On ne présente plus l’ américain, prodige du Blues qui est à lui seul le représentant émérite d’un renouveau qui l’a propulsé à un niveau de popularité rarement atteint dans un domaine sensé être en voie d’extinction. Revoilà donc Joe Bonamassa qui n’avait pas sorti d’album studio strictement personnel depuis l’excellent ”Dust Bowl” en 2011. Sans surprise majeure pour ce qui concerne la teneur et l’ambiance, ”Different Shade of Blue” vient étayer le talent et la boulimie multi directionnelle d’un artiste pour le moins généreux et surdoué. Dans l’ensemble très bon et très bien soutenu par des musiciens talentueux, l’album ouvre sur un hommage à Hendrix et s’achève sur une ballade ennuyeuse dont on se serait facilement passé. Heureusement il contient aussi un ”oh beautiful” qui n’est pas sans rappeler ”Black Dog” de Zeppelin et livre de grands moments comme l’impétueux ”Living on the Moon” ou le torride ”Heartache Follows Wherever I Go” qui regorgent de cuivres que Joe a ramené de ses dernières collaborations avec Beth Hart. Reste un mystère. Celui de la pochette de l’album qui n’est pas sans rappeler l’image de Roland Free battant le record de vitesse à Bonneville Salt Flats en Septembre 1948. Une idée? Je suis preneur car, à part les nuances de bleu, je ne vois pas!
L’ impôt a parfois des effets inattendus, surtout lorsqu’il s’agit de l’exil fiscal qu’il génère. 1971, après la sortie de Sticky Fingers, les Rolling Stones, escroqués par leur manager et menacés par le fisc anglais se barrent dans le sud de la France. Dans une villa louée à Villefranche sur Mer ils installent musiciens, studio mobile, femmes, enfants et tout ce dont ils ont besoin pour enregistrer leur prochain album. Le résultat de cet isolement forcé c’est un double album, Exile on Main St, considéré aujourd’hui comme un classique du rock et l’un des meilleurs albums des Stones. Pendant son séjour doré la bande à Jagger invite également quelques potes ou proches. Dominique Tarlé, photographe engagé volontaire du Rock, en fait partie. Il connaît bien le groupe qu’il suit déjà depuis quelques temps et accepte donc de consacrer une journée à shooter les gitans du Rock dans ce nouvel environnement. Il reste finalement 6 mois dans la Villa Nellcôte où, armé de ses objectifs, il immortalise le quotidien des mauvais garçons en plein trip sex, drugs and rock’n’roll. Exile, le livre des Editions Genesis, sort en 2001. Les 1740 exemplaires sont épuisés en quelques jours. Quant à la somptueuse version Luxe signée par Dominique Tarlé et Mick Taylor, tirée seulement à 260 copies je vous laisse deviner. Que faire pour contempler les quelques 280 tirages historiques – presque tous en noir et blanc – sinon attendre une hypothétique réédition? Ben rien! Sauf partir en quête du Graal sur le net après avoir cassé la tirelire ou se contenter de ce que quelques sites sérieux et documentés mettent à disposition. Ici par exemple!
Johnny Winter a publié pas moins d’une trentaine d’albums de Blues et de Blues Rock avant l’été 2014. Sa mort, à l’âge de 70 ans a laissé un vide difficile à combler pour la communauté du Blues. ″Step Back″ est son dernier album studio et il fait suite à ″Roots″ sorti en 2011 dans lequel un hommage était rendu aux artistes qui ont inspiré ou influencé l’albinos. Comme ″Roots″ , ″Step Back″ consiste essentiellement en une série de duos avec quelques grands noms du moment. Jugez plutôt! Eric Clapton , Ben Harper , Billy Gibbons , Joe Perry , Dr. John , Leslie West , Brian Setzer et Joe Bonnamassa sont de la partie pour un album bourré jusqu’à la gueule de guitares rugissantes au service d’un Blues Rock des plus efficaces. Au travers de ces collaborations motivées, il reste évident que Johnny Winter affiche encore joie, excitation et plaisir; honnêtement il n’a peut être jamais aussi bien joué! Alors bien sûr Step Back ne propose rien de particulièrement innovant ou surprenant mais il est réconfortant de découvrir que le guitariste texan nous a quitté en laissant derrière lui un témoignage sur lequel les amateurs du genre ne manqueront pas de se précipiter tant il est indispensable.
Né à Philadelphie en 1943 Robert Crumb est dans les années soixante l’une des figures de proue du Comix Underground. A cette époque il acquiert une renommée confortable en publiant les aventures d’un chat paillard et obsédé, Fritz The Cat et celles d’un gourou cynique, Mr Natural. Ces aventures feront d’ailleurs l’objet de publications en France dans Actuel, l’ Echo des Savanes et Fluide Glacial. Dans ces magazines il est également question de témoignages humoristiques et déjantés sur le psychédélisme, les drogues (il connaît bien le sujet…), la libération sexuelle et les femmes. Les Femmes! Il les aime et les dépeint résolument avec des formes généreuses, maternelles et dotées d’ un caractère bien trempé. Crumb, qui se décrit lui même comme ″un obsédé pervers et névrosé″, met en scène la gent féminine sur fond de relation ambivalente tantôt animée par la haine et la crainte, tantôt empreinte de fascination et de fantasmes sexuels. Le dessinateur a une autre passion: La musique. Même si a une époque il refuse de travailler pour les Rolling Stones (il n’aime pas leur musique!) il commet quelques pochettes de disques dont la plus célèbre reste incontestablement celle de Cheap Thrills pour le Big Brother and the Holding Company de Janis Joplin. Malgré tout et musicalement, c’est en tant que collectionneur de disques 78 tours que Robert Crumb se distingue. Il se passionne particulièrement pour la Country Music, le Jazz et le Blues Vintage, sachant que tout ce qui est postérieur à 1935 ne représente pour lui que très peu d’intérêt. Sorti fin 2013, Chimpin’ the Blues est le fruit d’une collaboration avec un ami, lui aussi collectionneur, Jerry Zolten. Ce dernier, historien en musique et professeur d’université invite Crumb en 2003 dans son émission de radio au cours de laquelle tous deux passent en revue quelques uns de leurs favoris parmi les 78 tours des années 20 & 30. Sur les 21 titres de ce disque 10 sont la transcription de commentaires éclairés de la part des deux spécialistes mais c’est la musique qui reste à l’honneur avec 11 titres rares qui à eux seul représentent un véritable trésor. Les amateurs de Blues Old Style et les fans de Crumb devraient être séduits par le contenu et le contenant de Chimpin’ the Blues.
Diplômé en photographie par la Tennessee State University, ce photographe américain travaille pour un journal de Nashville. Il obtient plus de trente prix de photojournalisme régional et national. En 1993, il entame un projet de documentation sur le Blues dans le Mississipi. La démarche prendra plusieurs années durant lesquelles Bill Steber parcourt villes, villages et campagnes à la recherche de tout ce qui touche à ce genre musical en tant que culture mais aussi mode de vie. Ramassage du coton, événements religieux, musiciens, maisons, ambiances de clubs, tout est là pour témoigner sur ce qui a donné naissance ou influencé le Blues. Les photos parlent avec magie de peines, de douleurs et de misère mais aussi, d’espérances, de ferveurs et de joies. Elles sont porteuses de beaux mystères ou de joyeux désespoirs que vient renforcer le noir & blanc tout au service d’une fantasmagorie que l’on a envie d’explorer. Explorer pour enfin savoir si le Blues est une musique sacrée ou une musique du diable alors que c’ est peut être tout simplement la musique des hommes qui se retrouve ici visuellement replacée dans une démarche à perspective historique, similaire à celle du label discographique Music Maker.
De son vrai nom Alain Gourdon, ce Girondin s’est entre autres distingué en tant que sculpteur. Entre 1968 et 1978, il a exécuté les bustes de Brigitte Bardot et Mireille Mathieu en ” Marianne ” pour l’Association des Maires de France ainsi qu’ un buste du Général De Gaulle. En 1986, il réalise le buste du comédien Alain Delon, ainsi que son portrait qu’il peint sur un véhicule 4×4 participant au rallye Paris-Dakar pour la promotion des parfums de la star. En 1987, il fait la statue en pierre de la chanteuse Dalida pour sa tombe, au cimetière de Montmartre. L’artiste a également commis de nombreuses publicités et affiches de spectacles pour les Folies Bergère, le Crazy Horse et le Casino de Paris. Mais c’est en tant que peintre et dessinateur qu’ Aslan a connu la célébrité. Chaque mois, de 1963 à 1981, il a dessiné les célèbres pin-up du mois dans le magazine qui se lit d’une main: LUI! Se définissant comme un artiste intimiste hyper figuratif, il deviendra l’un des maîtres français de la Pin Up hyperréaliste. Nommé commandeur des Arts et des Lettres en 2003, il décède à l’âge de 83 ans le 11 Février 2014 au Canada où il vivait depuis une vingtaine d’années.
C’est ainsi que par le plus grand des hasards débute l’histoire d’une découverte. À la fin de l’année 2007, John Maloof, un jeune agent immobilier de 25 ans, président d’une société historique locale, recherche des photographies pour illustrer un livre qu’il coécrit sur le quartier de ″Portage Park″ à Chicago. Il court les salles de ventes et finit par acheter pour 400 dollars un énorme lot de négatifs (30 000 négatifs, des dizaines de rouleaux de pellicule et seulement quelques tirages réalisés dans les années 1950-1960). Il n’y a pas d’images de ″Portage Park″. Déçu, John Maloof remise son achat dans un placard pendant plus de six mois avant de se rendre compte que ces images, principalement en noir et blanc, sont belles, émouvantes et superbement composées. Un véritable trésor! Ce trésor est l’œuvre de Vivian Maier. Passionnée de photographie depuis son plus jeune âge cette américaine d’origine française s’adonne chaque fois qu’elle le peut, à son passe temps favori en parcourant les rues, Rolleiflex autour du cou, shootant tout ce qui pour elle suscite un intérêt ou touche sa sensibilité. Elle photographie les miséreux et les quartiers malfamés des villes, les situations cocasses, émouvantes ou insolites mais aussi les éléments architecturaux. Ainsi naît une légende, celle d’un génie de la photographie qui a vécu dans l’anonymat en tant nounou à New York où elle est née et à Chicago où elle est décédée dans la misère en 2009 à l’âge de 83 ans. Aujourd’hui et même si des zones d’ombre subsistent, l’œuvre de l’artiste fait l’objet de nombreux articles, d’ouvrages documentés, d’expositions et même d’un film. Autant de supports qui replacent légitimement Vivian Maier dans l’histoire de la photographie du XXème siècle à laquelle appartient désormais cette très grande photographe. Pour s’en convaincre il suffit de parcourir le site officiel en attachant une attention particulière aux photographies de rue: Portfolios > Street; le témoignage d’une époque et de sa société y est beau, émouvant et tellement réaliste.
L’écoute des versions originales dont il est question ici même conduit à admettre que parfois les termes de reprise, inspiration, influence ou plagiat peuvent cohabiter de manière sournoise. Même quand il s’agit de l’un des plus grands groupes de rock de tous les temps!: Led Zeppelin!
Led Zeppelin I
Babe I’m gonna leave you: Ecrit par Anne Bredon dans les années 50, chanté en 1964 par Barbara Müller. Crédité ″ Words and Music: Jimmy Page ″. L’auteure intente une action en justice dans les années 80. Depuis le tire est estampillé ″ Brenon/Page-Plant ″.
Black Waterside: Chanson tirée du folklore Irlandais, arrangée et publiée par Bert Jansch en 1965. ″Music by Jimmy Page″ même s’il n’a fait que supprimer les paroles.
Dazed and Confused: A été écrit par Jake Holmes en 1967. Le titre est repris en son temps par les Yardbirds, groupe dans lequel Jimmy Page tient le manche de la 6 cordes. La version du Zep sera créditée : ″ Jimmy Page: Words and Music ″.
How Many More Times: Publié en 1961 par Howlin’ Wolf sous le titre de How Many More Years. Bien que les paroles soient différentes, la musique, elle, est identique. Figurent également dans la version du dirigeable des plans piqués d’une part à The Hunter de Albert King et d’autre part au Beck’s Bolero de Jeff Beck. Pourtant le songwriting est clair: ″ Jimmy Page, John Bonham & John Paul Jones ″.
Malgré tout deux titres de l’album sont bien attribués à leur auteur Willie Dixon: You Shook Me et Dazed and Confused . Au final seuls deux morceaux subsistent en tant que compositions originales: Good Times, Bad Times & Your Time is Gonna Come.
Led Zeppelin II
Whole Lotta Love: Au bénéfice de ″ Bonham/Jones/Page/Plant ″, Créé par Willie Dixon et enregistré par Muddy Waters en 1962 sous le titre ″You Need Love″. Dixon intente un procès et le gagne.
The Lemon Song: Riff et paroles pompés sur Killing Floor de Howlin’ Wolf en 1966 mais ″ Bonham/Jones/Page/Plant ″ toujours crédités.
Moby Dick: En écoutant Watch Your Step que Bobby Parker enregistré en 1961, on se demande vraiment comment ″ Bonham/Jones/Page/Plant ″ osent en revendiquer la paternité du morceau.
Bring it on Home: Sonny Boy Williamson l’enregistre en 1963 mais le porte au crédit de Willie Dixon qui en est l’auteur. Ce dernier intente un procès au cours des 70’s mais le titre restera attribué à ″ Page/Plant ″.
Led Zeppelin III
Since I’ve Been Lovin’ You: Signé ″ Jones/Page/Plant ″ et pourtant les paroles sont clairement copiées sur le Never de Moby Grape et la musique y est par moments très similaire.
Led Zeppelin IV
Stairway to Heaven: Hit planétaire attribué à ″ Plant & Page ″. L’intro et quelques plans seraient tirés de ″Taurus″, un morceau composé en 1968 par Randy California, le guitariste du groupe Spirit. Les membres de Led Zeppelin ont eu de nombreuses fois eu l’occasion d’entendre le titre, notamment lorsqu’ils faisaient la première partie du groupe Californien à Denver aux États-Unis. Plainte a été déposée par l’avocat de Randy California. A suivre donc. Les enjeux sont énormes. Droits d’auteur (et donc royalties), éventuelle interdiction de mise sur le marché (prévue à partir d’ octobre) de la version remastérisée de la discographie de Led Zeppelin… Même si généralement par le passé ce genre de conflit s’est presque toujours réglé à l’amiable, ce coup ci, les avocats vont devoir jouer une sacrée partition. Rock’ n’ Roll bordel!
[Extrait]: Cet illustrateur de renommée internationale a, dès le début de sa carrière, crée un style dont les images évocatrices et visionnaires ont illustré avec bonheur le monde musical. Avec des techniques, des approches et des styles différents, lui et Storm Thorgerson ont fait passer la jaquette de disque du rang de simple emballage à celui d’œuvre d’Art à part entière. Les dessins de Roger Dean évoquent de façon stylisée des paysages et des mondes étranges inspirés par la littérature fantastique et par la Science Fiction. Des univers grandioses aux lumières étincelantes, peuplés de créatures mythiques, ont fait que cet artiste anglais reste sans doute le plus connu dans l’illustration du Rock en général et du Rock Progressif en particulier.La première oeuvre discographique de Roger date de 1968; des montres hideux rampent et se meuvent sur la jaquette du premier album du power trio anglais TheGun (Race with the Devil) . En 1971 c’est l’album Fragile qui marque le début d’une longue collaboration avec Yes (Close to the Edge, Yessongs, Relayer, yesterdays, etc..). Choisie par Rolling Stone Magazine parmi les 50 meilleures pochettes du siècle, celle de Tales from Topographic Oceans (1973), illustre à merveille la musique et les textes cosmiques de l’album. Images et musique ne se sont jamais mieux rencontrées et complétées que sur l’association Yes – Roger Dean qui cette année encore contribue à l’image identitaire du groupe sur le dernier album: Heaven & Hearth.
Patrick BETAILLE, septembre 2014
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
De notre correspondant permanent France-Breizh, Gaël Gourvezvank: « Un excellent musée à visiter pour les musiciens ou amateurs de musiques. Le MuPop de Montluçon. Le musée des musiques populaires couvre tous les styles: (electro, guinguette, Rock, Punk, Métal, Disco, Swing, Rap, Fanfare, etc…..) et expose des instruments aussi bien ancestraux que modernes. Dans une pièce, Jimmy Hendrix en concert sur écran géant avec murs de Marshall; comme si vous y étiez! Dans une autre, le local de répétition d’un groupe punk des années 80, ou encore la chambre type d’un ado des années soixante. Le MuPop c’est aussi des expositions de costumes, d’affiches ou encore de pochettes de disques, de tourne-disques et de Juke Boxes… Envie d’écouter le son d’une cornemuse ou d’une Gibson de 1962? C’est possible! Un album de Pink Floyd ou de MC5? Egalement! » Et si après avoir examiné de près les 3500 instruments de musique et participé au parcours interactif il vous reste un peu de temps vous pourrez le passer au centre de documentation également présent sur le site. Pour en savoir plus: N’oubliez pas le guide!