Laura Cox – Head Above Water

 

Laura Cox était en train de se noyer? C’est ce que laisserait entendre le titre de cet album: Head Above Water. Bon d’accord, en toile de fond des deux précédents opus (Hard Blues Shot en 2017 et Burning Bright en 2019) c’est du bon gros blues rock efficace et sincère qui domine. La musicienne française aurait pu continuer à pratiquer l’apnée dans un genre qui lui a apporté reconnaissance et succès, mais non! Pour ce troisième essai, Laura part explorer de bouveaux horizons et elle nous offre quelque chose d’un peu plus intime avec un Old Soul et un Seaside mid tempo. Before we get burned est en mode électro acoustique et c’est la balade country à la slide de Glassy Day, ponctuée de picking au banjo, vient clôturer l’album de 11 titres. C’est bien là que l’on est forcé d’apprécier l’auteure-compositrice et ses talents de guitariste. Pour le reste des compos c’est bien sûr l’énergie brute mais contrôlée qui domine quand la cavalerie déboule. Des riffs velus, des solos simple, efficaces et une rythmique appuyée. Emballé c’est pesé, mon pt’it mec t’es refait! Head Above Water n’est peut être pas l’album que l’on attendait mais il reste celui que l’on peut apprécier tant il fait preuve d’homogénéité, de sincérité et d’élégance portée par la voix souvent éloquente de la Coxy Lady.

Patrick BETAILLE, janvier 2023

 

The Shocking Blue – Venus

[Extrait]: Un soir de 1968, Mariska Veres, hongroise et fille de violoniste tzigane, se produit avec son groupe lors d’une fête en l’honneur de Golden Earing, une formation batave couronnée de succès à l’extérieur de ses frontières. Un certain Robbie Van Leeuwen qui assiste à la prestation tombe sous le charme et vire le chanteur du groupe qu’il manage à l’époque et au sein duquel il joue de la guitare: Shocking Blue. Très inspiré par les yeux soulignés de khôl, les longs cheveux noirs et la voix de la belle Mariska, le musicien détourne le riff d’intro de Pinball Wizard des Who et compose Venus, le premier titre de la nouvelle mouture de sa formation…

Le single sort en juillet 1969 et Shocking Blue va devenir aux Pays-Bas ce que plus tard Los Bravos seront en Espagne: les créateurs d’un tube inusable (NDLR: Black is Black) qui occupera la première place des ventes en Belgique, en France, en Italie, en Espagne et en Allemagne, avant de décrocher la première place aux États-Unis en 1970. Malgré d’autres succès, le groupe est dissout en 1974. Venus connaitra une nouvelle jeunesse avec la reprise du trio Bananarama sur son troisième album True Confessions paru en 1986…


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Patrick BETAILLE, janvier 2023

New York Dolls – New York Dolls

 

[Extrait]: Fringues de drag queens, platform boots, maquillage outrancier, poses lascives et avachies. C’est ainsi qu’apparaissent les New York Dolls sur la pochette de leur premier album éponyme. 1973, au cœur d’une période dominée par la musique progressive, Mercury Records signe le groupe et dévoile un disque brut de fonderie et quelque peu dévastateur. Le contenu musical produit par Tod Rundgren est aussi provocateur que l’illustration réalisée à partir d’une photo de Toshi Matsuo. Trop novateur pour l’époque, l’album se solde par un échec commercial et l’imagerie glam décadente véhiculée par les poupées new-yorkaises de David Johansen et Johnny Thunders ne fait pas l’unanimité. Sous couvert de son idéologie franquiste, l’Espagne refuse le cover art du ″Lipstick album″. Mercury Records propose alors un autre visuel composé d’un fond uni sur lequel le nom du groupe est écrit à l’aide d’un bâton de rouge à lèvres. Rétrospectivement New York Dolls sera considéré comme un élément particulièrement déterminant dans l’émergence de la mouvance punk rock.


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Patrick BETAILLE, janvier 2023

The Box Tops – The Letter

 

[Extrait]: Quand ce groupe originaire de Memphis entre en studio il n’a pas encore de nom. C’est le producteur Dan Penn qui propose à la formation de s’appeler The Box Tops (NDLR: dessus de la boite) et qui lui fait écouter une composition de Wayne Thomson intitulée The Letter. Adoptée à l’unanimité la chanson est aussitôt enregistrée et devient le premier titre du groupe, porté par le chant d’Alex Chilton, un étudiant alors âgé de 16 ans qui chante d’une voix rauque et déchirée, comme Wilson Picket. Deux mois après sa sortie en août 1967, le single s’installe à la première place des charts américains. Ce succès immédiat se répercute partout dans le monde et rapporte aux Box Tops un disque d’or.

La chanson parle d’un gars qui reçoit une lettre de son ex-copine qui lui écrit qu’elle souhaite qu’il revienne… Un classique est né, présent dans tous les juke box en tant que parfaite synthèse entre l’urgence du rythm’ n’ blues et l’immédiateté de la pop. Un must qui connaitra de nouvelles heures de gloire une fois repris en 1970 par Joe Cocker et Peter Tosh….


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Patrick BETAILLE, janvier 2023

Robert Finley – Sharecropper’s Son

 

Robert Finley a commencé à pratiquer la guitare avec un instrument acheté d’occasion dans une friperie. Il avait 11 ans et c’est donc très tôt qu’il a commencé à grenouiller dans le milieu du Gospel en se produisant en amateur avec différentes formations, très souvent des quatuors. En 1970, il a rejoint l’armée en tant que technicien sur hélicoptères en Allemagne. Très vite il intègre l’orchestre de son régiment avec lequel il aura l’occasion de se produire à travers toute l’Europe. Après son retour en Louisiane il vivote de petits boulots et se produit essentiellement en tant que musicien de rue. C’est en 2015 que Music Maker Relief Foundation – une organisation à but non lucratif qui soutient les musiciens de blues vieillissants – découvre le talentueux musicien et lui offre la possibilité de se produire dans des tournées organisées avec des artistes tels que Robert Lee Coleman et Alabama Slim. En 2016, Finley sort Age Don’t Mean a Thing son premier album studio et, l’année suivante, c’est au tour de Goin’ Platinum! de venir confirmer que comme les grands bluesmen du sud, Robert Finley a cette capacité de toucher un public sensible aux voix profondes et bouleversantes. En 2021, ce magicien de la soul a 67 ans et il revient pour enfoncer le clou avec un troisième opus intitulé Sharecopper’s Son (NDLR: Le Fils du Métayer) et produit par Dan Auerbach des Black Keys. Très autobiographiques les 10 titres évoquent avec justesse et sensibilité la jeunesse et les errances du guitariste au cœur sa Louisiane natale. Du blues avec Country Child et Sharecropper’s Son,  de la soul présente dans Souled Out On You, Make Me Feel Alright, My Soul et Starting To See et des joyaux gospel que sont I Can Feel Your Pain et Better Than I Treat Myself. Un subtil mélange mais surtout un équilibre étonnant qui fait de ce disque un témoignage à l’honnêteté émotionnelle sans nulle autre pareille. ″ Je veux que les gens comprennent qu’on ne peut pas m’enfermer dans une boîte. J’aime jouer toutes sortes de musiques : tout ce qui a du sens à mes yeux, du gospel au blues, en passant par la soul et le rock’n’roll. Et j’aime faire une musique qui puisse toucher les jeunes comme les plus vieux. Le message que je souhaite faire passer, selon ma propre expérience, est qu’on n’est jamais trop jeune pour avoir des rêves, et qu’on n’est jamais trop vieux pour que ces rêves se réalisent ″. C’est ce que déclarait Robert Finley dans une interview. L’objectif est atteint de la plus belle des manières.

Patrick BETAILLE, janvier 2023

The Turtles – Happy Together

 

En 1963, deux adolescents de Westchester, Howard Kaylan et Mark Volman, forment un groupe de surf music baptisé The Crossfires. Ils parviennent à se faire un nom sur la scène étudiante de la région et signent chez White Whale Records, qui, pour chasser sur les terres de The Birds, leur fait changer de nom au profit de The Turtles. Leur premier single, une reprise de It Ain’t Me, Babe de Bob Dylan, obtient un succès foudroyant en se classant 8e au Billboard. Après plusieurs changements de personnel, les Tortues rencontrent leur plus gros succès en 1967 avec le single Happy Together, qui contre toute attente, détrône le Penny Lane des Beatles.

À l’origine, Gary Bonner et Alan Gordon, respectivement batteur et bassiste d’une formation de Boston (The Magicians), avaient proposé sans succès leur composition à plusieurs autres groupes. Tout change quand la démo atterrit chez White Whale Records. Gary Klein, le patron comprend immédiatement que la chanson sera parfaite pour la nouvelle image qu’il souhaite promouvoir pour The Turtles, et, grâce à son enthousiasme il réussit à convaincre le groupe de rentrer en studio. Malgré les apparences, Happy Together (NDLR – Heureux Ensemble) ne raconte pas l’histoire d’un couple d’amoureux. Dixit ses auteurs il s’agit en fait d’amour non partagé…

Le single sort en février 67 et se retrouve propulsé à la première place du Bilboard Hot 100 américain. Les ventes dépassent toutes les attentes les plus folles rêvées par la maison de disques qui presse le groupe pour qu’il grave d’autres pépites du même tonneau. Seulement voilà, les Turtles préfèrent rentrer dans leur carapace plutôt que de se soumettre aux exigences commerciales de leur label… 


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Patrick BETAILLE, janvier 2023

Don Wilson – The London Howlin’ Wolf Sessions

 

[Extrait]: Fillmore Auditorium. Après un concert réunissant The Paul Butterfield Blues Band, Electric Flag et Cream, Norman Dayron – alors producteur chez Chess Records – propose à Mike Bloomfield et Eric Clapton d’organiser une session d’enregistrements avec Chester Burnett, alias Howlin’ Wolf. Clapton, séduit par une telle opportunité, se charge de coordonner l’événement en Angleterre et convainc Ian Stewart, Bill Wyman, et Charlie Watts d’adhérer au projet (Steve Winwood participera aux overdubs). Entre le 2 et le 7 mai 1970, tout ce beau monde se retrouve à l’Olympic Studio de Londres et y enregistre un régal incontestable pour tout amateur de blues : The London Howlin’ Wolf Sessions, publié en août 1971. Aussi brillant que le contenu, le contenant est dessiné par l’artiste Don Wilson, celui là même qui en 1961 illustra le Fathers and Sons de Muddy Waters en s’inspirant de La Création d’Adam de Michel-Ange…

 


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La Discothèque Idéale 2022

 

Les divas de l’auto-tune vous donnent des envies de suicide? La soupe radiophonique et télévisuelle vous en touche une sans faire bouger l’autre? Le Viens Poupoule d’André Verchuren vous hérisse? La Symphonie N°5 d’Arthur Honegger vous fait autant d’effet qu’un pet de lapin sur une toile cirée?

Le remède existe. Si, si! Le choix, bien qu’assumé, est bien évidemment relatif, partial et subjectif. Il a juste pour ambition d’entretenir l’espoir que le rock n’est pas encore mort et de prouver que, contre vents et marées, de talentueuses volontés mettent beaucoup de conviction et d’énergie pour que leur passion et leur plaisir deviennent nôtres. Bien sûr, le débat reste entier et ouvert mais il doit obéir à une constante et une seule: ″La musique c’est comme la vie, ça se respire″ (Francis Zegut). La discothèque idéale est chroniquée ici: Rock’n’Roll Bordel!

Patrick BETAILLE, Janvier 2023

Herman’s Hermits – No Milk Today

 

[Extrait]: Avant de s’imposer en tant que membre fondateur de Ten CC, Graham Gouldman a joué sans grand succès avec quelques groupes de la région de Manchester. Chanteur, musicien et parolier anglais, il est également l’auteur de For Your Love (le morceau qui permit aux Yardbirds d’atteindre les sommets des hit-parades) de Bus Stop pour les Hollies ainsi que de plusieurs titres pour Herman’s Hermits, dont l’imparable No Milk Today dont les paroles, inspirées par son père, évoquent un amour perdu…

Ce premier single d’Herman’s Hermits est le premier à faire appel à une orchestration ponctuée de tambourins et carillons sur un nappage de cordes et des arrangements crédités au compte du futur zeppelinesque John Paul Jones. La voix de Peter Noone donne le ton adéquat à cette tranche de pop fraîche, candide et mélancolique. Sa petite amie l’a largué, personne ne peut comprendre ce qui lui arrive, mais au fond ce n’est pas si grave. No Milk Today sort en single au Royaume-Uni en septembre 1966, atteignant la 7ème place des charts en novembre et offrant à cette chanson parfaite de Graham Gouldman un beau succès international. 


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Patrick BETAILLE, décembre 2022

Jimmy Hall – Ready Now

 

Surtout ne pas se poser la question du pourquoi Joe Bonamassa vient d’intégrer Jimmy Hall au catalogue de son récent label. D’une, question talents, Joe en connaît un rayon. De deux, le Jimmy en question n’est pas un perdreau de la veille. Il a à son actif une bonne dizaines d’alboumes de haute tenue avec un groupe de southern rock d’Alabama: Wet Willie. Avant d’entamer en 1980 une carrière solo à la production discographique recommandable, le chanteur, saxophoniste et harmoniciste américain a également collaboré étroitement avec Hank Williams Junior et surtout Jeff Beck. Si ça c’est pas une preuve! Depuis son dernier album – Build Your Own Fire – paru en 2007, Jimmy Hall n’avait rien produit et une signature récente chez KTBA Records est donc une bonne nouvelle. Pour Ready Now le chanteur est accompagné de quelques pointures de la six cordes. On y retrouve Josh Smith incisif (Girl’s Got Sugar), Warren Hayes redoutable à la slide (Ready Now), Jared James Nichols inspiré (Without Your Love) et Joe Bonamassa qui co-signe 5 titres en livrant quelques solos au feeling incontestable (Risin’ Up). Brillant tant vocalement qu’avec son harmonica, Jimmy Hall est aussi à l’aise sur du blues classique, du boogie que du southern rock. Ce disque est un vrai régal et son contenu classieux fera vite oublier un contenant qui pique bien les yeux.

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