Alain Gouvrion – Rolling Stones

 

Pas le genre d’ouvrage qui une fois lu se retrouvera relégué au rang de calage d’armoire normande bancale ou d’arme pouvant représenter une dangerosité pour la sécurité publique. Ce livre, une fois ouvert, l’on sait que l’on y reviendra. Plusieurs fois. Pour la richesse du contenu, celle du plaisir de l’œil et celle de l’approche historique. L’auteur? Alain Gouvrion, éminent journaliste et critique musical. Personnellement j’ai pu apprécier la plume de ce grand témoin du rock’n’roll circus dans les pages de Rolling Stone magazine puis, dans la lecture assidue de son ouvrage consacré à Eric Clapton: Clapton Cover. Au point d’oser affirmer tout de go que si à 50 ans t’as pas lu Gouvrion, t’as raté ta vie! Bref. Avec Rolling Stones, l’auteur et son éditeur mettent les petits plats dans les grands. Actualité oblige, tout commence et tout s’achève par un hommage émouvant – et pour une fois original – au regretté Charlie Watts: ″Ce modeste ouvrage est dédié à la mémoire de l’immense Charlie Watts, le plus jazz des batteurs de rock et réciproquement″. Les 285 pages qui affichent plus de 2 kg sur la balance font bien sûr la part belle aux pochettes des albums du bien nommé plus grand groupe de rock’n’roll du monde puisque c’est autour de ces cover art que gravite une biographie à nulle autre pareille. Outre les images, toutes les références indispensables (label, année de parution, titres, lieu d’enregistrement, production, musiciens additionnels, etc) figurent en bonne place. Y compris pour ce qui concerne la discographie solo des membres du groupe. Mais le plus intéressant, ce qui rend la lecture de ce pavé au format 33 tours jouissive, reste bien sûr l’histoire elle même. La grande, brillamment soulignée par de nombreuses anecdotes replacées dans leur contexte, et, la petite, très souvent étayée d’extraits d’interviews aux à-propos pertinents. Nous voici donc à mille lieues de la bio hyper pointue destinée aux fans ultimes ou du catalogue d’images séduisant mais sans grand intérêt. Rolling Stones est plus qu’intéressant. Il est accessible, riche, passionnant et donc essentiel. Joli coup de maitre de la part d’une maison d’édition qui outre cette nouveauté propose, entre autres publications, des ouvrages consacrés aux Beatles, à Higelin, Pink Flyod, Springsteen, Led Zeppelin ou encore Deep Purple : Éditions du Layeur!

Patrick BETAILLE, novembre 2021

Bob Gruen – Right Place, Right Moment

© Photos: Bob Gruen

De gauche à droite et de bas en haut:  Rolling Stones, Madison Square Garden, juillet 72 – Led Zeppelin, MSG New York, juin 77 – Aerosmith, Hammersmith Odeon, octobre 76 – The Clash, Boston, février 79.

Bob Gruen est l’un des photographes les plus connus et respectés du rock. De AC/DC à ZZ Top il a capturé la scène musicale pendant plus de quarante ans et produit un nombre incalculable de clichés dont certains ont acquis une renommée mondiale. Photographe personnel de John Lennon et il s’est également spécialisé dans les reportages backstage et a fait de nombreuses tournées avec les groupes punk et new wave émergents, notamment New York Dolls, Sex Pistols, Ramones, Patti Smith Group et Blondie. Il a même joué la charge de cavalerie au clairon en ouverture des concerts de The Clash à l’Hammersmith Odeon. Bob a bien sûr aussi travaillé avec de grands groupes rock tels que Led Zeppelin, The Who, David Bowie, Tina Turner, Elton John, Aerosmith, Kiss et Alice Cooper. Pour Gruen, ″ Le rock and roll, c’est la liberté de s’exprimer bruyamment. Il y a un sentiment d’anarchie lorsque vous vous trouvez au milieu d’une foule de fans enthousiastes, toute l’énergie étant concentrée sur ce qui se passe sur scène. Il est important pour moi de pouvoir capter ça avec mes clichés. Je dois souvent photographier rapidement pour saisir le bon moment, et je n’ai pas forcément le temps de me préoccuper de la mise au point ou d’autres détails techniques. Mais j’aime à penser que même si le sujet n’est pas forcément net, l’émotion, elle, est bien présente ″. Qu’on se le dise, le livre de l’auteur – Right Place, Right Time: The Life of a Rock & Roll Photographer – est actuellement disponible en librairie et ailleurs. Tout est dit et surtout, tout est là: Bob Gruen, Photo Files.

Patrick BETAILLE, novembre 2021

Terry O’Neill’s – Rock’ N’ Roll Album

 

David Bowie, Elton John, Led Zeppelin, Amy Winehouse, The Who, Janis Joplin, AC/DC, Eric Clapton, The Rolling Stones, Bruce Springsteen, The Beatles – pour n’en citer que quelques-uns – font partie des rock stars que le photographe Terry O’Neill (1938 – 2019) a suivies pendant près de quarante ans, sur scène, en studio ou en coulisses. ″ Dans les années 60, avec son appareil il était partout! Il a mis les Rolling Stones à la Une ″ (Keith Richards). 300 pages en 33 x 29 cm de témoignages visuels dont certains ont largement contribué à construire le mythe du rock. Entre 40 et 50 euros, où vous voulez!

Jean-Baptiste Mondino – Guitar Eros

© Photos: Jean-Baptiste Mondino

Jean-Baptiste Mondino débute dans les années 1970 en tant que directeur artistique chez Publicis. Devenu photographe au début des années 1980, il réalise la pochette de l’album Dernières balises d’Hubert-Félix Thiéfaine et d’autres pour le label Mankin Records (Taxi Girl) et Total Records (Prince: Lovesexy – Bjork: Debut). Il évolue vers la mode et, en parallèle, commence une carrière de réalisateur de video-clips dont celui de Cargo de Nuit d’Axel Bauer, Un Autre Monde, pour Téléphone, Russians, par Sting, Slave to Love de Brian Ferry, C’est comme Ça des Rita Mitsouko, etc. Également au palmarès du réalisateurs de pubs, Les campagnes J’Adore de Dior, avec Charlize Theron et Dior HOmmes avec Johnny Depp.

Grand passionné de musique et surtout de guitare, il a publié en 2006 un recueil de photos intitulé Guitar Eros. En couverture une photo d’un mannequin en rock’n’roll attitude, topless, clope au bec, regard hautain et Stratocaster en bandoulière: Mariacarla Boscono. 160 pages d’images de musiciens français ou internationaux, stars montantes ou reconnues. On y retrouve de nombreux guitaristes, anonymes ou célèbres, et des portraits rock stars. Mick Jagger, Madonna, Tom Waits, Keith Richards, Cat Power, Madonna, Lenny Kravitz, Ben Harper, ou encore Damien Saez. C’est pour ce dernier qu’en 2010 Mondino avait réalisé le cliché pour l’album et l’affiche de la tournée J’accuse: une femme nue dans un chariot de supermarché qui à l’époque avait été censuré. 


D’autres anecdotes à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


 

Nick Tosches – Hellfire

 

Le premier ouvrage de Nick Tosches( 1949-2019) est une biographie de Jerry Lee Lewis publiée en 1982. Dès sa parution, Hellfire  assure à l’écrivain une place au premier rang des écrivains majeurs de la scène musicale. ″ Je veux que les choses soient bien claires. Hellfire de Nick Tosches est le plus beau livre jamais écrit sur un interprète de rock’n’roll – il est sans égal. Mais il est loin de n’être que cela. Tôt ou tard, Hellfire sera reconnu comme un classique américain ″. C’est par ces mots que s’ouvre la préface de Greil Marcus, éminent critique rock et spécialiste de la pop culture américaine.

Nick Tosches remonte aux sources infernales du succès : les disques Sun, la famille pentecôtiste de Jerry, sa quête effrénée d’une musique explosive et retrace ensuite la chute de celui qui était sur le point de ravir sa couronne à Elvis the Pelvis: Le Killer. Les détails sont légion, le récit nerveux, concis et passionnant. Le style narratif percutant et travaillé, l’écriture absolument maitrisée. de quoi offrir à ce bouquin la richesse et la puissance  nécessaire à la compréhension d’une descente aux enfers de la gloire. Pas une seule seconde d’ennui à la lecture des quelques 200 pages de Hellfire et comme le dit si bien l’ami Vince grâce à qui j’ai découvert ce brûlot: ″… La tarte dans la gueule est immédiate, solide et implacable, personne n’y résiste, c’est efficace et rodé comme du papier à musique…″ (Lire la chronique sur Veetess!). À lire, Hellfire est à Jerry Lee ce que le concert Live at the Star Club de Lewis est à écouter: le témoignage rock & roll le plus pur, le plus dur jamais offert; un putain de bâton de dynamite. Attention, mèche courte!

Patrick BETAILLE, juin 2021

METAL HURLANT – Le Retour!

Dès sa création en 1975, le magazine devient un élément incontournable de la Pop Culture. Créé Jean-Pierre Dionnet – son rédacteur en chef de 1975 à 1985 – la formule trimestrielle propose avec succès un mélange de bandes dessinées sur fond de Science Fiction et un rédactionnel dans lequel la musique occupe une place de choix. Éditée par les Humanoïdes Associées, la revue cesse de paraître en 1987 après 133 numéros, pour revenir de 2002 à 2004 au format bimestriel. En mai 2006, un ultime numéro de cent pages est publié, annonçant la fin de Métal hurlant. En mai 2020, Vincent Bernière annonce le retour de Metal hurlant. La sortie de la nouvelle formule est prévue en octobre 2021 sous la forme mook: 288 pages couleur à mi-chemin entre livre et magazine. 50 auteurs, une trentaine d’histoires à feuilleter, de quoi relancer la machine et ravir les fans avec de nouveaux sujets. À n’en pas douter, la pandémie et ses conséquence seront à la Une. Le Futur, c’est déjà Demain!

Patrick BETAILLE, juin 2021

 

Le Gouëfflec & Moog – Underground, la BD

 

Sous-titrée Rockers maudits & grandes prêtresses du son, cette bande dessinée propose de courtes biographies d’artistes évoluant en marge de la lisière du rock et de ses dérivés, aux confins de l’inconnu, de l’étrange et du bizarre alors que tous font l’objet d’un culte parfois démesuré. Formidable livre d’une subjectivité fièrement assumée. Cette anthologie de 50 récits illustrés invite à découvrir des maestros, connus ou méconnus, qui par leurs productions ont indéniablement marqué la marginalité et la richesse de l’histoire du rock. Préfacé par Michka Assayas et pour 30€, Underground est actuellement disponible partout et même ailleurs.

Patrick BETAILLE, avril 2021

PHOTO – De la Musique Plein la Vue

Photo de FIFOU: Cover Art de Imany le disque de DINOS paru en 2018.

 

Bel exemplaire de Photo actuellement disponible en kiosque. ″Dans son dernier numéro le magazine se transforme en DJ et mixe musique et photographie, deux disciplines artistiques qui se connaissent bien pour s’être embrassées depuis longtemps..″. (édito de Francis Dagnan et Agnès Grégroire, extrait). Entre autres, au sommaire de ce numéro 547 du mensuel, Fifou, l’homme aux 1001 covers du rap, un requiem consacré à Gainsbourg, des sujets sur le studio Harcourt, la fondation Swiss Life et le graphiste Ard Delink. On y croise croise bien sûr des artistes (Daho, M, Jean-Michel Jarre, Renaud, etc) et des photographes comme Martin Parr, Masyoshi Sukita, Pierre & Gilles ou encore William Klein. En prime, un focus sur les femmes photographes et le marché de l’art, et surtout, un magnifique hommage au photographe Richard Aujard qui nous a quittés en février 2021. C’est punchy, documenté, riche et donc indispensable pour tisser un lien entre musique et photographie. Un seul regret, rien sur la censure dont cet art de l’instant a parfois été la victime. Pas grave, pour ça il suffit de se rabattre sur In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art.

Patrick BETAILLE, avril 2021 

Neil Saint – Spitting and Screaming

 

Dans les programmes qu’il diffuse à l’antenne, c’est ainsi qu’il se présente: The Saint! Pourtant, ni de près, ni de loin, l’auteur n’a quelque chose à voir avec un certain Simon Templar et encore moins avec Roger Moore. Neil Saint est un chroniqueur, interviewer, animateur de radio et passionné de musique. Spitting and Screaming, The True Story of British Punk (1971-1979). Tout un programme! Celui du livre dans lequel l’auteur se livre à une enquête approfondie sur la scène Pub Rock et British Punk du Londres des seventies. Des interviews et des témoignages nous (re)plongent au cœur du mouvement d’une jeunesse en révolte qui hurle, crache sa haine du système et donne naissance à un genre musical qui désormais s’exprime dans les pubs et les petits clubs. Au fil des 200 pages on croise The Sex Pistols, The Uk Subs, The Clash, The Stranglers, Dr Feelgood et beaucoup d’autres. Sally Jane Delaney raconte aussi qu’elle a eu l’occasion d’héberger les ricains de Eggs Over Easy et comment elle a assisté à la naissance du Pub Rock. Charlie Harper, membre fondateur de The UK Subs, raconte les tout premiers jours du club The Roxy, alors que d’autres comme Bill Grundy ou Andrew Lauder évoquent l’explosion de la scène punk en 77. Bref! une lecture (en anglais) incontournable pour les amateurs du genre et les nostalgiques de l’époque!

Pour la petite histoire. Au départ, c’est une photo de Patrick Higgins – talentueux photographe et éminent spécialiste de Dr Feelgood – qui devait faire la couv de Spitting and Screaming avec un cliché de Wilko Johnson sur scène à Londres.  Compte tenu du fait que, dans cet ouvrage, le cœur du sujet bat principalement pour le punk, New Haven Publishing et l’auteur ont décidé de la remplacer par une photo de Sid Vicious et de reléguer Wilko en quatrième de couv.

Patrick BETAILLE, mars 2021

Annye C. Anderson – Mon Frère Robert Johnson

Tout le monde connait les histoires qui courent autour de l’auteur de Dust my Broom, Love in Vain ou Sweet Home Chicago, de son soit disant pacte avec le diable en échange de dons musicaux exceptionnels, ou encore de sa mort tragique qui lui ouvrit les portes du Club 27. Tout cela appartient désormais à la légende. Ce dont on avait aucune idée, c’est ce que fut la vie de Robert Johnson. Nous voici comblés avec ce livre qui est le résultat d’une rencontre et d’entretiens retranscris par Preston Lauterbach, éminent journaliste et auteur de nombreux ouvrages consacrés au blues. Madame Annye C. Anderson, la demi-sœur qui partagea la vie de celui qu’elle surnommait Brother Robert, fait des révélations surprenantes et savoureuses sur le bluesman légendaire que les amateurs n’auraient jamais pu espérer découvrir sous ce jour. Ne comptez tout de même pas pouvoir lever le voile sur les circonstances de la mort de ce guitariste hors du commun, Annye était beaucoup trop jeune à l’époque. Il y a dans cet ouvrage beaucoup d’humilité, de tendresse et de très nombreuses anecdotes qui mettent un coup de projecteur sur l’histoire déchirante d’une famille et sur la vie quotidienne des noirs américains dans le Mississipi des années 30. Beaucoup de douleur également, et de rage aussi. « Ma famille a perdu Brother Robert deux fois : quand il a été tué dans le Mississipi, puis quand les rapaces ont colporté tous ces mythes sur lui, ont volé nos photos et nos souvenirs pour se remplir les poches« , fulmine Mme Anderson qui a bataillé en vain pendant des années et qui du haut de ses 94 années nous livre aujourd’hui un témoignage émouvant. Avec Mon Frère Robert Johnson, dans l’intimité de la Légende du Blues, les éditions RivagesRouges nous offre un document exceptionnel pour lequel il ne faut surtout pas hésiter à se délester de la modique somme de 19 euros.

Patrick BETAILLE, mars 2021