Goin’ Platinum! de venir confirmer que comme les grands bluesmen du sud, Robert Finley a cette capacité de toucher un public sensible aux voix profondes et bouleversantes. En 2021, ce magicien de la soul a 67 ans et il revient pour enfoncer le clou avec un troisième opus intitulé Sharecopper’s Son (NDLR: Le Fils du Métayer) et produit par Dan Auerbach des Black Keys. Très autobiographiques les 10 titres évoquent avec justesse et sensibilité la jeunesse et les errances du guitariste au cœur sa Louisiane natale. Du blues avec Country Child et Sharecropper’s Son,  de la soul présente dans Souled Out On You, Make Me Feel Alright, My Soul et Starting To See et des joyaux gospel que sont I Can Feel Your Pain et Better Than I Treat Myself. Un subtil mélange mais surtout un équilibre étonnant qui fait de ce disque un témoignage à l’honnêteté émotionnelle sans nulle autre pareille. ″ Je veux que les gens comprennent qu’on ne peut pas m’enfermer dans une boîte. J’aime jouer toutes sortes de musiques : tout ce qui a du sens à mes yeux, du gospel au blues, en passant par la soul et le rock’n’roll. Et j’aime faire une musique qui puisse toucher les jeunes comme les plus vieux. Le message que je souhaite faire passer, selon ma propre expérience, est qu’on n’est jamais trop jeune pour avoir des rêves, et qu’on n’est jamais trop vieux pour que ces rêves se réalisent ″. C’est ce que déclarait Robert Finley dans une interview. L’objectif est atteint de la plus belle des manières.

Patrick BETAILLE, janvier 2023

La Discothèque Idéale 2022

 

Les divas de l’auto-tune vous donnent des envies de suicide? La soupe radiophonique et télévisuelle vous en touche une sans faire bouger l’autre? Le Viens Poupoule d’André Verchuren vous hérisse? La Symphonie N°5 d’Arthur Honegger vous fait autant d’effet qu’un pet de lapin sur une toile cirée?

Le remède existe. Si, si! Le choix, bien qu’assumé, est bien évidemment relatif, partial et subjectif. Il a juste pour ambition d’entretenir l’espoir que le rock n’est pas encore mort et de prouver que, contre vents et marées, de talentueuses volontés mettent beaucoup de conviction et d’énergie pour que leur passion et leur plaisir deviennent nôtres. Bien sûr, le débat reste entier et ouvert mais il doit obéir à une constante et une seule: ″La musique c’est comme la vie, ça se respire″ (Francis Zegut). La discothèque idéale est chroniquée ici: Rock’n’Roll Bordel!

Patrick BETAILLE, Janvier 2023