Les Irresistibles – My Year is a Day

 

1966. Ce n’est pas un américain qui débarque à Paris, mais quatre. Quatre garçons de 16 ans : les jumeaux Jim et Steve McMains, Tom Arena et Andy Cornélius. Ils sont arrivés avec leurs parents expatriés et fréquentent l’ ASP, l’American School of Paris. Déjà branchés musique, il commencent à se produire en animant des soirées au sein de leur communauté et, grâce à leurs interprétations proprettes de chansons du moment, finissent par se faire remarquer par CBS.  Sous le nom de Les Irresistibles, un premier single sort en mars 1968. Pour la musique, le label a fait appel à un certain William Sheller, alors jeune compositeur débutant de 21 ans qui, pour la circonstance, utilise une partition écrite à l’origine pour Dalida et qui ne sortira qu’au mois de juin sous le titre de Dans la Ville Endormie pour réapparaitre en 2021 dans la bande son du James Bond No Time to Die (Mourir peut Attendre). Juste avant les grèves du mois de mai 68, My Year Is a Day devient un tube en France, grâce notamment à une campagne promotionnelle rondement menée. Sur la pochette du disque, les quatre minets portent des fringues de couturier à la mode et courent devant la toute nouvelle Triumph que l’on retrouve en trois exemplaires dans le scopitone tourné sur le circuit automobile de Montlhéry…

Énorme succès en Europe. Le single se vend à 2 millions d’exemplaires dans le monde. Malgré d’autres tentatives comme Why Try to Hide paru à l’été 1969, le groupe ne connaîtra jamais un engouement équivalent. Les Irrésistibles repartent aux Etats-Unis puis se séparent en 1971 après avoir enregistré Christmas Bells Will Ring, la version anglo-saxonne de Petit Papa Noël, tout compte fait pas si irrésistible que ça.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Buddy Guy – The Blues Don’t Lie

 

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il a le sourire l’ami Buddy. En poche 4 Grammy Awards, 6 Blues Awards, 1 Billboard Century Awards obtenu en 1993 et le prix du Coup de cœur Blues décerné par l’Académie Charles-Cros en 2018. Un tel succès ne pouvait que laisser présager le meilleur pour ce récent album qui, 4 ans après The Blues is Still Alive and Well, concrétise le retour en studio du dernier blues giant. Ce témoignage arrive à point nommé,  65 ans après que Buddy arrive à Chicago dans un train en provenance de Baton Rouge avec juste quelques fringues et… sa guitare. Avec The Blues don’t Lie, l’âge aidant, le guitariste s’est assagit et joue la carte du calme et de la sérénité. Mais attention: sa guitare est toujours aussi propre, aérienne et musclée. Certains trouveront peut-être l’ensemble trop détendu, trop propre, voir même trop lissé. À ceux là je dis tout de go: ″ne venez pas piétiner ma zone de confort et allez voir du côté de Bigflo et Oli si j’y suis″. Cet album est avant tout, nostalgique, émouvant et sombre mais quand la stratocaster entre en scène, la fougue et l’énergie est au rendez-vous d’un genre dans lequel le guitariste excelle: transmettre avec subtilité et émotion ce qu’il ne peut traduire par les mots. Les ambiances sont variées. Invitée, l’icône du gospel Mavis Staples offre sa voix incomparable à We go back. James Taylor collabore harmonieusement à Follow the Money et Elvis Costello donne le ton sur ​​Symptoms of Love, un boogie lent aux accents ZZTopiens. De la partie également: Bobby Rush sur What’s Wrong with That, Jason Isbell sur un Gunsmoke Blues funky et Wenty Motten qui y va de ses vocalises sur House party. ″Je leur ai promis à tous – BB, Muddy, Sonny Boy! Tant que je serai là, je maintiendrai le blues en vie » disait Buddy Guy. Il tient sa promesse, une fois de plus, et The Blues Don’t Lie le prouve. À 86 ans et pour un trente-quatrième album c’est une putain de belle perf!

Patrick BETAILLE, octobre 2022

Shaka Ponk – Final Fucked Up Tour!

Après vingt ans d’existence, Shaka Ponk annonce mettre fin à son parcours musical. Il ne s’agit pas d’une rupture pour cause de mésententes diverses nuisant traditionnellement à la longévité des groupes, mais plutôt d’une prise de conscience. Les membres de la formation ne vont pas réellement se séparer mais se consacrer à d’autres activités. Frah et Samaha, les deux piliers, vont continuer à œuvrer pour la cause écologique. ″Grâce au public, Shaka Ponk est devenu notre vie, et cette vie nous a nourris″, écrivent-ils. ″Nous voulons maintenant la nourrir en retour et nous investir pleinement dans le développement de projets tels que The Freaks (NDLR – collectif d’artistes et de personnalités qu’ils ont fondé pour lutter contre la surconsommation, la pollution, le réchauffement climatique et protéger la biodiversité) dans lequel nous nous sentons à notre place, utiles et en phase avec les enjeux de notre époque : vivre et agir pour le vivant″.

La fin de l’aventure sera marquée par la parution en 2023 d’un septième et dernier album studio et par The Final Fucked Up Tour, une quarantaine de dates prévues d’octobre 2023 à mars 2024. les places sont déjà disponibles ICI!

Patrick BETAILLE, octobre 2022

The Frost – Rock & Roll Music

 

2’45, applaudissements compris puisque le titre a été enregistré live au Grande Ballroom de Detroit dans le Michigan. Composé par le guitariste chanteur Dick Wagner que l’on retrouvera plus tars en studio aux côtés d’Alice Cooper (Billion Dollars Baby  et School’s Out) et sur scène avec Lou reed ( Rock ‘n’ Roll Animal et Lou Reed Live). Hymne brut, simpliste et efficace, Rock & Roll Music n’y va pas par quatre chemin. Pour ceux qui auraient la comprenette difficile, le gimmick ″rock and roll music″ est répété 30 fois. Simple et efficace vous dis-je!..

Sorti en même temps que le LP en 1969, le single viendra renforcer le succès – hélas éphémère – de The Frost, pourtant déjà populaire sur la scène de Detroit aux côté de MC5 et des Stooges. 


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Patrick BETAILLE, septembre 2022

Pipi Tornado – Pipi of the Apes

 

Il s’en passe de belles sur la scène montpelliéraine, surtout quand en 2019 une chanteuse déjantée croise la route trois gugus habités par l’énergie d’un rock foutraque depuis bien longtemps absent des ondes françaises sur lesquelles l’auto-tune règne en maitre et où les Fatals Picards, Ultra Vomit, Gossip et autres Shaka Ponk brillent par leur absence. C’est donc au cœur de la scène alternative qu’il faut aller chercher ce qui parfois – et heureusement – colle aussi fort qu’un chewing-gum sur la semelle d’une tong en goguette à Palavas-Les-Flots. Sauf que là, c’est à Montpellier que ça se passe et c’est de platform shoes dont il s’agit. Celles de Mélodie Pastor, la chanteuse de ce groupe de quatre énergumènes visiblement portés sur fun, le sauvage et la dérision, y compris quand il s’agit du choix de leur patronyme: Pipi Tornado! Pipi, c’est le prénom suédois de Fifi Brindacier. Quant à Tornado, c’est le cheval de Zorro. Allez comprendre! En tous cas, musicalement, le quatuor assure comme c’est pas permis avec un mélange détonnant de rock, de jazz, de funk, de pop et de grunge bien présents dans ce premier EP éponyme autoproduit. Cinq titres pimentés à la sauce Nina Hagen que Mélodie revendique en tant qu’influence, au même titre que Juliette Lewis, The Bellrays, mais aussi The Clash et The Sex Pistols. Allez donc voir là bas si je n’y suis pas, en tous cas vous en saurez un peu plus sur ce truc déconnant, épique et jouissif: GlobRocker (Merci à  toi!).

Patrick BETAILLE, octobre 2022

 

The Peels – Juanita Banana

 

Voilà une histoire Ô combien épique qui valait bien le témoignage musical qui germa dans la tête du producteur Tash Howard. Son idée? Faire interpréter par un groupe, créé pour la circonstance, une chanson qu’il avait écrite avec Murray Kenton et que sa société de production (Howard-Smith Productions) financerait. Composé de Gail Allan, Bill Spilka, Harvey Davis et Harold Swart, The Peels enregistrent donc le fameux Juanita Banana. Sur la pochette originale, aucune information liée aux sources musicales. Le refrain est pourtant bel et bien tiré d’un air de bel canto extrait du Rigoletto de Giuseppe Verdi écrit 115 ans plus tôt. dès sa parution en 1966 le single devient culte, au point d’atteindre la cinquante-neuvième place au Billboard Hot 100 et de trouver un écho international avec des interprétations plus ou moins loufoques…

En France, c’est le comique de service cher à Maritie et Gilbert Carpentier qui y va de sa version scopitonée. Henri Salvador y apparaît grimé en Juanita aux longs cheveux nattés et en père pourvu de moustaches fournies qui plus tard inspireront Philippe Martinez. Quant à Tash Howard, il fera d’autres tentatives avec deux nouveaux singles, Juanita Banana-Part 2 et Scrooey Mooey, suivis d’un EP également nommé Juanita Banana. Mais le succès ne sera pas au rendez-vous. C’en était fini de The Peels.


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Patrick BETAILLE, octobre 2022

Pennie Smith – Le Clash du 14 Décembre 79

© Photo: Pennie Smith

 

Passionnée par le monde du rock, cette photographe britannique a réalisé de nombreux portraits de légendes et couvert bon nombre de concerts pendant lesquels elle a shooté les musiciens témoins actifs des moments forts de la scène musicale. Son premier cachet significatif elle l’obtient en couvrant une tournée de Led Zeppelin dans les années 1970, époque à partir de laquelle elle commence à travailler pour le New Musical Express. Au cours de sa collaboration avec le magazine, Pennie Smith a l’occasion de photographier beaucoup d’icônes et de légendes du Rock. Pink Fairies, Led Zeppelin, The Rolling Stones, The Who, Iggy Pop, The Jam, Debbie Harrie, et beaucoup d’autres se sont ainsi retrouvés au cœur de sa mémoire argentique. L’un de ses plus célèbres clichés est celui de Paul Simonon fracassant son instrument sur la scène du palladium de New York lors d’une tournée en 1979.

Bien avant cet événement mémorable, certains s’étaient déjà prêtés au jeu du ça casse et ça passe. Jerry Lee Lewis incendiant son piano en première partie de Chuck Berry, Pete Townsend éventrant son ampli à grands coups de manche de guitare ou encore Jimi Hendrix immolant sa Stratocaster sur la scène de Monterey. Mais là!.. Dans quelques millièmes de secondes et en gros plan, la Fender Précision Bass va s’écraser on stage et voler en éclats pour exprimer tout ce qui symbolise l’excitation, la puissance et l’urgence énergique du rock. 

Quand il voit le tirage, Joe Strummer envisage de le garder pour le cover art de l’album en devenir. Pennie, elle, trouve la photo de mauvaise qualité et tente de convaincre le chanteur-guitariste de The Clash de changer d’avis. En vain. Il la veut et il l’aura, soutenu en ce sens par le staff du NME qui trouve que le flou incriminé donne encore plus de force au témoignage visuel. 


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Aphrodite’s Child – Rain and Tears

 

Demis Roussos, Loukas Sideras et Vangelis Papathanassiou jouissent déjà d’une solide réputation dans leur pays, la Grèce, quand ils décident pourtant de changer d’air suite au coup d’état et à la dictature instaurée par les militaires. Le trio veut tenter sa chance Grande-Bretagne et, en mai 1968, c’est le départ d’Athènes en direction de Londres. À ce moment là, ça balance pas mal à Paris où leur avion reste bloqué à cause des grèves. N’ayant toujours pas obtenu leurs permis de travail anglais, les musiciens décident de rester dans la capitale française et d’y enregistrer leur premier album sous le nom de Aphrodite’s Child. Mercury Records investit alors les studios parisiens de Philips et suggère de commencer par travailler sur un single musicalement basé sur Canon per tre Violini e Basso. Vangelis ne tarde pas à adapter les arrangements du fameux Canon de Pachelbel et c’est à Boris Bergman, jeune auteur français, débutant et glandeur de première, qu’incombe l’écriture des paroles en anglais. Non productif, il se retrouve enfermé par le staff dans son bureau: ″Tu ne sortiras de là qu’après avoir pondu un texte″! C’est de sa fenêtre qu’il aperçoit un cortège funéraire sortant d’une église voisine. Il pleut – rain – et certains sont en pleurs – Tears. La chanson Rain and Tears et son cortège de mélancolie sur fond d’amour déchu est enfin enregistrée…

Se pose alors le problème du pressage. Les usines sont à l’arrêt. L’équipe finit par dénicher dans une arrière boutique de Saint-Ouen une ancienne unité de pressage qui est redémarrée pour la circonstance. Sorti en juin, le single devient très rapidement le tube de l’été 1968 qui ne sera pas étranger au succès international de l’unique groupe pop/rock hellénique: Aphrodte’s Child.


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  Patrick BETAILLE, septembre 2022

Martin Sharp – Cream

 

Dans les années 60, Martin Sharp (1942 – 2013) devient directeur artistique du magazine satirique australien OZ.  Les représentations psychédéliques de Bob Dylan, Jimi Hendrix, Donovan ou encore lMona Lisa entourées de bananes font de lui un artiste immédiatement reconnaissable. Sharp est alors le maitre incontesté des entrelacs tourmentés, des couleurs criardes et des lettrages surréalistes qui deviendront l’apanage de l’un des plus beaux courants artistiques des sixties. À Londres, il se lie d’amitié avec Eric Clapton avec qui, pendant un temps, il partage le même appartement. Au cours de cette période il offre au guitariste un poème qui aboutira à la chanson Tales of Brave Ulysse figurant en 1967 sur Disraeli Gears de Cream, album pour lequel le groupe bénéficiera du travail du designer quant à la réalisation du cover art. L’année suivante, Martin Sharp sera de nouveau de la partie pour l’illustration – en noir et blanc cette fois – du troisième opus du power trio Eric Clapton/Ginger Baker/Jack Bruce: Wheels of Fire.


D’autres anecdotes sur les pochettes de disques dans le livre: IN VINYLE VERITAS


 

Patrick BETAILLE, septembre 2022

NAPOLEON XIV – They’re Coming to Take me Away

 

Derrière le pseudo de NAPOLEON XIV se cache en fait le nom de l’ingénieur du son d’un studio new-yorkais, un certain Jerry Samuels. En 1966, en pleine période de psychédélisme il décide d’écrire et d’enregistrer une chanson simpliste, sorte de pied de nez ironique et humoristique à la tendance mystique, littéraire et surréaliste du moment. Il faudra pas moins de 9 mois à ce doux dingue pour atteindre son objectif, la principale difficulté consistant à travailler sans musiciens et surtout sans section rythmique. Il fait donc appel à quelques uns de ses amis pour enregistrer une piste de grosse caisse, un autre de tambourin et une troisième de claps de mains. Une fois finalisé, l’ensemble est ensuite mixé sous forme de boucle répétitive à laquelle est ajouté le son d’une sirène à manivelle louée 5$. Pour la voix, l’ingénieur fait appel à ses compétences de technicien en utilisant un séquenceur à vitesse variable qui lui permet de moduler son propos – aussi bien dans les aigus que dans les graves – tout en y ajoutant de l’écho et les hurlements de la sirène. Quant aux paroles, elles abordent le thème de la folie, celle dans laquelle le héro sombre quand sa copine le quitte… 

Craignant qu’on lui reproche de se moquer des maladies mentales, l’auteur décide de rajouter un dernier couplet dans lequel on découvre que c’est à cause de la fuite de son clébard parti en goguette que notre héro pète les plombs! Pour preuve, l’illustration du LP montre NAPOLEON à proximité d’une bouche à incendie sur laquelle tout bon canidé qui se respecte est censé pisser. Sauf que là, au bout de la laisse et dans le collier rien!..

They’re Coming to Take Me Away, Ha-Haaa! sort en single en juillet 1966. Contre toute attente et bien que censuré sur certaines radios (BBC notamment), le titre fait un carton et se retrouve instantanément N°3 au top 100 du Billboard, N°1 au cash Box, N°2 au Canada et N° 4 au Royaume-Uni. C’est tout simplement la face A jouée à l’envers qui figure la face B titrée !aaaH-aH ,yawA eM ekaT oT gnimoC er’yehT. Même les infos présentes sur l’étiquette sont intégralement imprimées à l’envers. Sans conteste une aventure musicale dans laquelle on se serait pas étonné outre mesure de voir débarquer le Screwy Squirrel de Tex Avery! En dernière position sur le LP paru la même année, la réponse attribuée à Joséphine XV: I’m Happy They Took You Away, Ha-Haaa! (Je suis contente qu’ils aient fini par t’enfermer).


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES  👈

Patrick BETAILLE, septembre 2022