Keith Richard –  Bentley S3 Continental

© Photo: Bonhams

 

Cette Bentley S3 Continental Fyling Spurs est l’un des rares modèles doté de la conduite à droite jamais construit. Ce n’est pas là sa seule particularité. Elle a aussi appartenu au guitariste des Rolling Stones. En 1965, Keith Richards achète ce véhicule luxueux qu’il surnomme Blue Lena – en hommage à Lena Horne, sa chanteuse de jazz préférée – et l’équipe de vitres teintées, d’un tourne-disque et de haut-parleurs.  Comme à l’époque Keith avait été inculpé pour possession illégale de substances illicites, il décide de faire aménager un compartiment secret dans le châssis pour y planquer quelques bricoles susceptibles de lui attirer de nouveaux ennuis avec la police. C’est dans ces conditions qu’en 1967 il part pour un road trip à destination de Marrakech en compagnie de Brian Jones et Anita Pallenberg. ″ C’est une voiture qui a été pensée pour conduire vite, la nuit…  La posséder c’était déjà aller au devant des ennuis, briser les règles de l’establishment… Blue Lena nous a transporté au cours de bien des journées sous acide…″ raconte Richards dans son autobiographie parue en 2010:  Life.

En 76, au retour d’un concert, Keith s’endort au volant et écrase sa voiture contre un arbre. Il s’en sort mais un peu plus tard une nouvelle sortie de route s’achève dans un champ. Cette fois la  police découvre la cachette et Keith est arrêté. Vendue en 1978 pour être remplacée peu après par une nouvelle S3 Continental Flying, la Blue Lena sera adjugée aux enchères en 2015: 920 000€!

Pendant l’enregistrement de Exile on Main Street dans le sud de la France, Keef a eu une Pontiac Chieftain.  Sa Ferrari Dino 246 GT, il l’a gardée 14 ans. Record pour sa préférée: une Ferrari 400i de 1983 qu’il a soigneusement conservée pendant 35 ans. Au catalogue du roi de l’acid trip figurent également une Jaguart Type E, une Jaguar XJS TWR, une Mercedes décapotable et une Pontiac Silver Streak, elle aussi décapotable. It’s only Rock’ n’ Roule and I like it!

Patrick BETAILLE, février 2025

Stevie Wonder – I Was Made to Love Her

 

[Extrait]: Multi instrumentiste, auteur, compositeur, aveugle comme son idole Ray Charles. Il est celui qui, à l’âge de 11 ans, signe avec Tamla Motown et obtient un premier tube avec Fingertips en 1962. La grande carrière de ″ Little Stevie ″ est lancée. Tout au long des sixties le label publie pas moins de 11 albums dont sont extraits un nombre conséquent de singles. Stevie Wonder a 17 ans quand sort son septième album qui contient des reprises de Ray Charles, Otis Redding, Smokey Robinson et James Brown, mais aussi des compositions personnelles, dont I Was Made to Love Her qui offre son titre au disque et sort en single en mai 1967. Autobiographique, la chanson parle de Susy, une très belle fille, son premier véritable amour…

Typique du style Motown, le rythme est soutenu, la voix époustouflante et pour la première fois le sitar électrique fait son apparition. Le titre atteindra deuxième place du Billboard Hot 100 et sera dans le top 5 du UK Singles Charts. Reprise par plus de cinquante artistes parmi lesquels The Beach Boys et Tom Jones, I Was Made To Love Her fut également adaptée par Gilles Thibaut et Claude François sous le titre Rien Rien Rien pour l’album Comme d’habitude


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Patrick BETAILLE, janvier 2025

Link Wray – Rumble

 

[Extrait]: Lors d’un concert en Virginie, Link Wray et son groupe The Ray Men ont créé un instrumental qu’ils ont appelé Oddball. Succès instantané auprès du public qui, ce soir-là, le réclame en rappel à quatre reprises. Milt Grant, un animateur de radio présent sur les lieux, propose de financer une session en studio. En contrepartie, Grant obtiendra les droits sur l’écriture. Sollicité, Archie Bleyer, le producteur de Cadence Records, déteste ce qu’il entend et refuse d’enregistrer le titre. Cédant aux insistances de sa belle fille qui adore le morceau, Bleyer accepte à contrecœur de publier cette histoire sans paroles qui prit le nom de Rumble. Dès sa sortie, au prétexte que le morceau incite la jeunesse à la violence, plusieurs radios américaines en interdisent la diffusion. Une première pour un morceau totalement instrumental !..

Rythme tribal, ambiance menaçante et son crasseux, celui d’un cran d’arrêt tranchant le cœur de la pop tiédasse. Partout, dans les garages, les sous-sols et les chambres à coucher, des musiciens en herbe comme Jimmy Page, Pete Townsend et des milliers d’autres ont reproduit cette puissance distordue. Jouer Rumble était un rite de passage obligé pour tout guitariste qui voulait exploiter le dynamisme mystérieux de cette nouvelle musique. Sans Link Wray, le Rock tel que nous le connaissons n’existerait pas.


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Patrick BETAILLE, décembre 2024

Charles Ebbets – Lunch Atop a Skyscraper

© Charles Clyde Ebbets

 

Dans ce cliché en noir et blanc, onze ferronniers se retrouvent assis sur une poutre en acier à 260 mètres au-dessus des rues de Manhattan, à New York. Les ouvriers s’octroient une pause casse-croûte sur perchoir métallique au soixante-neuvième étage de ce qui était alors le bâtiment RCA niché au cœur du Rockefeller Center. Cet instantané impressionnant a été géré comme une campagne promotionnelle du gratte-ciel. L’image fige non seulement le gigantisme de la ville en contrebas, mais aussi la camaraderie de ces immigrés qui, dans des conditions pour le moins délicates, défient la gravité avec une aisance et une désinvolture hors du commun.

Après des années d’enquêtes et de nombreuses polémiques, le cliché intitulé Lunch atop a Skyscraper pris en 1932 a finalement été attribué en 2003 à Charles Clyde Ebbets.

Patrick BETAILLE, novembre 2024

Jerry Lee Lewis – Great Balls of Fire

 

[Extrait]: Repéré par Sam Philipps, le patron de Sun Records, Jerry Lee Lewis est engagé comme pianiste de session pour les artistes du label. Il a ainsi l’occasion d’accompagner Carl Perkins et Johnny Cash. En 1955, il obtient le feu vert pour enregistrer deux titres sous son propre nom. D’emblée, l’un d’eux fait des ravages : Whole Lotta Shakin’ Goin’ On
Deux ans plus tard et déjà tout auréolé de gloire, Jerry se voit proposer d’enregistrer une composition d’Otis Blackwell, un auteur prolifique qui a écrit de nombreux succès pour Elvis Presley… 
Au moment de l’enregistrement, Jerry Lee rechigne et commence à se disputer avec Sam Philipps, affirmant que les tentations dont il est question et les préceptes de son éducation religieuse ne sont pas compatibles. Sam prétend au contraire que c’est avec ce genre de message que le chanteur peut sauver des âmes.  » Comment le diable pourrait-il sauver des âmes ? Le diable est en moi  » rétorque Lewis. Au bout d’une heure, l’artiste – certes passablement bourré – finit par accepter et se lance en trio dans une prise mémorable.
Great Balls of Fire sort le 11 novembre 1957. L’Amérique et le monde découvrent ce  » Killer  » à la fois angélique, pervers, rebelle, bigot, prude ou obsédé sexuel et lui font un triomphe… Le single met le feu au rock’n’roll, se vend à 5 millions d’exemplaires et se place au top des hits dans de nombreux pays…
Little Richard était rigolo, Elvis était cool, mais Jerry Lee Lewis était terrifiant ″ (Don Dixon : producteur).


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Patrick BETAILLE, novembre 2024

Bee Gees – Holiday

 

[Extrait]: … Brushings impeccables, combinaisons moulantes, chemises ouvertes sur des torses virils, chaînes en or et dents ultrabright. C’est l’image que l’on garde des Bee Gees et de leur gloire insolente quand la fin des années soixante-dix avait la fièvre du samedi soir, symptôme d’une travoltite aiguë…
C’est un peu vite oublier que les frères Gibb ont eu une vie avant le disco. Ils chantaient déjà leurs propres chansons sous les cieux de la lointaine Aussie, et ce, depuis la fin des années 50… Barry, Robin et Maurice Gibb vont enchaîner les tubes avec une facilité déconcertante. En commençant par le sirupeux Holiday. Le single paraît en avril 1967 et les paroles sont bien en phase avec la pop baroque-psychédélique du moment, vaguement poétiques et quasiment incompréhensibles…
La chanson baigne dans une mélancolie que viennent renforcer des arrangements fastueux strictement orchestraux avec profusion de cordes et sans autre percussion qu’un vague tambourin surgissant au moment du pont : ″ dee-dee-da-dee-dee ″… Le chant est envoûtant, les harmonies vocales remarquables et la recette fait mouche. Bilan : un record de plus de 220 millions de disques vendus avec à la clef 9 Grammy Awards en plus de 40 ans de carrière.


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Patrick BETAILLE, octobre 2024

Joe Rosenthal – Iwo Jima

© Joe Rosenthal

 

Réformé par l’armée en raison de sa mauvaise vue, Joe Rosenthal (1911 – 2006) rejoint l’agence Associated Press et suit l’US Marine Corps dans le théâtre des opérations du Pacifique. Le 23 février 1945, six Marines américains plantent le Stars and Stripes au sommet d’une colline dévastée par les combats sur l’île d’Iwo Jima, un bastion japonais farouchement défendu. 

Dans les faits, une équipe de Marines avait déjà hissé un petit drapeau américain. Le sergent-chef Louis Lowery, photographe officiel de l’armée, a immortalisé le moment où le mât de fortune a été érigé. Mais la présence de ce drapeau a provoqué une salve de tirs des troupes japonaises et, en se jetant à l’abri, Lowery casse son appareil photo. Il doit donc redescendre la colline pour aller chercher du nouveau matériel. En chemin, il rencontre Rosenthal, qui lutte encore pour atteindre le sommet, et lui annonce la nouvelle: le mont Suribachi a été pris et le drapeau a été hissé. Rosenthal continue néanmoins son ascension, espérant obtenir de bonnes photos depuis le sommet.

Anéanti par l’effort il arrive sur les lieux. Il remarque alors une équipe de Marines qui se prépare à hisser un deuxième drapeau, plus grand, sur ordre des officiers supérieurs qui voulaient qu’il soit visible de toute l’île. Le photographe oriente son appareil dans la bonne direction et il appuie sur le déclencheur sans même regarder dans son viseur. En définitive, cinq jours après le début de l’une des batailles les plus sanglantes de la guerre du Pacifique, Rosenthal était en retard mais finalement il est arrivé au bon moment. Symbole du courage et de la solidarité des combattants, le cliché capture un épisode essentiel dans une composition artistique parfaite. Si parfaite que durant tout le reste de sa vie son auteur a dû réfuter les nombreuses accusations selon lesquelles il avait tout organisé et mis en scène. 

Publiée par l’Associated Press, l’image emblématique a été immédiatement récompensée par le prix Pulitzer. En voyant la photographie, le président des États-Unis Franklin D. Roosevelt réalise que celle-ci constituerait un excellent symbole sur la base duquel il lance un emprunt national afin que l’épargne privée soutienne l’effort de guerre.

En 1951, Felix de Weldon fut chargé de la conception d’un mémorial en hommage au corps des Marines. La statue de bronze reproduit ″ Raising the Flag on Iwo Jima ″ – la scène figée pour la postérité par Joe Rosenthal – et est installée à proximité du cimetière national d’Arlington, à Rosslyn en Virginie.

Patrick BETAILLE, octobre 2024

Little Richard – Tutti Frutti

 

[Extrait]: … Dans une interview au magazine Rolling Stone, Little Richard qui arborait alors coiffure permanentée de 20 centimètres de haut, moustache en trait de crayon, maquillage et tenues voyantes déclarait : ″ … au temps où je faisais la plonge, je ne supportais plus mon patron qui n’arrêtait pas d’amener des gamelles à laver. Un jour je me suis dit que je devais faire quelque chose pour empêcher ce gus de me rapporter toutes ces casseroles et j’ai lors gueulé : Awopbopaloopbop-awopbamboom, vire-moi ça de là! Un peu comme un slogan, un avertissement en somme ″…            Tutti Frutti sort en single le 14 septembre 1955 avec en face B I’m Just A Lonely Guy, une ballade soul qui, en 1956, sera remplacée par un Long Tall Sally ravageur qui deviendra le plus gros succès du nouvel architecte du Rock. En mars 1957 sort Here’s Little Richard, le premier LP. Tutti Frutti fait bien sûr partie des 12 titres de l’album qui comporte également Long Tall Sally, Rip it Up, Ready Teddy et Jenny Jenny pour 28 minutes de folie. Woo O Woo !


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Patrick BETAILLE, octobre 2024

Chuck Berry – Johnny B. Goode

Wagram Music – 2017

 

[Extrait]: Charles Edouard Anderson Berry grandit à Saint louis, Mississippi. Sa jeunesse, il la passe pour partie en maison de correction pour vol à main armée, comme ouvrier dans l’industrie automobile et à suivre des cours du soir pour devenir coiffeur. Il est passionné de blues et de jazz et trouve le temps de se consacrer à l’apprentissage de la guitare…

Lors d’un passage à Chicago en 1955, il fait la rencontre de Muddy Waters qui lui obtient une audition chez Chess Records. Il y enregistre sous le nom de Chuck Berry un premier succès – Maybellene – qui lui attire la reconnaissance du public noir et les faveurs des auditeurs blancs. Le jeu du guitariste est déjà très affûté et il n’a pas son pareil pour mettre en chanson des histoires de filles, de bagnoles et de fêtes, thèmes prisés par la jeunesse qui, en 1958, se passionne pour Sweet Little Sixteen, Carol ou Rock’n’Roll Music. Cette année là, paraît également Johnny B. Goode une autobiographie qui raconte l’histoire d’un garçon de milieu modeste qui devient célèbre grâce à ses talents de guitariste…

Pour que le single soit diffusé en radio le  » coloured boy  » devient  » country boy « . Ainsi, s‘agissant de réussir dans la vie, les fans blancs peuvent mieux s’identifier à un péquenot qu’à un black. Dans le mille ! Classée par Rolling Stone septième des 500 plus grandes chansons de tous les temps et en première place des 100morceaux de guitare. Johnny B. Goode restera à jamais l’une des chansons les plus reconnaissables de l’histoire du Rock…


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Patrick BETAILLE, septembre 2024

Doors – Light my Fire

 

[Extrait]: Quand Jim Morrison fait appel à Robby Krieger pour l’une des compositions d’un premier LP des Doors, les consignes sont pour le moins vagues. Il souhaite juste un truc universel et pérenne que les gens peuvent s’approprier facilement. Le guitariste de Jim apprécie particulièrement le Play with Fire des Rolling Stones. Il a en tête une évocation des quatre éléments. Il décide donc d’aborder le thème du feu sur une mélodie et des paroles de son cru qui évoquent le fait de laisser les inhibitions se faire dévorer par les flammes de la passion. ″ Tu sais que ce serait faux, que je serais un menteur si j’affirmais que l’on ne peut aller plus haut. Allez, viens, inspire-moi, essayons d’embraser la nuit. Il ne faut plus hésiter et se contenter de médiocrité. Essayer maintenant, ça n’est que risquer de perdre et de voir notre amour se transformer en bûcher funéraire ″.

L’ambiance folk d’origine prend une toute autre dimension lorsque Jim Morrison écrit le deuxième couplet consacré au bûcher funéraire et que Ray Manzarek propose une touche de classicisme à l’orgue. L’album The Doors sort en janvier 1967. long de plus de 7 minutes, Light my Fire sort en avril en version courte. Au constat que les solos d’orgue et de guitare ont été amputés pour que le morceau entre dans les 3 minutes, les auditeurs crient au scandale mais le single reste n°1 pendant trois semaines et se vend à plus d’un million d’exemplaires. L’Amérique ébahie découvre l’attrait quasi chamanique du ″ Lizard King ″…


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Patrick BETAILLE, juillet 2024