Jimmy Hall – Ready Now

 

Surtout ne pas se poser la question du pourquoi Joe Bonamassa vient d’intégrer Jimmy Hall au catalogue de son récent label. D’une, question talents, Joe en connaît un rayon. De deux, le Jimmy en question n’est pas un perdreau de la veille. Il a à son actif une bonne dizaines d’alboumes de haute tenue avec un groupe de southern rock d’Alabama: Wet Willie. Avant d’entamer en 1980 une carrière solo à la production discographique recommandable, le chanteur, saxophoniste et harmoniciste américain a également collaboré étroitement avec Hank Williams Junior et surtout Jeff Beck. Si ça c’est pas une preuve! Depuis son dernier album – Build Your Own Fire – paru en 2007, Jimmy Hall n’avait rien produit et une signature récente chez KTBA Records est donc une bonne nouvelle. Pour Ready Now le chanteur est accompagné de quelques pointures de la six cordes. On y retrouve Josh Smith incisif (Girl’s Got Sugar), Warren Hayes redoutable à la slide (Ready Now), Jared James Nichols inspiré (Without Your Love) et Joe Bonamassa qui co-signe 5 titres en livrant quelques solos au feeling incontestable (Risin’ Up). Brillant tant vocalement qu’avec son harmonica, Jimmy Hall est aussi à l’aise sur du blues classique, du boogie que du southern rock. Ce disque est un vrai régal et son contenu classieux fera vite oublier un contenant qui pique bien les yeux.

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Joe Lynn Turner – Belly of the Beast

 

35 années se sont écoulées entre Rescue You paru en 1985 et cette nouvelle production tout droit récemment sortie des ténèbres. Pour autant, Joe Lynn Turner n’est pas resté inactif durant ce laps de temps. Non seulement le chanteur a aujourd’hui à son actif une dizaine d’albums solos – dont le dernier en date Second Hand Life publié en 2007 – mais il affiche également un palmarès étonnant quant au nombre de participations à différents projets. Deep Purple, Rainbow, Yngwie Malmsteen, Glen Huges et consort en font partie. Retour en studio en tant que patron cette fois, pour l’auteur interprète à la voix immédiatement reconnaissable qui a fait de la rock star américaine une valeur sûre grandement plébiscitée au sein de la communauté hard rock. Demandez donc à Ritchie Blackmore! Belly of the Beast est un témoignage assez inattendu sur ce qui visiblement en 2022 tient à cœur au chanteur. Il ouvre le ventre de la bête et en extirpe les maux de l’époque actuelle. ″Nous sommes dans une véritable guerre spirituelle en ce moment. C’est le Bien contre le Mal. Nous avons tous un Ange sur une épaule et un Diable sur l’autre. Nous sommes dans le ventre de la bête, piégés dans le système, et il n’y a aucun moyen d’en sortir″ déclare t-il à propos de cet album à la tracklist évocatrice: Le ventre de la bête – Soleil noir – Âme Tourmentée – Le côté obscur de l’âme – Larmes de sang – N’ayez pas peur de l’obscurité – Monde déchu ou encore Requiem. Joe Lynn Turner passe du côté obscur et dévoile une facette de sa personnalité assez inattendue lorsqu’il s’en prend aux dérives de la société et invective l’establishment. La voix juste et puissante relève d’une très belle performance qui colle parfaitement à l’ensemble des titres. Guitares frénétiques, riffs stratosphériques, basse et batterie imparables, solos aériens et nappages de claviers remarquables. On est immédiatement saisi par un gros son, un groove et une grandiloquence qui ne sont pas sans rappeler les très riches heures d’un arc-en-ciel tenu à bout de bras par un certain Ronnie James Dio. Non seulement Belly of the Beast est une belle surprise mais c’est aussi la preuve qu’à 71 ans Joe Lynn Turner en a encore sous les cordes vocales et qu’il est capable de tenir le rôle d’un captain’ hard rock inspiré. 

Patrick BETAILLE, novembre 2022

Buddy Guy – The Blues Don’t Lie

 

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il a le sourire l’ami Buddy. En poche 4 Grammy Awards, 6 Blues Awards, 1 Billboard Century Awards obtenu en 1993 et le prix du Coup de cœur Blues décerné par l’Académie Charles-Cros en 2018. Un tel succès ne pouvait que laisser présager le meilleur pour ce récent album qui, 4 ans après The Blues is Still Alive and Well, concrétise le retour en studio du dernier blues giant. Ce témoignage arrive à point nommé,  65 ans après que Buddy arrive à Chicago dans un train en provenance de Baton Rouge avec juste quelques fringues et… sa guitare. Avec The Blues don’t Lie, l’âge aidant, le guitariste s’est assagit et joue la carte du calme et de la sérénité. Mais attention: sa guitare est toujours aussi propre, aérienne et musclée. Certains trouveront peut-être l’ensemble trop détendu, trop propre, voir même trop lissé. À ceux là je dis tout de go: ″ne venez pas piétiner ma zone de confort et allez voir du côté de Bigflo et Oli si j’y suis″. Cet album est avant tout, nostalgique, émouvant et sombre mais quand la stratocaster entre en scène, la fougue et l’énergie est au rendez-vous d’un genre dans lequel le guitariste excelle: transmettre avec subtilité et émotion ce qu’il ne peut traduire par les mots. Les ambiances sont variées. Invitée, l’icône du gospel Mavis Staples offre sa voix incomparable à We go back. James Taylor collabore harmonieusement à Follow the Money et Elvis Costello donne le ton sur ​​Symptoms of Love, un boogie lent aux accents ZZTopiens. De la partie également: Bobby Rush sur What’s Wrong with That, Jason Isbell sur un Gunsmoke Blues funky et Wenty Motten qui y va de ses vocalises sur House party. ″Je leur ai promis à tous – BB, Muddy, Sonny Boy! Tant que je serai là, je maintiendrai le blues en vie » disait Buddy Guy. Il tient sa promesse, une fois de plus, et The Blues Don’t Lie le prouve. À 86 ans et pour un trente-quatrième album c’est une putain de belle perf!

Patrick BETAILLE, octobre 2022

Pipi Tornado – Pipi of the Apes

 

Il s’en passe de belles sur la scène montpelliéraine, surtout quand en 2019 une chanteuse déjantée croise la route trois gugus habités par l’énergie d’un rock foutraque depuis bien longtemps absent des ondes françaises sur lesquelles l’auto-tune règne en maitre et où les Fatals Picards, Ultra Vomit, Gossip et autres Shaka Ponk brillent par leur absence. C’est donc au cœur de la scène alternative qu’il faut aller chercher ce qui parfois – et heureusement – colle aussi fort qu’un chewing-gum sur la semelle d’une tong en goguette à Palavas-Les-Flots. Sauf que là, c’est à Montpellier que ça se passe et c’est de platform shoes dont il s’agit. Celles de Mélodie Pastor, la chanteuse de ce groupe de quatre énergumènes visiblement portés sur fun, le sauvage et la dérision, y compris quand il s’agit du choix de leur patronyme: Pipi Tornado! Pipi, c’est le prénom suédois de Fifi Brindacier. Quant à Tornado, c’est le cheval de Zorro. Allez comprendre! En tous cas, musicalement, le quatuor assure comme c’est pas permis avec un mélange détonnant de rock, de jazz, de funk, de pop et de grunge bien présents dans ce premier EP éponyme autoproduit. Cinq titres pimentés à la sauce Nina Hagen que Mélodie revendique en tant qu’influence, au même titre que Juliette Lewis, The Bellrays, mais aussi The Clash et The Sex Pistols. Allez donc voir là bas si je n’y suis pas, en tous cas vous en saurez un peu plus sur ce truc déconnant, épique et jouissif: GlobRocker (Merci à  toi!).

Patrick BETAILLE, octobre 2022

 

Martin Sharp – Cream

 

Dans les années 60, Martin Sharp (1942 – 2013) devient directeur artistique du magazine satirique australien OZ.  Les représentations psychédéliques de Bob Dylan, Jimi Hendrix, Donovan ou encore lMona Lisa entourées de bananes font de lui un artiste immédiatement reconnaissable. Sharp est alors le maitre incontesté des entrelacs tourmentés, des couleurs criardes et des lettrages surréalistes qui deviendront l’apanage de l’un des plus beaux courants artistiques des sixties. À Londres, il se lie d’amitié avec Eric Clapton avec qui, pendant un temps, il partage le même appartement. Au cours de cette période il offre au guitariste un poème qui aboutira à la chanson Tales of Brave Ulysse figurant en 1967 sur Disraeli Gears de Cream, album pour lequel le groupe bénéficiera du travail du designer quant à la réalisation du cover art. L’année suivante, Martin Sharp sera de nouveau de la partie pour l’illustration – en noir et blanc cette fois – du troisième opus du power trio Eric Clapton/Ginger Baker/Jack Bruce: Wheels of Fire.


D’autres anecdotes sur les pochettes de disques dans le livre: IN VINYLE VERITAS


 

Patrick BETAILLE, septembre 2022

The Pretty Reckless – Death by Rock and Roll

 

Dans le monde du rock énervé il y a trois catégories de femmes qui parviennent à occuper le devant d’une scène généralement squattée par la gent masculine. Celles que j’appelle les plasticiennes d’abord. Elles sont physiquement intelligentes et savent se servir de leurs atouts pour se mettre en valeur, souvent pour faire oublier que leurs voix, même honnêtes, n’ont que peu de chance de vous faire grimper aux rideaux. Les tonitruantes ensuite. Celles qui sont ou qui veulent se (nous) persuader qu’il n’y a pas que les mecs qui en ont et qu’elle peuvent gueuler aussi fort et parfois mieux que les testostéronés de service. Et puis il y a les autres – pas si nombreuses  que ça – qui parviennent à sortir du lot en se payant le luxe d’établir un pont entre deux genres. Taylor Monsen en fait partie. Grâce à cette frontwoman aux allures de poupée Barbie, tôt tombée dans la marmite du rock high energy  et dotée d’une voix grave, sensuelle et légèrement rauque, The Pretty Reckless a su s’imposer. Après trois albums honorables, les new-yorkais sont de retour avec un Death by Rock and Roll qui pourrait bien devenir l’album de la consécration. Pour ce quatrième opus, le groupe a travaillé avec Pearl Jam et le batteur de Soundgarden (Matt Cameron) sur quelques titres et a également fait appel à Tom Morello (Rage Against the Machine). Sorti en février 2021, ce manifeste de 12 titres a beaucoup gagné en maturité. Riffs acérés, tempos lourds et vocalises efficaces (Death By Rock And Roll – Only Love Can Save Me Now –  And So It Went – My Bones) sont toujours d’actualité mais c’est surtout par leur créativité que la belle insouciante et ses fines lames parviennent à passer à la vitesse supérieure en sortant des sentiers battus. Compositions mid tempo (25 – Witches Burn – Turning Gold) ou semi acoustiques (Go so High), registre parfois country rock (Rock and Roll HeavenHarley Darling), ballade orchestrée (Standing at the Wall), de quoi prouver que The Pretty Reckless porte désormais haut les couleurs d’un rock persuasif, mélodieux et donc intéressant.

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Delphine Leverrier – Au Fil du Rock

 

Delphine Leverrier – styliste de formation et diplômée de l’ École supérieure des arts et techniques de la mode – à effectué de nombreuses missions au sein de prestigieuses maisons de couture parisiennes (Cartier, Yves Saint Laurent, etc.), principalement en tant que brodeuse. Parallèlement, pour donner libre cours à ses envies, cette artiste se laisse aller à pratiquer son art dans d’autres domaines. Elle s’est ainsi amusée à réaliser une série de poupées faites à la main ou encore à magnifier de vieilles photos trouvées dans ses greniers en leur apportant des touches de couleurs. Passionnée de musique et collectionneuse de vinyles, l’idée lui est venue d’exprimer sa dextérité en customisant des pochettes d’albums afin de leur offrir un nouvel éclat.
À l’aide de strass, de paillettes et de fils métalliques multicolores, or ou argent, Delphine sublime des cover art et leur offre une nouvelle grille de lecture toute en harmonies. Plus d’une centaine d’albums ont ainsi déjà subi les assauts des aiguilles expertes de la brodeuse. Au travers de cette approche visuelle novatrice s’exprime un ressenti très personnel à l’égard de la musique ou de thèmes abordés par certains interprètes français ou internationaux. Il s’agit pour l’artiste de réactiver la magie des affects enfouis dans sa mémoire et pour nous de pouvoir porter un nouveau regard sur des œuvres au demeurant déjà mythiques. Pour en savoir plus sur la Brodeuse Rockeuse: Delphine Leverrier.

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Vaughan Oliver – Design en 33 Tours

Breeders: Last Splash-1993. Cocteau Twins: Treasure -1984. Pixies: Bossanova – 1990

Décédé en 2019 à l’âge de 62 ans, Vaughan Oliver a laissé derrière lui un énorme héritage visuel pour la musique en général et pour la musique alternative des années 80 et 90 en particulier. De 1982 à 1993, ce graphiste britannique a assuré la direction artistique du label indépendant 4AD et a conçu certaines pochettes des albums les plus emblématiques de cette époque: Pixies, Breeders, Cocteau Twins, pour ne citer que les principaux. Une grande partie du travail d’Oliver est reconnaissable à travers la manipulation surréaliste de la photographie. Chaque cover art avait sa propre logique interne et les pochettes n’affichaient que très rarement une photo du groupe. ″ Une pochette de disque doit fonctionner comme une porte d’entrée qui vous invite à la traverser ″ aimait à dire ce véritable Dali du design.


D’autres anecdotes sur la censure et l’histoire des pochettes de disques à retrouver dans le livre:

IN VINYLE VERITAS – ÉLOQUENCE ET DÉSAVEU DU COVER ART

 

Joanne Shaw Taylor – Live!

 

Inutile de vous dire tout le bien que je pense de cette artiste dont la production discographique a été évoquée à plusieurs reprises ici même. Après deux années difficiles à cause de la pandémie Joanne Shaw Taylor renoue avec les tournées pour exprimer sur scène ce qu’est le blues. Enregistré à Franklin dans le Tennessee le 20 janvier 2022, Blues From The Heart Live témoigne de la performance de la guitariste britannique qui, pour l’occasion, nous livre l’essentiel de son dernier album studio: l’excellent Blues Album paru en 2021. le concert commence à fond  les ballons avec le Stop Messing ‘Round de Peter Green. Interprété avec une maestria à la six cordes qui offre de quoi convaincre un sourd qui ne veut pas entendre. S’en suit un hommage à Aretha Franklin avec une reprise de You’ve Gotta Make A Fool Of Somebody pleine d’émotion. La voix de Joanne, trop souvent sous-estimée, y est délicieusement efficace. Un peu plus loin c’est au tour d’Albert King de passer à la moulinette. Son Can’t You See What You’re Doing To Me devient l’occasion d’inviter Kenny Wayne Shepherd et de se livrer avec lui un duel guitaristique mémorable: 6’30 de pur bonheur, l’un des grands moments du concert! Les trois derniers morceaux bénéficient de la présence de Joe Bonamassa, producteur du précédent album studio, avec à la clef une belle version de Summertime. Blues From The Heart Live est incontestablement un bon investissement en tant que témoignage sur ce que le blues et le rock peuvent apporter quand ils sont si bien interprétés, notamment en live. 16 titres, 75 minutes de son, que demander de plus? Des images? J’ai! Le CD est accompagné d’un Dvd (ou d’un Blue Ray). Alors, heureux?

Patrick BETAILLE, juillet 2022

Pink Floyd – Ummagumma

 

[Extrait]: Sorti en octobre 1969, Ummagumma consiste en un album double, composé d’une galette enregistrée en studio et d’une autre issue de deux concerts de Pink Floyd. Comme les deux précédentes (Piper at the Gates of Dawn et A Saucerful of Secrets), la pochette de l’album est conçue par Hipgnosis. Elle consiste cette fois en un montage de photos prises au sud de Cambridge dans la maison de Libby January, la petite amie de Storm Thorgerson. Sous la forme d’une mise en abyme, les musiciens posent sur quatre tableaux placés en perspective. David Gilmour est au premier plan, installé sur un tabouret. Au second plan, Roger Waters est assis par terre. Debout derrière lui, Nick Mason contemple le ciel. L’effet vache-qui-rit s’achève sur un arrière plan campagnard occupé par Rick Wright qui fait la chandelle. En bas à gauche, posée par terre contre le mur, la bande originale de Gigi, une comédie musicale de Vincente Minnelli parue en 1958. Pour des raisons de copyright, la pochette de Gigi sera remplacée par un carré blanc sur les éditions américaines de l’album.

Sur le back cover de l’album, tout l’équipement de Pink Floyd est aligné sur l’aérodrome Biggin Hill Airport de Londres. Deux roadies prennent la pose. Il s’agit de Alan Stiles et Peter Watts. Quatre plus tard ce dernier apportera sa contribution à Dark Side of the Moon. Les rires sur Brain Damage (Dark Side of the Moon 1973)  c’est lui!…

Patrick BETAILLE, juin 2022


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈