Joe Bonamassa – Time Clocks

Voilà deux décennies que Joe Bonamassa occupe les sommets du blues moderne de la plus belle des manières. Inutile donc de présenter ce boulimique de la six cordes, toujours aussi habité et prolixe. Revoici donc le natif de New Hartford avec un nouvel album virevoltant entre riffs rock, chorus bluesy et compos aux petits oignons. Avec Time Clocks Joe prouve qu’il n’est pas encore temps de s’endormir sur ses lauriers ou de ne devenir que l’ombre – certes talentueuse – de lui même. Plus inspiré que jamais il nous offre 10 titres grand cru dont 6 explosent le compteur des 6 minutes. Étrangement c’est un bref instrumental atmosphérique et très floydien qui annonce la couleur. Pilgrimmage donne le ton d’un esthétisme majestueux bien présent tout au long des 55 minutes au cours desquelles l’écoute navigue entre heavy blues efficace (The Heart That Never Waits), classic rock classieux (Notches) et pop épurée (Time Clocks et Mind’s Eyes). C’est bien sûr la guitare qui a le rôle principal et Bonamassa n’a pas son pareil quand il s’agit de jeter un pont entre influences revendiquées (Eric Clapton et Peter Green notamment) et compostions stylées qui culminent avec un Known Unknowns aux accents rythm & blues qui s’achève sur un solo ciselé absolument éblouissant.

Patrick BETAILLE, novembre 2021

Oenix – Ils veulent coucher avec Sheila!

 

[Extrait]: Avec la parution de son premier 45 tours, Oenix laissera une trace anecdotique mais pérenne dans l’histoire du rock français. Annie Chancel, plus connue sous le nom de Sheila, est à l’époque victime de la rumeur selon laquelle elle serait en réalité un transsexuel. Pochette et paroles du single Il veulent coucher avec Sheila jouent à fond sur cette ambiguïté et déclenchent un énorme tollé. La maison de disques de la chanteuse fulmine et menace. Le scandale a sûrement permis au groupe de signer chez Virgin et de ressortir le disque avec une pochette retravaillée et le même titre ponctué de bip* sonores. Désormais chez Oenix, Ils veulent coucher avec*… ″ Wouap dou wouap chibidoua… Ils veulent coucher avec… bip… mais dommage qu’elle ait de gros bras. Il veulent coucher avec… bip … mais dommage que ce soit un gars. Il veulent coucher avec… bip… mais non, mais non, mais t’as vu un peu les cuisses qu’elle a ! Y’a pas à dire, mais quel gros tas. Oui mais voilà ils aiment ça. Wouap dou wouap chibidoua…″


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, octobre 2021

Joanne Shaw Taylor – The Blues Album

 

On ne présente plus Joanne Shaw Taylor, l’une des plus fines gâchettes du blues rock accordé au féminin. La talentueuse guitariste anglaise nous revient avec un neuvième opus enregistré dans le studio de Joe Bonamassa qui, avec Josh Smith, assure la production. 11 titres pour un hommage aux sommités du blues et de la soul que sont Albert King, Little Richard, Magic Sam, Aretha Franklin, Otis Rush, Peter Green ou Little Milton. Taylor ne se contente pas d’une resucée de quelques standards judicieusement sélectionnés; elle y apporte une touche vraiment personnelle aidée en cela par Bonamassa qui s’est attaché à ne pas laisser la guitare dominer le chant. Joanna est une chanteuse à la fois audacieuse et puissante qui sait, quand il le faut, faire preuve de l’émotion sans laquelle le blues électrique ne peut tout simplement pas exister. Que l’on se rassure, elle reste avant tout et surtout une guitariste volcanique au talent considérable. Comme son titre le laisse supposer, The Blues Album est bien un album de blues (si, si!) mais pas que. Grâce à une production soignée et à l’apport de claviers et de cuivres admirablement bien dosés il parvient à célébrer une union qui devrait ravir les amateurs d’un mélange parfait qui puise directement dans le british blues boom de la fin des sixties, comme en témoigne ce Stop Messin’ Round de Fleetwood Mac époque Peter Green. Vous savez ce qu’il vous reste à faire!

 

Deep Purple – In Rock

 

[Extrait]: En juin 1969, Jon Lord, Ian Paice et Ritchie Blackmore louent un petit local de répétition à Londres. Ils sont rejoints par Ian Gillan (chant) et Roger Glover (basse), désignés à remplacer Rod Evans et Nick Simper. C’est l’avènement de Deep Purple Mark II et un nouvel album est en préparation…

In Rock sortira en juin 70 et posera les bases d’un nouveau genre musical: le hard rock. Mais préalablement et une fois le titre choisi il convient décider du cover art du quatrième album du Pourpre. Tony Edwards, le manager du moment, propose l’idée qui sera retenue:  reproduire le mont Rushmore en remplaçant les têtes présidentielles américaines par celles des musiciens. C’est à l’agence londonienne Nesbit, Phipps & Froome qu’est confiée la mise en œuvre du projet. Une fois sélectionnés, les clichés sont découpés et collés sur un agrandissement de la photo de la sculpture en granite. À l’époque les outils de retouche numérique n’existent pas, le montage est donc entièrement réalisé à la main. Idem pour le lettrage. Incapables de trouver une police de caractères originale et représentative, les designers créent de toutes pièces une typographie qu’ils mettent en valeur sur un fond uni bleu. Plus simple, l’intérieur se contente d’héberger paroles et photos des musiciens, le tout en noir et blanc. Nesbit, Phipps & Froome fera deux autres illustrations pour le groupe : Burn en 1974 et la compilation 24 Carat Purple en 75…


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Patrick BETAILLE, octobre 2021

Keith Stuart MacMillan – Black Sabbath

 

[Extrait]: Bien moins connu que certains illustrateurs œuvrant dans le domaine du fantastique (Frank Frazetta, Ken Kelly), Keith Stuart MacMillan est néanmoins à l’origine quelques pochettes emblématiques, notamment dans les années 60-70 pour le label Vertigo. Pour mettre en scène ses personnages dans des décors plus suggestifs que surréalistes, le designer fait appel à l’infrarouge, aux filtres ou a diverses techniques de saturation des couleurs au moment du tirage. Quand Vertigo lui passe commande d’une illustration pour le premier album de Black Sabbath. Markus Keef s’imprègne de l’ambiance musicale pour concevoir un visuel aussi étrange et inquiétant que les compostions du Prince  of Darkness. En toile de fond du gatefold, un moulin à eau moyenâgeux situé à Mapledurham en Angleterre. La lumière du jour décline sur une bâtisse devenue sinistre, La végétation est rare et automnale. Au premier plan une silhouette énigmatique, celle d’une femme toute de noir vêtue, observée sur sa droite par un corbeau en sentinelle sur un arbre mort. Lugubre et presque surnaturel, le décor est planté et prépare l’auditeur à ce qu’il va subir dès les premières notes. Le tonnerre gronde. La pluie tombe. Au loin résonnent des cloches annonciatrices de funestes événements. C’est l’heure du Black Sabbath!

Patrick BETAILLE, septembre 2021


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ABBA – Voyage, le Retour

Screenshot Youtube

 

Mama Mia! Les superstars suédoises du groupe ABBA sortent un nouvel album. Pour accompagner ce Voyage, le premier spectacle promotionnel est prévu dans un théâtre de 3000 places spécialement conçu pour l’occasion dans le parc olympique Queen Elizabeth et sera suivi d’une série de concerts. Les shows seront nourris de 22 chansons – déroulant en une heure et demie leurs plus grands hits, tous interprétés par des hologrammes les représentant jeunes. Et pour cause! À eux quatre, Anni-Frid Lyngstad, Björn Ulvaeus, Benny Andersson et Agnetha Fältskog affichent une moyenne d’âge de 74 ans. Et ça marche! I Still Have Faith in You (Je Crois Toujours en Vous), le dernier single dévoilé pour la circonstance, a été écouté 4 millions de fois en 24 heures et est en voie de revenir pour la première fois depuis 40 ans dans le Top 10 des singles au Royaume-Uni. Finalement The Winner Takes It All (Le vainqueur Raffle Tout). À n’en pas douter, financièrement l’opération devrait être juteuse pour les ABBAtars et leur label Universal Music qui ne cesse de chanter à tue-tête: Money, money, money! Quand on pense que les Stones et tant d’autres vétérans du rock enregistrent et tournent encore obstinément avec la moitié ou plus de leurs membres originaux en moins – morts pour la plupart – et que d’autres artistes n’auront jamais la moindre chance de pouvoir diffuser le fruit de leurs talents… C’est ça la Culture? C’est ça le futur de la musique? Des resucées de tubes en mode virtuel? Des karaokés géants à 200 euros le fauteuil en pré-booking? Un beau Waterloo oui!

Patrick BETAILLE, septembre 2021

Jean-Baptiste Mondino – Guitar Eros

© Photos: Jean-Baptiste Mondino

 

Jean-Baptiste Mondino débute dans les années 1970 en tant que directeur artistique chez Publicis. Devenu photographe au début des années 1980, il réalise la pochette de l’album Dernières balises d’Hubert-Félix Thiéfaine et d’autres pour le label Mankin Records (Taxi Girl) et Total Records (Prince: Lovesexy – Bjork: Debut). Il évolue vers la mode et, en parallèle, commence une carrière de réalisateur de video-clips dont celui de Cargo de Nuit d’Axel Bauer, Un Autre Monde, pour Téléphone, Russians, par Sting, Slave to Love de Brian Ferry, C’est comme Ça des Rita Mitsouko, etc. Également au palmarès du réalisateurs de pubs, Les campagnes J’Adore de Dior, avec Charlize Theron et Dior HOmmes avec Johnny Depp.

Grand passionné de musique et surtout de guitare, il a publié en 2006 un recueil de photos intitulé Guitar Eros. En couverture une photo d’un mannequin en rock’n’roll attitude, topless, clope au bec, regard hautain et Stratocaster en bandoulière: Mariacarla Boscono. 160 pages d’images de musiciens français ou internationaux, stars montantes ou reconnues. On y retrouve de nombreux guitaristes, anonymes ou célèbres, et des portraits rock stars. Mick Jagger, Madonna, Tom Waits, Keith Richards, Cat Power, Madonna, Lenny Kravitz, Ben Harper, ou encore Damien Saez. C’est pour ce dernier qu’en 2010 Mondino avait réalisé le cliché pour l’album et l’affiche de la tournée J’accuse: une femme nue dans un chariot de supermarché qui à l’époque avait été censuré. 


d’autres anecdotes à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, septembre 2021

Scorpions – Pure Instinct

 

[Extrait]: Kolossal! In Trance en 75, Virgin Killer en 76, Taken by Force en 78, Lovedrive en 79, Animal Magnetism en 80 et Love at First Sting en 84. Scorpions reste sans conteste le groupe pop rock dont les pochettes d’albums ont été les plus controversées et censurées.

Dixit Klaus Meine, le treizième album des hardos teutons était sensé être un paquet de dynamite à mèche courte. En réalité, paru en 1996 et destiné à séduire le plus grand nombre, Pure Instinct n’est qu’un album conçu, formaté et produit en mode MTV à des fins de diffusion radiophonique. Ach! Mauvaise pioche! Globalement l’album est mal reçu par le public qui n’apprécie guère, ni l’orientation musicale, ni la production clinquante des onze titres. Pour ne rien arranger, la censure jette une fois de plus son dévolu sur l’allégorie imaginée par Jo Mirowski. Sur le cliché de Gered Mankowitz, des animaux sauvages contemplent une famille en cage. C’est un rejet catégorique au pays de l’Uncle Sam. À plus forte raison si, derrière les barreaux, les homo sapiens sont exhibés dans leur plus simple appareil. Pour palier à l’incongruité et au cynisme de la situation, le cover art de Pure Instinct sera banni aux USA, remplacé par un montage photo de 4 des 5 membres du groupe (NDLR: il manque le batteur) affichant une fougue hélas absente des compositions.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, septembre 2021

Bernard MacMahon – Becoming Led Zeppelin

© Photo: Dick Barnatt

 

Becoming Led Zeppelin sera le tout premier documentaire officiel sur le groupe. Il avait été annoncé en 2019, et devait faire l’objet d’une présentation à Cannes pour commémorer les 50 ans de la formation britannique. Son réalisateur, Bernard MacMahon, a déclaré dans un communiqué : ″ Becoming Led Zeppelin est un film que personne ne pensait réalisable. À travers d’intenses recherches à travers le monde et des années de restauration d’archives visuelles et sonores, l’ascension vertigineuse du groupe peut enfin être racontée ″. Les choses avancent car c’est désormais officiel: la première aura lieu lors du Festival international du film de Venise qui se déroulera du 1er au 11 septembre 2021. Le film raconte les débuts individuels de Page, Plant, Jones et Bonham qui, dans les années 1960, jouaient chacun de leur côté dans de petites salles au Royaume-Uni, puis leur rencontre au cours l’été 1968, leur conquête des Etats-Unis dans les années 1970 et la séparation après le décès de Bonzo. Des séquences inédites bien sûr, avec notamment des interviews – qu’elles soient réalisées spécialement pour le documentaire, ou qu’elles proviennent d’archives – au cours desquelles les musiciens, pour la première fois, apportent un témoignage personnel sur leur propre histoire. ″ Quand j’ai vu le travail ambitieux et magnifique de Bernard MacMahon sur American Epic, j’ai su qu’il serait à la hauteur pour raconter notre histoire ″. Des propos prometteurs de la part de Jimmy Page, 45 ans après le nanar inégalé qu’est The Song Remains The Same

Patrick BETAILLE, août 2021

Theresa Needham – The Blues Godmother

 

Née McLaurin dans le Mississippi, Theresa a épousé Robert Needham et a déménagé à Chicago dans les années 40. En décembre 1949, elle a ouvert un club dans le sous-sol d’un immeuble au 4801 South Indiana Avenue, dans le sud de Chicago. Baptisé Theresa’s Lounge (parfois aussi appelé T’s Basement) l’endroit modeste avait pour vocation de proposer des concerts de blues au public, majoritairement noir, du quartier. Le talent des bluesmen et la qualité des jams sessions auxquelles participaient volontiers les musiciens, attiraient de plus en plus de monde. Rapidement, le bouche à oreille permit au Thersa’s Lounge d’acquérir une renommée mondiale. Outre Junior Wells et Buddy Guy qui faisaient pour ainsi dire partie des murs, d’autres pointures n’hésitaient pas à y faire une apparition au cours de leurs tournées. Ce fut le cas par exemple de Muddy Waters, Jimmy Rogers, Otis Spann, Little Walter, Otis Rush, ou encore Howlin’ Wolf. Dans les années 70, Earl Hooker et Junior Wells y ont même enregistré des sessions qui seront publiées dans les années 2000. En 1983, lorsque le propriétaire a refusé de renouveler le bail de Theresa Needham, le club a déménagé puis, a définitivement fermé ses portes trois ans après. La marraine du Chicago Blues est décédée en 1992, à l’âge de 80 ans. Elle a été intronisée à titre posthume au Blues Hall of Fame en 2001. Source et infos (en anglais): Theresa’s Lounge.

Photos: Marc Pokempner. De gauche à droite: Jam entre Sammy Lawhorn et John Primer. Theresa Needham, la taulière en fin de soirée. Junior Wells derrière le bar (il est armé!).

Patrick BETAILLE, juillet 2021