Sonic Youth – Goo and the Moors Murders

Après Evol et Sister, deux albums sortis en 86 et 87 sur SST Records, et Daydream Nation en 88 sur Blast Records, le succès et la popularité de Sonic Youth vont grandissant et ouvrent au groupe les portes du label Geffen qui en 1990 publie Goo.  L’occasion de s’attarder sur la petite histoire la pochette de ce septième album de la formation de rock alternatif. Raymond Pettibon en est l’auteur. Dessiné en noir et blanc, un couple occupe un espace qui s’apparente plus à une illustration de fanzine qu’à autre chose. À la sortie de l’album les spéculations vont bon train. Beaucoup sont persuadés que le cover art met en scène le tandem Thurston Moore/Kim Gordon, respectivement guitariste et bassiste de Sonic Youth, mariés à la ville comme à la scène. En réalité le dessin est tiré d’une photo prise par un paparazzi lors du procès d’un couple de serial killers dont les crimes ont secoué l’Angleterre des années 60. Il s’agit donc de Maureen Hindley et David Smith, tous deux témoins clés dans l’affaire des Moors Murders. Maureen était la sœur de Myra Hindley qui, avec son amant Ian Brady, comparaissaient pour avoir torturé, abusé sexuellement, mutilé et assassiné plusieurs enfants. Les tueurs n’auraient peut-être jamais été arrêtés sans le témoin principal David Smith, le beau-frère de Maureen. Invité pour un apéro chez les Hindley, David arrive alors que ses hôtes venaient de commettre l’un de leurs crimes. Après avoir aidé le couple à nettoyer les lieux et à se débarrasser du cadavre, très choqué et pris de remords, Smith a révélé les faits à la police. Finalement le couple diabolique a été condamné à la prison à perpétuité en 1966. Comme à son habitude, histoire de titiller les imaginations tout en entretenant le mythe des tueurs psychotiques en cavale, Raymond Pettibon s’est fendu d’une annotation à la hauteur des faits:  ″J’ai piqué le petit ami de ma sœur. C’était un véritable tourbillon de chaleur et d’éclairs. Au bout d’une semaine, nous avons zigouillé mes parents et taillé la route ″.


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Patrick BETAILLE, novembre 2021

Fabienne Shine – Electric lady

 

En 1979, après de nombreux concerts en France et après avoir été signé par le manager de Blue Öyster Cult et Black Sabbath, Shakin’ Street part en tournée aux États-Unis. Excusez du peu, le groupe y effectue des tournées avec Blue Öyster Cult, Cheap Trick, Pat Travers, Journey et AC/DC. Débuts prometteurs pour ce combo français qui bénéficie alors d’une visibilité à nulle autre pareille et qui aurait pu se faire une belle place sur la scène internationale s’il n’avait pas, peu après, explosé en vol. Shakin’ Street c’est aussi et surtout l’histoire d’une jeune chanteuse-comédienne-mannequin sexy des années 70, Fabienne Shine. Très jeune, elle est de toutes les fêtes parisiennes, fréquente les people du cinéma, de la littérature, des arts et surtout de la musique, celle dont elle rêve. C’est une bombe à qui personne ne résiste. À 17 ans, elle a une aventure avec Aznavour (44 ans à l’époque), s’amuse aussi avec Dali, Klaus Kinski et fréquente Jean-Pierre Kalfon, Valérie Lagrange et Jean-Pierre Léaud. Mais c’est dans l’univers du rock qu’elle fait un carnage. Au cours de ses pérégrinations elle a eu des amants chez Téléphone, les Stones, Pink Floyd, New York Dolls, Led Zeppelin et a connu de près Ike Turner, Bob Marley et Damon Edge (Chrome) qui l’épousera en 1980. Admise dans le gotha du rock, la muse électrique l’avoue: ″ J’ai réalisé plus tard que j’avais fait des rencontres spectaculaires. Alberto Moravia, qui avait 67 ans et moi 17 à l’époque, m’a beaucoup appris. Tout Comme Johnny Thunders et surtout Jimmy Page, qui m’a propulsée dans une sphère inconnue. Mais j’avais conscience de la fragilité de ma position, je n’ignorais pas que j’étais le parfum du jour″. Ses aventures éclipseraient presque celles de groupies célèbres (Pamela Des Barres, Bebe Buell) en les faisant passer pour d’innocents chahuts de collégiennes. ″I just don’t need any relations. I feel like a revolution. My heart is a rebellion. I feel like a fight, as a seduction. [ Extrait de Solid as a Rock ].

Patrick BETAILLE, novembre 2021

Bebe Buell – Almost Famous

Source Image: Baring It All – Album Cover Art – 2018

 

Bien qu’elle s’en défende en refusant l’étiquette de groupie, Beverle Lorence – aka Bebe Buell – fait incontestablement partie de celles qui comme Cynthia Albritton, Pamela Des Barres ou Anita Pallenberg ont marqué de leur empreinte le macrocosme rock. Mais pas que! À 18 ans elle est mannequin et, en 1974, sa plastique lui ouvre les pages de Playboy Magazine dans lequel elle pose au mois de novembre. Au cours de cette période elle fréquente Mick Jagger, Iggy Pop, David Bowie, Rod Stewart, Steve Bator, Jimmy Page et Elvis Costello à qui elle inspire certaines chansons. Dans l’intervalle, Bebe entretient une relation sérieuse mais intermittente avec Todd Rundgren, et, en 1977, elle met au monde le fruit d’un brève relation avec un certain… Steven Tyler. Afin d’être protégée de la réputation de toxicomane du chanteur d’Aerosmith, l’enfant déclarée sous le nom de Liv Rundgren ne connaitra son père biologique qu’à l’âge de 9 ans. C’est la (re) naissance de la future actrice Liv Tyler [ NDLR: on se croirait dans Voici! ]. Mais en réalité c’est de musique dont rêve la playmate. En 1980 elle forme The B-Sides et, en 1981, elle enregistre un EP produit par Rick Derringer avec les Cars en tant que backing band. En 1985, elle fonde un autre groupe, The Gargoyles, et sort quelques singles jusqu’à la dissolution en 1991. Après quelques errances newyorkaises avec le Bebe Buell Band, c’est la parution en 2011 de Hard Love, un album aux influences grunge et glam rock, puis en 2018 de Baring it All, probablement sa production la plus aboutie de celle qui a inspiré le personnage de Penny Lane du film Almost Famous de Cameron Crowe en 2000 et qui prochainement fera l’objet d’un documentaire retraçant l’ascension, la chute et la renaissance de cette figure incontournable de la scène rock des années 1970.

Deep Purple – In Rock

 

[Extrait]: En juin 1969, Jon Lord, Ian Paice et Ritchie Blackmore louent un petit local de répétition à Londres. Ils sont rejoints par Ian Gillan (chant) et Roger Glover (basse), désignés à remplacer Rod Evans et Nick Simper. C’est l’avènement de Deep Purple Mark II et un nouvel album est en préparation…

In Rock sortira en juin 70 et posera les bases d’un nouveau genre musical: le hard rock. Mais préalablement et une fois le titre choisi il convient décider du cover art du quatrième album du Pourpre. Tony Edwards, le manager du moment, propose l’idée qui sera retenue:  reproduire le mont Rushmore en remplaçant les têtes présidentielles américaines par celles des musiciens. C’est à l’agence londonienne Nesbit, Phipps & Froome qu’est confiée la mise en œuvre du projet. Une fois sélectionnés, les clichés sont découpés et collés sur un agrandissement de la photo de la sculpture en granite. À l’époque les outils de retouche numérique n’existent pas, le montage est donc entièrement réalisé à la main. Idem pour le lettrage. Incapables de trouver une police de caractères originale et représentative, les designers créent de toutes pièces une typographie qu’ils mettent en valeur sur un fond uni bleu. Plus simple, l’intérieur se contente d’héberger paroles et photos des musiciens, le tout en noir et blanc. Nesbit, Phipps & Froome fera deux autres illustrations pour le groupe : Burn en 1974 et la compilation 24 Carat Purple en 75…


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Patrick BETAILLE, octobre 2021

Keith Stuart MacMillan – Black Sabbath

 

[Extrait]: Bien moins connu que certains illustrateurs œuvrant dans le domaine du fantastique (Frank Frazetta, Ken Kelly), Keith Stuart MacMillan est néanmoins à l’origine quelques pochettes emblématiques, notamment dans les années 60-70 pour le label Vertigo. Pour mettre en scène ses personnages dans des décors plus suggestifs que surréalistes, le designer fait appel à l’infrarouge, aux filtres ou a diverses techniques de saturation des couleurs au moment du tirage. Quand Vertigo lui passe commande d’une illustration pour le premier album de Black Sabbath. Markus Keef s’imprègne de l’ambiance musicale pour concevoir un visuel aussi étrange et inquiétant que les compostions du Prince  of Darkness. En toile de fond du gatefold, un moulin à eau moyenâgeux situé à Mapledurham en Angleterre. La lumière du jour décline sur une bâtisse devenue sinistre, La végétation est rare et automnale. Au premier plan une silhouette énigmatique, celle d’une femme toute de noir vêtue, observée sur sa droite par un corbeau en sentinelle sur un arbre mort. Lugubre et presque surnaturel, le décor est planté et prépare l’auditeur à ce qu’il va subir dès les premières notes. Le tonnerre gronde. La pluie tombe. Au loin résonnent des cloches annonciatrices de funestes événements. C’est l’heure du Black Sabbath!

Patrick BETAILLE, septembre 2021


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AfroReggae – Evandro João da Silva

© Photo: Marcos Tristao

 

AfroReggae est une organisation brésilienne qui, grâce à l’éducation artistique, tente de combattre la consommation de drogues, les maladies et la criminalité à Rio de Janeiro. Evandro João da Silva en était l’un des piliers très apprécié au sein de cette communauté qui a emmené la musique, l’art et la culture dans les favelas. Le matin du dimanche 18 octobre 2009, da Silva était en ville quand il a été agressé, volé puis abattu. Son assassinat a choqué et provoqué indignation et le chagrin au sein de l’association artistique et chez tous les jeunes que le bénévole avait aidé à sortir de la misère. Pour les funérailles d’Evandro João de jeunes musiciens se sont réunis pour rendre un dernier hommage à leur bienfaiteur. Parmi eux, un jeune violoniste de 12 ans, Diego Frazão Turkato. Sur la photo prise par le reporter et photographe Marcos Tristao, la douleur de l’enfant et l’émotion de l’instant explosent à la face du monde comme un puissant témoignage sur la tragédie de la violence, le pouvoir de la musique et l’impact profond de l’action de certains en faveur des milieux défavorisés. Surnommé Diego do Violino, le jeune garçon a succombé à une leucémie quelques temps plus tard, en avril 2010.

Patrick BETAILLE, septembre 2021

Komsomol – Le Parti d’en rire?

Komsomol est le nom courant de l’organisation de la jeunesse du Parti communiste de l’Union soviétique, fondée en 1918 et disparue en 1991, après la dislocation de l’URSS. Sa structure était calquée sur celle du Parti dont elle constituait la principale source de recrutement. Parmi les adhérents célèbres à cette Union des jeunesses léninistes communistes, figurait Garry Kasparov, présent au comité central en 1987. Sur le cliché pris lors du premier congrès du Komsomol en octobre 1918, gaieté et joie de vivre illuminent les visages de ces jeunes visiblement très portés sur une déconnade source d’espérance et d’optimisme.

Patrick BETAILLE, juillet 2021

Andy Warhol & Alan Aldridge – Chelsea Girls

 

Quand lui vient l’idée de ce film, Andy Warhol pense d’abord le tourner dans l’arrière-salle du Max’s Kansas City, sa boîte de nuit préférée. Chemin faisant, le concept évolue et finalement, à l’automne 1966 la décision est prise. C’est le Chelsea Hotel qui servira de décor. C’est là en effet que logent à l’année de nombreux artistes de la pouponnière d’artistes de la Factory. Sur un peu plus de trois heures et en mode Split-Screen, Andy Warhol et Paul Morrissey suivent la vie de certains des occupants des chambres de l’hôtel newyorkais. Entre expérimentation et contre-culture si chères à l’artiste, chaque scène comporte sa propre bande son et joue avec des alternances d’images photographiques noir et blanc et couleur. En cette période de libération de mœurs, la connotation avant-gardiste et érotique de Chelsea Girls fait sensation mais pas toujours de façon positive.  Roger Ebert, critique cinéma du Chicago Sun, décrit le documentaire comme ayant ″ peu de valeur intrinsèque ″. Le magazine Variety parle de ″ trois heures et demie inutiles et terriblement ennuyeuses ″.  Le public, lui, est au rendez-vous et offre à Warhol son premier grand succès commercial sur lequel vient se greffer un engouement inouï pour l’affiche du film.

C’est Alan Aldridge, un graphiste designer et illustrateur anglais, qui est à l’origine de l’illustration à propos de laquelle un Warhol dithyrambique dira: ″ j’espère que le film soit aussi bon que son affiche ″. L’image en question parvient à capter et traduire de façon mémorable l’essence même de Chelsea Girls: psychédélisme et érotisme à la frontière de la pornographie.  Pour atteindre son but, l’artiste joue avec plusieurs élément suggestifs et torrides. Des personnages dans des situations sans équivoque s’affichent aux fenêtres. En toile de fond, Clare Shenstone – une artiste en herbe alors âgée de 16 ans – pose nue et son entrejambes, comme une invite, héberge la porte d’entée de l’hôtel. Tout un programme et surtout un tour de force de la part du designer qui la même année se fait remarquer avec la pochette de A Quick One des Who, plus tard avec des illustrations de livres consacrés aux Beatles, et en 1975 avec celle de Captain Fantastic and the Brown Dirt Cowboy de Sir Elton John. C’est également Alan Aldridge qui est à l’origine du logo du Hard Rock Cafe.

Patrick BETAILLE, février 2021

Jimi Hendrix – South Saturn Delta

© Photo: Ed Trasher

 

À l’évocation de Jimi Hendrix il est bien sûr toujours question du talent exceptionnel du gaucher de Seattle et de sa place au panthéon des musiciens. L’importance de son influence dans le milieu des guitaristes de rock est aussi très souvent évoquée, au même titre que sa consommation d’alcool et de drogues diverses. Son décès enfin – survenant après celui de Brian Jones et précédant ceux de Janis Joplin et Jim Morrison – n’en finit plus d’entretenir le mythe et de nourrir la légende du Club des 27. Ce dont il est rarement question, c’est de son attachement pour Harley Davidson. Cette photo (merci André, correspondant permanent!) a été prise par Ed Thrasher au cœur des décors extérieurs permanents des studios cinéma de la Warner. Peu de temps avant sa mort, le guitar-hero pose sur un Panhead de 1964 transformé en chopper. L’un des clichés de la séance sera utilisée plus tard pour illustrer South Saturn Delta, un album mélangeant inédits et titres connus du catalogue qui couvrent la période 1967-1970. Publiée par MCA Records en 1997, cette compilation est produite par Janie Hendrix et Eddie Kramer.

Patrick BETAILLE, février 2021

Cynthia Albritton – L’ empreinte du Rock!

© Cynthia Plaster Caster

 

En 1967, Cynthia Albritton a 20 ans et poursuit ses études à Chicago. Au collège, son professeur d’art demande à la classe de réaliser des moulages en plâtre à partir d’un objet quelconque. La jeune fille a une idée: appliquer la consigne sur des sexes masculins en érection. Avec l’une de ses amies, elle se rend à un concert de Paul Revere and the Raiders et parvient à se faufiler en coulisses. Elle y rencontre Mark Lindsay, le chanteur du groupe, et lui propose d’effectuer un plâtre de son pénis. Celui-ci refuse mais qu’à cela ne tienne! Le projet fait son chemin, Cynthia peaufine sa technique et opte pour une matière utilisée par les dentistes pour réaliser des empreintes dentaires: l’ Alginate. En 1968, elle fait la rencontre de Frank Zappa qui, séduit par l’originalité du concept, parvient à la convaincre de le suivre à Los Angeles, alors paradis de la libération sexuelle, du rock et des groupies qu’elle se met à fréquenter assidument. Jusqu’en 1971, celle que l’on surnomme Plaster Caster et qui ne se déplace jamais sans son kit logé dans un valise, parvient à convaincre de nombreuses figures du milieu musical de se faire mouler le pivot de la joie en bonne et due forme. Parmi ses premiers clients, Jimi Hendrix et Noël Redding. Viendront ensuite Clapton, Eric Burdon, Richard Cole, Wayne Kramer, le manager de MC5, Richard Cole, le tour manager de Led Zeppelin, etc. Au total, une bonne cinquantaine de braquemards congestionnés passeront entre ses mains expertes; du moins jusqu’à ce que le cambriolage de son appartement mette temporairement fin à son activité. Suite à l’incident, Zappa et Albritton décident de mettre les empreintes péniennes en lieu sûr en prévision d’une exposition future. Ils confient donc les œuvres à la garde de Herb Cohen, l’associé de Frank, qui plus tard refusera de restituer les chibres emplâtrés. Plus aucune reproduction ne verra le jour jusqu’en 1981, année au cours de laquelle, après une longue bataille juridique, l’artiste parvient à récupérer la quasi totalité de son capital érectile. Finalement l’exposition a lieu en 2000 et, par la même occasion, sont proposés au public des moulages de poitrines de femmes destinés à soutenir et promouvoir le mouvement en faveur de l’égalité des sexes. En 2005 l’artiste apparait dans un documentaire de la BBC, My Penis and I puis, en 2010, Cynthia ″ Plaster Caster ″ Albritton brigue la mairie de Chicago sous l’étiquette The Hard Party mais perd les érections élections. Dur, dur!