Gov’t Mule – Heavy Load Blues

 

On le sait. Warren Haynes a toujours eu le blues, et ce, même si le genre n’a pas forcément occupé une place systématiquement privilégiée au sein des différentes productions et prestations de ce virtuose de la six cordes. Mais là c’est une première! Oui, c’est le premier véritable album entièrement consacré au blues que sort Gov’t Mule! Un disque live en studio, enregistré à l’ancienne avec du bon vieux matos d’époque et en analogique. Le résultat possède ce son authentique avec lequel la voix et le jeu magistral de Warren font des merveilles. Des originaux bien sûr, mais aussi des reprises de Howlin’ Wolf, Elmore James ou Tom Waits qui offrent une émotion et une classe à nulles autres pareilles. 13 titres joués par des vieux briscards à qui on ne la fait plus depuis longtemps. Que ce soit en mode blues rock ou dans des ambiances plus roots, Matt Abts (batterie), Jorgen Carlson (basse) et Danny Louis (claviers) sont au diapason sur ces 75 minutes jouissives qu’offre Heavy Load Blues. Allez! Un bon single malt, bien calé au fond du canapé, les pieds sur la table, prêt pour un moment de pur plaisir immédiat.

 

Fabienne Shine – Electric lady

 

En 1979, après de nombreux concerts en France et après avoir été signé par le manager de Blue Öyster Cult et Black Sabbath, Shakin’ Street part en tournée aux États-Unis. Excusez du peu, le groupe y effectue des tournées avec Blue Öyster Cult, Cheap Trick, Pat Travers, Journey et AC/DC. Débuts prometteurs pour ce combo français qui bénéficie alors d’une visibilité à nulle autre pareille et qui aurait pu se faire une belle place sur la scène internationale s’il n’avait pas, peu après, explosé en vol. Shakin’ Street c’est aussi et surtout l’histoire d’une jeune chanteuse-comédienne-mannequin sexy des années 70, Fabienne Shine. Très jeune, elle est de toutes les fêtes parisiennes, fréquente les people du cinéma, de la littérature, des arts et surtout de la musique, celle dont elle rêve. C’est une bombe à qui personne ne résiste. À 17 ans, elle a une aventure avec Aznavour (44 ans à l’époque), s’amuse aussi avec Dali, Klaus Kinski et fréquente Jean-Pierre Kalfon, Valérie Lagrange et Jean-Pierre Léaud. Mais c’est dans l’univers du rock qu’elle fait un carnage. Au cours de ses pérégrinations elle a eu des amants chez Téléphone, les Stones, Pink Floyd, New York Dolls, Led Zeppelin et a connu de près Ike Turner, Bob Marley et Damon Edge (Chanteur au sein du groupe Chrome) qui l’épousera en 1980. Admise dans le gotha du rock, la muse électrique l’avoue: ″ J’ai réalisé plus tard que j’avais fait des rencontres spectaculaires. Alberto Moravia, qui avait 67 ans et moi 17 à l’époque, m’a beaucoup appris. Tout Comme Johnny Thunders et surtout Jimmy Page, qui m’a propulsée dans une sphère alors inconnue. Mais j’avais conscience de la fragilité de ma position, je n’ignorais pas que j’étais le parfum du jour ″. Ses aventures éclipseraient presque celles de groupies célèbres (Pamela Des Barres, Bebe Buell) en les faisant passer pour d’innocents chahuts de collégiennes. ″ I just don’t need any relations. I feel like a revolution. My heart is a rebellion. I feel like a fight, as a seduction . [Extrait de Solid as a Rock].

 

Crumb – Roots

© Robert Crumb – Harmonica Blues

 


[Salif Keita]: ″ La musique est un arbre. Les racines sont la musique africaine traditionnelle, le blues. Le jazz c’est le tronc et les branches. Le rock, la soul, le reggae, le funk et toutes les autres musiques ce sont les fruits ″.


 

Raymond Pettibon – Black Flag

Black Flag: Slip it In, 1984. Sonic Youth: Goo, 1990. Foo Fighters: One by One, 2002

 

Raymond Pettibon est un artiste américain contemporain connu pour ses œuvres à l’encre combinant image et textes. Ses dessins inventifs mêlent de multiples références et viennent alimenter des critiques incisives de la culture contemporaine via des compositions empreintes d’humour noir. Son style renvoie, avec un mélange d’ironie et de maladresse assumée, à la bande dessinée classique américaine des années 40-50. Né Raymond Ginn le 16 juin 1957 à Tucson dans l’Arizona, l’artiste acquiert sa notoriété à la fin des années 70 en créant le logo, des flyers et des pochettes d’albums pour Black Flag, un groupe punk hardcore dirigé par son frère aîné, Greg Ginn. Il travaille également sur des affiches de concerts des Dead Kennedys, des Ramones et autres Minutemen. Plus tard, Raymond Pettibon a continué à se faire un nom dans le monde de l’art tout en s’intéressant encore à la musique, notamment en réalisant des cover art pour Off!, Sonic Youth et les Foo Fighters, entre autres.


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Patrick BETAILLE, novembre 2021

Joe Bonamassa – Time Clocks

Voilà deux décennies que Joe Bonamassa occupe les sommets du blues moderne de la plus belle des manières. Inutile donc de présenter ce boulimique de la six cordes, toujours aussi habité et prolixe. Revoici donc le natif de New Hartford avec un nouvel album virevoltant entre riffs rock, chorus bluesy et compos aux petits oignons. Avec Time Clocks Joe prouve qu’il n’est pas encore temps de s’endormir sur ses lauriers ou de ne devenir que l’ombre – certes talentueuse – de lui même. Plus inspiré que jamais il nous offre 10 titres grand cru dont 6 explosent le compteur des 6 minutes. Étrangement c’est un bref instrumental atmosphérique et très floydien qui annonce la couleur. Pilgrimmage donne le ton d’un esthétisme majestueux bien présent tout au long des 55 minutes au cours desquelles l’écoute navigue entre heavy blues efficace (The Heart That Never Waits), classic rock classieux (Notches) et pop épurée (Time Clocks et Mind’s Eyes). C’est bien sûr la guitare qui a le rôle principal et Bonamassa n’a pas son pareil quand il s’agit de jeter un pont entre influences revendiquées (Eric Clapton et Peter Green notamment) et compostions stylées qui culminent avec un Known Unknowns aux accents rythm & blues qui s’achève sur un solo ciselé absolument éblouissant.

Patrick BETAILLE, novembre 2021

Oenix – Ils veulent coucher avec Sheila!

 

[Extrait]: Avec la parution de son premier 45 tours, Oenix laissera une trace anecdotique mais pérenne dans l’histoire du rock français. Annie Chancel, plus connue sous le nom de Sheila, est à l’époque victime de la rumeur selon laquelle elle serait en réalité un transsexuel. Pochette et paroles du single Il veulent coucher avec Sheila jouent à fond sur cette ambiguïté et déclenchent un énorme tollé. La maison de disques de la chanteuse fulmine et menace. Le scandale a sûrement permis au groupe de signer chez Virgin et de ressortir le disque avec une pochette retravaillée et le même titre ponctué de bip* sonores. Désormais chez Oenix, Ils veulent coucher avec*… ″ Wouap dou wouap chibidoua… Ils veulent coucher avec… bip… mais dommage qu’elle ait de gros bras. Il veulent coucher avec… bip … mais dommage que ce soit un gars. Il veulent coucher avec… bip… mais non, mais non, mais t’as vu un peu les cuisses qu’elle a ! Y’a pas à dire, mais quel gros tas. Oui mais voilà ils aiment ça. Wouap dou wouap chibidoua…″


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, octobre 2021

Joanne Shaw Taylor – The Blues Album

 

On ne présente plus Joanne Shaw Taylor, l’une des plus fines gâchettes du blues rock accordé au féminin. La talentueuse guitariste anglaise nous revient avec un neuvième opus enregistré dans le studio de Joe Bonamassa qui, avec Josh Smith, assure la production. 11 titres pour un hommage aux sommités du blues et de la soul que sont Albert King, Little Richard, Magic Sam, Aretha Franklin, Otis Rush, Peter Green ou Little Milton. Taylor ne se contente pas d’une resucée de quelques standards judicieusement sélectionnés; elle y apporte une touche vraiment personnelle aidée en cela par Bonamassa qui s’est attaché à ne pas laisser la guitare dominer le chant. Joanna est une chanteuse à la fois audacieuse et puissante qui sait, quand il le faut, faire preuve de l’émotion sans laquelle le blues électrique ne peut tout simplement pas exister. Que l’on se rassure, elle reste avant tout et surtout une guitariste volcanique au talent considérable. Comme son titre le laisse supposer, The Blues Album est bien un album de blues (si, si!) mais pas que. Grâce à une production soignée et à l’apport de claviers et de cuivres admirablement bien dosés il parvient à célébrer une union qui devrait ravir les amateurs d’un mélange parfait qui puise directement dans le british blues boom de la fin des sixties, comme en témoigne ce Stop Messin’ Round de Fleetwood Mac époque Peter Green. Vous savez ce qu’il vous reste à faire!

 

Deep Purple – In Rock

 

[Extrait]: En juin 1969, Jon Lord, Ian Paice et Ritchie Blackmore louent un petit local de répétition à Londres. Ils sont rejoints par Ian Gillan (chant) et Roger Glover (basse), désignés à remplacer Rod Evans et Nick Simper. C’est l’avènement de Deep Purple Mark II et un nouvel album est en préparation…

In Rock sortira en juin 70 et posera les bases d’un nouveau genre musical: le hard rock. Mais préalablement et une fois le titre choisi il convient décider du cover art du quatrième album du Pourpre. Tony Edwards, le manager du moment, propose l’idée qui sera retenue:  reproduire le mont Rushmore en remplaçant les têtes présidentielles américaines par celles des musiciens. C’est à l’agence londonienne Nesbit, Phipps & Froome qu’est confiée la mise en œuvre du projet. Une fois sélectionnés, les clichés sont découpés et collés sur un agrandissement de la photo de la sculpture en granite. À l’époque les outils de retouche numérique n’existent pas, le montage est donc entièrement réalisé à la main. Idem pour le lettrage. Incapables de trouver une police de caractères originale et représentative, les designers créent de toutes pièces une typographie qu’ils mettent en valeur sur un fond uni bleu. Plus simple, l’intérieur se contente d’héberger paroles et photos des musiciens, le tout en noir et blanc. Nesbit, Phipps & Froome fera deux autres illustrations pour le groupe : Burn en 1974 et la compilation 24 Carat Purple en 75…


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Keith Stuart MacMillan – Black Sabbath

 

[Extrait]: Bien moins connu que certains illustrateurs œuvrant dans le domaine du fantastique (Frank Frazetta, Ken Kelly), Keith Stuart MacMillan est néanmoins à l’origine quelques pochettes emblématiques, notamment dans les années 60-70 pour le label Vertigo. Pour mettre en scène ses personnages dans des décors plus suggestifs que surréalistes, le designer fait appel à l’infrarouge, aux filtres ou a diverses techniques de saturation des couleurs au moment du tirage. Quand Vertigo lui passe commande d’une illustration pour le premier album de Black Sabbath. Markus Keef s’imprègne de l’ambiance musicale pour concevoir un visuel aussi étrange et inquiétant que les compostions du Prince  of Darkness. En toile de fond du gatefold, un moulin à eau moyenâgeux situé à Mapledurham en Angleterre. La lumière du jour décline sur une bâtisse devenue sinistre, La végétation est rare et automnale. Au premier plan une silhouette énigmatique, celle d’une femme toute de noir vêtue, observée sur sa droite par un corbeau en sentinelle sur un arbre mort. Lugubre et presque surnaturel, le décor est planté et prépare l’auditeur à ce qu’il va subir dès les premières notes. Le tonnerre gronde. La pluie tombe. Au loin résonnent des cloches annonciatrices de funestes événements. C’est l’heure du Black Sabbath!

Patrick BETAILLE, septembre 2021


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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ABBA – Voyage, le Retour

Screenshot Youtube

 

Mama Mia! Les superstars suédoises du groupe ABBA sortent un nouvel album. Pour accompagner ce Voyage, le premier spectacle promotionnel est prévu dans un théâtre de 3000 places spécialement conçu pour l’occasion dans le parc olympique Queen Elizabeth et sera suivi d’une série de concerts. Les shows seront nourris de 22 chansons – déroulant en une heure et demie leurs plus grands hits, tous interprétés par des hologrammes les représentant jeunes. Et pour cause! À eux quatre, Anni-Frid Lyngstad, Björn Ulvaeus, Benny Andersson et Agnetha Fältskog affichent une moyenne d’âge de 74 ans. Et ça marche! I Still Have Faith in You (Je Crois Toujours en Vous), le dernier single dévoilé pour la circonstance, a été écouté 4 millions de fois en 24 heures et est en voie de revenir pour la première fois depuis 40 ans dans le Top 10 des singles au Royaume-Uni. Finalement The Winner Takes It All (Le vainqueur Raffle Tout). À n’en pas douter, financièrement l’opération devrait être juteuse pour les ABBAtars et leur label Universal Music qui ne cesse de chanter à tue-tête: Money, money, money! Quand on pense que les Stones et tant d’autres vétérans du rock enregistrent et tournent encore obstinément avec la moitié ou plus de leurs membres originaux en moins – morts pour la plupart – et que d’autres artistes n’auront jamais la moindre chance de pouvoir diffuser le fruit de leurs talents… C’est ça la Culture? C’est ça le futur de la musique? Des resucées de tubes en mode virtuel? Des karaokés géants à 200 euros le fauteuil en pré-booking? Un beau Waterloo oui!

Patrick BETAILLE, septembre 2021