Même si au cours des dernières années Chris Rea (1951-2025) a principalement utilisé des Italia et des Fender Squier, la Fender Stratocaster a toujours été son instrument de prédilection. Depuis le début de sa carrière c’est avec un modèle de 1962 qu’on le voyait le plus souvent jouer. À l’origine, cette guitare avait une finition rouge bonbon. Lors d’une inondation, elle a viré au rose après trois semaines d’immersion dans un sous-sol. La guitare a survécu et c’est sous le nom de ″ Pinky ″ qu’elle a souvent accompagné le maître de la slide. Outre le porte-plectre présent sur toutes les guitares de Chris, la table est ornée de quelques autocollants. Sur le devant, Formentera, la plus petite des iles Baléares où le musicien avait l’habitude de passer ses vacances et celui du Club Lotus 7 et, à l’arrière, un sticker Ferrari/J. Alesi témoignant de la passion de son propriétaire pour les voitures.
Alors qu’il écume les clubs de Los Angeles avec son groupe Quiet Riot, Randy Rhoads fait la connaissance de George Lynch et est conquis par le son et le look de la Flying V du guitariste de Dokken customisée par Karl Sandoval. Randy prend rendez-vous et demande au luthier en question de lui confectionner une guitare à partir d’un corps de Gibson Flying V et d’un manche Danelectro. Il souhaite un son similaire à celui de sa Gibson Les Paul Custom de 1972, mais avec un vibrato de type Fender, des micros DiMarzio et des mécaniques Schaller. Question look, ses idées sont biens arrêtées: caisse noire à pois blanc, tête de manche en forme de harpon et surtout, aucune marque ni logo où que ce soit. La Polka Dot Flying V voit le jour le 22 septembre 1979. Peu après, Randy Rhoads quitte Quiet Riot pour rejoindre le nouveau groupe d’Ozzy Osbourne récemment viré de Black Sabbath. Lors de l’enregistrement de l’album Blizzard of Ozz et de la tournée du même nom, les deux guitares principales de Rhoads étaient la Les Paul et la Sandoval Flying V à pois.
Connu pour être l’un des plus grands collectionneurs de guitares, Billy Gibbons reste un éternel amoureux de sa Gibson Les Paul Standard de 1959. Lorsque le guitariste a vu et entendu Eric Clapton jouer sur ce modèle au sein des Blues Breakers de John Mayall, il n’eut de cesse de trouver un exemplaire de ce modèle précis. Heureusement pour lui, la chance l’accompagna et ce, dès les débuts de ZZ Top. ″ Un gars m’a contacté pour me signaler qu’il voulait vendre une vieille guitare: une Les Paul de 1959 ″ confia le barbu lors d’une interview en 2009. Quelques jours plus tard, Billy se rendit donc dans un bled perdu au fin fond du Texas. Le vendeur sortit alors un étui rigide, planqué sous le lit depuis le décès de son propriétaire plusieurs années auparavant. ″ Rev. Willy G. ″ sortit le cash nécessaire pour pouvoir repartir avec son précieux immédiatement baptisé Pearly Gates [Les Portes du Paradis – NDLR]. Le reste appartient désormais à l’histoire de ZZ Top.
Début 1977 Edward Van Halen achète pour un peu plus de cent dollars un corps et un manche de Stratocaster, des pièces déclassées qu’il trouve chez Boogie Bodies, le magasin de Wayne Charvel. De retour chez lui, il assemble le tout en ajoutant un vibrato Fender et un micro récupéré sur une vieille Gibson ES-335. Il repeint la caisse en noir, puis en blanc après avoir posé des caches pour créer un effet de rayures. La Frankenstrat (mot-valise issu de Frankenstein et de Stratocaster) était née et c’est sous cette forme qu’elle a servi à enregistrer le premier album de Van Halen en 1978, une bombe dévoilant le jeu unique et novateur du guitariste qui, comme en témoignent l’instrumental Eruption et la reprise de You Really Got Me des Kinks, viennent de faire exploser les limites du solo rock. En 1979 Eddie apporte plusieurs modifications, à commencer par un vibrato Floyd Rose plus efficace que l’original. Un vieux micro et un sélecteur rouillé sont ajoutés. Tous deux hors d’usage ne sont là que pour renforcer l’effet rafistolage. Quant au pickguard customisé à l’arrache, il n’en reste plus grand chose. La différence la plus visible reste l’ajout d’une couche de peinture rouge par-dessus la couche originelle. ″ Ce qui me surprend avec cette guitare, c’est que lorsque je l’ai peinte en rouge, elle est devenue encore plus célèbre. Beaucoup de gens ignorent encore qu’il s’agit de la même guitare que celle en noir et blanc qui figure sur la pochette du premier album ″. À la fin des années 80 la Frankenstrat sera mise au placard et remplacée par une Kramer 5150 Baretta issue d’un partenariat entre le fabriquant et le guitariste qui a largement contribué à la conception de ce modèle exclusif au look similaire mais techniquement différent pour pouvoir répondre à ses exigences.
Source Image: Screenshot – BB King live at Montreux 1993
Au début de sa carrière, B.B. King a joué sur des guitares de différentes marques mais il est surtout connu pour avoir joué sur Gibson ES-335 dont une version baptisée Lucille. L’anecdote liée à ce baptême est racontée par le bluesman lui-même dans une interview qu’il avait accordé à JazzWeekly alors qu’il en était à sa 16ème guitare affublée du même nom.
″ Le concert avait lieu dans la salle d’un petit patelin au nord-ouest de Memphis. Il faisait donc assez froid en hiver. Pour chauffer la pièce, ils se servaient d’un bidon posé au milieu de la piste, dans lequel ils brûlaient du bois et du kérosène. Les gens dansaient autour, il n’y avait habituellement pas de problème. Mais ce soir là, deux gars ont commencé à se battre. Et l’un d’eux à fait tomber le poêle qui a déversé du carburant sur le sol. Ça a fait comme un fleuve de feu et tout le monde s’est précipité vers la sortie, moi compris ″ expliquait-il. ″ Une fois dehors, j’ai réalisé que j’avais laissé ma guitare à l’intérieur. J’y suis donc retourné pour la récupérer ″ précisant que le local était en bois, et qu’il avait littéralement craint d’y laisser sa vie. ″ Le lendemain, nous avons appris que les deux individus s’étaient battus pour une fille qui travaillait là et qui s’appelait Lucille. Donc, j’ai nommé ma guitare Lucille pour me rappeler de ne jamais faire une chose comme ça! ″
Pour rendre hommage au Roi du Blues, Gibson Brands a commercialisé au début des années 80 la B.B. King Lucille. Basée globalement sur le modèle ES-355, cette version est dépourvue d’ouïes de façon à réduire les problèmes de larsen [B.B. King avait pris l’habitude de bourrer l’intérieur de sa demi-caisse de coton pour limiter le phénomène en concert].
En 1974, Wayne Charvel crée un atelier de réparation et de customisation de guitares, essentiellement de marque Fender. En 1978, à la suite de difficultés, il vend la boutique et la marque Charvel à Grover Jackson avec qui il avait déjà noué un partenariat. C’est ainsi que la marque Jackson voit le jour en 1980. En 1986 parait Crossroads, film inspiré par la légende du musicien de blues Robert Johnson, réalisé par Walter Hill sur un scénario de John Fusco. Bien que Keith Richards, Frank Zappa, et Stevie Ray Vaughan aient été pressentis, c’est Steve Vaï qui fut choisi pour interpréter le rôle de Jack Butler, le guitariste du diable. Quelques temps auparavant, Grover Jackson avait offert une guitare pailletée rouge vif de sa fabrication à Steve qui la proposa pour le road movie. Une fois le choix validé, l’équipe demanda au fabriquant Jackson de faire des copies destinées au tournage de la scène durant laquelle jack Butler, furieux et frustré par son échec, devait laisser tomber son instrument par terre. À ce sujet, Grover déclara: ″ Certaines des copies n’avaient même pas de sous-couche; il ne s’agissait que de maquettes. Aucune n’a survécu intacte ″ . Pour remettre les choses en perspective, cette guitare n’a servi que d’accessoire mais c’est incontestablement l’une guitare les plus célèbres. Elle a inspiré de nombreuses carrières musicales et est finalement devenue le symbole d’une génération qui a repoussé les limites de l’expression technique et musicale. Aujourd’hui, l’instrument du Mâlin est exposé au Hard Rock Cafe & Casino de Biloxi dans le Mississippi. Un lieu tout indiqué, puisque le carrefour de la légende se situait dans cet État du Sud profond.
Pour la fameuse scène finale du duel entre le diable et Ralph Macchio, Steve Vaï écrivit et joua toutes les parties de guitare en y incluant un hommage au Caprice N°5 de Nicolo Paganini. Les phrasés de slide guitar sont joués par Ry Cooder, l’auteur de la bande originale.
Joe Perry voue une passion sans limites pour les instruments qu’il utilise sur scène ou en studio et il possède pas moins de 600 guitares. Fender Stratocaster et Gibson Les Paul occupent une place prépondérante dans ce véritable musée dans lequel trônent également quelques fabrications spéciales. Parmi ces dernières, une Gibson ES-335 BB King customisée, très souvent utilisée en concert. Ce qui a tout d’abord amené Joe Perry à choisir ce modèle c’est que cette six cordes ne possède pas d’ouïes; une caractéristique qui permet d’éviter les larsens générés par les sons saturés largement utilisés par le groupe. L’électronique fut également repensée: seulement deux potentiomètres, un pour le volume et l’autre autre pour la tonalité. Question finition, Joe s’est inspiré du Nose Art pour faire peindre sur la demi-caisse le visage de la plus belle femme qui soit. Pour le guitariste d’Aerosmith, aucun doute, c’est celle qu’il a épousé en 1985: Billie Paulette Montgomery. Il a donc demandé à l’artiste John Douglas (également technicien de son batteur Joe Kramer), de réaliser d’après photo un portrait à l’aérographe. Un travail remarquable qui néanmoins, ne rendit pas madame Perry très enthousiaste, même si en son honneur l’instrument fut baptisé ″ Billie ″.
À l’époque, Joe Perry déclarait dans une interview: ″ Quand j’ai récupéré la guitare, j’ai ouvert l’étui et je l’ai donnée à Billie. Elle a détesté. Au début, elle était tellement gênée qu’elle refusait de sortir de sa loge pendant les concerts d’Aerosmith. Elle ne supportait pas de se voir sur un écran de 9 ou 12 mètres. Maintenant, elle accepte; ça ne la dérange plus ″.
″ Doc! C’est une catastrophe! Ma Gibson 345 a disparu! – Nom de Zeus Marty! Prenons la DeLorean, convecteur temporel calé sur 2025! Nous allons retrouver la Cherry Red! ″
Flashback sur ce moment de 1955. Au cours du bal de fin d’année du lycée de Hill Valley, un adolescent monte sur la scène, prend une guitare et lance à l’orchestre : ″ Ok les gars, on va jouer un blues en Si. Regardez moi pour les changements et essayez de suivre ok?! ″ Riff d’intro sur deux cordes, solo survolté, Duckwalk et tapping devant un public médusé qui découvre le rock’n’roll avec Johnny B. Goode. En coulisse Marvin Berry téléphone: ″ Hey Chuck! C’est Marvin! Marvin Berry ton cousin! Tu m’as dit que tu cherchais un son nouveau hein?! Bon, alors écoute ça! ″.
La mythique Gibson ES-345 Cherry Red sur laquelle Marty joue dans le film Retour Vers le Futur a disparu après le tournage en 1985 et personne ne sait ce qu’est devenu l’instrument. Quarante ans plus tard, l’équipe du film est bien déterminée à la retrouver. Pour tenter de remettre la main sur cette guitare, les acteurs de la trilogie et le fabricant Gibson ont lancé un avis de recherche mondial via une campagne baptisée Lost to the Future: ″ Si vous savez où elle est, écrivez-nous ″! implore Michael J. Fox, l’acteur qui joue le rôle de Marty McFly.
Pendant sa campagne, le président élu et prochainement locataire de la Maison Blanche n’a pas lésiné pour mettre sur le marché des produits vantant de supposés qualités et mérites. Outre les casquettes, les mugs et autres bricoles promotionnelles à son effigie, le républicain milliardaire a proposé à ses partisans des montres à 100 000$, des pièces de monnaie en édition limitée, des baskets dorées et même des bibles dédicacées. On le sait, Donald Trump n’a peur de rien et surtout pas du ridicule. Le 20 novembre dernier, il a publié une photo de lui, rayonnant, tenant fièrement une… Guitare! Si, si! Son image figure sur le site officiel des Trump Guitars qui pour l’occasion se fend d’une accroche en Mi majeur: ″ La seule guitare officiellement approuvée par le président Donald J. Trump ″. Ce dernier en a même signé quelques exemplaires; ce qui, pour un même modèle, fait passer le prix de 1 500$ à 11 500$). On peut lire sur les manches des guitares électriques et acoustiques des slogans tels que ″ MAKE AMERICA GREAT AGAIN ″ ou encore ″ GOD BLESS THE USA ″.
Il y a quand même de l’électricité et de la distorsion dans l’air. Gibson menace l’entreprise 16 Creative, le luthier pro-Trump, de poursuites judiciaires pour avoir copié la forme de son légendaire modèle Les Paul vieux de 120 ans pour commercialiser une six cordes décorée d’un aigle devant le drapeau fédéral et nommée ″ American Eagle ″.
À ce stade l’on est en droit de se demander si quelques abrutis seraient susceptibles de se porter acquéreurs de ce type d’instruments. Hélas oui! Certains modèles sont Sold Out et une nouvelle série ″ Présidentielle ″ est d’ores et déjà prévue. D’ici à ce que l’Agent Orange nous sorte une gratte qui crache des bastos de 7.65 par le manche y’a pas loin!
L’une des guitares les plus reconnaissables de l’histoire du rock: la fameuse Stratocaster en finition Sunburst de 1961. Celle de Rory Gallagher (1948 – 1995). La fidélité sans réserve vouée par le guitariste à sa six cordes fait totalement partie de la légende. Gallagher a utilisé pas mal de guitares au cours de sa carrière, mais, la principale, c’est celle qui l’a accompagné jusqu’au bout. La Strat que notre homme acheta d’occasion 100£ en 1963. C’est assurément cette utilisation intensive en studio et sur les routes qui altéra le vernis de l’instrument. Au fil du temps, la quasi-totalité de la finition de cet instrument s’est abîmée. Rory ne l’a jamais faite restaurer, déclarant: ″ moins de peinture ou de vernis sur une guitare, acoustique ou électrique, c’est l’idéal; le bois respire plus ″. Son frère Dónal explique également que, en raison de son groupe sanguin rare, la sueur de Gallagher était anormalement acide, ce qui fait vieillir prématurément la peinture de l’instrument.
Organisée par la maison Bonhams une vente aux enchères d’une collection d’objets ayant appartenu à Rory Gallagher a eu lieu le 17 octobre 2024. Ce sont pas moins de 150 items qui ont été proposés sur le marché : guitares, amplis, pédales d’effets, accessoires divers et variés. Forcément, la Fender du musicien irlandais était la pièce maîtresse de l’événement.
En un temps record, la guitare a été adjugée un peu plus de 1 million d’euros à une société irlandaise. Il faut se réjouir que l’outil de travail de l’un des plus grands guitaristes de tous le temps reste sur ses terres d’origine, l’Irlande, et n’aille pas décorer le salon d’un avide collectionneur friqué et ignare (l’inverse fonctionne aussi). En effet, la Live Nation Gaiety Ltd a acquis lobjet pour en faire don au Musée National Irlandais. Après la vente, Catherine Martin, ministre du Tourisme, de la Culture, des Arts, et des Médias, a déclaré: ″ l’accord d’achat garantit que la célèbre Strat sera désormais préservée en restant la propriété de l’État irlandais et sera mise à la disposition du public et des fans de Rory Gallagher du monde entier ″.