George Thorogood – Gibson ES 125

© Source Image: Cover Art – George Thorogood & The Destroyers – Live ’99

Fabriquée dès les années 40, la Gibson ES 125 offrait pour un prix modeste une qualité sonore hors du commun pour l’époque. Alors qu’elle n’était plus produite depuis les années 70, George Thorogood tombe par hasard sur l’un de ces modèles en stock chez un prêteur sur gage et il raconte: ″ J’étais fauché, je n’avais que 200 dollars, on avait un concert de prévu, et cette guitare me convenait. Je l’ai prise parce que j’avais l’habitude de jouer en acoustique ″.
Cette semi-acoustique donne du corps à un son énorme sorti des entrailles de son imposante caisse de résonance à pan florentin. Pendant des années, c’est la seule guitare que le musicien trimballe sur scène. Depuis une apparition en première partie des Rolling Stones en 1981, George Thorogood, véritable passionné de blues rock authentique, entre dans le cœur du public grâce son jeu de slide puissant et énergique appliqué à des standards savamment maîtrisés.
Dès lors, les tournées s’enchainent pour le guitariste du Delaware qui ne ménage pas son instrument favori et chaque remise en état coûte une petite fortune. Thorogood fait donc appel à Epiphone – filiale de Gibson depuis 1957 – pour que soit fabriquée une réplique sur mesure de sa six cordes. Chose faite. À force de réparations et de modifications pour trouver le son parfait, la marque devra lui en fournir une bonne dizaine d’exemplaires pour qu’il puisse se produire partout dans le monde avec son groupe The Destroyers.


Il n’empêche que quand le grand fan de baseball qu’est George compare les copies à son ES 125 usée jusqu’à l’os, il n’y va pas par quatre chemins: ″ avec ma Gibson c’est comme envoyer une balle dans les tribunes supérieures ″.


 

Muddy Waters – Fender Telecaster: The Hoss

© Photo: Paul Natkin

 

Lorsqu’en 1943 McKinley Morganfield quitte le Mississippi pour Chicago, c’est avec une guitare acoustique Silvertone qu’il commence à jouer dans les rues et les petits clubs. Là bas, il se fait connaitre sous le nom de Muddy Waters et réalise très vite que pour être entendu il doit passer à l’électrique. Il choisit donc une Gretsch, celle que l’on peut entendre sur Rolling Stone. En 1952, Muddy prend une Gibson Les Paul Gold Top avec laquelle il enregistre Got My Mojo Working, Baby Please Don’t Go et I’m Your Hoochie Coochie Man.
En 1957 il achète une Télécaster blanche avec manche en érable. The Hoss (traduction: La Patronne), c’est ainsi que le bluesman l’appelle en 1961 après l’avoir faite repeindre en rouge pomme. Il opte aussi pour un manche plus large doté d’une touche en palissandre et remplace les deux potentiomètres d’origine par ceux provenant d’un ampli Fender. Bien qu’ayant également utilisé une Gibson SG Junior et une Guild Thunderbird, la Telecaster est restée l’instrument préféré qu’il utilisera sur scène et en studio sur l’album Fathers and Sons, sorti en 1969 chez Chess Records et sur Hard Again, l’album de son grand retour produit en 1977 par Johnny Winter qui profitera de l’occasion pour vociférer sur Mannih Boy.


En 1987, le père du blues électrique a été intronisé au Rock & Roll Hall of Fame par Paul Butterfield. Occasion au cours de laquelle la succession de Muddy Waters à offert The Hoss au musée de Cleveland dans l’Ohio.


 

Keith Richards – Fender Telecaster: Micawber

© Source Photo: Screenshot Fender.com

 

Pour son 27ème anniversaire en 1970, Keith Richards reçoit de la part d’Eric Clapton une Fender Telecaster des années 50, celle-là même qui, à partir de l’album Exile on Main Street, allait devenir une véritable machine à riffs. À cette époque les Rolling Stones ont des problèmes avec le Fisc britannique. Pour y échapper ils s’installent en France, à Nellcote, un manoir situé à Villefranche-sur-Mer sur la Côte d’Azur. Probablement la raison pour laquelle le guitariste a fait de l’humour en surnommant sa blonde électrique Micawber, du nom d’un personnage de David Copperfield qui, endetté, finit en prison faute d’avoir pu répondre aux exigences de ses créanciers.
Brown Sugar, Honky Tonk Women, ce ne sont là que quelques-uns des titres intemporels des Glimmer Twins sur lesquels Keef s’exprime de façon si particulière; grâce notamment à plusieurs modifications apportées au fil des ans, dont la suppression pure et simple de la Mi Grave et l’adoption d’un accordage en open tuning sur 5 cordes.


Avec sa Gibson ES-355 noire de 1960,  Micawber reste l’une des guitares de prédilection de Keith Richards. Aujourd’hui encore, à 80 ans il l’utilise souvent, aussi bien en studio que sur scène.


 

Eddie Floyd – Knock on Wood

 

[Extrait]:En 1962 du côté de Detroit, Eddie Floyd jouit d’une certaine popularité. Avec son groupe The Falcons, il rencontre un joli succès avec I Found a Love, qui non seulement lui ouvre les portes de l’Apollo de New York mais lui permet également de décrocher un contrat chez Stax pour qui, en tant que compositeur, il commence à travailler. Là, il se lie d’amitié avec le talentueux guitariste Steve Cropper mais ce n’est qu’à partir de 1966 qu’il commence à composer et à enregistrer pour son propre compte. Cette année-là, Floyd et Cropper jettent sur le papier les bases de ce qui deviendra le titre le plus célèbre du chanteur : Knock on Wood
Traditionnellement, au Royaume-Uni ou en France on touche du bois pour attirer la chance, se satisfaire d’un heureux hasard ou
d’une bonne fortune; aux États-Unis, et dans le même but, on y va plus fort : on tape sur du bois…
En une nuit, musique et paroles ont été composées à Memphis, dans une chambre du Lorraine Motel, devenu tristement célèbre le
4 avril 1968 (Martin Luther King y a été assassiné par balle alors qu’il se trouvait sur le balcon de la chambre 306). Dès le lendemain, les deux compères se retrouvent aux Studios Stax et enregistrent le morceau avec Booker T. Jones aux claviers, Isaac Hayes au piano, Donald Duck Dunn à la basse, Al Jackson à la batterie et avec le Memphis Horns. Cette chanson comporte l’une des pauses les plus originales de l’histoire de la musique soul. Après que Floyd ait chanté ″ I better knock… ″ le batteur Al Jackson a eu l’idée d’un break en simulant le bruit de trois coups sur une porte, et ce, pour rompre le silence avant que Eddie ne complète la phrase avec ″ on wood ″.
Parmi les nombreux artistes qui ont interprété Knock on Wood, on peut citer Ella Fitzgerald, Otis Redding, Eric Clapton ou encore Johnny Hallyday qui, en 1967, chante son adaptation en français sous le titre : Aussi Dur que du Bois.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Jimi Hendrix – Fender Stratocaster: Izabella

© Photo: Steve Banks

 

Malgré les apparences, l’autodidacte Jim Marshall Hendrix n’est pas né avec une Fender Stratocaster dans les mains. Plusieurs six cordes (Gibson, Danelectro, Epiphone, Guild, etc) sont passées entre ses doigts avant qu’en 1964, au sein des Isley Brothers, il utilise une Fender Duo-Sonic. Quand il accompagne Little Richard au sein des Upsetters en 1965, son choix se porte une Fender Jazzman de 1959. C’est avec son groupe Jimmy James & The Blueflames qu’il joue pour la première fois sur une Stratocaster tout ce qu’il y a de plus standard. Sauf que! Étant gaucher et pour des raisons économiques, Jimi s’est contenté de retourner l’instrument pour droitiers et d’en inverser les cordes. C’est cette guitare qui est devenue par la suite une arme de révolution musicale massive, symbole de liberté incendiaire.
En mars 1967, au cours d’une prestation du Jimi Hendrix Experience au London Astoria, le gaucher de Seattle met le feu à sa Strat à la fin de l’interprétation de Fire. Ça ne s’invente pas! Deux mois plus tard il en immole une autre et la fracasse lors du Festival Pop de Monterey après avoir interprété une version longue de Wild Thing, donnant lieu à l’un des moments les plus mémorables de l’histoire du Rock. Le 18 mai 1968, autre prestation brûlante sur la scène du Miami Pop Festival. l’histoire raconte qu’un roadie récupéra l’instrument cramé à l’essence de briquet et la donna à Frank Zappa. Corps partiellement calciné, manche brisé, micros et  pickguard fondus. Après restauration par un luthier, le Dali du rock joua de cette guitare pendant quelques années, notamment lors de l’enregistrement de son album Zoot Allures, sorti en 1976.
Légendaire également la prestation de Band of Gypsys à Woodstock en août 1969. Hendrix jouait sur une Stratocaster Olympic White de 1968 surnommée ″ Izabella ″ et avec laquelle il parodia l’hymne américain: The Star-Spangled Banner. Pas de casse ni de flammes cette fois mais profusion de larsens et de distorsions pour imiter le bruit des bombes au napalm déversées par les USA sur le Vietnam.
Aujourd’hui, cette guitare emblématique est à Seattle, dans le Museum of Pop Culture financé par Paul Allen (1953-2018). En 1993, ce milliardaire américain co-fondateur de Microsoft, mais aussi passionné de musique en général et de Jimi Hendrix en particulier, a déboursé 2 millions de dollars pour acquérir et exposer la Stratocaster blanche dans le temple du rock.

 

Angus Young – Gibson SG Standard

© Photo: Rick Diamond/Mixdown Magazine

 

En tant que lead guitarist au sein d’AC/DC, Angus Young possède un belle collection de guitares parmi lesquelles des Gibson Firebird et ES 335. Cela dit, sur scène, l’éternel écolier affiche une fidélité quasi exclusive à la Gibson SG Standard. La toute première, il l’a acquise d’occasion en 1970; c’était ce modèle de 1968 qui est devenu son instrument de prédilection depuis la formation du groupe en 1973. Sur cette six cordes équipée d’un vibrato Lyre, Angus aimait particulièrement la légèreté favorable à son jeu nerveux, le son métallique des micros Gibson et surtout, le manche ultra fin bien adapté à ses petites mains. Même si par la suite beaucoup d’autres ″ Solid Guitar ″ – y compris celles fabriquées sur mesure ou modifiées – sont passées entre ses mains, l’originelle reste sa préférée et il en joue encore comme à l’époque de Let There Be Rock.

 

Bo Diddley – Gretsch: Twang Machine

© Photo: Alice S. Hall-NBCU Photo Bank

 

Grâce à ses compositions, à son jeu hypnotique et aux instruments qu’il utilisait, Ellas McDaniel fut un pionnier à bien des égards. Son style influent a contribué à fusionner le rock and roll et le blues, un croisement qui a jeté les bases d’un classic rock toujours d’actualité. Originaire du Mississippi le guitariste se fait remarquer en jouant sur des guitares rectangulaires qu’il fabrique lui même et qu’il n’aura de cesse de faire évoluer tout au long de sa carrière. Sa formation de luthier l’amena en 1954 à concevoir son premier modèle inspiré des Cigar Box à partir de matériaux de récupération, notamment le micro d’un vieux phono Victrola.
En 1958, le succès grandissant et après avoir construit plus de vingt guitares, Bo Diddley fait appel à Gretsch pour que soit élaborée une six cordes électrique sur mesure. Cette collaboration entre le musicien et les techniciens de la marque aboutit à la création de The Twang Machine.
Plus tard, il fera réaliser d’autres instruments de forme similaire personnalisés par différents fabricants. Ainsi, en 1978, lors d’une tournée en Australie, Bo s’adresse au luthier et concepteur de micros Chris Kinnman et lui demande de lui fabriquer un modèle intégrant des effets rhythmiques. Cette nouvelle version, toujours rectangulaire et réalisée en acajou du Honduras, dispose désormais d’une série de potentiomètres destinés aux réglages, ainsi que d’un équaliseur et d’un capteur MIDI. Jusqu’à sa mort en 2008, cette dernière version de la Twang machine accompagnera très souvent le créateur du ″ Diddley Beat ″. 

 

 

Chris Rea – Fender Stratocaster: Pinky

© Photo: Andrzej Barabasz – Wikimedia Commons

 

Même si au cours des dernières années Chris Rea (1951-2025) a principalement utilisé des Italia et des Fender Squier, la Fender Stratocaster a toujours été son instrument de prédilection. Depuis le début de sa carrière c’est avec un modèle de 1962 qu’on le voyait le plus souvent jouer. À l’origine, cette guitare avait une finition rouge bonbon. Lors d’une inondation, elle a viré au rose après trois semaines d’immersion dans un sous-sol.
La guitare a survécu et c’est sous le nom de ″ Pinky ″ qu’elle a souvent accompagné le maître de la slide. Outre le porte-plectre présent sur toutes les guitares de Chris, la table est ornée de quelques autocollants. Sur le devant, Formentera, la plus petite des iles Baléares où le musicien avait l’habitude de passer ses vacances et celui du Club Lotus 7 et, à l’arrière, un sticker Ferrari/J. Alesi témoignant de la passion de son propriétaire pour les voitures.

Little Eva – Loco Motion

 

[Extrait]: Eva Boyd était baby-sitter payée 35 dollars la semaine par le couple de compositeurs: Carole King et Gerry Goffin. C’est Carole qui a imaginé une mélodie dont le rythme, selon son mari Gerry, rappelait celui d’une locomotive. Quand ils ont vu Eva danser sur cet air avec leur fille, ils ont eu l’idée de lui faire enregistrer la chanson pour qu’elle devienne une nouvelle danse : The Loco-Motion…
Publié en juin 1962, le single est devenu instantanément l’un des plus gros hits mondiaux. Revers de la médaille, sa jeune interprète de 17 ans ne pouvait plus assurer son rôle de nounou. Privée de ses mentors à partir de 1963, Little Eva a dû mettre fin à sa carrière en 1965. Vendu à plusieurs millions d’exemplaires le titre a tout de même permis à la chanteuse d’acquérir sa propre maison…
Aux États-Unis, Loco-Motion a joui d’un regain de popularité à deux reprises. Une première place en 1974 pour la version de Grand Funk Railroad (si si, c’est vrai!) et une honorable troisième position grâce à Kylie Minogue en 1987. Adaptée en français l’année de sa sortie, la chanson a été reprise par Danny Boy et Ses Pénitents et par Sylvie Vartan.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Randy Rhodes – Gibson Flying V: Polka Dot

© Photo: Ross Halfin – Book Cover « Randy Rhoads by Ross Halfin »

Alors qu’il écume les clubs de Los Angeles avec son groupe Quiet Riot, Randy Rhoads fait la connaissance de George Lynch et est conquis par le son et le look de la Flying V du guitariste de Dokken customisée par Karl Sandoval. Randy prend rendez-vous et demande au luthier en question de lui confectionner une guitare à partir d’un corps de Gibson Flying V et d’un manche Danelectro. Il souhaite un son similaire à celui de sa Gibson Les Paul Custom de 1972, mais avec un vibrato de type Fender, des micros DiMarzio et des mécaniques Schaller. Question look, ses idées sont biens arrêtées: caisse noire à pois blanc, tête de manche en forme de harpon et surtout, aucune marque ni logo où que ce soit. La Polka Dot Flying V voit le jour le 22 septembre 1979.
Peu après, Randy Rhoads quitte Quiet Riot pour rejoindre le nouveau groupe d’Ozzy Osbourne récemment viré de Black Sabbath. Lors de l’enregistrement de l’album Blizzard of Ozz et de la tournée du même nom, les deux guitares principales de Rhoads étaient la Les Paul et la Sandoval Flying V à pois.