Barrence Whithfield & the Savages – Under the savage sky

 

Ceux qui espèrent que le Rock’n’Roll ne soit pas mort et qu’il aura encore et toujours la capacité de les faire bouger doivent absolument posséder le dernier brûlot de Barrence Withfield. Under the Savage Sky est une petite tuerie qui prouve si besoin en était que Rock et Rythm & Blues ne sont pas concurrents mais complémentaires et fusionnels. A l’écoute des 12 titres on imagine sans mal Otis Redding en train de jammer avec MC5 ou Screamin’ Jay Hawkins accompagné par George Thorogood et ses Destroyers. Explosif! ” Kick out the jam motherfuckers ”! Ça hurle à tous les étages, Barrence s’y entend pour ça, mais il n’est pas question de frime, c’est juste un moyen supplémentaire de transmettre son énergie bienfaitrice. Quant au groupe, The Savages, il n’est pas en reste. Le guitariste Peter Greenberg, le bassiste Phil Lenker, le batteur Andy Jody et le saxophoniste Tom Quartulli assurent avec un talent et une efficacité redoutables. Et pour rester dans le ton, la production brute de décoffrage du disque restitue en studio et à merveille l’ambiance chaude d’un bar bondé où il fait bon ingurgiter quelques tartines de houblon avec des potes. Pour les avoir vu tout récemment sur la scène du Show Case à Pau le constat est imparable; que ce soit sur disque ou en live Barrence Withfield et sa bande de sauvages sont totalement dévoués à une juste cause, notre plaisir. Pour preuve: Rock and Roll Baby!

Patrick BETAILLE, octobre 2015

 
 

Seasick Steve – Sonic Soul Surfer

Seasick Steve Sonic Soul Surfer

On ne dira jamais assez de bien de Seasick Steve. La sortie récente de Sonic Soul Surfer, son huitième album en 11 ans, est donc l’occasion de s’attarder sur la production de cet artiste hors du commun. Sa voix ferait passer Tom Waits pour un crooner de kermesse et sa technique pourrait propulser Jack White vers un troisième prix de l’école de musique de Carpentras. Avec une sensibilité digne de hobo plus libre que le vent, le barbu à casquette et salopette à la Marvin Sutton est de retour. Toujours accompagné de Dan Magnusson, son fidèle batteur, Seasick Steve nous offre 16 nouvelles compositions dépouillées jusqu’à l’os qui bringuebalent entre Boogie ou Stomp nerveux et ballades Folk atmosphériques. Question Blues Rock, l’électricité rustique de titres que ne renieraient pas John Lee Hooker ou ZZ Top première époque nous promène sur des routes que l’on imagine parcourir au volant d’une vieille Ford T. Côté Folk, on retrouve avec un plaisir non dissimulé les belles ambiances du brillant ”You can’t teach an old dog new tricks” sorti en 2011  et déjà bourré jusqu’à la gueule d’un savant mélange de Blues viscéral et de Country généreuse. Quelque part ”Sonic Soul Surfer” est une petite merveille qui, loin des standards, perpétue une tradition qui devrait séduire quiconque bénéficie d’un minimum de disponibilité au niveau des esgourdes, d’un soupçon de sensibilité musicale et d’un goût avéré pour la musique émotionnellement authentique.

Patrick BETAILLE, septembre 2015

 

Davy Knowles – The Outsider

Davy Knowles the OutsiderSix années se sont écoulées depuis la sorite du Dvd ”Live at the Gaiety Theater” Six années au cours desquelles le guitariste Mannois a tourné sans compter et peaufiné de nouveaux titres. Revoici donc Davy Knowles, sans Back Door Slam cette fois,  avec un album solo qui devrait ravir les fans. Composé de 11 originaux et de deux reprises, ”The Outsider” se distingue d’emblée par son ampleur créative. Knowles semble apporter beaucoup de lui même dans des compositions au sein desquelles guitares et voix sont empreintes de sensibilité et d’originalité. La voix, déjà plus qu’ honnête, est devenue plus contrôlée et mieux dosée pour coller au feeling des chansons. Question guitare, le jeu du jeune prodige a gagné en subtilité et en finesse. Les chorus électriques sont toujours de haut vol mais Davy nous prouve aussi qu’il maîtrise magistralement la six cordes acoustique et le Dobro. Le disque débute par ”It’s not no grave”, un cover de Johnny Cash, et s’achève avec ”Pastures of plenty” sur une interprétation imaginative d’un titre de Woody Guthrie.  Les autres chansons évoluent entre ambiances bucoliques, mid tempo et blues joyeux en laissant une place aux purs moments de Rock’n’roll que sont ”Catch the Moon” et ”In a little while”. Actuellement, Davy Knowles travaille avec DAM Productions sur un film autour de sa musique et de ses influences. Intitulé ”Island Bound” , le documentaire devrait voir le jour prochainement; c’est l’autre bonne nouvelle.

Patrick BETAILLE, août 2015

Datura4 – Demon Blues

 

Un nouveau combo composé de vétérans de la scène Rock australienne, confirme que traditionnellement les autochtones ont un goût prononcé pour le Rock généreux et efficace. Sur leur premier album, Datura4 égrène un large éventail d’influences stylistiques gravitant autour de ces sons durs et lourds qui ont fait les riches heures des seventies. Tout nouveaux et  tout chauds,  les 11 titres de ”Demon blues” égrènent Hard Rock, Boogie et Blues Rock agréablement efficaces. Dès L’ouverture du disque, Out with the tide, affiche la capacité du groupe à œuvrer dans ce style si souvent galvaudé. A la différence de certains excités du manche, Dom Mariani (guitare et chant) et Greg Hitchcock (Guitares) jouent le jeu sans en faire des tonnes tandis que le duo Warren Hall/Stu Loasby assure le job en offrant une assise rythmique sobre et parfaitement équilibrée. Malgré quelques variations Pop ou West Coast ce Demon Blues  semble plus que prometteur et devrait pleinement satisfaire les adeptes de Heavy Rock, les amateurs de Left Lane Cruisers ou Radio Moscow et ceux en mal de décrassage des cages à miel. Infos et extraits: Alive Records!

Patrick BETAILLE, juillet 2015

 
 

Left Lane Cruiser – Dirty Spiff Blues

Left Lane Cruiser Dirty Spiff Blues

Les gars de Left Lane Cruiser aime le blues, le boogie, les gros amplis et les pédales de distorsion. Voilà pour la musique. Question mode de vie, l’alcool, les femmes, les potes et la marijuana occupent chez eux une place prépondérante. Depuis leur premier album en 2007 ils ont établi leur fond de commerce sur ces fondamentaux et la recette fonctionne plutôt bien pour  Frederick Joe Evans qui tient la Slide et le batteur Brenn Beck. À vrai dire ce qui à l’origine était un duo devient aujourd’hui un trio. Beck ayant quitté la formation il a été remplacé aux drums par Pete Dio et un certain Joe Bent s’est vu confier le rôle de bassiste. Et ce qui devait arriver, arrive. Le groupe de l’Indiana reste fidèle au bon gros Blues du Mississipi dans sa version Garage la plus brute mais il se met à explorer de nouveaux horizons. Comparé au remarquable ”Bring Yo’ ass to the table” sorti en 2008 ”Dirty Spiff Blues”, septième album de la formation, affiche plus de structure, des compositions plus fournies et surtout un son énorme. Plus grand, plus fort, et plus sale voici donc un très bon opus qui ferait penser à du R.L Burnside sous amphétamines. Un vrai régal que ce Voodoo hillbilly punk-blues qui l’instar d’un Tres Borrachos a de quoi tenir vos voisins éveillés une bonne partie de la nuit.

Patrick BETAILLE, juin 2015

 

Blind Faith – Blind Faith

Clapton, Winwood censure Blind Faith

[Extrait]: Fin 1968, Cream et Traffic viennent de se dissoudre. Eric Clapton et Steve Winwood décident de travailler ensemble sur de nouvelles idées musicales. Ils font appel à Ginger Baker, lui aussi en congé de Cream et sont rejoins par Ric Grech qui vient de plaquer Family en pleine tournée. Ce beau monde se réunit chez Clapton dans le Surrey pour établir les bases de ce qui sera l’unique album du groupe Blind Faith. Six titres, 42 minutes de Rock teinté de Blues avec quelques joyaux dont Presence of the Lord et  Can’t find my way home

L’album sort en août 1969 et reçoit un accueil mitigé de la part d’un public probablement déçu par la brièveté de l’œuvre et un Do what you like masturbatoire de 15 minutes qui occupe les 2/3 de la face B. Le disque est de plus attaqué par la censure car la jaquette réalisée par le photographe Bob Seidemann représente une jeune fille pubère, à demi-nue, tenant une maquette d’avion qui à l’époque est perçue en tant que symbole phallique. Anéanti par ces déconvenues, Clapton plonge dans la déprime et la drogue, laissant sans suite une des œuvres majeures de l’histoire du Rock.

Patrick BETAILLE, juin 2015


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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The Pretty Reckless – Going to Hell

 

Attention! The Pretty Reckless: groupe rock US à chanteuse physiquement intelligente. Going to hell est leur deuxième album, réussi en tant que parfaite illustration de l’évolution musicale parfois radicale que peut connaître un groupe lorsqu’il arrive à maturité. On en arrive assez vite à oublier l’ex-actrice de la série Gossip Girl pour se concentrer sur la musique. Dans le genre gros rock alternatif, le groupe new-yorkais propose donc quelque chose d’ intéressant et bien léché. Miss Momsen et ses killers évoluent dans un univers à la fois musclé et sensuel, à la musicalité parfaitement millimétrée, comme en témoigne en ouverture le titre éponyme à la rythmique survitaminée. Provocateur et rugissant Going To Hell  lorgne allègrement du coté heavy metal et annonce la couleur de l’ensemble de l’album. The Pretty Reckless semble également avoir assimilé le fait que le vrai rock peut aussi s’illustrer par des titres plus soft. Waiting for a Friend, par exemple, apporte une teinte country alors que Blame me flirte avec le Folk Rock. House on a Hill par contre vient confirmer l’adage selon lequel tout disque qui envoie du lourd doit héberger sa ballade stillovingyounesque. C’est chose faite. Cela permet au passage d’apprécier des qualités vocales qui permettent à Taylor Momsen de se faire remarquer autrement que par la courbe de ses lombaires. Going to Hell ne restera probablement pas dans les annales mais dans l’immédiat il mérite une oreille quelque peu attentive.

Patrick BETAILLE, mai 2015

 

Manu Lanvin – Son(s) of the Blues

Manu Lanvin & Devil Blues1984, Denis boitille sous la pluie, à ses côtés François qui trimbale un sac à dos et une guitare. Cette acoustique accompagne les deux loosers sur les routes, dans les rue de Paris, dans le métro et dans un squat. Hormis le rôle non négligeable de l’instrument dans ”Marche à l’ombre”, le film, il faut noter que c’est sur le manche plusieurs fois refait de l’Ibanez en question que Manu Lanvin a plaqué ses premiers accords. Il avait une douzaine d’années et allait tomber tête la première dans le chaudron. Avec quatre opus à son actif  le guitariste chanteur  reste pourtant méconnu du grand public et ce malgré de remarquables collaborations avec Paul Personne, Neal Black ou son ami Calvin Russel. Les choses devraient changer car il est prévu qu’il fasse sous peu la première partie de notre Jojo national, mais là n’est pas le sujet. ”Son(s) of the Blues”, devrait en séduire plus d’un avec ses 12 titres qui viennent de là, qui viennent du Blues. En l’écoutant on se promène à Nashville, à la Nouvelle Orléans voir même au sud des Etats Unis, plus précisément dans le Mississippi. Les influences sont bien présentes et il arrive même que des touches jazzy ou rockabilly viennent épicer un ensemble sur lequel le Devil Blues, en tant que trio, assure plutôt bien. La voix rauque et grave de Manu colle parfaitement au genre et les compos, toutes originales, se voient parfois sublimées par des chorus plus qu’ habiles comme en témoigne le titre éponyme qui ouvre l’album à 100 à l’heure . Quant aux textes (dont trois en français), ils sont bien là pour attester de la sensibilité et des talents de compositeur de l’artiste. Ce cinquième essai est un très bon disque, essentiellement Blues Rock mais pas que, digne des grands noms de la discipline, et il prend toute sa dimension lorsqu’il est joué sur scène. C’est là que l’aisance et la sincérité prennent toute leur dimension; quand énergie et feeling sont dépensés sans compter pour communiquer avec le public.

Patrick BETAILLE, mai 2015

Beady Eye – Couvrez ce sein!

Beady Eye, Be, Ulla Randal

″ Couvrez ce sein, que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, et cela fait venir de coupables pensées (Tartuffe de Molière).

2013, parution de Be, deuxième album de Beady Eye, le groupe de Liam Gallagher. La jaquette du disque affiche une photo représentant Ulla Randal. A l’origine le cliché d’ Harry Peccinotti figure sur le calendrier Pirelli édition 1968. En Angleterre, le téton de la jeune femme se retrouve masqué par un sticker.

Patrick BETAILLE, avril 2015


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Aphrodite’s Child – 666

Aphrodite's Child 666 the number of the Beast

[Extrait]: En 1971, paraît le troisième et double double album des Aphrodite’s Child.  ″666″ est en fait une relecture de l’Apocalypse selon St Jean dans laquelle Vangelis Papathanassiou exprime sa vision dantesque d’un monde secoué par la guerre, la misère, les révoltes étudiantes et les catastrophes naturelles. Déjà. Sur des textes de Costa Ferris le groupe livre là un disque barré et disparate où se côtoient mysticisme, psychédélisme, rock, musique traditionnelle et même Jazz. Bien que peu présent pour cause de dissensions naissantes au sein du groupe, Demis Roussos chante à merveille… 666 est un disque difficile à comprendre, original, ambitieux, étonnant, inventif et courageux. Trop!..

Non seulement à cause des références au satanisme mais aussi parce qu’il intègre en son sein des épisodes identifiés comme choquants. Tout d’abord la mention ″ This work was recorded under the influence of Sahlep ″, faisant référence à une boisson inoffensive à base de racines et de cannelle, est mal interprétée, à tort. Ensuite les premiers mots de l’album consistent en un slogan révolutionnaire sans ambiguïté: ″ We got the system to fuck the System ″. Enfin et surtout c’est la prestation d’Irène Papas qui vient titiller les consciences bien pensantes. En effet, sur ″ Infinity″, l’actrice simule un orgasme hystérique de cinq minutes en modulant un ″ I am, I was, I am to come I was ″ sur fond de percussions syncopées. Il n’en faut pas plus! L’ enfant d’Aphrodite explose en 1972 laissant à Demis Roussos et Vangelis Papathanassiou l’opportunité d’entamer les carrières solos que l’on sait en abandonnant derrière eux une œuvre qui, aimée ou détestée, reste majeure dans l’histoire du Rock Progressif.

Patrick BETAILLE, mars 2015


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