Eddie Davenport – Hollister Gypsy Tour

Eddie Davenport, Hollister CaliforniaCette célèbre photo prise le 4 juillet  1947 et publiée dans le San Francisco Chronicle était censée illustrer les événements de Hollister. Le cliché montre le biker Eddie Davenport, étendu sur son Harley Davidson, les jambes en avant, visiblement dans un état d’ivresse profond, avec une bouteille de bière dans chaque main et de nombreuses autres dispersées sur le sol. Sur le cliché on peut voir un personnage en arrière plan. Cet homme c’est Gus Deserpa, un habitant de la ville. Il livra au journal sa propre version des faits. ″Ma femme et moi avons vu deux hommes qui amassaient des bouteilles. Ensuite, ils ont placé une moto au milieu. Quelques minutes plus tard, ils ont interpellé un homme ivre qui sortait du bar, lui ont demandé de s’asseoir sur la moto et ont commencé à faire des photos…″ Eddie ne s’imaginait pas que le photographe était en train de se servir de lui pour illustrer un article à charge, et que cette photo prise le lendemain de la fête et reprise le 21 juillet par Life, ferait non seulement le tour du monde, mais deviendrait aussi le symbole même de la sauvagerie motarde. Source: L’ Assaut des Motards!

Patrick BETAILLE, mai 2017

Quand la Loi Travail tourne au vinaigre

Loi Travail Vinaigrerie DessauxEn ces périodes troublées et incertaines,  qui plus est sur fond de réformes assassines à venir, il peut être intéressant de se remémorer le bon vieux temps. 1880, la France vient de se doter d’une 3ème République et le règlement intérieur des usines doit changer.

″1. Piété, propreté et ponctualité font la force d’une bonne affaire… 3. Des prières seront dites chaque matin dans le grand bureau . Les employés de bureau y seront obligatoirement présents… 5. Dans les bureaux, on ne portera ni manteau ni pardessus. Toutefois, lorsque le temps sera particulièrement rigoureux, les écharpes, cache-nez et calottes seront autorisés… 8. Il est strictement interdit de parler durant les heures de bureau… 9. La soif de tabac, de vin, ou d’alcool est une faiblesse humaine et, comme telle, est interdite à tous les membres du personnel…″

Les propriétaires reconnaissent et acceptent la générosité des nouvelles lois du travail, mais attendent du personnel un accroissement considérable du rendement en compensation de ces conditions presque utopiques″. Lire le règlement intérieur complet > Vinaigrerie Dessaux.

Croft Cameron Super Eight

Croft-Cameron super Eight 1924

Années 20. ″La Super Eight″ est le modèle haut de gamme de la marque Croft-Cameron. Peu connu du fait d’une durée de vie très courte (1923-1926), le constructeur anglais est en concurrence directe avec Brough Superior et Coventry Eagle. Tous ces modèles affichent d’ailleurs de flagrantes similitudes qui relèvent plus des pratiques techniques du moment que d’un quelque espionnage industriel malsain. Pourtant en y regardant de plus près, la Super Eight se distingue des autres grâce à son cadre. Alors que les concepteurs du moment exploitent un tube unique, Croft-Cameron développe un cadre double berceau qui enserre un V-Twin 8 soupapes de 996cc. Pour l’époque et grâce à cette technique l’engin bénéficie d’ une rigidité exceptionnelle qui devient un argument publicitaire pour le moins original: ″Aussi rigide qu’un bunker. On ne sait exactement combien (une vingtaine tout au plus!) de Croft-Cameron ont été produites au cours des 3 ans de vie du constructeur. Pas plus que l’on ne sait combien d’unités ont survécu. Cet exemplaire historiquement sublime date de 1924 et il a été restauré en 1962. Hier vendue 140£, la moto est aujourd’hui estimée aux environs de 250 000 euros. Détails et infos: Bonhams.

Ratier L7 & C6S – La Béhème française

1962: La Ratier C6S escorte De GaulleFin 1944, le C.M.R. (Centre de Montage et de Réparation) est mis en place afin de maintenir les stocks de motos abandonnées par l’Allemagne lors du replis de ses troupes. L’essentiel de l’activité du centre consiste alors à retaper des BMW puis à fabriquer des ″Bitzas″. En 1947, le CEMEC (Centre d’Etudes de Moteurs à Explosion et à Combustion) prend le relais et continue d’exploiter les stocks pour fabriquer de nouveaux modèles, dont la CEMEC L7 à destination exclusive de l’administration française. En 1954 Ratier, spécialisé dans la fabrication d’hélices d’avions, rachète le CEMEC alors en dépôt de bilan et reprend la fabrication de la L7 qui intègre pour un temps le parc moto de la Gendarmerie Nationale. Parallèlement, l’usine poursuit l’étude d’une 600 culbutée qui devient la C6S. Très inspirée d’une BMW R 75, mais cette fois entièrement ″Made in France″ elle équipe l’escorte ­présidentielle du Général De Gaulle qui refuse catégoriquement de parader avec du matériel allemand. On se demande bien pourquoi… Ratier semble alors promis à un bel avenir, mais malheureusement la Gendarmerie se tourne vers BMW. Suite à des problèmes de trésorerie de plus en plus contraignants, l’entreprise française tente d’échapper à la faillite en s’associant avec CSF  (Compagnie générale de télégraphie Sans Fil). Peine perdue, la clientèle n’est pas au rendez-vous et après le flop d’une tentative de conquête du marché US avec la C6S America, Ratier tire définitivement un trait sur son activité moto fin 1962. Ajourd’hui, les usines Ratier, établies à Figeac, réalisent des pièces d’aviation, en particulier pour Airbus. Sources, infos et détails: La Maison Ratier.

Le Levi’s 501 – The Original

Levi's 501 the originalLorsqu’un objet de retrouve au rendez-vous de l’Histoire, élevé au rang du mythe, du symbole, il l’est en général de façon imprévisible et totalement à son insu. A  l’origine le 501 n’est qu’un vêtement rustique, confortable et robuste destiné au travail et ce sont ces qualités qui vont rapidement lui donner un statut privilégié qu’un siècle de paire de fesses n’a pas encore fini d’user. Le terme de Jean puise son origine dans la ville italienne de Gênes. Il désigne une catégorie de vêtements en toile ou coton teinté que portent les marins. C’est ce de type de tissu  que Jacob Davis s’inspire et il fait le choix d’un tissage mêlant coton blanc et coton teinté fabriqué dans la ville de Nîmes. D’où le nom Denim. 1873, en pleine ruée vers l’or, Davis, dont l’activité consiste à confectionner des salopettes, entend souvent les chercheurs se plaindre à propos de ruptures au niveau des poches. Pour les renforcer le tailleur pense alors à utiliser des rivets. l’efficacité et le succès de l’idée sont tels qu’il décide de déposer un brevet en demandant le soutien financier d’un homme d’affaires: Levi Strauss. Peu à peu, l’ habit de travail est adopté pour devenir le triomphe de simplicité qui allait habiller le quotidien de tout un chacun avec une poche pour la montre, des rivets de cuivre, des boutons à bretelles, une patte arrière pour ajuster la taille et un ton indigo unique. La couture d’un double arc sur la poche arrière devient la touche finale qui identifie définitivement la marque et son concept qui portera le nom de 501 à partir de 1890. Le mythe est né et il commence à s’adapter au besoins du XXème siècle. Suppression des rivets et des boutons à bretelles. Ajout d’une poche arrière et d’un patch de cuir comportant le logo 501. Dès lors le Levi’s s’installe définitivement dans les mœurs et devient l’icône, d’abord de l’Amérique moderne, puis du monde entier quand les GI’s débarquent en Europe en 1945. Avec les années 60 l’âge d’or se met en marche. Le 501 devient symbole de liberté et d’émancipation. Gary Cooper, John Wayne, James Dean, Marilyn ou encore Marlon Brando contribuent à façonner sa légende. Quant au monde musical, l’appropriation est immédiate. Elvis, Springsteen, Ramones, Debbie Harry, Doors, Rolling Stones et bien d’autres ont écrit les plus belles pages de l’histoire du Rock en Denim délavé, déchiré et rapiécé. C’est d’ailleurs sur des plages musicales bien senties que Levi Strauss & Co s’appuie pour illustrer les campagnes de pub qui font grimper les ventes; l’occasion d’ entendre les Ronettes, Marvin Gaye, Percy Sledge, Ben E.King, Steve Miller ou, comme en 1988, Muddy Waters et son ”Mannish Boy” qui aime porter le 501 bien frais: Pub!

 

Marvin Sutton – Moonshiner, bootlegger, outlaw et héros

Marvin Popcorn Sutton

Question look, on le dirait tout droit sorti de ″Délivrance mais son truc à lui n’a rien à voir avec quelconque propension à la persécution de ses semblables. Loin s’en faut! Marvin Popcorn″ Sutton est un paisible montagnard des Appalaches, un amoureux jovial de la nature qui passe l’essentiel de ses journées à élaborer sa propre eau de vie. A la fois moonshiner et bootlegger, Marvin consacre sa vie à la fabrication d’alambics, aux opérations de distillerie et à la vente de sa gnôle qu’il livre dans un vieux Ford délabré. Peur de rien. Il a publié à compte d’auteur son propre guide consacré à la production d’alcool de contrebande (″Me and My Likker″) ainsi qu’une vidéo maison dépeignant ses activités. Hors du commun et hors du temps. Il s’attire évidemment les foudres des autorités qui le convoquent devant la cour pour lui signifier une incarcération de 18 mois dans une prison fédérale. Rebelle jusqu’au bout. Le petit homme maigre, toujours vêtu d’un chapeau improbable et d’une salopette du même nom, n’accepte pas cette condamnation et préfère se donner la mort. Après avoir prévenu sa fille il met fin à ses jours le 16 mars 2009. Le hors la loi a alors 62 ans.  Le 9 novembre 2010, Hank Williams. Jr s’associe avec la veuve Pam pour distiller et distribuer un whisky élaboré selon les techniques et méthodes Sutton. En Octobre 2013 Jack Daniel’s Inc dépose plainte sous couvert de contrefaçon, demande que les bouteilles mises sur le marché soient retirées et que le produit des ventes déjà réalisées soit reversé à la firme du Tennessee Whiskey.  La poursuite a été conclue et réglée en 2014 selon des termes non encore divulgués.

♥ Voir: ″Popcorn Sutton, a hell of life″: Le Dvd de Neal Hutcheson sorti fin 2014 retrace, via un portrait inoubliable, la vie de Marvin Sutton de 2000 à 2009. ″The Last One″. Du même auteur, le documentaire publié en 2009 et remastérisé en 2012 a reçu l’ Award du meilleur documentaire culturel. On y voit le héros dans ses œuvres de distillation traditionnelle au cœur des Appalaches où il évoque le caractère de ses ancêtres irlandais et retrace une vie riche de souvenirs.

Patrick BETAILLE, septembre 2015

 

Matchless version Vickers

Side-Car militaire Matchless/VickersLa démarche consistant à doter une moto d’équipement militaire date quasiment de l’époque de la mise sur le marché en grandes séries de ce moyen de locomotion. Légèreté, faible encombrement, maniabilité et mobilité, ces avantages déjà prisés en terme de communication deviennent les atouts évidents de la version side-car dès lors qu’il est envisagé d’utiliser une mitrailleuse et de transporter son servant. La Première Guerre mondiale est le premier conflit au cours duquel l’utilisation du trois roues armé se développe, prouve son efficacité et obtient une place significative dans l’arsenal des pays en guerre. Au Royaume Uni, de nombreux fabricants fournissent les forces britanniques et celles de leurs alliés qui ne sont pas en capacité de produire ce type de matériel. Royal Enfield et Sunbeam font partie des fournisseurs, tout comme Douglas et Triumph qui ont la préférence du gouvernement. Pour honorer une commande de l’armée Russe, à l’époque alliée, Matchless met en oeuvre une machine alimentée par un V-Twin JAP de 1000 Cc. Le side-car en question est équipé par le fabriquant d’armement Vickers qui pour la circonstance fournit accessoires militaires, plaques de blindage et surtout une mitrailleuse sur support pivotant. Les 250 exemplaires produits ne seront jamais livrés car en 1917 la révolution d’Octobre sonne le glas de la Triple Entente entre la Russie, la France et le Royaume-Uni. Sources, infos et photos Ici .

 

Indian Chief – La première moto de Steve McQueen

Steve McQueen Indian Chief king of coolS’il est bien un symbole qui colle à la peau de cette tête brûlée c’est bien la moto. Que ce soit sur circuits, à l’ écran ou au quotidien, sa passion immodérée pour les deux roues a amené Steve McQueen à piloter des machines qui restent définitivement associées à sa légende. Comme tout passionné qui se respecte, l’anti-héro déclarait que sa première bécane occupait une place toute particulière dans son cœur. Cette Indian Chief de 1946 il en fait l’acquisition en 1951. A l’époque, le cinéma et la célébrité ne sont pas encore au rendez -vous et ce sont les économies personnelles qui passent dans l’achat d’un side-car Indian plus tard amputé de son panier. Steve est heureux, sa copine du moment moins. Lassée d’être secouée… dans le side qu’elle commence à détester elle lui dit un jour: C’est ta moto ou moi! La moto est restée. On est le King of Cool ou pas!

La moto Ferrari – Quand Enzo voit rouge!

Moto Fratelli FerrariSi Ferrari n’a jamais fabriqué de motos, pourquoi y-a-t’il eu des Motos Ferrari sur le marché? Début des années 50. Salon de la moto de Milan. La foule se presse autour d’une moto rouge vif arborant le cheval cabré. Et ça discute sec autour de la machine dotée d’un petit mono-cylindre  de 125cc et d’une boite à deux vitesses. On discute beaucoup mais surtout on se presse pour passer commande! Une fois les portes du Salon fermées  les clients souscripteurs veulent savoir quand l’objet de leurs rêves sera livré. Légitimement c’est chez Ferrari que tombent les sollicitations. Enzo, le patron, se cabre et voit rouge car aucune moto n’est sortie et ne sortira de ses chaînes de production. Ni une ni deux, les avocats diligentés collent un procès aux fesses des usurpateurs qui osent marcher sur les plate bandes de la marque. Après enquête il s’avère qu’un site de production de motos est implanté à Milan et qu’il appartient à deux frères qui portent eux aussi le nom de Ferrari. Les frangins se voient condamnés et bien sûr frappés de l’interdiction d’utiliser nom et symbole chers au Commendatore. L’aventure des plagieurs durera néanmoins encore un peu sous le nom de Moto Fratelli Ferrari. Jusqu’a ce que les fonds engagés dans la bataille juridique viennent épuiser la petite entreprise qui finira par mettre la clef sous la porte. Il faut faire un bond jusque dans les années 90 pour qu’une véritable Moto Ferrari voie le jour. C’est Piero Ferrari,  fils d’ Enzo et actuel vice président de Ferrari, qui répond favorablement à la requête de David Kay. Cinq ans et 3000 heures de travail! C’est le temps qu’il faudra à l’ingénieur, soucieux de rendre hommage à Enzo Ferrari, pour concevoir et fabriquer la SF-01M. Pas la peine de se malmener le périnée, le 4 cylindres de 900 cm3 n’a existé qu’en tant qu’ unique exemplaire vendu 118 000 euros au cours d’une ventes aux enchères en 2012. Sources et photos d’après boîtier Rouge.

 

Ton Up Boys – The Wild Ones!

Ton Up Boys, Leather Boys, Rockers″Rockers″ par rapport à la musique, Leather Boys à cause des cuirs qu’ils arborent, ou encore Ton-up Boys pour ce qui est de la vitesse. Ces termes et nuances cohabitent ou fusionnent en faisant référence à une subculture où Rock’ n’ Roll et Moto occupent une place privilégiée et définissent mode de vie et phénomène social. Années 50, le Royaume Uni sort des restrictions et du rationnement liés à la seconde guerre mondiale. L’économie repart, les industries tournent à fond, il y a du travail pour tout le monde et le gouvernement accorde crédits et facilités aux forces vives de la nation, ces jeunes qui peuvent désormais s’offrir non pas des voitures mais des deux roues. La production de motos en tant que moyen de transport bon marché fait effectivement partie du nouvel essor industriel, au même titre que le développement des axes routiers nécessaires au transport des marchandises. Logiquement, il faut fournir aux transporteurs des endroits où ils peuvent se restaurer et se détendre. Ainsi fleurissent un peu partout le long des voies les Transport Café. Ces Routiers sont également vite fréquentés  par les Leather Boys″ qui, durant le week end s’amusent à établir des records de vitesse sur des parcours reliant un Transport Cafe à un autre et ce avec un seul but:  Do The Ton, expression argotique signifiant 100 Mph, soit un peu plus de 160 Km/h. Pour tenter d’accéder à de telles performances les bécanes sont modifiées, trafiquées et allégées pour au final devenir des machines de courses, des ″Racers. Dès lors, le terme de Cafe Racer se voit appliqué aux bolides qui déboulent de ou vers les Transport Cafe, lieux de rendez-vous désormais incontournable des Ton-Up Boys. Dans le même temps, un autre facteur devient déterminant pour ce qui concerne les moeurs de cette jeunesse assoiffée de sensations fortes. La musique! Les boys deviennent accros à quelque chose venu tout droit des Etats Unis et qui les fascine, le Rock’ n’ Roll. Dans le pays, club et stations de radio ne diffusent pas encore cette musique qui n’est accessible que dans les Cafe.  Les titres qui dégueulent des Juke Box durent à peu près 3 minutes. Qu’à cela ne tienne! Une piécette dans la fente, sélection du morceau et play! Une fois dehors, coup de kick et gazzz sur un circuit prédéterminé, le but étant de revenir entier au point de départ avant la fin du disque. Ceci se passe notamment du côté de l’Ace Cafe où les ″Rockers paradent en Triumph, Norton, BSA, Royal Enfield et autres Matchless. C’est le début des Sixties et le Père Bill Shergold, prédicateur de son état, donne sa dimension motarde au mythique Fifty Nine Club dont les 30 000 membres actuels entretiennent la tradition dans le monde entier mais loin des conflits inter bandes qui, comme ceux qui opposèrent les Mods et Les Rockers à Brighton, pourraient nuire à la réputation des clubs.

Patrick BETAILLE, novembre 2014