[Extrait]: Les chaussures en daim étaient un article de luxe dans le Sud des États-Unis. Summum de l’élégance, chères, fragiles et difficiles à entretenir, peu nombreux étaient ceux qui en avaient. Carl Perkins n’en a jamais possédé mais Johnny Cash lui a raconté l’histoire de quelqu’un qui en portait une paire. Plus tard, Perkins relate qu’alors qu’il anime un bal de lycée, il remarque un gars qui se préoccupe plus de ses godasses que de sa cavalière et qui demande à tout le monde de faire gaffe à ses chaussures en daim bleu. Au petit matin, Carl se lève et écrit les paroles de Blue Suede Shoes…
Le single est publié en janvier 1956… Il atteint très rapidement le million de ventes, fait de Carl Perkins une star et sauve Sam Philipps – le patron de Sun Records – de la faillite…
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
[Extrait]: Multi instrumentiste, auteur, compositeur, aveugle comme son idole Ray Charles. Il est celui qui, à l’âge de 11 ans, signe avec Tamla Motown et obtient un premier tube avec Fingertips en 1962. La grande carrière de ″ Little Stevie ″ est lancée. Tout au long des sixties le label publie pas moins de 11 albums dont sont extraits un nombre conséquent de singles. Stevie Wonder a 17 ans quand sort son septième album qui contient des reprises de Ray Charles, Otis Redding, Smokey Robinson et James Brown, mais aussi des compositions personnelles, dont I Was Made to Love Her qui offre son titre au disque et sort en single en mai 1967. Autobiographique, la chanson parle de Susy, une très belle fille, son premier véritable amour…
Typique du style Motown, le rythme est soutenu, la voix époustouflante et pour la première fois le sitar électrique fait son apparition. Le titre atteindra deuxième place du Billboard Hot 100 et sera dans le top 5 du UK Singles Charts. Reprise par plus de cinquante artistes parmi lesquels The Beach Boys et Tom Jones, I Was Made To Love Her fut également adaptée par Gilles Thibaut et Claude François sous le titre Rien Rien Rien pour l’album Comme d’habitude…
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[Extrait]: Lors d’un concert en Virginie, Link Wray et son groupe The Ray Men ont créé un instrumental qu’ils ont appelé Oddball. Succès instantané auprès du public qui, ce soir-là, le réclame en rappel à quatre reprises. Milt Grant, un animateur de radio présent sur les lieux, propose de financer une session en studio. En contrepartie, Grant obtiendra les droits sur l’écriture. Sollicité, Archie Bleyer, le producteur de Cadence Records, déteste ce qu’il entend et refuse d’enregistrer le titre. Cédant aux insistances de sa belle fille qui adore le morceau, Bleyer accepte à contrecœur de publier cette histoire sans paroles qui prit le nom de Rumble. Dès sa sortie, au prétexte que le morceau incite la jeunesse à la violence, plusieurs radios américaines en interdisent la diffusion. Une première pour un morceau totalement instrumental !..
Rythme tribal, ambiance menaçante et son crasseux, celui d’un cran d’arrêt tranchant le cœur de la pop tiédasse. Partout, dans les garages, les sous-sols et les chambres à coucher, des musiciens en herbe comme Jimmy Page, Pete Townsend et des milliers d’autres ont reproduit cette puissance distordue. Jouer Rumble était un rite de passage obligé pour tout guitariste qui voulait exploiter le dynamisme mystérieux de cette nouvelle musique. Sans Link Wray, le Rock tel que nous le connaissons n’existerait pas.
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[Extrait]: Repéré par Sam Philipps, le patron de Sun Records, Jerry Lee Lewis est engagé comme pianiste de session pour les artistes du label. Il a ainsi l’occasion d’accompagner Carl Perkins et Johnny Cash. En 1955, il obtient le feu vert pour enregistrer deux titres sous son propre nom. D’emblée, l’un d’eux fait des ravages : Whole Lotta Shakin’ Goin’ On… Deux ans plus tard et déjà tout auréolé de gloire, Jerry se voit proposer d’enregistrer une composition d’Otis Blackwell, un auteur prolifique qui a écrit de nombreux succès pour Elvis Presley… Au moment de l’enregistrement, Jerry Lee rechigne et commence à se disputer avec Sam Philipps, affirmant que les tentations dont il est question et les préceptes de son éducation religieuse ne sont pas compatibles. Sam prétend au contraire que c’est avec ce genre de message que le chanteur peut sauver des âmes. » Comment le diable pourrait-il sauver des âmes ? Le diable est en moi » rétorque Lewis. Au bout d’une heure, l’artiste – certes passablement bourré – finit par accepter et se lance en trio dans une prise mémorable. Great Balls of Fire sort le 11 novembre 1957. L’Amérique et le monde découvrent ce » Killer » à la fois angélique, pervers, rebelle, bigot, prude ou obsédé sexuel et lui font un triomphe… Le single met le feu au rock’n’roll, se vend à 5 millions d’exemplaires et se place au top des hits dans de nombreux pays… ″ Little Richard était rigolo, Elvis était cool, mais Jerry Lee Lewis était terrifiant ″ (Don Dixon : producteur).
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[Extrait]: … Brushings impeccables, combinaisons moulantes, chemises ouvertes sur des torses virils, chaînes en or et dents ultrabright. C’est l’image que l’on garde des Bee Gees et de leur gloire insolente quand la fin des années soixante-dix avait la fièvre du samedi soir, symptôme d’une travoltite aiguë… C’est un peu vite oublier que les frères Gibb ont eu une vie avant le disco. Ils chantaient déjà leurs propres chansons sous les cieux de la lointaine Aussie, et ce, depuis la fin des années 50… Barry, Robin et Maurice Gibb vont enchaîner les tubes avec une facilité déconcertante. En commençant par le sirupeux Holiday. Le single paraît en avril 1967 et les paroles sont bien en phase avec la pop baroque-psychédélique du moment, vaguement poétiques et quasiment incompréhensibles… La chanson baigne dans une mélancolie que viennent renforcer des arrangements fastueux strictement orchestraux avec profusion de cordes et sans autre percussion qu’un vague tambourin surgissant au moment du pont : ″ dee-dee-da-dee-dee ″… Le chant est envoûtant, les harmonies vocales remarquables et la recette fait mouche. Bilan : un record de plus de 220 millions de disques vendus avec à la clef 9 Grammy Awards en plus de 40 ans de carrière.
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[Extrait]: … Dans une interview au magazine Rolling Stone, Little Richard qui arborait alors coiffure permanentée de 20 centimètres de haut, moustache en trait de crayon, maquillage et tenues voyantes déclarait : ″ … au temps où je faisais la plonge, je ne supportais plus mon patron qui n’arrêtait pas d’amener des gamelles à laver. Un jour je me suis dit que je devais faire quelque chose pour empêcher ce gus de me rapporter toutes ces casseroles et j’ai lors gueulé : Awopbopaloopbop-awopbamboom, vire-moi ça de là! Un peu comme un slogan, un avertissement en somme ″… Tutti Frutti sort en single le 14 septembre 1955 avec en face B I’m Just A Lonely Guy, une ballade soul qui, en 1956, sera remplacée par un Long Tall Sally ravageur qui deviendra le plus gros succès du nouvel architecte du Rock. En mars 1957 sort Here’s Little Richard, le premier LP. Tutti Frutti fait bien sûr partie des 12 titres de l’album qui comporte également Long Tall Sally, Rip it Up, Ready Teddy et Jenny Jenny pour 28 minutes de folie. Woo O Woo !
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[Extrait]: Charles Edouard Anderson Berry grandit à Saint louis, Mississippi. Sa jeunesse, il la passe pour partie en maison de correction pour vol à main armée, comme ouvrier dans l’industrie automobile et à suivre des cours du soir pour devenir coiffeur. Il est passionné de blues et de jazz et trouve le temps de se consacrer à l’apprentissage de la guitare…
Lors d’un passage à Chicago en 1955, il fait la rencontre de Muddy Waters qui lui obtient une audition chez Chess Records. Il y enregistre sous le nom de Chuck Berry un premier succès – Maybellene – qui lui attire la reconnaissance du public noir et les faveurs des auditeurs blancs. Le jeu du guitariste est déjà très affûté et il n’a pas son pareil pour mettre en chanson des histoires de filles, de bagnoles et de fêtes, thèmes prisés par la jeunesse qui, en 1958, se passionne pour Sweet Little Sixteen, Carol ou Rock’n’Roll Music. Cette année là, paraît également Johnny B. Goode une autobiographie qui raconte l’histoire d’un garçon de milieu modeste qui devient célèbre grâce à ses talents de guitariste…
Pour que le single soit diffusé en radio le » coloured boy » devient » country boy « . Ainsi, s‘agissant de réussir dans la vie, les fans blancs peuvent mieux s’identifier à un péquenot qu’à un black. Dans le mille ! Classée par Rolling Stone septième des 500 plus grandes chansons de tous les temps et en première place des 100morceaux de guitare. Johnny B. Goode restera à jamais l’une des chansons les plus reconnaissables de l’histoire du Rock…
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[Extrait]: Quand Jim Morrison fait appel à Robby Krieger pour l’une des compositions d’un premier LP des Doors, les consignes sont pour le moins vagues. Il souhaite juste un truc universel et pérenne que les gens peuvent s’approprier facilement. Le guitariste de Jim apprécie particulièrement le Play with Fire des Rolling Stones. Il a en tête une évocation des quatre éléments. Il décide donc d’aborder le thème du feu sur une mélodie et des paroles de son cru qui évoquent le fait de laisser les inhibitions se faire dévorer par les flammes de la passion. ″ Tu sais que ce serait faux, que je serais un menteur si j’affirmais que l’on ne peut aller plus haut. Allez, viens, inspire-moi, essayons d’embraser la nuit. Il ne faut plus hésiter et se contenter de médiocrité. Essayer maintenant, ça n’est que risquer de perdre et de voir notre amour se transformer en bûcher funéraire ″.
L’ambiance folk d’origine prend une toute autre dimension lorsque Jim Morrison écrit le deuxième couplet consacré au bûcher funéraire et que Ray Manzarek propose une touche de classicisme à l’orgue. L’album The Doors sort en janvier 1967. long de plus de 7 minutes, Light my Fire sort en avril en version courte. Au constat que les solos d’orgue et de guitare ont été amputés pour que le morceau entre dans les 3 minutes, les auditeurs crient au scandale mais le single reste n°1 pendant trois semaines et se vend à plus d’un million d’exemplaires. L’Amérique ébahie découvre l’attrait quasi chamanique du ″ Lizard King ″…
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Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le patron de Columbia Records, convoque ses ingénieurs. D’après lui, le moment est venu de créer un nouveau format en remplacement du disque 78 tours. C’est ainsi qu’en 1948, le vinyle qui tourne à 33 tours par minute fait son apparition. Mais la concurrence est rude! RCA Records – une autre maison de disques américaine – consciente des enjeux, se lance à son tour dans l’innovation et, en 1949, commercialise le 45 tours. Avec un format réduit à 17,5 cm et un seul enregistrement par face, la firme compte bien relancer le marché du juke-box déjà présent dans les bars et séduire rapidement la jeunesse. Aisément transportable, d’un coup moins élevé, le single deviendra un formidable tremplin pour les artistes et accompagnera le développement de la musique populaire qui connaitra son apothéose au cours des seventies. C’est ainsi qu’en 1955 le Rock Around the Clock de Bill Haley and the Comets se vendra à 3 millions d’exemplaires et qu’en 1974 deux cents millions de 45 tours seront vendus. Malheureusement, la fin de la production du petit format est actée en 1993, entrainant de fait la fin irrémédiable des machines sonores publiques alors moribondes.
Mais qu’en est-il de la petite histoire, celle qui se cache derrière ces succès emblématiques qui ont jalonné la route du Rock? En 240 pages, le livre Remember the Sixties passe en revue une sélection de cent 45 tours parmi les plus marquants. Le sujet est traité par le petit bout de la lorgnette. Avec de savoureuses anecdotes s’ouvre le rideau de la scène anglo-saxonne où se joue une fantastique épopée au cours de laquelle le bouillonnement des sixties fut propice au phénomène musical le plus important de ces soixante-dix dernières années. Même en France, une véritable révolution – tant par les thèmes abordés (amour, sexe, drogue, politique, guerre, etc.) dans les chansons, que par l’exploration de nouveaux sons, rythmes et harmonies – portée par le génie, l’astuce, l’intelligence, la folie et le brio de leurs inoubliables interprètes : les jukebox heroes.