PHOTO – De la Musique Plein la Vue

Photo de FIFOU: Cover Art de Imany le disque de DINOS paru en 2018.

 

Bel exemplaire de Photo actuellement disponible en kiosque. ″Dans son dernier numéro le magazine se transforme en DJ et mixe musique et photographie, deux disciplines artistiques qui se connaissent bien pour s’être embrassées depuis longtemps..″. (édito de Francis Dagnan et Agnès Grégroire, extrait). Entre autres, au sommaire de ce numéro 547 du mensuel, Fifou, l’homme aux 1001 covers du rap, un requiem consacré à Gainsbourg, des sujets sur le studio Harcourt, la fondation Swiss Life et le graphiste Ard Delink. On y croise croise bien sûr des artistes (Daho, M, Jean-Michel Jarre, Renaud, etc) et des photographes comme Martin Parr, Masyoshi Sukita, Pierre & Gilles ou encore William Klein. En prime, un focus sur les femmes photographes et le marché de l’art, et surtout, un magnifique hommage au photographe Richard Aujard qui nous a quittés en février 2021. C’est punchy, documenté, riche et donc indispensable pour tisser un lien entre musique et photographie. Un seul regret, rien sur la censure dont cet art de l’instant a parfois été la victime. Pas grave, pour ça il suffit de se rabattre sur In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art.

Patrick BETAILLE, avril 2021 

Neon Animal – Make no Mistake

 

Effectivement, passer à côté de l’album de Neon Animal serait commettre une erreur. Une grosse erreur. Parmi les groupes qui pourraient prétendre perfuser un peu de sang neuf dans un genre qui souffre d’asthénie depuis pas mal de temps, ce quatuor londonien semble bien décidé à vouloir s’imposer au sein de la mouvance d’un classic rock revival. Neuf titres sans fioritures, accrocheurs, lourds et efficaces à souhait. Neuf titres qui parlent de sexe, de drogue et de rock’n’roll en foutant un bon coup de pied au cul du consensus musical aseptisé du moment. Grosses guitares, lourdes rythmiques, vocalises intenses, Make No Mistake est une véritable ouverture des hostilités sans négociation préalable. Une déclaration de guerre. De celles qu’à une époque les New York Dolls ont perdue, de celles auxquelles Aerosmith a succombé à force de poser, de celles à cause desquelles Guns N’ Roses a perdu son panache, de celles auxquelles Greta Van Fleet ne prendra jamais part et de celles enfin qu’aurait pu gagner Motörhead si Lemmy…. Rock ‘N’ Roll War,  Let’s Make The World Rock, Rock ‘N’ Roll Suicide… Le message est plutôt clair. Neon Animal aime le heavy rock, il le prouvent avec ce deuxième album qui reste une véritable menace! À bon entendeur, rock’n’roll bordel!

 

Lee Brilleaux – Mont de Marsan

© Photo: Patrick BETAILLE – Salle du Petit Bonheur de Mont de Marsan.

le 7 avril 1994 disparaissait Lee Green Collinson – dit Lee Brilleaux – L’emblématique chanteur/harmoniciste et fondateur du meilleur groupe de pub rock de tous les temps: Dr Feelgood. Voilà 27 ans qu’un cancer a eu raison de ton incomparable énergie. Voilà 27 ans que tu me manques. Rest in Peace Lee!

Patrick BETAILLE, avril 2021

Prince – Lynn Goldsmith vs Andy Warhol Foundation

 

En décembre 1981 et à la demande de Newsweek, la photographe Lynn Goldsmith immortalisait Prince sur un cliché qui finalement ne sera jamais publié. Trois ans plus tard, c’est Vanity Fair qui achète la licence de l’image et demande à Andy Warhol d’en faire une illustration pour un article consacré au Kid de Minneapolis. Dans un style reconnaissable entre tous, Warhol réalise alors une série de seize portraits colorés en violet et en rouge. Goldsmith n’a pris connaissance de ces détournements qu’en 2016, après que Vanity Fair les ait republiés après la mort de Prince, et ce sans faire mention de quelque crédit que ce soit. La photographe intente alors une action en justice face à la fondation Andy Warhol et perd son procès. ″Chaque œuvre de Prince Series est immédiatement reconnaissable comme un Warhol plutôt que comme une photo de Prince. De la même façon que les célèbres représentations de Marilyn Monroe et Mao sont reconnaissables comme des Warhol et pas comme des photos réalistes de ces personnes″ précisent les juges. Après des années de bataille juridique, Lynn Goldsmith a finalement obtenu gain de cause en appel. Dans un jugement rendu en mars dernier, la cour d’appel newyorkaise affirme que le peintre a effectivement violé le droit d’auteur d’un photographe en utilisant le cliché de prince sans autorisation et sans crédit. Satisfaite du jugement, Lynn Goldsmith a déclaré: ″Je n’en fais pas une question d’argent! Je me suis battue pour protéger non seulement mes propres droits, mais aussi les droits de tous les photographes et artistes visuels de gagner leur vie en octroyant une licence sur l’utilisation de leur travail créatif″. Reste que la Andy Warhol Foundation a déjà annoncé vouloir faire appel.  C’est reparti pour un tour!

Patrick BETAILLE, avril 2021

Frank Frazetta – Molly Hatchet

 

[Extrait]: Frank Frazetta, était l’un des artistes américains les plus influents de la science-fiction et de l’heroic fantasy. C’est du moins dans cette catégorie que ce peintre a marqué de son empreinte l’univers de la bande dessinée, des couvertures de magazine comme Creepy, des receuils de nouvelles consacrées à Conan le Barbare et du comic strip avec, entre autres, Flash Gordon et Vampirella. Plusieurs groupes de rock et de hard rock ont fait appel à l’artiste newyorkais pour illustrer les pochettes de leurs albums. C’est le cas notamment de Herman’s Hermits, Nazareth, Yngwie Malmsteen et Wolfmother. Mais question artwork, le travail le plus remarquable de Frazetta est celui qu’il a effectué pour un groupe de rock sudiste dont le nom est tiré de celui d’une prostituée qui avait pour habitude de mutiler et décapiter certains de ses clients: Molly Hatchet. Son personnage du Death Dealer à la hache surdimensionnée illustre le premier album éponyme du combo de Jacksonville en 1978 puis celui de Flirtin’ with Disaster l’année suivante. Même ambiance pour Beatin’ the Odds en 1980 mais cette fois le Pourvoyeur de Mort troquera sa hache contre un glaive. C’est sûr, y’a quand même de quoi perdre la tête!


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, avril 2021

Vinyls – Cinématique

© Bill Watterson

″ Playing a record? I’ll show you something interesting… Compare a point on the label with a point on the record’s outer edge. They both make a complete circle in the same amount of time. Right?

But the point on the record’s edge has to make a bigger circle in the same time. So it goes faster. you See, two points on one disc move at two speeds eventhough they both make the same revolutions per minute!″


D’après la bande dessinée de Bill Watterson: Calvin & Hobbes (Extrait).

Patrick BETAILLE, avril 2021

Cancel Culture – Les Looney Tunes dans le Viseur

 

Ça sent le roussi pour Pépé le Putois! La Warner vient de tailler un short à la mouffette aux allures de french lover qui poursuit de ses assiduités Pénélope Pussycat. Fortes de ce constat, de nouvelles voix s’élèvent aussi contre la présence du loup de Tex Avery, mâchoire tombante, yeux exorbités et langue pendante à la vue de pin-up affriolantes. Idem pour Speedy Gonzales et les stéréotypes qu’il véhicule sur les mexicains. Vil Coyote, qui ne pense qu’à faire un sort à Bip Bip, est accusé de harcèlement et d’agressivité. Sexisme, culture du viol, incitation à la violence, grossièretés, désormais tous les prétextes sont bons pour revendiquer l’effacement ou l’interdiction des dessins qui ont animé nos enfances sans pour autant faire de nous des obsédés notoires, des serial killers ou des pervers psychopathes. Si pour certains la démarche de la Warner relève d’une banale évolution de la société, pour d’autres, les personnages incriminés sont tout simplement les victimes d’une Cancel Culture (culture de l’effacement) prétendument garante de la Morale et de la préservation des bonnes mœurs. Ben voyons! C’est un peu vite oublier qu’à une époque, la plus grande société de production et de distribution cinématographique au monde n’avait pas hésité à agir de même pour se débarrasser de ce qui collait au cul de l’histoire peu glorieuse du pays de l’Oncle Sam. Déjà dans les années 2000 une intégrale de l’œuvre Tex Avery avait été censurée dans sa réédition en DVD. Deux des 65 dessins animés sont été purement et simplement écartés. Aux oubliettes Uncle Tom’s Cabana dans lequel un noir fait de la résistance et obtient gain de cause face à des promoteurs immobiliers. Oublié Half-Pint Pygmy mettant en scène une tribu d’individus lippus aux tresses dressées. Sept autres dessins animés ont subi des coupes ou des retouches à la palette graphique. Effacées les têtes des personnages qui se retrouvent transformées en blackfaces suite à des explosions; gommée la pancarte ″No Japs″ de The Blitz Wolf dans lequel Tex Avery se moque d’Hitler. Peut on envisager un seul instant que là aussi il soit question de moralité? Certainement pas non! Plutôt un moyen ridicule de tirer un trait sur, entre autres exactions, 250 ans d’esclavage des africains, 1 siècle de ségrégationnisme et de massacres des populations indiennes. Pauvre monde! À quand remonte la dernière rencontre avec un loup érotomane, un Petit Chaperon Rouge version pin-up dévoyée, un putois et un coyote champions de la loose ou un bébé qui flingue son voisin parce qu’il louche sur sa sucette? Tremblez Vil Coyote, Speedy Gonzales, Pépé Le Putois et autres Looney Tunes! Pour notre santé morale et donc pour notre bien, la bien-pensance d’un pays champion du monde de l’ingérence, de l’interventionnisme, du racisme, de la violence, de malversations en tout genre et de la vente d’armes, est en train de mettre à mal la parodie, la dérision, la frénésie et l’humour de la transgression visuelle et narrative. Même en Belgique Annie Cordy se retrouve taxée de racisme à cause de son Cho Ka Ka O! Si, si! D’ici qu’ils coupent le Zizi de Pierre Perret parce qu’en colo il a pissé dans le lavabo, y’a pas loin!


Bonus: La censure des pochettes de disques en Livre: In Vinyle Veritas!


 

Patrick BETAILLE, mars 2021

Neil Saint – Spitting and Screaming

 

Dans les programmes qu’il diffuse à l’antenne, c’est ainsi qu’il se présente: The Saint! Pourtant, ni de près, ni de loin, l’auteur n’a quelque chose à voir avec un certain Simon Templar et encore moins avec Roger Moore. Neil Saint est un chroniqueur, interviewer, animateur de radio et passionné de musique. Spitting and Screaming, The True Story of British Punk (1971-1979). Tout un programme! Celui du livre dans lequel l’auteur se livre à une enquête approfondie sur la scène Pub Rock et British Punk du Londres des seventies. Des interviews et des témoignages nous (re)plongent au cœur du mouvement d’une jeunesse en révolte qui hurle, crache sa haine du système et donne naissance à un genre musical qui désormais s’exprime dans les pubs et les petits clubs. Au fil des 200 pages on croise The Sex Pistols, The Uk Subs, The Clash, The Stranglers, Dr Feelgood et beaucoup d’autres. Sally Jane Delaney raconte aussi qu’elle a eu l’occasion d’héberger les ricains de Eggs Over Easy et comment elle a assisté à la naissance du Pub Rock. Charlie Harper, membre fondateur de The UK Subs, raconte les tout premiers jours du club The Roxy, alors que d’autres comme Bill Grundy ou Andrew Lauder évoquent l’explosion de la scène punk en 77. Bref! une lecture (en anglais) incontournable pour les amateurs du genre et les nostalgiques de l’époque!

Pour la petite histoire. Au départ, c’est une photo de Patrick Higgins – talentueux photographe et éminent spécialiste de Dr Feelgood – qui devait faire la couv de Spitting and Screaming avec un cliché de Wilko Johnson sur scène à Londres.  Compte tenu du fait que, dans cet ouvrage, le cœur du sujet bat principalement pour le punk, New Haven Publishing et l’auteur ont décidé de la remplacer par une photo de Sid Vicious et de reléguer Wilko en quatrième de couv.

Patrick BETAILLE, mars 2021

NELL – The Pace of Life

 
Nell est auteure, compositrice, chanteuse et guitariste. je suis même sûr qu’à l’occasion elle ne rechigne pas à recharger la photocopieuse puisqu’elle s’occupe également de tout ce qui est prod, com et promo. En ces temps difficiles on est jamais mieux servi que par soi même! En 2017 paraissait un premier album qui donna lieu à une tournée en compagnie du guitariste Marco Stefanelli. Trois ans à sillonner les routes de France et d’Europe ça rode les cordes de guitares, ça forge le caractère, ça entretient l’expérience mais ça facilite également les remises en question constructives. Pour preuve, en 2020 le duo passe à une formule consolidée avec une section rythmique composée de Nicolas Marsal à la basse et d’ Etienne Lagarde à la batterie. À la base essentiellement folk, Nell donne aujourd’hui à son univers une dimension plus électrique, plus pop et plus rock à la fois,  parfois même avec quelques teintes bluesy. C’est du moins ce qui se dégage de son très prometteur nouvel EP, joliment illustré par l’artiste Kyrieh Alienor. Amateurs de boules à facettes, de starlettes peroxydées et d’auto-tune passez votre chemin. Ici, avec The Pace Of Life, on parle musique, énergie et sensibilité de la part d’une artiste originale et sincère qui fait ce qu’elle aime, qui aime ce qu’elle fait et qui sait faire preuve d’humour et d’autodérision en se mettant en scène dans un clip. Chapeau mademoiselle! Pour en savoir plus: The Pace of Life.
 
Patrick BETAILLE, mars 2021