La Discothèque Idéale 2020

 

Dany Brillant chantant Aznavour vous en touche une sans faire bouger l’autre? Gad Elmaleh massacrant Nougaro vous donne des envies de suicide? 2020 n’a pas fait preuve de générosité du côté de ce qui s’écoute avec les oreilles, les pieds mais aussi avec le cœur. Pourtant le remède existe. Si, si! Le choix, bien qu’assumé, est bien évidemment relatif, partial et subjectif. Il a juste pour ambition d’entretenir l’espoir que le rock n’est pas encore mort et de prouver que, contre vents et marées, de talentueuses volontés mettent beaucoup de conviction et d’énergie pour que leur passion et leur plaisir deviennent nôtres. Bien sûr, le débat reste entier et ouvert mais il doit obéir à une constante et une seule: ″ La musique c’est comme la vie, ça se respire ″ (Francis Zegut). La discothèque idéale est ici: Rock’n’Roll Bordel!

Patrick BETAILLE, janvier 2021

The Jaded Hearts Club – You’ve always been there

 

En ces temps difficiles, s’agissant de  trouver une échappatoire à la sinistrose ambiante, tout est bon à prendre. Alors pourquoi ne pas jeter une oreille – surtout pas distraite – sur The Jaded Hearts Club qui jusqu’alors n’existait que sur scène sous le nom de Dr. Pepper’s Jaded Hearts Club Band (Salut sergent, ça va?). Initialement, l’idée vient du guitariste Jamie Davis qui pour son anniversaire décide de monter un groupe pour rendre hommage aux 4 de Liverpool. Davis fait donc appel à quelques potes. Miles Kane (The Last Shadow Puppets), Nic Cester (Jet), Matthew Bellamy (Muse), Sean Payne (The Zutons) et Graham Coxon (Blur) se retrouvent réunis pour une série de gigs. C’est ainsi qu’en 2019 un premier album live issu d’un concert donné au 100 Club de Londres est publié en édition limitée (vinyle blanc 180 gr) au profit du Shooting Stars Children’s Hospice. Le plaisir est au rendez-vous, public et musiciens y trouvent leur compte et l’alchimie de ces instants se traduit par l’envie d’entrer en studio et de mettre sur bande leur appétence pour la Soul de chez Motown. ″ De la même manière que le jazz réinvente de vieux morceaux, nous entretenons la tradition de groupes comme les Beatles ou les Stones à leurs débuts : trouver de bons standards de blues et de soul pour ensuite les jouer dans une veine plus moderne ″ (Matthew Bellamy). Des Isley Brothers aux Sonics en passant, entre autres, par Marvin Gaye et Screamin’ Jay Hawkins, les 11 titres de You’ve always been there rendent hommage aux sixties de la plus belle des manières. Avec ce premier essai (transformé), on redécouvre en versions rock des titres mythiques dont certains maintes fois repris. Pour en apprécier la fraicheur et l’énergie brute il faut bien sûr laisser de côté tout ce que peut susciter le concept de supergroup et éviter de se poser la question du pourquoi et du comment ça va durer ou finir. Il faut juste se laisser embarquer par un brillant revival conduit de main de maitre par une poignée de musiciens talentueux. Ok! Cet album ne va ni réécrire l’histoire du rock, ni sauver le monde. Reste qu’en tant que remède à la mélancolie, entre 30 minutes de fun et 3 minutes de Gad Elmaleh qui massacre Nougaro, le choix est vite fait!

 

Blues Pills – Holy Moly

 

Initialement, le troisième album des Blues Pills était prévu pour juin 2020. Sortie finalement décalée pour cause de… Gagné! Holy Moly succède donc Lady In Gold paru il y a déjà 4 ans. Déjà? Depuis, le groupe a connu un changement significatif avec notamment le départ du guitariste Dorian Sorriaux parti voguer sur d’autres sillons en 2018. Le prodige français est désormais remplacé par Zack Anderson qui céde sa place de bassiste à un nouveau venu: Kristoffer Schander. Vous suivez? Par contre, question ambiance, son et énergie rien ne change. Les suédois persistent et signent avec un rock psychédélique, bluesy et vintage à souhait, remarquablement porté par la voix d’Elin Larsson. Que ce soit à cappella ou dans des registres plus pêchus, les accents jopliniens de la chanteuse ne manquent pas de venir flatter les tympans de ceux qui rêvent d’un jumelage entre Stockholm et le Frisco du Big Brother & the Holding Company de la fin des sixties. En pariant sur les talents de la blonde Elin le quatuor rafle le jackpot et confirme son talent à promouvoir une musique riche et structurée. On pourrait regretter la finesse du jeu de Dorian Sorriaux mais, honnêtement, Zack est lui aussi un sacré guitariste. Énervé et magistral, soutenu par une bonne rythmique, il occupe brillamment un espace qu’il ne se prive pas de ponctuer d’habiles solos de wah-wah. La température monte en Scandinavie et pour une fois le réchauffement climatique n’y est pour rien! Avec ce Holy Moly, Blues Pills ne devrait pas manquer pas de convaincre les adeptes du genre et les fans de la première heure. Suivez mon regard.

Wes Wilson à l’Affiche

Décès de Wes Wilson
© Wes Wilson

 

Au cœur de la contre culture des Sixties, fleurissaient des affiches tourbillonnantes et criardes dont le lettrage aérien et tourmenté était parfois vraiment difficile à décoder. C’était la marque de fabrique de Wes Wilson. Véritable précurseur du genre, l’artiste s’attachait à remplir tout l’espace disponible de l’encart en lui donnant un aspect liquide. Sa façon à lui de promouvoir les concerts rock (Grateful Dead, Jefferson Airplane, Van Morrison, les Byrds, Janis Joplin, Jimi Hendrix etc…) de la côte ouest, en particulier au Winterland Ballroom, au Fillmore et à l‘Avalon Ballroom de San Francisco. Le roi de l’affichage psychédélique est décédé le 24 janvier 2020 à l’âge de 82 ans.

Patrick BETAILLE, février 2020

 

La Discothèque Idéale 2019

Un clic sur chaque image donne accès à la chronique de l’album correspondant!

Airbourne Boneshaker: Rock'n'Roll for Life The Who: Nouvel album 2019Miles davis Rubberband

Gims vous donne des envies de suicide? Booba vous en touche une sans faire bouger l’autre? Bien que 2019 n’ait pas fait preuve de générosité du côté de ce qui s’écoute avec les oreilles mais aussi avec les pieds, le remède existe! Le choix, bien qu’assumé, est bien évidemment relatif, partial et subjectif. Il a juste pour ambition d’entretenir l’espoir que le Rock n’est pas encore mort et de prouver que, contre vents et marées, de bonnes volontés mettent beaucoup de conviction et d’énergie pour que leur passion et leur plaisir deviennent nôtres. Le débat reste entier et ouvert mais il doit obéir à une constante et une seule: ″La musique c’est comme la vie, ça se respire″ (Francis Zegut). La discothèque idéale est ici: Rock’n’Roll Bordel!

Rival Sons nouvel album Kenny Wayne Shepherd Band Manu Lanvin Grand Casino

Patrick BETAILLE, décembre 2019

Abilene – Take no Prisoners

Nouvel Album Abilene

Le moins que l’on puisse dire c’est que Didier Céré n’est pas en peine lorsqu’il s’agit de partager sa passion pour le rock high energy. Auteur-compositeur, adaptateur avisé, en solo ou au cœur de formations qui écument les scènes de France, de Navarre et d’ailleurs, il contribue sans conteste à ce qui ce fait de mieux dans l’hexagone en terme de country music et southern rock. De shows en festivals, après 40 ans passés sur les routes, le chanteur guitariste est de retour avec un nouveau skud pour lequel il a fait appel aux fines gâchettes qui sévissaient dans le Sud-Ouest des années 80: Abilène! Ils sont là; Jean Pierre Medou et Jean Michel Calleja aux guitares – Daniel Quenard aux Drums avec en renfort Pascal Davant à la basse. Ils sont là; comme au bon vieux temps, quand ils ouvraient pour Dr Feelgood, Inmates, Ozark Moutnain Daredevils ou Little Bob et ils n’ont rien perdu de leur énergie. Dix titres qui déboulent comme un gros twin sur la route 66. C’est du brut de décoffrage, bougrement efficace et Didier Céré n’a pas son pareil quand il s’agit d’offrir toute la puissance de sa voix au rock’n’roll survitaminé qu’il affectionne et auquel la formation paloise rend ici hommage. Attention! Take no Prisonners Rock’n’Roll est un paquet de dynamite qui va vous péter à la gueule et vous propulser au sein d’un revival où Cochran, Setzer, Slade, Motorhead et Georgia Satelittes régnaient en maîtres pendant que The Gun faisait la course avec le Diable. Sortie officielle de cet excellent album en janvier. Pour écouter des extraits c’est Ici! Toutes infos et commande c’est Là! Allez y sinon c’est la privation de Jack Daniels et le goudron et les plumes qui vous attendent!

Tracklist: Le rade des zombies 3:31- Summertime blues 3:10 – Malaise à Nogales 3:52 – Cum on feel the noize 3:52 – Race with the Devil 3:01 – Bomber 3:57 – Sergio my hero 4:07 – Red hot 3:31 – Gudby T’Jane 3:47 – Keep your hands to yourself 3:21.

Patrick BETAILLE, décembre 2019

The Who – Who

The Who: Nouvel album 2019

Treize années se sont écoulées depuis Endless Wire, la dernière production studio de ce qu’il reste des Who. Treize années durant lesquelles Roger Daltrey et Pete Townsend se sont consacrés à l’écriture de bouquins, à la réalisation de disques solos et bien sûr à quelques tournées communes en mode best-of nostalgique. La parution de cette douzième production studio semble attester du fait que, même conscients d’être dans la dernière ligne droite, les frères ennemis veulent prouver qu’ils ont envie de renouer avec un genre qu’ils ont pour ainsi dire inventé. Onze nouvelles compositions qui bien évidemment lorgnent du côté du passé sans se démarquer d’un classicisme sur lequel les Who ont au fil des ans consolidé leur réputation. Même si à l’écoute les ambiances rappellent incontestablement la période Who’s Next et Quadrophenia (qui s’en plaindrait?) Who ne consiste pourtant pas en une resucée de vielles recettes éculées. Le chant de Daltrey a gagné en émotion ce qu’il a perdu en aigus et l’écriture de Townsend, toujours aussi aigri et engagé, s’appuie sur des compositions musicales qui n’ont rien perdu de leur finesse. ″ Who gives a fuck? ″, ″Qu’est-ce qu’on en a à battre?″ C’est ce que déclare le guitariste en ajoutant: ″Quand on a soixante-quatorze ans, franchement, qu’est-ce que ça peut bien vous foutre que le rock soit mort ? Être en vie, ça, oui, ça compte, et préserver la flamme avec son public, c’est quelque chose de délicat″. Quoiqu’il en soit il y a dans ce nouvel album de quoi rameuter les vieux fans et probablement en fédérer de nouveaux.

Patrick BETAILLE, décembre 2019

Sam Dunn – ZZ Top

Rockumentaire ZZ Top

 

That Little Ol’Band from Texas. C’est le titre de ce documentaire de Sam Dunn consacré aux barbus les plus célèbres de l’histoire du Rock. Depuis la fin des années 60, Billy Gibbons, Dusty Hill et Frank Beard jouent un mélange bien dosé et souvent détonnant de blues et de rock. Toujours ensemble, le trio évoque au cours d’interviews les débuts difficiles quand ils se produisent dans les rades au fin fond du Texas mais aussi l’épopée des clips MTV, le roadster Ford V8 et les filles de rêve d’ Eliminator. Il est aussi question aussi de la folie de certains shows qui feront de ZZ Top un phénomène mondial et des addictions de Franck  Beard. Au cours des 90 minutes de visionnage nombreuses sont les images d’archives de concerts, les témoignages et les anecdotes. ″Frank s’en foutait de ne pas avoir la barbe, il avait déjà le nom!″ (Billy Gibbons). Figurent même des rushes, visiblement tournés pour l’occasion au cours desquels les texans jouent plusieurs de leurs  titres (Blues shuffle in C, Brown Sugar, La Grange et Blue Jean Blues). Le film fera l’objet d’une première mondiale le 13 août à Hollywood, peu avant le début de la tournée mondiale qui fêtera les 50 ans de carrière du groupe. Pas de sortie prévue dans les salles françaises mais en attendant la sortie en Dvd chez Eagle Rock il est encore possible de visionner le documentaire déjà diffusé sur Arte le 21 juin et disponible jusqu’au 19 septembre: That Little Ol’Band from Texas.

Patrick BETAILLE, juillet 2019

Sophie Rosemont – Girls Rock

Les filles du Rock″En 1922, c’est une femme, Trixie Smith, qui utilise pour la première fois le vocabulaire du rock dans sa chanson: My man Rocks me with one steady Roll″.(NdT: Mon mec me culbute vigoureusement). La Musique, Sophie Rosemont, journaliste aux InRocks et à Rolling Stone, elle connait! Depuis de nombreuses années elle grenouille dans le monde du Rock et elle a eu la chance de pouvoir rencontrer, côtoyer et interviewer bon nombre de représentants d’un genre qui le plus souvent se définit au masculin. En effet, quand on parle de légendes, généralement c’est de mecs dont il s’agit. Quand ça et là sont évoquées des Yoko Ono ou des Courtney Love, c’est en tant que ″femme de″ et ″copine de″. Quand sont retracés les parcours de Janis Joplin ou Amy Winehouse c’est au travers de la vision étriquée de leur penchant pour la bouteille. Ces figures mythiques ne sont que très rarement considérées pour ce qu’elles représentent en tant que valeur artistique, apport culturel ou influence. Girls Rock avec ses 350 pages s’attarde sur quelques 140 musiciennes qui au travers de leurs œuvres et de leurs talents ont largement contribué à l’édification du temple dédié à la musique populaire. Certes toutes n’y sont pas mais Rosetta Tharpe, P.J Harvey, Aretha Franklin, Patti Smith, Kate Bush, Cat Power, Poly Styrène, Nico et toutes les autres sont ici invitées. Histoire, style, engagement, rumeurs et discographie sont abordés au travers de bios, d’anecdotes et de témoignages qui soulignent l’importance de la Girl Power. Même sur fond de machisme et de discrimination, plus qu’un livre connement féministe, Girls Rock doit être considéré comme un document partial mais indispensable qui met au placard les groupies peroxydées pour rendre justice à ces oubliées du collectif musical. ″Les femmes ont des couilles. Elles sont juste un peu plus haut placées, voilà tout!″[Joan Jett].

Patrick BETAILLE, juillet 2019

Jerry Lee Lewis – Jack Daniels, Old No7

Jerry Lee Lewis Jack Daniel's Old No7
© Image: Jerry Lee Lewis.com

 

Bruce Springsteen a dit de lui: ″ This Man doesn’t play Rock’n’Roll. He is Rock’n’Roll! ″ (Cet homme ne joue pas du rock’n’roll! Il est le rock’n’roll !). Véritable pionner en la matière, Jerry Lee Lewis  exprime au chant et au piano un rock fulgurant et déjanté. Plusieurs compos de ce bad boy du rock ‘n’ roll sont devenus de grands classiques: Great Balls of Fire, Whole Lotta Shakin’ Goin’ On, High School Confidential, ou encore sa reprise de What’d I say de Ray Charles. Marqué par de nombreux drames familiaux et autres démêlés avec la justice, celui que l’on surnomme The Killer cultive le sens de la provocation aussi bien à la ville en épousant sa nièce de 13 ans, que sur scène en mettant le feu à son clavier. Mais Jerry Lee est aussi un gros consommateur de drogues diverses et d’alcool avec une appétence avérée pour le Jack Daniel’s. Il rend hommage au Tennessee Whiskey dans une chanson country intitulée Jack Daniels, Old Number Seven et Il affirme par ailleurs: ″ le rock ‘n’ roll n’aura été pour moi qu’un moyen de gagner de quoi enregistrer des disques de country, ma véritable passion ″.

″ A woman wrings her hands and cries: I’ve lost my man. You should a seen him, tote that diesel ‘cross the land. Now you’ll find him upon Lynchburg, Tennessee. Collecting bottles in his old dungarees ″. Traduction: Une femme pleure et se lamente: Mon mari est parti! Tu aurais dû le voir au volant de son pick-up mais à l’heure qu’il est tu le trouveras du côté de Lynchburg Tennessee, occupé à bourrer son vieux bleu de travail de bouteilles.

♥ A écouter: Live at the Star Club, Hambourg (1964) un paquet de dynamite mèche courte considéré comme le meilleur album live de l’histoire du rock ‘n’ roll!