The Who – My Generation

 

Les gens veulent nous humilier, juste parce que nous existons. Ce qu’ils font est vraiment dégueulasse. J’espère que je mourrai avant de devenir vieux. Pourquoi ne disparaissez-vous pas tous? N’essayez pas de comprendre, je ne cherche pas à me faire remarquer, je parle juste de ma génération . Londres. Sur le chemin qu’elle emprunte pour se rendre à Buckingham, la Reine Elisabeth est agacée par la présence d’un corbillard garé sur son parcours. Au prétexte que le véhicule lui rappelle les funérailles de son époux, elle exige que la Packard mortuaire soit mise en fourrière. C’est là que tout commence.

Le corbillard en question appartient à Pete Townshend. Le jour où il découvre la disparition de sa bagnole achetée d’occase avec ses premiers cachets, le jeune guitariste-compositeur et désormais piéton vient d’avoir 20 ans. Il est furieux et c’est dans le train qu’il jette sur papier la colère d’une jeunesse qui ne parvient pas à trouver sa place dans la société. Quelques mots qui mettent soudainement The Who au centre de toutes les attentions d’un auditoire qui ne tarde pas à s’approprier l’expression de son mal-être. Le morceau ne prend sa forme définitive qu’après plusieurs mois de tâtonnements. Le groupe doit s’y reprendre plusieurs fois pour l’enregistrer. À la guitare Pete Townshend hésite encore avec un tempo blues à la Jimmy Reed. À plusieurs reprises John Entwistle casse les cordes de sa basse Danelectro. Finalement c’est Keith Moon qui, de derrière ses fûts, trouve le bon tempo. Mais Roger Daltrey au chant a du mal à gérer le rythme effréné.  J’ai tenté de le suivre, mais j’ai bégayé à la première première prise. Je me suis corrigé à la prise suivante, mais le producteur a réagit en disant : garde ça, garde ce bégaiement c’est génial! se souvient le chanteur. Ainsi soit! Le single sort le 29 octobre 1965. La violence des mots et la puissance musicale ont un impact immédiat et, bien que la BBC en bloque la promotion et la diffusion sous prétexte de ne pas vouloir offenser les bègues, My Generation atteint la 2ème place des charts britanniques. Le groupe était alors tout jeune et je pensais que sa carrière serait très brève″ déclarait Townsend à l’époque. Pas vraiment prophète l’ami Pete sur ce coup là. Il ne se doutait pas que sa composition serai classée huitième meilleure chanson britannique de tous les temps et qu’il avait pas mal d’avance sur ce qui allait débouler une dizaine d’années plus tard: le punk.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Patrick BETAILLE, juillet 2021

Joe Cocker – With a little Help from my Friends

 

À part 4 ou 5 titres (notamment Change In Louise en 69, High Time We Went en 71) composés avec son ami Chris Stainton, Joe Cocker s’est toujours cantonné à reprendre, souvent de belle manière (You Can Leave Your Hat On de Randy Newman par exemple), des titres écrits par d’autres. Mais là où le plombier de Sheffield a fait très fort, c’est lorsqu’il s’est attelé à interpréter une chanson des Beatles, coécrite en son temps par John Lennon et Paul McCartney, chantée par Ringo Starr et qui figure sur l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band sorti en 1967. En avril 69, With a Little Help From my Friends paraitra donc sur le premier LP de Joe Cocker. D’amitié il est question. Celle qui transparait dans le texte original bien sûr. ″ Que ferais tu si je chantais faux? Tu te barrerais et tu me laisserais là? Accepte de m’écouter et je te chanterai quelque chose. Tu vois, avec un petit coup de pouce j’y arrive. Tout ce dont j’ai besoin c’est de la présence de mes potes ″. Mais aussi celle grâce à laquelle With a Little Help From my Friends, l’album, a pu voir le jour. Albert Lee, Chris Stainton, Steve Winwood et Jimmy Page, entre autres, sont en effet en studio pour assister l’artiste dans cette tentative qui, au final, se soldera par un succès considérable et une première place au hit-parade britannique pour le 45 tours sorti en octobre 1968. Plus lente, traitée façon gospel, la chanson révèle la voix incomparable de Cocker dont les cris orgasmiques sont directement inspirés par Ray Charles. Toujours en 1969, en août, performance hors normes au festival de Woodstock. Le public stupéfait découvre ce petit homme hirsute aux incroyables gesticulations, grimaçant et complètement défoncé transcendé, air-guitariste avant l’heure qui dès lors entrera dans le panthéon du Rock et inscrira sa version de With A Little Help dans la postérité. Après le décès de Joe Cocker en 2014, Paul McCartney a déclaré: ″ It was just mind-blowing, totally turned the song into a soul anthem, and I was forever grateful for him for having done that″. (C’était juste époustouflant, ça a totalement transformé cette chanson en un hymne soul, et je lui en serai toujours reconnaissant).


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Patrick BETAILLE, juillet 2022

Vaughan Oliver – Design en 33 Tours

Breeders: Last Splash-1993. Cocteau Twins: Treasure -1984. Pixies: Bossanova – 1990

 

Décédé en 2019 à l’âge de 62 ans, Vaughan Oliver a laissé derrière lui un énorme héritage visuel pour la musique en général et pour la musique alternative des années 80 et 90 en particulier. De 1982 à 1993, ce graphiste britannique a assuré la direction artistique du label indépendant 4AD et a conçu certaines pochettes des albums les plus emblématiques de cette époque: Pixies, Breeders, Cocteau Twins, pour ne citer que les principaux. Une grande partie du travail d’Oliver est reconnaissable à travers la manipulation surréaliste de la photographie. Chaque cover art avait sa propre logique interne et les pochettes n’affichaient que très rarement une photo du groupe. ″Une pochette de disque doit fonctionner comme une porte d’entrée qui vous invite à la traverser″ aimait à dire ce véritable Dali du design.


D’autres anecdotes sur la censure et l’histoire des pochettes de disques à retrouver dans le livre:

IN VINYLE VERITAS – ÉLOQUENCE ET DÉSAVEU DU COVER ART

 

Patrick BETAILLE, juillet 2022

Ram Jam – Black Betty

 

Au départ, Black Betty était une mélopée chantée par des esclaves afro-américain. C’est dans ce contexte que, souvent, le terme a été associé, soit à la bouteille d’alcool frelaté à laquelle les forçats faisait appel pour oublier leurs peines, soit au mousquet ou au fouet dont ils étaient souvent les victimes. Enregistrée une première fois par John et Alan Lomax en 1933, elle sera chantée a cappella par un pensionnaire d’un pénitencier du Texas répondant au nom de James ″Iron head″ Baker. En 1939, c’est au tour de Leadbelly de graver le titre commercialisé à l’époque par le label Musicraft. Au milieu des années 70, un groupe de rock de l’Ohio reprend le titre dans une version musclée qui rencontre un rapide succès auprès du public, devenant immédiatement un énorme hit international. Ram Jam – pas plus que son auditoire – ne connaissait probablement pas l’origine et le sens du texte de Black Betty. C’est la raison pour laquelle leur interprétation a été cataloguée en tant qu’évocation d’une relation sexuelle avec une femme noire… ″ Whoaw! Black Betty – Bam ba lam – tu peux me croire, elle me fait triper. Elle vient de Birmingham en Alabama et elle est toujours prête. Quand elle agite ce truc là, bon sang, elle m’embrase… Bam ba lam! ″ Il n’en fallait pas plus pour qu’un boycott de la part des organisations américaines de défense des droits afro-américains et de l’égalité raciale ne soit établi. En tous cas, il s’agit d’un cas unique. Celui d’un groupe de rock blanc qui s’approprie un chant traditionnel noir et parvient à en faire un tube planétaire redoutable et maintes fois repris. Bam ba lam!


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Patrick  BETAILLE, juillet 2022

Joanne Shaw Taylor – Live!

 

Inutile de vous dire tout le bien que je pense de cette artiste dont la production discographique a été évoquée à plusieurs reprises ici même. Après deux années difficiles à cause de la pandémie Joanne Shaw Taylor renoue avec les tournées pour exprimer sur scène ce qu’est le blues. Enregistré à Franklin dans le Tennessee le 20 janvier 2022, Blues From The Heart Live témoigne de la performance de la guitariste britannique qui, pour l’occasion, nous livre l’essentiel de son dernier album studio: l’excellent Blues Album paru en 2021. le concert commence à fond  les ballons avec le Stop Messing ‘Round de Peter Green. Interprété avec une maestria à la six cordes qui offre de quoi convaincre un sourd qui ne veut pas entendre. S’en suit un hommage à Aretha Franklin avec une reprise de You’ve Gotta Make A Fool Of Somebody pleine d’émotion. La voix de Joanne, trop souvent sous-estimée, y est délicieusement efficace. Un peu plus loin c’est au tour d’Albert King de passer à la moulinette. Son Can’t You See What You’re Doing To Me devient l’occasion d’inviter Kenny Wayne Shepherd et de se livrer avec lui un duel guitaristique mémorable: 6’30 de pur bonheur, l’un des grands moments du concert! Les trois derniers morceaux bénéficient de la présence de Joe Bonamassa, producteur du précédent album studio, avec à la clef une belle version de Summertime. Blues From The Heart Live est incontestablement un bon investissement en tant que témoignage sur ce que le blues et le rock peuvent apporter quand ils sont si bien interprétés, notamment en live. 16 titres, 75 minutes de son, que demander de plus? Des images? J’ai! Le CD est accompagné d’un Dvd (ou d’un Blue Ray). Alors, heureux?

Patrick BETAILLE, juillet 2022

The Gun – Race with the Devil

 

Seulement deux albums à l’actif de The Gun, groupe anglais formé en 1967 par les frères Gurvitz et dissout en 1970.  Le trio enregistre son premier disque éponyme, d’où sera extrait en 45 tours un Race With the Devil gavé de nitrométhane qui sera l’un des gros succès de l’automne 1968 au printemps 1969. ″C’est parti! Tu ferais mieux de courir, tu ferais mieux de fuir le feu du diable. De toutes façons il t’attrapera. Il te cherchera ici et là. Le diable te cherchera partout!″. Une fois n’est pas coutume, il n’est pas question d’un quelconque rendez vous au Crossroads avec à la clef un deal satanique, non. Ici le Malin est à vos trousses et le titre est bâti pour coller à la situation. Ça urge! La rythmique en témoigne et les cuivres omniprésents entretiennent l’angoisse. La peur est bien là aussi, les hurlements le démontrent, et le riff de guitare répété à l’envie vient prouver, si besoin en était, qu’il faut aller vite pour se soustraire à un aller simple vers l’Enfer. Sur sa six cordes Adrian Gurvitz est mélodieux, tranchant, rapide et son gimmick n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. En effet, Francis Rossi a télécastérisé le plan quand Status Quo interprétait Forty-Five hundred Times sur scène.

Au delà du single, le LP reste connu et apprécié pour sa pochette, la première réalisée par Roger Dean le créateur des fameuses pochettes de Yes, entre autres.


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Patrick BETAILLE, juillet 2022

The Knack – My Sharona

 

Il s’agit d’abord d’un tempo et d’un riff – reconnaissable entre tous – composé par un certain Berton Averre. My Sharona sort en juin 1979. Le single est extrait de l’album Get The Knack, un premier album fulgurant qui se vendra à plus d’un million d’exemplaires en moins de deux mois, un record, et restera N°1 au Bilboard 200 pendant 5 semaines. Il s’agit également d’un texte composé par Doug Fieger (chanteur, guitariste et fondateur de The Knack) tombé follement amoureux d’une fille de 17 ans. ″ Dis moi ma belle, quand t’intéresseras tu à moi? Ce n’est qu’une question de temps Sharona! S’agit-il du destin ou est-ce que mon esprit me joue des tours? En tous cas, moi je n’abandonnerai jamais ″. Chaque fois qu’il pensait à Sharona Alperin, Doug avait en tête le riff de son guitariste avec qui il décide de travailler sur la structure et la mélodie de la chanson. Il s’agit donc d’une passion qui finalement débouchera sur une véritable histoire d’amour avec à la clef un hit mémorable. Mademoiselle ira même jusqu’à poser pour la pochette du single. Enfin et surtout, il s’agit d’un titre qui relève du génie. Y’a un truc (Get The Knack)! Simple, efficace, entêtant, ce I can’t get no du début des années 80 n’a pas son pareil pour vous titiller les esgourdes et vous filer des fourmis dans les guiboles. Et quand l’on s’attarde sur le chorus de Berton Averre, une fois acceptée la verticalité des poils de vos avant-bras, c’est le terme de fulgurant qui vous vient immédiatement à l’esprit. Dave Grohl himself a d’ailleurs déclaré que My Sharona était l’une de ses chansons préférées, toutes époques confondues. En son temps, Michael Youn s’est même fendu d’une reprise toute personnelle avec son Comme des Connards qu’il faut s’empresser de vite oublier. S’il vous plait! Merci.

Patrick BETAILLE, juin 2022

Alton Kelley – Skull & Roses

 

[Extrait]: Au cours des années 60-70, Alton Kelley a conçu bon nombre d’affiches pour les concerts des groupes psychédéliques de San Francisco. Le graphisme aux teintes vives et aux motifs en volutes évoquant les hallucinations provoquées par les drogues révolutionneront l’imagerie musicale, témoignant d’un moment particulièrement créatif de la culture américaine. Son premier succès il le connaît avec Stanley Mouse grâce à une affiche pour une prestation de Big Brother & the Holding Company et Quicksilver Messenger Service. Il a aussi réalisé les pochettes des albums American Beauty pour Grateful Dead et Book of Dreams pour The Steve Miller Band. Sa création la plus connue reste le fameux Skull & Roses. L’idée lui est venue d’une illustration tirée d’un recueil de poésies du poète persan Omar Khayyam. Kelley a agrandi le sujet, modifié l’image et ajouté de la couleur. Le dessin est apparu pour la première fois en 1968 sur une affiche de concert à l’ Avalon Ballroom et, en 1971, utilisé en tant que cover art du 7ème album du Grateful Dead, un double live sans nom mais souvent identifié en tant que Skull & Roses.


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👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, juin 2022

Pink Floyd – Ummagumma

 

[Extrait]: Sorti en octobre 1969, Ummagumma consiste en un album double, composé d’une galette enregistrée en studio et d’une autre issue de deux concerts de Pink Floyd. Comme les deux précédentes (Piper at the Gates of Dawn et A Saucerful of Secrets), la pochette de l’album est conçue par Hipgnosis. Elle consiste cette fois en un montage de photos prises au sud de Cambridge dans la maison de Libby January, la petite amie de Storm Thorgerson. Sous la forme d’une mise en abyme, les musiciens posent sur quatre tableaux placés en perspective. David Gilmour est au premier plan, installé sur un tabouret. Au second plan, Roger Waters est assis par terre. Debout derrière lui, Nick Mason contemple le ciel. L’effet vache-qui-rit s’achève sur un arrière plan campagnard occupé par Rick Wright qui fait la chandelle. En bas à gauche, posée par terre contre le mur, la bande originale de Gigi, une comédie musicale de Vincente Minnelli parue en 1958. Pour des raisons de copyright, la pochette de Gigi sera remplacée par un carré blanc sur les éditions américaines de l’album.

Sur le back cover de l’album, tout l’équipement de Pink Floyd est aligné sur l’aérodrome Biggin Hill Airport de Londres. Deux roadies prennent la pose. Il s’agit de Alan Stiles et Peter Watts. Quatre plus tard ce dernier apportera sa contribution à Dark Side of the Moon. Les rires sur Brain Damage (Dark Side of the Moon 1973)  c’est lui!…

Patrick BETAILLE, juin 2022


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John Holmes – De Spooky Tooth à Uriah Heep

 

Autodidacte anglais, l’artiste John Holmes (1935-2011) s’est rendu célèbre en 1970 en illustrant le livre de Germaine Greer: The Female Eunuch (La femme Eunuque). Fortement influencé par Magritte, le surréalisme de Holmes a rapidement conquis tous ceux qui, au Royaume-Uni, lisaient les ouvrages de science-fiction ou d’horreur. Le peintre a également laissé son empreinte dans le monde du rock. Ainsi et toujours en 1970, il réalise l’impressionnant cover art de Ceremony: An Electronic mass, l’étrange troisième album que Spooky Tooth élabore avec Pierre Henry, le compositeur français de musique expérimentale. En 1974 c’est le Axe Victim de Be-Bop Deluxe qui bénéficie du travail du peintre qui trois ans plus tard sera sollicité par la maison de disques Bronze pour illustrer le onzième album studio de Uriah Heep: Innocent Victim.   


d’autres anecdotes à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, mai 2022