Nick Tosches – Hellfire

 

Le premier ouvrage de Nick Tosches( 1949-2019) est une biographie de Jerry Lee Lewis publiée en 1982. Dès sa parution, Hellfire  assure à l’écrivain une place au premier rang des écrivains majeurs de la scène musicale. ″ Je veux que les choses soient bien claires. Hellfire de Nick Tosches est le plus beau livre jamais écrit sur un interprète de rock’n’roll – il est sans égal. Mais il est loin de n’être que cela. Tôt ou tard, Hellfire sera reconnu comme un classique américain ″. C’est par ces mots que s’ouvre la préface de Greil Marcus, éminent critique rock et spécialiste de la pop culture américaine.

Nick Tosches remonte aux sources infernales du succès : les disques Sun, la famille pentecôtiste de Jerry, sa quête effrénée d’une musique explosive et retrace ensuite la chute de celui qui était sur le point de ravir sa couronne à Elvis the Pelvis: Le Killer. Les détails sont légion, le récit nerveux, concis et passionnant. Le style narratif percutant et travaillé, l’écriture absolument maitrisée. de quoi offrir à ce bouquin la richesse et la puissance  nécessaire à la compréhension d’une descente aux enfers de la gloire. Pas une seule seconde d’ennui à la lecture des quelques 200 pages de Hellfire et comme le dit si bien l’ami Vince grâce à qui j’ai découvert ce brûlot: ″ La tarte dans la gueule est immédiate, solide et implacable, personne n’y résiste, c’est efficace et rodé comme du papier à musique…″ (Lire la chronique sur Veetess!). À lire, Hellfire est à Jerry Lee ce que le concert Live at the Star Club de Lewis est à écouter: le témoignage rock & roll le plus pur, le plus dur jamais offert; un putain de bâton de dynamite. Attention, mèche courte!

Patrick BETAILLE, juin 2021

METAL HURLANT – Le Retour!

Dès sa création en 1975, le magazine devient un élément incontournable de la Pop Culture. Créé Jean-Pierre Dionnet – son rédacteur en chef de 1975 à 1985 – la formule trimestrielle propose avec succès un mélange de bandes dessinées sur fond de Science Fiction et un rédactionnel dans lequel la musique occupe une place de choix. Éditée par les Humanoïdes Associées, la revue cesse de paraître en 1987 après 133 numéros, pour revenir de 2002 à 2004 au format bimestriel. En mai 2006, un ultime numéro de cent pages est publié, annonçant la fin de Métal hurlant. En mai 2020, Vincent Bernière annonce le retour de Metal hurlant. La sortie de la nouvelle formule est prévue en octobre 2021 sous la forme mook: 288 pages couleur à mi-chemin entre livre et magazine. 50 auteurs, une trentaine d’histoires à feuilleter, de quoi relancer la machine et ravir les fans avec de nouveaux sujets. À n’en pas douter, la pandémie et ses conséquence seront à la Une. Le Futur, c’est déjà Demain!

Patrick BETAILLE, juin 2021

 

Le Gouëfflec & Moog – Underground, la BD

 

Sous-titrée Rockers maudits & grandes prêtresses du son, cette bande dessinée propose de courtes biographies d’artistes évoluant en marge de la lisière du rock et de ses dérivés, aux confins de l’inconnu, de l’étrange et du bizarre alors que tous font l’objet d’un culte parfois démesuré. Formidable livre d’une subjectivité fièrement assumée. Cette anthologie de 50 récits illustrés invite à découvrir des maestros, connus ou méconnus, qui par leurs productions ont indéniablement marqué la marginalité et la richesse de l’histoire du rock. Préfacé par Michka Assayas et pour 30€, Underground est actuellement disponible partout et même ailleurs.

Patrick BETAILLE, avril 2021

PHOTO – De la Musique Plein la Vue

Photo de FIFOU: Cover Art de Imany le disque de DINOS paru en 2018.

 

Bel exemplaire de Photo actuellement disponible en kiosque. ″Dans son dernier numéro le magazine se transforme en DJ et mixe musique et photographie, deux disciplines artistiques qui se connaissent bien pour s’être embrassées depuis longtemps..″. (édito de Francis Dagnan et Agnès Grégroire, extrait). Entre autres, au sommaire de ce numéro 547 du mensuel, Fifou, l’homme aux 1001 covers du rap, un requiem consacré à Gainsbourg, des sujets sur le studio Harcourt, la fondation Swiss Life et le graphiste Ard Delink. On y croise croise bien sûr des artistes (Daho, M, Jean-Michel Jarre, Renaud, etc) et des photographes comme Martin Parr, Masyoshi Sukita, Pierre & Gilles ou encore William Klein. En prime, un focus sur les femmes photographes et le marché de l’art, et surtout, un magnifique hommage au photographe Richard Aujard qui nous a quittés en février 2021. C’est punchy, documenté, riche et donc indispensable pour tisser un lien entre musique et photographie. Un seul regret, rien sur la censure dont cet art de l’instant a parfois été la victime. Pas grave, pour ça il suffit de se rabattre sur In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art.

Patrick BETAILLE, avril 2021 

Neil Saint – Spitting and Screaming

 

Dans les programmes qu’il diffuse à l’antenne, c’est ainsi qu’il se présente: The Saint! Pourtant, ni de près, ni de loin, l’auteur n’a quelque chose à voir avec un certain Simon Templar et encore moins avec Roger Moore. Neil Saint est un chroniqueur, interviewer, animateur de radio et passionné de musique. Spitting and Screaming, The True Story of British Punk (1971-1979). Tout un programme! Celui du livre dans lequel l’auteur se livre à une enquête approfondie sur la scène Pub Rock et British Punk du Londres des seventies. Des interviews et des témoignages nous (re)plongent au cœur du mouvement d’une jeunesse en révolte qui hurle, crache sa haine du système et donne naissance à un genre musical qui désormais s’exprime dans les pubs et les petits clubs. Au fil des 200 pages on croise The Sex Pistols, The Uk Subs, The Clash, The Stranglers, Dr Feelgood et beaucoup d’autres. Sally Jane Delaney raconte aussi qu’elle a eu l’occasion d’héberger les ricains de Eggs Over Easy et comment elle a assisté à la naissance du Pub Rock. Charlie Harper, membre fondateur de The UK Subs, raconte les tout premiers jours du club The Roxy, alors que d’autres comme Bill Grundy ou Andrew Lauder évoquent l’explosion de la scène punk en 77. Bref! une lecture (en anglais) incontournable pour les amateurs du genre et les nostalgiques de l’époque!

Pour la petite histoire. Au départ, c’est une photo de Patrick Higgins – talentueux photographe et éminent spécialiste de Dr Feelgood – qui devait faire la couv de Spitting and Screaming avec un cliché de Wilko Johnson sur scène à Londres.  Compte tenu du fait que, dans cet ouvrage, le cœur du sujet bat principalement pour le punk, New Haven Publishing et l’auteur ont décidé de la remplacer par une photo de Sid Vicious et de reléguer Wilko en quatrième de couv.

Patrick BETAILLE, mars 2021

Annye C. Anderson – Mon Frère Robert Johnson

Tout le monde connait les histoires qui courent autour de l’auteur de Dust my Broom, Love in Vain ou Sweet Home Chicago, de son soit disant pacte avec le diable en échange de dons musicaux exceptionnels, ou encore de sa mort tragique qui lui ouvrit les portes du Club 27. Tout cela appartient désormais à la légende. Ce dont on avait aucune idée, c’est ce que fut la vie de Robert Johnson. Nous voici comblés avec ce livre qui est le résultat d’une rencontre et d’entretiens retranscris par Preston Lauterbach, éminent journaliste et auteur de nombreux ouvrages consacrés au blues. Madame Annye C. Anderson, la demi-sœur qui partagea la vie de celui qu’elle surnommait Brother Robert, fait des révélations surprenantes et savoureuses sur le bluesman légendaire que les amateurs n’auraient jamais pu espérer découvrir sous ce jour. Ne comptez tout de même pas pouvoir lever le voile sur les circonstances de la mort de ce guitariste hors du commun, Annye était beaucoup trop jeune à l’époque. Il y a dans cet ouvrage beaucoup d’humilité, de tendresse et de très nombreuses anecdotes qui mettent un coup de projecteur sur l’histoire déchirante d’une famille et sur la vie quotidienne des noirs américains dans le Mississipi des années 30. Beaucoup de douleur également, et de rage aussi. « Ma famille a perdu Brother Robert deux fois : quand il a été tué dans le Mississipi, puis quand les rapaces ont colporté tous ces mythes sur lui, ont volé nos photos et nos souvenirs pour se remplir les poches« , fulmine Mme Anderson qui a bataillé en vain pendant des années et qui du haut de ses 94 années nous livre aujourd’hui un témoignage émouvant. Avec Mon Frère Robert Johnson, dans l’intimité de la Légende du Blues, les éditions RivagesRouges nous offre un document exceptionnel pour lequel il ne faut surtout pas hésiter à se délester de la modique somme de 19 euros.

Patrick BETAILLE, mars 2021

L’ OBS – Nos Légendes du Rock

Avec ce hors-série, l’Obs propose d’aller à la rencontre des artistes qui, depuis 60 ans, composent la bande son de nos existences. Des Beatles à Led Zep ou de Joan Baez à Bruce Springsteen, ces légendes contemporaines sont abordées au travers de portraits, enquêtes, témoignages, photos et entretiens. C’est Jason Raish, un illustrateur basé à Brooklyn, qui s’est chargé de la couv en revisitant l’emblématique jaquette du Sgt pepper’s Lonely Hearts Club Band de Daft Punk qui vous savez. Laurent Joffrin, Antoine de Caunes, Michka Assayas, Bayon, Yves Bigot, Hugo Cassavetti et d’autres jouent le rôle de guides lors de la visite de cet Olympe; visite au cours de laquelle ils vous remettent le Graal:  la playlist ultime. Bon, ok, avec un magazine intitulé ″Nos légendes du Rock″ et illustré avec Rihanna, Madona et Britney Spears, certains vont avoir les poils de la guitare qui se hérissent. La bonne nouvelle c’est qu’à aucun moment il n’est fait appel à Philippe Manœuvre. Rien qu’à cause de ça, pour 7.90€, le mag de 100 pages mérite le détour. C’est actuellement en kiosque ou par ici: Nos Légendes du Rock.

Patrick BETAILLE, janvier 2021

Laurent Bagnard – Rebel Motorcycles Ltd II

 

Certains connaissent peut être déjà le lascar. Soit parce qu’ils ont en main le premier volume de Rebel Motorcycles Ltd paru en 2009 et préfacé par jake Cavaliere des Lords of Altamont. Soit parce que, de près ou de loin, ils ont participé aux aventures PowerGlide, Cast Iron ou Carlingue. Soit enfin, parce qu’ils sont tombés sur son carnet de voyages en images: Mexican Street Art. Pour les autres, disons que Laurent Bagnard est à la fois un narrateur diligent, un photographe accompli, mais aussi et surtout un passionné de bécanes, mais pas n’importe lesquelles. Surtout pas. Ici les notions de vintage et autre steam punk sont définitivement reléguées au fin fond des oubliettes de la bobologie hispster. Pourtant, du Norton, du Harley Davidson, Triumph, MV Agusta et même du Brough Superior il y en a. Mais pas de celles que l’on aurait l’occasion de mater depuis la terrasse du Café de la Gare par beau temps. Et pour cause. Dans ce livre, c’est de mode de vie dont il s’agit. Laurent Bagnard met en lumière des préparations qui sont à l’image de leurs proprios. De ceux qui, comme lui, se foutent de la technologie et de la norme euro comme de leur première tétine. Rebel Motorcycles Ltd II c’est 144 pages et pas moins de 200 photos. 23 bécanes et leurs créateurs respectifs sont là pour témoigner de l’existence d’une contre-culture motorisée qui sent bon l’huile et d’un mode de vie à contre courant des modes et des tendances. Comme dit l’ami Vince sur son blog: ″ Il faut penser à mettre quelque chose d’intelligent au pied du sapin et 30 balles c’est pas la ruine . C’est par ici: Laurent Bagnard!

Patrick BETAILLE, novembre 2020

 

Attention: La chasse est ouverte!

Amateurs de promenades bucoliques, adeptes de galipettes en sous bois, enduristes et vététistes de tout poil, cueilleurs de baies ou de champignons et vous, simples amoureux de ce qu’il reste de paysages naturels, planquez vous! La chasse est ouverte ou sur le point d’ouvrir. Les autoproclamés ”Premiers écologistes de France” sont faciles à reconnaître. Si vous en voyez un, pour éviter de figurer parmi leurs trophées, fuyez!

Patrick BETAILLE, septembre 2020

Christian Casoni – Juke

110 portraits de Bluesmen

Tour à tour, professeur, illustrateur et dessinateur de presse, Christian Casoni est rédacteur en chef de Blues Again et pigiste pour Rock & Folk. Philippe Manœuvre lui a confié la rubrique Beano Blues, pour parler du chant des jukes. Ce copieux ouvrage est une anthologie de 110 portraits – des nécros pour la plupart – rédigés dans l’esprit de nouvelles de série noire. Il faut savoir que la majorité de ces bluesmen étaient natifs de Louisiane et issus de milieux misérables. Certains, trop hélas, ont vu enfants leurs pères assassinés par le Ku Klux Klan. Ces éléments sont importants pour comprendre l’âme de cette musique. Christian Casoni restitue les facettes de ces destins torturés, de ces vies souvent courtes, de ces musiciens géniaux, guitaristes, harmonicistes, trompettistes, etc.  et de ces voix inoubliables. Dans l’avertissement aux lecteurs il écrit : « Une révolution musicale inexplicable qui a exterminé, pour le meilleur ou pour le pire, tous les dinosaures académiques des âges précédents ». Un aperçu des portraits : Bessie Smith l’impératrice, Robert Lockwood, Memphis Slim, Muddy Waters, John Lee Hoocker, Fats Domino, Ike Turner, Chuck Berry et BB King qui disait que « chanter le blues c’était être noir deux fois »… Un ouvrage formidable qui se lit avec délice et émotion. Une source inestimable pour les musiciens et les amateurs [Alain Vollerin]. Christian Casoni: Juke – 110 portraits de bluesmen. Broché, format 14×21 cm, 431 pages, 26 euros. Détails, chroniques et commandes sur le site de l’éditeur: Le Mot et le Reste.

Patrick BETAILLE, avril 2020