Vinyls – Locked Groove

© Jean-Claude Menu: Lock Groove

 

Les disques microsillon possèdent en fin d’écoute un sillon sans fin, vide de toute information sonore. Cette particularité permet d’éviter que le bras ne vienne buter sur le centreur du vinyl, endommageant ainsi la pointe de lecture. Il est possible toutefois d’enregistrer du son sur ce sillon, permettant ainsi d’obtenir une boucle sonore d’un peu plus de 1 seconde se répétant sans fin. Cette technique a été utilisée par plusieurs artistes. La première piste utilisant cette technique se trouve à la fin du Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles paru en 1967. Sur les premiers pressages monophoniques de l’album destiné au marché britannique, la chanson A Day in the Life s’achève sur un collage de phrases prononcées par le groupe et enregistrées à l’envers. À la suite des Fab Four, la même année, les Who enregistrent sur le sillon sans fin de The Who Sell Out une fausse publicité pour leur label Track Records. Avec l’arrivée du numérique et du disque compact, le ″ Locked Groove ″ a laissé sa place au ″ Hidden Track ″, technique consistant à ne faire découvrir un titre qu’après plusieurs minutes de silence. En ce domaine, Placebo remporte la palme; leurs 3 premiers albums recèlent chacun une chanson cachée. Offspring s’est aussi amusé à insérer à la fin de Smash, le troisième album, une version revisitée de ce qui deviendra un tube planétaire : Come out and Play

En 2008, le dessinateur Jean-Christophe Menu fait référence aux sillons sans fin dans Lock Groove Comix,  une bande-dessinée savoureuse qui mentionne notamment beaucoup de curiosités liées aux vinyls.

Patrick BETAILLE, février 2025

Disques Vinyls – Dans le Mur

 

Dans les années 80 et afin de promouvoir le Cd, potentielle nouvelle poule aux œufs d’or, l’industrie musicale a mis en œuvre l’inéluctable obsolescence puis la disparition du vinyle. Quand le marché de la réédition d’œuvres musicales sous la forme de galettes de 12 cm gavées jusqu’à la gueule de bonus tracs, d’alternates takes et de fonds de tiroirs n’a plus eu les faveurs du public il a fallu trouver la parade. Vint donc le temps du tout numérique et avec lui avec la dématérialisation de la musique mise à disposition sur Spotify, Deezer et consorts. C’était sans compter sur la lassitude et la frustration d’une partie de l’auditoire désormais en manque de support palpable. Il s’agissait désormais de remédier au manque à gagner et de faire les fonds de poches du consommateur. Surfant sur la vague du Vintage, les majors ont alors trouvé le bon filon: relancer le retour en grâce du 33 tours de papa. À partir de 2015, elles ont convaincu tout un chacun que le charme de l’objet et la chaleur de l’analogique étaient indispensables à tout amateur d’authenticité culturelle et d’émotion auditive. Dans le même temps, le marketing s’est bien gardé d’avouer que ce soit disant graal n’était en fait que très rarement issu de véritables masters analogiques, ces derniers ayant été perdus à jamais, sacrifiés sur l’autel du numérique. Passé sous silence également le fait que, dans le meilleur des cas, pour pouvoir jouir pleinement du plaisir issu de l’écoute d’enregistrements d’antan il fallait se doter d’un matériel audiophile onéreux. Résultat, 90 fois sur 100, un vinyle n’est que la transposition d’un fichier .wav sur un support plus cher, plus fragile et techniquement plus limité. Avec un même master, les labels ont gagné de l’argent en le mettant sur Cd, puis un peu plus en le vendant sur les plateformes et aujourd’hui encore d’avantage en le gravant sur le vinyle promu au rang d’indispensable et/ou incontournable.   

Il n’est donc pas rare de trouver des rééditions faussement analogiques d’origine pour lesquelles il faut débourser 25€, sans garantie que la magie sonore annoncée soit au rendez-vous. Les nouveautés? 30 à 35€, parfois même 40 ou 51€ pour un album de Taylor Swift. La belle affaire. Une galette en couleur logée dans un emballage de 30 cm de côté et accompagnée d’un luxueux livret évidemment estampillé ″ collector ″. C’est désormais l’objet qui s’achète; parfois même par certains qui n’ont pas de platine et qui en font un accessoire de décoration. ″ T’as vu mon Sticky Fingers dans la salle de bain? ″. Il est là le nouveau segment du marché!

Pour preuve, un label de rap américain vient de commercialiser un tirage ″ Art Album ″ au format 33 tours. C’est comme pour le Port-Salut, c’est écrit dessus: ″ Vinyl not included ″. Pour 35€, cette pochette de vinyle ne contient en fait qu’un banal Cd. Ne cherchez pas l’erreur, il n’y en a pas!

Patrick BETAILLE, mai 2024


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Metallica – Ça Presse!

 

Les chiffres publiés en 2019 attestaient d’une augmentation vertigineuse des ventes de vinyles avec une progression de 70 % sur les cinq exercices précédents. Depuis, cet engouement pour la galette noire et la demande qui en découle, l’industrie du vinyle souffre de retards conséquents de fabrication et de difficultés au niveau de la chaîne d’approvisionnement, conséquence des crises sanitaires et énergétiques successives. Situation difficile pour les artistes en général mais surtout pour les petits labels qui n’ont pas les moyens de se positionner sur un marché asphyxié par des demande. Il faut ainsi se souvenir qu’en 2021 Adele et sa maison de disques Sony ont causé une pénurie mondiale dans les usines de pressages de vinyles en anticipant une demande estimée à hauteur de 500 000 exemplaires pour l’album 30.

Visionnaire jack White? On peut le penser. Déjà en 2001, l’artiste avait lancé son nouveau label en y associant sa propre usine de pressage, Third Man Records. Il déclarait à l’époque: ″ La prochaine décennie sera celle du vinyle et du streaming; du streaming en voiture et dans la cuisine, du vinyle dans le salon. Voilà comment sera écoutée la musique… Le vinyle est gravé dans la pierre. S’il a survécu pendant 120 ans je crois qu’il n’a pas fini de tourner sur les platines…″. 

Au tour de Metallica de s’intéresser de près à la démarche. Ayant travaillé avec Furnace Record Pressing depuis 2014, la formation de heavy metal vient d’acquérir une participation majoritaire dans cette entreprise qui a déjà produit plus de cinq millions d’exemplaires de sa production musicale. Alors que l’achat de l’usine offrira la capacité évidente de presser plus de vinyles de sa propre musique,  Metallica a aussi l’intention de prêter main forte à d’autres maisons de disques et d’autres artistes pour leurs sorties de vinyles. Et James Hetfield de déclarer: ″ Furnace a été formidable pour Metallica et, plus important encore, pour nos fans. Cette relation approfondie entre Metallica et Furnace garantit qu’à l’avenir les fans de vinyle du monde entier auront un accès continu à des disques de haute qualité  ″.  Kill ‘Em All!

Patrick BETAILLE, mars 2023

Vinyl en Procès – Pretenders

 

En tant  que collectionneur – compulsif ou occasionnel – de disques vinyles, un jour ou l’autre, vous vous êtes probablement interrogé sur la restitution sonore sensée ravir vos esgourdes. Depuis le retour en grâce de la galette noire, et à moins d’être sourd, il n’est pas rare de constater que, qualitativement, il y a peu de différences entre la réédition LP d’un enregistrement prétendument 100% analogique et celle d’un Compact Disc né du miracle de la conversion numérique grâce à laquelle, dans les années 80, l’industrie musicale s’est empressé de jeter le bébé avec l’eau du bain du vinyle pour promouvoir le juteux marché de la prometteuse technologie digitale.

Sauf que. Dans la précipitation, par méconnaissance et surtout à cause d’un irrépressible besoin d’engranger un maximum de bénéfices en un minimum de temps, la transition de l’analogique vers le numérique a souvent donné un résultat décevant, parfois même catastrophique. Notamment quand il s’agissait d’adhérer aux standards audio de l’époque: gonflement des basses et brillance des aigus au détriment du spectre médium dans lequel – excusez du peu – règnent entre autres les voix. Alors oui! Hosanna, Dieu du ciel béni, gloria, alléluia! Louée soit la belle initiative sensée redonner vie aux enregistrements d’antan produits par nos artistes et groupes préférés.

Sauf que. À cette même époque. Dans  la  précipitation, par euphorie et surtout pour de basses raisons de facilité, les bandes archives ont été – dans les meilleurs des cas – déplacées pour être  stockées dans des conditions désastreusement dégradées, perdues et parfois même détruites. Alors savez-vous ce qui se cache au fond des sillons de votre coûteuse collection de vinyles flambant neuve? Tout simplement du son issu d’un archivage numérique lui même créé à partir de maters analogiques. Faut-il pour autant crier haro sur le baudet? Pas forcément! Le procédé utilisé pour exploiter ce nouveau filon s’appelle le Direct Stream Digital et il a été développé en tant que format d’archivage pour l’audio avec un taux d’échantillonnage 256 fois plus élevé qu’un CD ordinaire. Un processus de bien meilleure qualité que la moyenne.

Sauf que. L’industrie musicale, encore elle, se garde bien d’informer son panel de consommateurs que pour pouvoir pleinement jouir des bienfaits de ces alléchantes gravures, il faudra se débarrasser de son Teppaz et investir dans des équipements dignes de ce nom: ce que communément l’on appelle du matériel Audiophile (du latin audire: entendre et du grec philein: aimer), source de satisfaction auditive parfois masturbatoire.

Audiophiles, le terme est lâché. Une association de ces individus qui, contre vents et marées, n’ont jamais été en voie de disparition, vient de déposer un recours collectif contre une société de réédition de disques en affirmant que le terme de ″Original Master Recording″ vanté et promu par le label est frauduleux. À l’origine de la requête, une resucée en tirage limité du premier album des Pretenders paru en 1979. Après avoir acheté ce qu’il considère comme le Saint Graal, un résident de Caroline du Nord s’est rendu compte en comparant assidument son édition originale analogique avec sa nouvelle acquisition, qu’il y avait anguille sous roche ou plutôt crapaud dans le diamant. Plainte a donc été déposée sous couvert du fait que le DSD évoqué plus haut n’est en aucun cas un processus analogique de bout en bout, contrairement à ce que prétend MOFI (Mobile Fidelity Sound Lab) pour appâter les collectionneurs inconditionnels prêts à payer généreusement les vinyles qui leur sont… Chers!

Moralité. À quelques exceptions près et à condition de faire l’impasse sur des bruits de surface, de passer du temps à éliminer la poussière, de fermer les yeux sur des pochettes écornées et de privilégier les souvenirs, peut être vaut t’il mieux se contenter de dénicher des enregistrements datant de l’ère de l’audio pré-numérique à un prix raisonnable plutôt que de succomber aux sirènes du vintage à tout prix et aux argumentaires mensongers. Même remastérisée, même en 180 grammes, 50 euros la réédition du Deep Purple in Rock, ça fait quant même mal au fondement. Mais comme dirait l’autre: c’est vous qui voyez!

Patrick BETAILLE, août 2022

Evolution Music – Le Futur du Vinyl?

 

Il y a peu, à la médiathèque de Pau, au cours d’une animation consacrée au renouveau du vinyle. Pour conclure une prestation ayant pour fil conducteur le livre In Vinyle Veritas (Mâtin quel bouquin!) un mien ami interpellait un public aussi attentif que clairsemé par ces mots: ″Et si le futur du vinyle c’était ÇA?!″ tout en brandissant une gourde de 500 ml élaborée à base de fibre de canne à sucre et fabriquée en France: la  Veganbottle Go.  Rrogntudjû! Pierre avait raison!

Avec comme objectif de fédérer l’industrie musicale autour de pratiques plus durables et responsables sur le plan écologique et social, Evolution Music Ltd annonce avoir terminé de développer le premier disque vinyle bioplastique au monde. À l’instar du projet Green Vinyl Records, l’association britannique apporte sa pierre à l’édifice de ce qui pourrait ressembler à l’industrie de demain, soucieuse de s’affranchir des contraintes polluantes et toxiques du PVC.

Patrick BETAILLE, avril 2022

Dessine moi un Vinyl – Part 2

 

[Extrait]: Artistes et maisons de disques ont souvent courtisé photographes, designers et dessinateurs pour imager leurs productions. Certains chefs de file du neuvième art sont à l’origine d’indéniables réussites graphiques, y compris au cœur de la variété francophone. Parfois anecdotiques et souvent plus prisées que les contenus qu’elles accompagnent, ces prouesses illustrées témoignent d’une belle complicité entre bande dessinée et albums. Ci-dessus, de gauche à droite et de haut en bas :

Eddy Mitchell : L’épopée du Rock – Barclay, 1974. ©Illustration Al Voss.
Dick Rivers : Mississippi River’s – Mouche Records 1975. ©Illustration Morris.
Nino Ferrer : Rock’n’Roll Cowboy – Vogue, 1983. ©Illustration Frank Margerin.
Bijou: Lola (Single) – Polydor 1988. ©Illustration Tanino Liberatore.
Richard Gotainer : Vive la Gaule – Virgin Records, 1987. ©Illustration Marcel Uderzo.
Pigalle : Regards Affligés… – Boucherie Production 1990. ©Illustration Jacques Tardi.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, avril 2022

Dessine moi un Vinyl – Part 1

 

[Extrait]: Artistes et maisons de disques ont souvent courtisé photographes, designers et dessinateurs pour imager leurs productions. Bel exemple que celui de Janis Joplin qui fit appel à Robert Crumb pour le packaging de l’inoubliable Cheap Thrills. Certains autres chefs de file du neuvième art sont à l’origine d’indéniables réussites graphiques. Parfois anecdotiques et souvent plus prisées que les contenus qu’elles accompagnent, ces prouesses illustrées témoignent d’une belle complicité entre bande dessinée et albums. Ci dessus, de gauche à droite et de haut en bas :

The Grateful Dead : Shakedown Street- Arista Records, 1978. ©Illustration Gilbert Shelton.
Ramones : Road to Ruin – Sire Records 1978. ©Illustration John Holmstorm.
Zappa : The Man from Utopia – Barking Pumping Records, 1983. ©Illustration Liberatore.
Iggy Pop : Brick by Brick – Virgin Records, 1990. ©Illustration Charles Burns.
George Thorogood & The Destroyers : Haircut – EMI, 1993. © Illustration Peter Bagge.
Airbourne : No Guts, No Glory – Road Runner Records, 2009. ©Illustration Rob Sharp .


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, avril 2022

Vinyls – Ça fait rêver!

© Robert Crumb

 


Les manuscrits de la mer morte du collectionneur de disques. Après des mois de négociations fastidieuses, il vient d’arriver ″. Au bout de 40 ans, il est enfin à moi! Bel exemplaire en plus… regardez l’état de ces sillons! ″  (Illustration Robert Crumb).


Patrick BETAILLE, octobre 2021

Val Shively – The Emperor of Oldies

 

Depuis son enfance, Val Shively n’a qu’une obsession: les disques en général, les 45 tours en particulier et plus précisément ceux des groupes de Doo Wop des années 50 et 60. ″ Je n’avais pas de copines, je n’ai pas assisté au bal de promo de mon lycée ni à toutes ces conneries ″, déclarait t’il dans une interview. À la fin de sa scolarité son seul but était de se trouver des petits boulots afin de pouvoir assouvir sa passion. Ce doux dingue a ainsi passé sa vie à accumuler, à répertorier et à vendre des vinyles; au point que Rolling Stone l’a couronné ″ The Emperor of Oldies ″. Après plusieurs déménagements, Val détient aujourd’hui probablement la plus incroyable boutique de disques du monde. C’est dans la banlieue de Philadelphie et ça s’appelle R&B Records. Sur trois étages, dans un foutoir sans nom se côtoient 5 millions de références dont 4 de vieux singles de R&B, de soul et de funk, pour la plupart provenant d’anciens fournisseurs de juke-boxes, de stations de radio et de reliquats de distributeurs. Hors de question de pénétrer en ses lieux sans avoir une idée précise de la pièce recherchée et d’annoncer la couleur. Simple curieux, vous vous voilà prévenus! Idem pour les chouraveurs: un squelette suspendu au plafond menace: ″ Voici ce qu’il reste du gars que j’ai chopé en train de chourer ″. Ou encore:  » Les intrus seront flingués, les survivants poursuivis! « . À 77 ans, Val Shively est finalement tout aussi célèbre pour ses frasques et sa personnalité que pour son immense collection.

Patrick BETAILLE, juin 2021

Vinyls à la Tonne – Robert Lacire

© Photo: AFP

 

Je parle en poids car c’est plus facile dit Robert Lacire, 78 ans, lui qui a accumulé tout au long de sa vie le nombre faramineux de 21 tonnes de vinyles. Rien de comparable avec les 6 000 000 d’exemplaires de Zero Freitas mais quand même! Près de 130 000 galettes ont leur place dans chaque recoin de son domicile rennais et dans plusieurs garages. Aujourd’hui, il souhaiterait que sa collection fasse partie d’un conservatoire ou d’un musée du disque. Malgré de nombreux courriers adressés à des institutions locales, et même en son temps à Jacques Chirac, la démarche de ce passionné n’a pour l’instant pas abouti. Tout le monde trouve le projet très bien mais personne ne bouge. Je vieillis, ça va partir chez Emmaüs plutôt que de rester dans la mémoire dans une région, regrette-t-il et on le comprend! Source et intégralité de l’article: La Dépêche.


L’éloquence et le Désaveu du Cover Art en Livre: In Vinyle Veritas!


Patrick BETAILLE, juin 2021