Slash – 4

 

Dix ans après leur premier album, Saul Hudson – alias Slash – et Myles Kennedy reviennent avec un quatrième album. Enregistré en mode live à Nashville et avec les Conspirators en backing band, 4 prouve, si besoin en était, que le guitariste en a encore sous les semelles cordes. Sans surprise, les 10 titres de cet opus regorgent de chorus puissants et de solos éblouissants et, du premier au dernier, mettent en avant une magnifique osmose entre guitares et chant soutenus par une section rythmique redoutable. Bref, de quoi oublier pour un temps les errances des Guns et renouer avec le plaisir de l’écoute d’un rock chiadé et bougrement efficace. Un joli coup pour un premier disque sorti sur le tout nouveau label Gibson Records.

Patrick BETAILLE, février 2022

Camel – Mirage

 

[Extrait]: Paru en 1974, le deuxième disque de Camel a été élu comme l’un plus grands albums de rock progressif de tous les temps. Mirage est sans doute l’album le plus connu du groupe britannique. Musicalement d’abord, grâce notamment aux ambiances folk, rock et jazz sophistiquées, parfois teintés de metal, mais aussi et surtout à cause de son cover art. Malgré les apparences, le choix du nom Camel n’a rien à voir avec un hommage quelconque au vaisseau du désert qu’est le Camelus dromedarius. En fait c’est bien de cigarettes dont il s’agit; celles de la Reynolds Tobacco Company que les musiciens apprécient et consomment sans modération. Ainsi, pour le visuel de Mirage, l’agence de design Modula détourne délibérément l’image de l’emballage du cigarettier américain. Soupçonné de promouvoir la marque, la formation du Surrey doit immédiatement faire face à une levée de boucliers. Pour l’industrie musicale, question marketing, il est très mal vu de faire l’apologie du tabac, et ce, même au cours des années 70. De son côté, Reynolds Tobacco n’apprécie pas du tout l’utilisation de son logo et le sort réservé à l’emblématique ″Old Joe″. Au final, sur la version américaine de Mirage, c’est un dragon ailé qui fait partir en fumée le paquet de clopes de l’édition originale.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, février 2022

Tulaviok – Dèche à la Ch’touille

 

[Extrait]: Hiver 1984, à Uzès dans le Gard, une bande de potes gamberge à propos d’un nom évocateur et provoc pour leur groupe. À l’époque, les méfaits de Thierry Paulin – le ″tueur des vieilles dames – tournent en boucle sur les antennes. TUE LA VIOCQ surgit comme une évidence et est adopté à l’unanimité avant de devenir, après quelques concerts sur le circuit du rock alternatif, TULAVIOK. Partant du principe que le rock reste l’ultime manifestation païenne, le combo punk s’en donne à cœur joie. Enregistré à Montpellier, leur premier album sort en 1987 sur leur propre label: Bollock’s Produktion. Distribué par New Rose, Dèche à la Cht’ouille (labellisé Queue Pon Paillard et Queue Rock au dos de la pochette) est un concentré de paillardises dans lequel le vin, le sexe et la fête sont à l’honneur. Sur des rythmes aussi déjantés qu’une bacchanale, c’est la naissance de la Zob Musik! Paradoxalement, ce brûlot de punk grivois ne sera pas censuré. Par contre, son packaging va défrayer la chronique. En cause, le sexe turgescent de 38 cm qui jaillit à l’ouverture de la pochette double…

BANDE OF ROCK’ N’ ROLL ! L’organe en question fut fixé à la main par le groupe et quelques amis sur les 5000 exemplaires de la première édition de Dèche à la Ch’touille, référencée ZOB 001. Au recto, ambiance nocturne; un poivrot gît sur le pavé aux pieds d’une catin version gonflable. Au verso, la même prostituée entourée des six musiciens grimés en poupées sexuelles, bouches ouvertes. Les textes sont manuscrits sur l’enveloppe du vinyle labellisé ZOB 01-A : FESSE NANA en Face A et ZOB 01-B : FESSE MEC sur la Face B. Ami artiste, réalise toi même ton pochoir en découpant les parties hachurées avec ta lame″. Ainsi est présenté le Paf Gadget offert avec l’album. En 2009, sur la réédition vinyle en double LP de Dirty Punk Records, le pop-up érectile disparaît. Un sexe dessiné et enrichi des paroles occupe désormais l’intérieur de la pochette trifold. ″ On joue mal, vite, fort et faux, on est heureux ! ″. C’est Tulaviok qui le dit.

Patrick BETAILLE, janvier 2022


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The Georgia Thunderbolts – Can we Get a Witness

 

À l’été 2020, les Georgia Thunderbolts avaient marqué les esprits avec un premier EP éponyme tellement réussi qu’il leur avait ouvert de nombreuses portes. Originaire de Rome, au pied des Appalaches en Georgie, le quintet vient de commettre un Long Play qui, tout en intégrant l’intégralité du précédent opus, valide et confirme son positionnement au cœur d’un Southern Rock marqué au fer rouge par l’intemporalité des géants tels que Lynyrd Skynyrd et The Allman Brothers Band. Contrairement à la plupart des formations du genre (Molly Hatchet, Outlaws, etc.) The Georgia Thunderbolts ne joue pas la carte de la guitar army avec trois guitaristes. Pour se distinguer, ils ont fait le choix d’intégrer claviers, piano et même harmonica, tout en adhérant à un revival déjà brillamment soutenu par Blackberry Smoke, Drive by Truckers ou même les métalleux de Black Stone Cherry. Alors bien évidemment Can We Get A Witness est très ancré dans ses racines mais il fait surtout preuve d’une modernité prometteuse sublimée par la voix (qui parfois n’est pas sans rappeler celle de Ronnie Van Zant) remarquable de TJ Lyle dont le registre bluesy – entre soul et heavy rock old-school – fait des merveilles.  Même en mode mid tempo, les treize titres sont rythmiquement très bien soutenus, bourrés de riffs hypnotiques, et flirtent parfois avec un hard rock crasseux. Quant aux guitares de Riley Couzzourt et Logan Tolbert, à condition d’y prêter une oreille attentive, n’ayons pas peur des mots: elles sont exactement ce qu’elles devraient être et font partie de ce qui se fait de mieux dans le genre. Il faut se rendre à l’évidence, Can We Get A Witness est vraiment un bon album et Les Georgia Thunderbolts un excellent groupe de rock, sudiste ou pas. 

 

We Don’t Care – Shitty Song

Comme dirait quelqu’un que je connais bien, voilà un truc qui va vous faire sortir les roubignoles par les oreilles ! Shitty Song est un exented play des palois de We D’ont Care ; WDC pour les intimes dont vous ferez partie sous peu, si ça n’est déjà fait. Cinq titres qui mis bout à bout forment un joli paquet de dynamite mèche courte. À l’origine de ce quatuor, un certain Phil, bassiste de son état, un vétéran de la scène paloise qui à l’époque jouait le rôle de calife à la place du calife au sein du groupe Iznogood. Jérôme, le guitariste soliste, a lui aussi sévi dans plusieurs formations de la région. Chris, le batteur version Animal des Muppets, est lui aussi un local de l’étape qui a fait un passage au sein de Okploïde et question fougue il se pose un peu là . Quant à Mickaël – déniché par Phil sur Leboncoin [Si, si!] – il a quitté sa Normandie pour partager au chant et à la guitare sa passion du rock musclé qu’il compose désormais sous le beth ceu de Pau. Tout ce beau monde a bien évidemment bénéficié d’influences diverses et variées qui vont des Red hot, Deftones et Neurotic Outsider à Nirvana, Korn ou encore Rory Gallagher. Mais c’est unanimement qu’est revendiquée une appétence particulière pour l’album The color in the shape des Foo Fighters et croyez moi, ça se sent ! Le rock a-t-il encore quelque chose à raconter? La réponse est oui et c’est à We Don’t Care qu’incombe la tâche qui consiste à remettre le genre sur orbite avec un lanceur qui incontestablement carbure au Nitroglycériméthanol. Ooh Shiittt! Shitty Song offre son titre à l’album en ouvrant les hostilités. Tu parles d’une ″Chanson Merdique″! Loin s’en faut! Ça déboule à fond les ballons et il en est ainsi tout au long des cinq titres. Rythmique entêtante, riffs ravageurs, solos remarquables, voix puissantes, tout contribue à donner à l’ensemble du corps, de l’unité et une fougue qui ne faillit jamais. Difficile d’étiqueter cette galette aux accents de punk, de grunge, voire de metal, mais une chose est sûre, c’est bien de rock high energy dont il s’agit et c’est putain de bon! L’enregistrement a bénéficié d’un coup de main de Vivien Van Hoegaerden. Impeccablement mixé maison par Mickael himself, Shitty Song a été signé par le label M&O music qui, logiquement, en assure promo, com et distribution. Vivement que les concerts puissent reprendre car pour avoir vu We Don’t Care sur scène à deux reprises, j’ai vraiment hâte de découvrir les versions live de ces cinq brûlots. D’ici là …. Infos, contacts, liens utiles et écoute: On s’en Tape!

 

Patrick BETAILLE, janvier 2022

 

Time Zero – New World

 

Par définition le ″Time Zero″ désigne le point de départ d’un événement. Le nom dira peut-être aussi quelque chose à ceux qui ont connu la belle aventure des concerts du feu Show Case car c’est sous ce nom que s’y est produit ce groupe palois qui existe depuis 2011. Le quatuor nous livre aujourd’hui 10 compositions personnelles musicalement estampillées Time Zero. Au chant et à la guitare, Dominique Berdery, également auteur des lyrics. Yannick Le Garrérès derrière ses fûts soutient la descendance, en l’occurrence ses fils Raphaël et Yann respectivement guitariste et bassiste. Somme toute une histoire de famille garante d’une osmose générationnelle. Nous avons l’habitude de croire que l’histoire est un éternel recommencement, y compris (surtout?) s’agissant de musique. Chaque époque a droit à sa mouvance musicale qui la questionne. Aujourd’hui, ceux qui remettent en question l’ordre établi finissent par s’y perdre. Pas Time Zero! Autant le dire tout de suite! New World, l’album dont il s’agit, est une excellente surprise qui tend à prouver qu’il est encore possible de révéler de nouvelles esthétiques et de prouver que des approches originales restent accessibles. Pendant près de 40 minutes le plaisir de l’écoute navigue entre pop lumineuse, ambiances rock progressif et envolées punchy. Time Zero franchit le cap difficile du premier album avec une facilité ma foi assez déconcertante. Outre un rôle de chanteur parfaitement maîtrisé, Dominique occupe l’espace de la plus belle des manières en distillant çà et là de brefs (trop?) solos au phrasé expressif mais sans pour autant laisser dans l’ombre les autres musiciens. La rythmique joue son rôle avec une efficacité – ni trop, ni trop peu – qui ne nuit jamais à ces moments au cours desquels les guitares virtuoses font preuve de feeling et d’ingéniosité. Enregistré au studio Les Cerisiers à Toulouse, New World bénéficie en outre d’une production aux petits oignons et des arrangements raffinés de Raphaël qui donnent à l’ensemble corps et cohésion. Le son est vraiment remarquable et sert parfaitement un quatuor à la technique aboutie. C’est Romain Barbot, un graphiste de Toulouse, qui, à partir d’une photo du palois Anthony Batista, a élaboré un artwork qui est loin de laisser indifférent. Bref! De quoi justifier, vous l’aurez compris, la qualité en tous points de cet opus – point de départ d’une nouvelle aventure – auquel il faut vraiment prêter une oreille attentive. Pour toutes infos et contact avec Time Zero c’est Ici et . Et pour écouter (Fort!) un extrait de New World: Flowing Down!

 

la Discothèque Idéale 2021

 

Les divas de l’auto-tune vous donnent des envies de suicide? La soupe radiophonique et télévisuelle vous en touche une sans faire bouger l’autre? Le remède existe. Si, si! Le choix, bien qu’assumé, est bien évidemment relatif, partial et subjectif. Il a juste pour ambition d’entretenir l’espoir que le rock n’est pas encore mort et de prouver que, contre vents et marées, de talentueuses volontés mettent beaucoup de conviction et d’énergie pour que leur passion et leur plaisir deviennent nôtres. Bien sûr, le débat reste entier et ouvert mais il doit obéir à une constante et une seule: ″ La musique c’est comme la vie, ça se respire ″ (Francis Zegut). La discothèque idéale est chroniquée ici: Rock’n’Roll Bordel!

Patrick BETAILLE, décembre 2021

Rainbow & Fin Costello – Long Live Rock’N’Roll

© Fin Costello

 

[Extrait]: Sorti en avril 1978, le troisième album studio de Rainbow sera le dernier avec Ronnie James Dio au chant. En effet, ce dernier quittera peu après le groupe de Ritchie Blackmore pour aller remplacer Ozzy Osbourne au sein de Black Sabbath. Long Live Rock’N’Roll! L’intention est là et clairement exprimée sur l’intérieur de la pochette. Plan large sur un public dont les premiers rangs brandissent une banderole au slogan pour le moins évocateur. Sauf que!.. Et c’est Fin Costello, photographe & designer de son état, qui raconte l’histoire de ce cliché.

J’étais chez Oyster Records à New York, et je travaillais sur le cover art pour la pochette de Long Live Rock’n’roll dont le titre prévu au départ était: Kill The King. À partir de cette idée j’ai donc élaboré un concept autour d’un squelette engoncé dans une armure de roi et gisant dans les hautes herbes, avec la pochette de Rising redessinée sur un bouclier posé à ses côtés. J’ai présenté la maquette à Polydor. J’avais également proposé une photo prise lors d’un concert de Rush afin d’appuyer le slogan publicitaire que nous pourrions exploiter. Après la sortie du disque en question je me suis rendu à une prestation de Rush avec l’intention de savoir ce qu’ils pensaient de mon idée d’avoir utilisé cette prise de vue. La leur en somme. Accueil glacial et fin de non recevoir. Et pour cause! la maison de disques n’avait pas retenu mon projet pour le recto de la pochette. Je le savais, j’en avais été informé. Ce que j’ignorais c’est ce qu’ils avaient fait avec la photo de la manchette intérieure. Le cliché original a été retourné, recadré et retouché. Un roadie du premier plan a été gommé, dans le public, les tee shirts arborant le logo de Rush ont été effacés et, sur la banderole, un message de bienvenue au groupe canadien a été remplacé par le fameux ″ Long Live Rock’n’Roll ″. Mis devant le fait accompli j’étais sur le cul, anéanti par le comportement de Polydor et bien évidemment incapable de faire quoi que ce soit. C’était trop tard! Il m’a fallu des années pour regagner la confiance de Rush.


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Patrick BETAILLE, décembre 2021

Gov’t Mule – Heavy Load Blues

 

On le sait. Warren Haynes a toujours eu le blues, et ce, même si le genre n’a pas forcément occupé une place systématiquement privilégiée au sein des différentes productions et prestations de ce virtuose de la six cordes. Mais là c’est une première! Oui, c’est le premier véritable album entièrement consacré au blues que sort Gov’t Mule! Un disque live en studio, enregistré à l’ancienne avec du bon vieux matos d’époque et en analogique. Le résultat possède ce son authentique avec lequel la voix et le jeu magistral de Warren font des merveilles. Des originaux bien sûr, mais aussi des reprises de Howlin’ Wolf, Elmore James ou Tom Waits qui offrent une émotion et une classe à nulles autres pareilles. 13 titres joués par des vieux briscards à qui on ne la fait plus depuis longtemps. Que ce soit en mode blues rock ou dans des ambiances plus roots, Matt Abts (batterie), Jorgen Carlson (basse) et Danny Louis (claviers) sont au diapason sur ces 75 minutes jouissives qu’offre Heavy Load Blues. Allez! Un bon single malt, bien calé au fond du canapé, les pieds sur la table, prêt pour un moment de pur plaisir immédiat.

 

Raymond Pettibon – Black Flag

Black Flag: Slip it In, 1984. Sonic Youth: Goo, 1990. Foo Fighters: One by One, 2002

 

Raymond Pettibon est un artiste américain contemporain connu pour ses œuvres à l’encre combinant image et textes. Ses dessins inventifs mêlent de multiples références et viennent alimenter des critiques incisives de la culture contemporaine via des compositions empreintes d’humour noir. Son style renvoie, avec un mélange d’ironie et de maladresse assumée, à la bande dessinée classique américaine des années 40-50. Né Raymond Ginn le 16 juin 1957 à Tucson dans l’Arizona, l’artiste acquiert sa notoriété à la fin des années 70 en créant le logo, des flyers et des pochettes d’albums pour Black Flag, un groupe punk hardcore dirigé par son frère aîné, Greg Ginn. Il travaille également sur des affiches de concerts des Dead Kennedys, des Ramones et autres Minutemen. Plus tard, Raymond Pettibon a continué à se faire un nom dans le monde de l’art tout en s’intéressant encore à la musique, notamment en réalisant des cover art pour Off!, Sonic Youth et les Foo Fighters, entre autres.


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Patrick BETAILLE, novembre 2021