[Brad Paisley – Whiskey Lullaby]/ ″ Elle lui a brisé le cœur en le jetant comme une clope. Toute sa vie il la passée à essayer de l’oublier. Impuissants, nous l’avons regardé boire et se noyer peu à peu dans son chagrin. Jamais il n’est parvenu à se saouler au point de pouvoir l’effacer de sa mémoire. Jusqu’à cette nuit là. Il a posé sa tête contre cette bouteille et pressé sur la détente… Nous l’avons retrouvé le visage enfoui dans l’oreiller avec à ses côtés un mot sur lequel était écrit:Je l’aimerai jusqu’à ma mort. Quand nous l’avons enterré sous le saule, les anges ont entonné une berceuse à la gloire du whisky ″.
Label anglais indépendant, Virgin Records est fondé en 1972 par Richard Branson et Nik Powell. Pour son image, la maison de disques fait appel à Roger Dean qui créé un visuel à connotation fantastique, en lien étroit avec la tendance rock progressif du moment et très imprégné des visuels de la discographie de Yes, groupe avec lequel l’artiste collabore étroitement. Souvent appelé Gemini ou Twins Logo, le dessin en effet miroir représente une jeune fille nue dont les bras forment un V. Le personnage est assis sur une colline, près d’un arbre mort et à ses pieds rampe un dragon à longue queue. Cadrage et mise en page sont établis en demi-cercle afin de pouvoir être parfaitement adaptés à l’étiquette centrale du vinyle. En mai 1977, Virgin Records signe les Sex Pistols et pour Johnny Rotten il n’est pas question que pour son premier album studio, son image soit associée à une iconographie babacool (étonnant, n’est-il pas?).
Pour le label, le défi consiste alors à saisir l’occasion d’adopter une autre symbolique – moins ciblée prog rock – qui puisse convenir aux punks tout en restant applicable aux autres artistes. C’est Ray Kyte, un jeune calligraphe, qui sera retenu en présentant à la marque un projet de logo sous forme manuscrite.
Au départ, Vertigo Records c’est une idée du directeur artistique de Phonogram, d’Olav Wyper. Son intention est de lancer un label britannique destiné à concurrencer Harvest, une filiale d’EMI en hébergeant des groupes de rock progressif et autres musiques alternatives du moment. Pour son lancement en 1969, la maison de disques crée son propre logo en noir et blanc. Une fois le vinyle en rotation, le Vertigo Swirl génère une illusion d’optique dont le tourbillon est conçu pour ″ vous attirer au cœur du disque ″. Au milieu des années 1970, le tourbillon est remplacé par un ″ Spaceship Acid Trip ″ peint par l’artiste emblématique du rock progressif: Roger Dean. Ce visuel sera décliné en bleu et en vert jusqu’à la fin des seventies. Après quoi, il sera remplacé par un nommage basique sur fond uni jaune-orangé et, dans les années 80, par un simple V entouré d’un cercle, le tout sur fond gris.
À l’origine, One Scotch, One Bourbon, One Beer est un blues écrit par Rudy Toombs et enregistré par Amos Milburn en 1953. L’histoire se passe dans un bar à l’heure de la fermeture. Un gus est cloué au comptoir à picoler pour oublier qu’il vient de se faire larguer par sa copine. Il harcèle un barman sur les rotules qui ne rêve que d’une chose: fermer et rentrer chez lui. En 1966, John Lee Hooker reprend la chanson à sa sauce en changeant l’ordre du titre. En 1977, c’est au tour George Thorogood de s’approprier l’ode à la boisson sur son premier album. Sa version s’appuie sur House Rent Boogie, un autre morceau de John Lee Hooker, qui pour l’occasion bénéficie d’un tempo accéléré. Le texte prend une autre tournure et désormais il n’est plus question de noyer un chagrin d’amour. Cette fois c’est de galère financière dont il s’agit. Le gars a perdu son job, il ne peut plus payer son loyer, sa logeuse refuse de lui faire crédit et pour tout arranger son pote refuse de l’héberger. Il revient à son appart, récupère quelques affaires, file à l’anglaise, erre dans les rues, s’arrête dans un bar, enlève sa veste, s’accoude au comptoir et appelle le barman. ″ Ouais?! Qu’est ce que ce sera? Un bourbon, un scotch, une bière! ″.
Dany Brillant chantant Aznavour vous en touche une sans faire bouger l’autre? Gad Elmaleh massacrant Nougaro vous donne des envies de suicide? 2020 n’a pas fait preuve de générosité du côté de ce qui s’écoute avec les oreilles, les pieds mais aussi avec le cœur. Pourtant le remède existe. Si, si! Le choix, bien qu’assumé, est bien évidemment relatif, partial et subjectif. Il a juste pour ambition d’entretenir l’espoir que le rock n’est pas encore mort et de prouver que, contre vents et marées, de talentueuses volontés mettent beaucoup de conviction et d’énergie pour que leur passion et leur plaisir deviennent nôtres. Bien sûr, le débat reste entier et ouvert mais il doit obéir à une constante et une seule: ″ La musique c’est comme la vie, ça se respire ″ (Francis Zegut). La discothèque idéale est ici: Rock’n’Roll Bordel!
Voilà ce qu’il se passe quand un père montre un documentaire sur Muddy Waters à son rejeton et le trimbale au Delta Blues Museum de Clarksdale – Mississippi. Christone Ingram joue de la guitare depuis l’âge de 10 ans et la première fois qu’il est monté sur scène il en avait 11. Toute sa jeunesse il l’a passée sur les routes du Delta et dans les environs de de Chicago pour s’approprier le blues de ses pairs en y apportant des teintes et une énergie que la soul et le heavy-rock des seventies ne renieraient pas. Nominé aux Grammy Awwards, le guitariste a également obtenu plusieurs Blues Music Awards: Nouveau Talent, Meilleur Guitariste et Meilleur Album pour le bien nommé Kingfish, son premier opus. N’ayons pas peur des mots, ce disque est un petit bijou. La guitare du jeune prodige s’exprime comme celle des King, B.B et Freddie, et ses chorus sont incendiaires. Que ce soit en électrique ou en acoustique, sur tempo lent ou rapide, Christone Ingram a le don de vous mettre les poils de la nuque et des avant-bras à la verticale via un blues qu’il distille avec une fraicheur et une facilité déconcertantes. L’artiste ne se contente pas d’aligner des notes. Il est à l’origine de 8 de 12 titres et, par les temps qui courent, son écriture fait preuve d’un feeling unique et d’une voix à la beauté quasi surnaturelle. Cherry on the cake, l’album publié sur le label Alligator Records, bénéficie de la présence de Keb Mo’ d’Eric Gale et de Buddy Guy. Fort prometteuse, cette entrée en matière semble confirmer qu’Ingram soit en capacité de garder les deux pieds dans le présent du blues et d’en entretenir la légende en apportant du sang neuf à ses propres influences. Pour l’heure et sans préjuger des conséquences d’une notoriété aussi soudaine, je n’hésite pas à affirmer que, dans son genre, Kingfish est sans conteste le meilleur album blues de l’année et probablement de la décennie. C’est pas une putain de bonne nouvelle ça?
Richard Corben est né en 1940 dans une ferme du Missouri. Il passe sa jeunesse à Kansas City où, en 1965, il obtient un diplôme des beaux-arts du Kansas City Art Institute. Il travaille d’abord dans l’animation puis se tourne vers la création de comics underground et se lance dans l’illustration d’histoires d’horreur et de science-fiction pour l’éditeur Warren Publishing. En 1975, l’artiste rejoint Mœbius, Philippe Druillet et Jean-Pierre Dionnet dans l’aventure Métal Hurlant. Edité par Les Humanoïdes associés, le magazine français publie Den, la saga érotico-fantastique du dessinateur. Prolixe, Richard Corben représente à lui seul quelques 5000 planches et plusieurs centaines d’illustrations. Son œuvre a été récompensée par le prix du dessinateur étranger au festival d’Angoulême en 1976 et par le Grand prix de la ville d’Angoulême en 2018. L’artiste, décédé le 2 décembre 2020, restera également reconnu pour son illustration du premier album de Meat Loaf paru en 1979: Bat Out Of Hell. ″ C’était un zombie de l’image, un dingue aux images puissantes, folles et d’une justesse non contestable. Il a inventé la bande dessinée en 3D ″ (Philippe Druillet).
Après avoir été débarqué de Pink Floyd en avril 68, Syd Barrett enregistre quelques chansons en vue d’un album solo. Dans un premier temps le projet tombe à l’eau. Le musicien est en train de payer la facture d’une consommation excessive de drogues et, suite à une rupture amoureuse, son état dépressif nécessite un internement dans un hôpital psychiatrique de Cambridge. Au printemps 1969, Barrett repart d’un bon pied et parvient à boucler 13 morceaux parmi lesquels certains bénéficient de la collaboration de ses anciens comparses David Gilmour et Roger Waters. The Madcap Laughs sort le 3 janvier 1970. Musicalement minimaliste, les mélodies sont parfois naïves mais elles prennent souvent une tournure plus sombre. L’album est à bien des égards une représentation de l’état d’esprit d’un individu tourmenté et décadent qui n’a plus la lumière à tous les étages. Même la pochette bénéficie d’une ambiance déconcertante au cœur de laquelle se côtoient dénuement, délire et surréalisme. Syd, pieds nus et hirsute, est accroupi au milieu de la pièce principale d’un appartement londonien qu’il occupe depuis décembre 1968 et où il se consacre à sa passion première, la peinture. Dans un décor dépouillé, posé à même le sol, un vase de jonquilles. La veille de la prise de vue, l’artiste avait badigeonné les lattes du parquet en orange et violet avec l’aide d’une amie rencontrée en mars 1969: Evelyn Rose. Née au Pakistan et surnommée ″Iggy the Eskimo″ à cause d’origines lointaines, elle pose nue au dos du disque. Mick Rock, l’auteur des clichés raconte: ″Quand je suis arrivé pour la séance photo de The Madcap Laughs, Syd était encore au lit, en caleçon, et Iggy était entièrement nue dans la cuisine″. À cause d’un grain exagéré dû à la faible luminosité, le photographe reconnaitra plus tard que les deux images n’étaient techniquement pas parfaites mais que néanmoins elles capturaient parfaitement l’atmosphère du moment et le glamour multicolore du Swinging London psychédélique de la fin des années 60. Comme dit le Chat du Cheshire d’Alice au pays des merveilles: ″We are all mad here″ (Chacun à sa manière, nous sommes tous fous).
Photographe anglais né en 1948, Michael David Rock est surtout connu et reconnu pour avoir braqué ses objectifs sur certaines figures emblématiques de la scène rock. Queen, T.Rex, Syd Barrett, Lou Reed, Iggy Pop, The Sex Pistols, The Ramones, Joan Jett, Talking Heads, Roxy Music, Thin Lizzy, Mötley Crüe, Johnny Winter, Rory Gallagher ou Blondie figurent au catalogue de Mick Rock. Certains d’entre eux ont même fait appel à lui pour illustrer leurs disques. L’artiste est à l’origine de clichés mémorables de David Bowie – époque Ziggy Stardust – en sa qualité de photographe officiel de la star. Il a également dirigé les séances photo du film The Rocky Horror Picture Show. Au contact d’un monde connu pour ses excès, alcool et cocaïne se sont immiscés de façon incontrôlable dans la vie de Mick qui, pour échapper à la mort, a dû subir un quadruple pontage cardiaque. Conscient d’être très chanceux, celui que l’on surnomme ″ The Man Who Shot the Seventies ″ est désormais sobre, vit à New-York, pratique le yoga et travaille énormément en se consacrant à de nombreux ouvrages et expositions à travers le monde. En 2006 il reçut le Music Legends Award pour sa contribution à la musique et en 2015 il animait sa propre série télévisuelle: On the Record with Mick Rock. En 2017 parait un documentaire retraçant la vie et la carrière du photographe: SHOT! The Psycho-Spiritual Mantra of Rock. Biographie, portfolios, etc. disponibles Ici!
Quelques mois après la disparition de Lemmy Killmister, le guitariste Phil Campbell reprenait du service. Quand on a passé sa vie sur les planches avec l’une des plus importantes formations de heavy metal du monde, difficile de faire autrement! Dans la foulée, retour donc du grand pourvoyeur de riffs au sein de Motörhead avec une nouvelle formation high energy. Sachant que les chats ne font pas des chiens, pourquoi aller chercher ailleurs ce que l’on a chez soi? Poétiquement présenté sous le nom de Phil Campbell and the Bastards Sons, le combo mis à contribution devenait une histoire de famille. Les trois fils sont désormais de la partie. Todd à la guitare et à l’harmonica, Dane à la batterie et Tyla à la basse et c’est Neil Starr, un pote et ex-Attack Attack, qui assure le chant. En 2016, les débuts consistent essentiellement en premières parties de Hawkwind, Guns & Roses, Saxon ou Airbourne et l’année s’achève sur la parution d’un EP éponyme de cinq titres. Le premier long play The Age Of Absurdity sort en janvier 2018 et connait d’emblée un beau succès, grâce notamment à la patte Motörhead que le gratteux gallois n’a bien sûr pas perdue. Nous sommes les bâtards! c’est ce que clame le groupe en septembre 2020 pour annoncer sur les réseaux sociaux qu’un nouvel album arrive. Et le voici! Produit par Todd Campbell et enregistré au Pays de galles, We’re the Bastards ne change en rien la formule éprouvée d’un hard old school. Gros son, rythmiques bétonnées, chant efficace, grattes en avant et solos inspirés. Bref, la grosse cavalerie qui vous en met plein la tronche. On en redemande, même quand le tempo descend d’un cran (Desert Song, Born to Roam et son intro bluesy ou un Waves sous forme de ballade heavy qui va cescendo). C’est une évidence, la tribu Campbell assure la continuité de l’héritage Motörhead qui squatte leur ADN tout en consolidant leur propre identité avec des compos fort bien tricotées. C’est du vrai rock’n’roll! Un truc hargneux et puissant qui prend à peine le temps de souffler entre deux titres mais avec juste ce qu’il faut d’originalité pour ne pas lasser. D’entrée, Son of a Gun vous en colle une et vous savez déjà qu’on va vous ramasser à la petite cuillère. 13 rafales généreuses qui à elles seules en disent plus que toute la discographie de certains groupes.