Nick Ut – Kim Phuc

© Photo Nick Ut-AP

 

L’enfer, c’est celui dans lequel se retrouve plongée Kim Phuc Phan Thi un jour de juin 1972.  La petite fille a neuf ans lorsque une bombe au napalm larguée par l’armée sud-vietnamienne tombe sur Trang Bang, son village au sud-ouest de son pays. Touchée par les projections d’essence gélifiée, Kim court en hurlant sur la route avec d’autres enfants suivis par des soldats. Elle a été happée par les flammes. Son dos, sa nuque et ses bras son brûlés et le reste de ses vêtements sont réduits à l’état de cendres qui collent à sa peau. Nick Ut, mandaté par Associated Press, capte l’horreur de cet instant. Juste après avoir pris le cliché devenu tristement célèbre, le jeune photographe décide d’amener la victime à l’hôpital où on lui dit clairement que, dans son état, des soins sont inutiles car elle allait mourir de ses blessures. ″J’ai montré ma carte de presse et j’ai dit que si elle mourait, ma photo serait à la une de tous les journaux et qu’ils auraient des comptes à rendre″ raconte le journaliste.

Cinquante ans plus tard, le cliché ″ Napalm Girl ″ – qui a valu à son auteur le prix Pulitzer – demeure incontestablement l’une des images les plus marquantes de la guerre du Viêt Nam. Quant à Kim, elle vit désormais au Canada. Elle a tout pardonné, s’est réconciliée avec la photo qui très longtemps lui a rappelé sa souffrance et la perte de son enfance. ″ Je ne peux pas changer le passé, mais avec de l’amour je peux changer l’avenir ″ confiait elle dans une interview.

Patrick BETAILLE, octobre 2022

Martin Sharp – Cream

 

Dans les années 60, Martin Sharp (1942 – 2013) devient directeur artistique du magazine satirique australien OZ.  Les représentations psychédéliques de Bob Dylan, Jimi Hendrix, Donovan ou encore lMona Lisa entourées de bananes font de lui un artiste immédiatement reconnaissable. Sharp est alors le maitre incontesté des entrelacs tourmentés, des couleurs criardes et des lettrages surréalistes qui deviendront l’apanage de l’un des plus beaux courants artistiques des sixties. À Londres, il se lie d’amitié avec Eric Clapton avec qui, pendant un temps, il partage le même appartement. Au cours de cette période il offre au guitariste un poème qui aboutira à la chanson Tales of Brave Ulysse figurant en 1967 sur Disraeli Gears de Cream, album pour lequel le groupe bénéficiera du travail du designer quant à la réalisation du cover art. L’année suivante, Martin Sharp sera de nouveau de la partie pour l’illustration – en noir et blanc cette fois – du troisième opus du power trio Eric Clapton/Ginger Baker/Jack Bruce: Wheels of Fire.


D’autres anecdotes sur les pochettes de disques dans le livre: IN VINYLE VERITAS


 

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Jan Rose Kasmir – Jeune Fille en Fleur

© Photo Marc Riboud

 

Citoyenne américaine, Jan Rose Kasmir était lycéenne lorsque le 21 octobre 1967, à Washington, elle prit part aux mouvements contre l’engagement des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam. Ce jour là, des milliers de pacifistes manifestant leur indignation étaient réunis devant le Pentagone. C’est alors que la jeune fille de 17 ans se détache de la foule et va au devant de la garde nationale. Le photographe français Marc Riboud est sur le lieux, il couvre l’événement pour l’agence Magnum et immortalise la scène avec cette photo de Jan Rose tenant une fleur et faisant face, seule, à une rangée de soldats qui pointent leurs fusils équipés de baïonnettes. L’instinct de Riboud fait mouche. L’image va devenir un parfait symbole du mouvement pacifiste des sixties, et même un véritable cas d’école en tant qu’analyse photographique, tant les oppositions visuelles sont nombreuses : baïonnette phallique contre fleur virginale, multitude contre solitude, fleur contre arme et, par extension, la vie contre la mort.

C’est l’artiste psychédélique Michael Bowen qui fournit ce jour là les fleurs aux manifestants, inventant par la même occasion le Flower Power.

De longues années s’écoulent avant que Jan Rose Kasmir ne prenne connaissance du cliché. C’est son père qui, au beau milieu des années 80, découvre par hasard l’image de sa fille dans un magazine de photo acheté en Écosse. Plus tard, la ″Jeune fille à la fleur″ est devenue kinésithérapeute. Depuis 2001 elle vit avec sa famille au Danemark mais n’a jamais cessé de s’engager contre la guerre. En 2004, elle réapparaissait à Londres lors d’une manifestation contre l’invasion de l’Irak par les américains. ″Je reste une vieille hippie qui se fond dans la masse, comme Superman, dont la cape est cachée dans le placard″ disait-elle alors.

Patrick BETAILLE, septembre 2022

 

Le lundi c’est permis – Toucher


″ Come on David! Just relax, try not to get an erection and everything will be fine! –  Ok doc! But my name is Maurice! – I know Maurice, David it’s me! ″


 

Pierre Coudouy – Photographe au Pays de l’Ours

 

Artiste-Auteur-Photographe depuis 2000, Pierre Coudouy s’est – dans un premier temps et bien avant d’aborder des sujets plus urbains et de s’impliquer dans des activités associatives qui aujourd’hui occupent une bonne partie de son quotidien – spécialisé dans la photographie de reportage qu’il pratique en allant à la rencontre de personnages authentiques qui animent des lieux chargés de traditions, qu’elles soient vinicoles ou pastorales. Authentique, Pierre l’est aussi. Il travaille avec un appareil photo à visée télémétrique, au grand-angle, sans effets spéciaux ni retouches. Son seul accessoire, l’écriture grâce à laquelle il donne avec justesse encore plus de corps à ses errances pyrénéennes, aussi bien dans la vallée ossaloise que du côté des vignobles du Jurançon. À ce titre, voici notre faiseur d’images en mode auteur avec deux beaux témoignages actuellement disponibles aux éditions MonHelios et ailleurs: Berger au pays de l’ours et Vigneron Bio, de la terre au Vin.

Très prochainement, deux événements importants (en accès libre et gratuit) vont mettre à l’honneur le travail de Pierre Coudouy dans le cadre des journées Européennes du patrimoine qui se dérouleront dans l’Espace Lecture et Découverte de la Ciutat dans le quartier du Hédas à Pau:

  • Le 17 septembre à 11h: Une conférence/débats/rencontres avec l’auteur à propos du livre ″Berger au pays de l’Ours » (pastoralisme transhumant au fil des saisons). 
  • Du 17 septembre au 1er octobre: Dans le même contexte, exposition permanente des clichés du photographe palois. Le mardi, jeudi et vendredi de13h à 17h – le mercredi de 12h à 18h  et le samedi de 10h à 13h et de 14h à 18h.

Voici donc une bonne entrée en matière pour marcher sur les pas de ce photographe humaniste en suivant son actualité sur son blog et sur les réseaux sociaux: Ici et . Adishatz!

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Elsa Kuhn – In Felt we Trust

Enfant, Elsa Kuhn aimait déjà créer des vêtements pour ses poupées, aidée en cela par sa grand-mère qui lui enseignât les rudiments des techniques liées au travail du tissu. La couture devient pour Elsa une passion qui, après des études à l’Académie Internationale de Coupe de Paris, l’amène à développer sa propre marque de vêtements pour enfants. De fil en aiguille et tout in s’intéressant à la broderie, l’artiste se lance dans la réinterprétation de pochettes de disques qu’elle collectionne avec enthousiasme. ″J’ai toujours été passionnée par la musique et comme pour beaucoup, vient toujours une envie de trouver un moyen de l’exprimer et de la partager. Moi, j’ai décidé de faire appel au tissu, aux fils et aux aiguilles″. Au sein de son projet In Felt we Trust, Elsa exprime son talent exclusivement à la main. J‘ai décidé de broder à la main plutôt que d’utiliser une machine à coudre″ dit-elle. ″C’est un travail long et minutieux mais il offre d’innombrables possibilités″. Le modus opérandi consiste donc dans un premier temps à analyser le concept et la structure des cover art. Vient ensuite le moment de préparer et de découper les éléments de feutrine sur lesquels sont dessinés certains détails, notamment les ombres. La phase finale de la broderie sublime enfin l’ensemble au format 30 x 30 qui peut parfois exiger une vingtaine d’heures de boulot. Le résultat est plutôt bluffant pour des pièces uniques et éventuellement réalisables à la demande. Pour en savoir d’avantage et en voir encore plus:  Elsa Kuhn

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Spencer Elden – Nevermind: Fin de la Partie

À la fin du mois d’août 2021, un mois avant le 30e anniversaire de la sortie de l’album, le bébé nageur désormais trentenaire, avait déposé une première plainte en se disant victime d’exploitation commerciale d’images à caractère pédopornographique. Débouté, Spencer Elden a fait appel et le 3 janvier 2022, sous couvert cette fois d’une demande de compensation financière liée à l’exploitation du droit à l’image. Au cours de l’audience, la défense du plaignant – celui qui figure sur le cover art de Nevermind, s’est entendue dire par les avocats des ayants droit de Nirvana: ″... à de nombreuses reprises, Monsieur Elden a refait la photo en échange de rémunérations; il s’est fait tatouer le titre de l’album sur la poitrine et il a dédicacé des copies de l’album pour les vendre sur eBay et a exploité l’image pour entretenir sa célébrité…″. L’argument n’a pas laissé la justice indifférente. Dans un document judiciaire daté du vendredi 2 septembre, le juge de Los Angeles, Fernando Olguin, a rejeté la plainte, officiellement pour des motifs de prescription, et envoyé Spencer faire mumuse dans le pédiluve. Fin de l’histoire? 

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Delphine Leverrier – Au Fil du Rock

 

Delphine Leverrier – styliste de formation et diplômée de l’ École supérieure des arts et techniques de la mode – à effectué de nombreuses missions au sein de prestigieuses maisons de couture parisiennes (Cartier, Yves Saint Laurent, etc.), principalement en tant que brodeuse. Parallèlement, pour donner libre cours à ses envies, cette artiste se laisse aller à pratiquer son art dans d’autres domaines. Elle s’est ainsi amusée à réaliser une série de poupées faites à la main ou encore à magnifier de vieilles photos trouvées dans ses greniers en leur apportant des touches de couleurs. Passionnée de musique et collectionneuse de vinyles, l’idée lui est venue d’exprimer sa dextérité en customisant des pochettes d’albums afin de leur offrir un nouvel éclat.
À l’aide de strass, de paillettes et de fils métalliques multicolores, or ou argent, Delphine sublime des cover art et leur offre une nouvelle grille de lecture toute en harmonies. Plus d’une centaine d’albums ont ainsi déjà subi les assauts des aiguilles expertes de la brodeuse. Au travers de cette approche visuelle novatrice s’exprime un ressenti très personnel à l’égard de la musique ou de thèmes abordés par certains interprètes français ou internationaux. Il s’agit pour l’artiste de réactiver la magie des affects enfouis dans sa mémoire et pour nous de pouvoir porter un nouveau regard sur des œuvres au demeurant déjà mythiques. Pour en savoir plus sur la Brodeuse Rockeuse: Delphine Leverrier.

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Jef Aerosol – Anomalie

© Jef Aerosol – Jean-François Perroy

 

Jean-François Perroy, plus connu sous le pseudonyme Jef Aérosol, est né à Nantes en 1957. Il fait partie de la première génération de street-artistes français des années 80 et c’est vers la fin des années 1990 qu’il s’internationalise et s’affirme de plus en plus.  À la fois peintre et musicien, il s’exprime principalement en utilisant la technique du pochoir grâce à laquelle il investit les murs et devient une figure incontournable du street-art. Si une grande partie de son travail consiste en portraits de personnalités comme Elvis Presley, Gandhi, John Lennon, Jimi Hendrix, Basquiat, Bob Dylan, Serge Gainsbourg, etc, l’artiste s’attarde aussi parfois sur les anonymes de la rue, qu’ils soient musiciens, passants ou enfants. Il lui arrive même de concevoir des pochettes de disques, comme en témoigne notamment celle du disque de Louise Attaque paru en 2016: Anomalie. Pour tout savoir sur l’artiste et son œuvre > Jef Aerosol.  

Avis aux fans de street-art et notamment de Jef Aérosol. Pour célébrer le 40ème anniversaire de son premier pochoir dans la capitale une exposition de grande envergure est prévue du 24 septembre au 5 novembre 2022. Ce sera à Paris dans le 13e arrondissement, face à la Bibliothèque François Mitterrand et dans un espace brut de béton de 600 m².

Patrick BETAILLE, septembre 2022

 

Faites demi tour dès que possible!

 

Un décret publié au Journal officiel début août va imposer aux applications de guidage de sensibiliser les utilisateurs sur l’impact environnemental de leurs trajets et à proposer des alternatives en terme de mobilité douce écoresponsable. Concrètement, lorsqu’un usager souhaitera planifier un trajet, le résultat devra afficher une estimation de la pollution engendrée par les différents modes de transports proposés. Les applications comme entre autres Google Maps, Waze et Mappy, devront mettre en avant des propositions d’itinéraires dont l’impact est plus faible en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Exemple: Si le trajet comprend un passage en voiture sur une portion où la vitesse maximale autorisée est supérieure ou égale à 110 km/h, les applications devront offrir des alternatives permettant une baisse de la vitesse de 20 km/h engendrant moins de pollution. Ces applications devront aussi s’employer à proposer des itinéraires de délestage pour éviter l’usage massif de voies secondaires non prévues pour du trafic intensif. À partir de décembre 2022 les sites et applications devront aussi diffuser des messages de sensibilisation du genre: ″Pour les trajets courts, privilégiez la marche ou le vélo″ – ″ Passer de 130 à 110 km/h sur autoroute réduit votre consommation de 20% ″ – ″ Pensez à covoiturer ″ – ″Adoptez une conduite écoresponsable ″ – ″ Au quotidien, prenez les transports en commun ″.

Z’allez voir que bientôt il va nous être conseillé de ne pas rouler dans le salon, suggéré de ne pas stationner dans la rade de Brest et demandé de ne pas flatuler dans un parking souterrain. Comme s’il n’y avait rien de mieux à faire! ″ Ça commence vraiment à me faire chier l’écologie! ″ [Robert Bidochon].

Patrick BETAILLE, août 2022