Led Zeppelin – De Sam Shere à George Hardie

© Photo: Sam Shere

 

Le LZ 129 Hindenburg est le plus grand dirigeable commercial jamais construit. En établissant une liaison transatlantique Europe/Etats-Unis, la société Luftschiffbau Zeppelin a pour mission de promouvoir les prouesses technologiques de l’Allemagne nazie et du IIIème Reich d’Adolf Hitler. Le vol inaugural a lieu le 4 Mars 1936, suivi d’une activité de 14 mois consacrée à des vols promotionnels et surtout à des ajustements techniques. Le 6 Mai 1937, alors que l’aéronef s’apprêtait à boucler sa première traversée de l’année, l’irréparable se produit au dessus de Lakehurst dans le New Jersey. Après un vol sans encombre, l’atterrissage est retardé par un orage, puis un incendie se déclare à l’arrière du dirigeable. Le feu atteint alors les réserves de carburant et, au bout de quelques minutes, l’engin s’embrase et s’écrase au sol. 35 morts sur les 97 passagers au cours de ce moment médiatiquement couvert par plusieurs compagnies cinématographiques et de nombreux photographes, dont un certain Sam Shere, l’auteur d’une image immédiatement publiée dans la presse du monde entier, y compris à la Une du New York Times.

En 1969, le cliché refait parler de lui. C’est cette année là que voit le jour un nouveau groupe bâti sur les cendres des New Yarbirds: Led Zeppelin. Signée par le label Atlantic, la formation britannique entre en studio pour enregistrer son premier album. S’agissant du cover art, il est fait appel au collectif de designers Hipgnosis au sein duquel officie George Hardie qui commence par proposer plusieurs projets, non retenus par le staff. Finalement c’est Jimmy Page qui suggère l’utilisation de la photo du crash de l’ Hindenburg.

Très inspiré par le travail d’artistes tels qu’ Andy Warhol, George Hardie commence par saturer le tirage pour ensuite le retoucher selon la technique du stippling (pointillisme). l’illustrateur recrée à la main les ombres et les lumières grâce à une infinité de petits points. Ce faisant, l’approche permet également de contourner en toute légalité d’éventuels problèmes liés aux droits d’auteur. Adopté à l’unanimité, le cover art n’échappe pourtant pas à la controverse. En 1970, Frau Eva Von Zeppelin – descendante du comte Ferdinand du même nom – s’oppose à l’utilisation de l’image de l’aérostat et du patronyme de sa famille. L’héritière entame une procédure pour empêcher ceux qu’elle qualifie de ″singes hurlants″ d’effectuer une tournée au Danemark. Au final, les autorités coupent court à la polémique en jugeant qu’il n’y a légalement rien de répréhensible dans la démarche des musiciens.

Pour une pochette désormais considérée comme une œuvre d’art à part entière, son auteur a touché à l’époque la modique somme de 60 £. Prudent ou visionnaire, Hardie avait quand même pris soin de mettre l’original à l’abri en l’accompagnant d’une note pour le moins humoristique: ″George’s Pension Fund″ (caisse de retraite de George). Et il a bien fait! Ressortie du placard, la pochette a été mise aux enchères chez Christie’s le 18 juin 2020. Estimé entre 20 000£ et 30 000£, l’objet a très rapidement atteint la barre des 100 000$ pour être adjugé sous le marteau à 325 000$!

 

 

L’histoire et la censure du Cover Art en Livre: In Vinyle Veritas!

 

Patrick BETAILLE, novembre 2022

ACDC – Highway to Hell

″Je roule sur l’autoroute vers l’enfer. Pas de signaux STOP, pas de limitation de vitesse. Rien pour me ralentir. J’y vais. C’est l’heure de la fête, mes amis seront là aussi. Hé satan?! Je paye mes dettes en jouant dans un groupe de rock. Maman?! Regarde moi! Je suis en route pour la terre promise″.

L’on prétend souvent que ce texte évoque le ressenti d’Angus à l’égard des tournées de AC/DC: ″C’est un enfer quand des heures durant t’es enfermé dans un car où règnent les odeurs de sueur et de chaussettes sales″. En 2009 Brian Johnson prétendait dans la presse que le texte avait été écrit dans le bus, celui avec lequel il fallait une éternité pour se rendre de Melbourne ou de Sydney à Perth. ″Quand vous roulez très longtemps et que le soleil couchant ressemble à une boule de feu, Il n’y a rien d’autre à faire que se palucher ou jouer aux cartes. C’est au cours de l’un de ces périples que Bon a pondu les paroles″. L’idée est là, certes, et ça se tient. Mais que nenni! La véritable origine de l’histoire de cet autoroute vers l’Enfer je vais vous la conter céans. Je la tiens d’un mien ami qui – quand il parvenait à rester à jeun plus de 24 heures et entre deux missions d’intérim en tant que chien policier – exerçait les professions enviées d’inséminateur de kangourous et d’organisateur de courses de koalas. C’est ainsi qu’au fin fond de la ″ Down Under Land ″ il eut l’occasion de rencontrer feu Ronald Belford Scott – chanteur de son état – qui lui dévoila la vérité. De source sûre donc, il s’agit en réalité d’une voie nationale australienne, la Canning Highway, celle qui relie la banlieue de Perth et le port de Fremantle. À mi-chemin, un hôtel et son pub – The Raffles – réputé à l’époque pour son ambiance rock aussi chaude que les nanas du coin. Un endroit que fréquentait assidument Bon Scott. Il logeait pas loin et s’y rendait régulièrement en pèlerinage pour se taper bon nombre de… tartines de houblon et rasades de jus de malt avec ses potes. Si vous voulez du sang, en voilà! À l’approche du lieu, au sommet d’une côte et avant un plongeon dans une descente abrupte, une intersection au niveau de laquelle, alcool et vitesse aidant, beaucoup de fêtards ont été envoyé ad patres. De triste réputation, la route fut donc surnommée la Highway to Hell.  

Paroles simplistes, chant en mode chat écorché, guitares assassines, rythmique métronomique et chœurs à l’unisson sur le refrain. La recette est imparable. Avec If You Want Blood (You Got it) en face B, le single est publié le 27 juillet 1979 en Australie, en même temps que l’album du même nom qui sortira le 3 août dans le reste du monde sur le label Atlantic, avec à la clef des ventes à hauteur de 7 millions d’exemplaires. En janvier 1980, un concert de la tournée Highway to Hell a lieu à Southampton en Angleterre. Ce sera la dernière apparition sur scène de Bon Scott qui mourra le 19 février.


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Patrick BETAILLE, octobre 2022

Liz Truss : U-Turn

 

Royaume-Uni. Après 44 jours au pouvoir, Liz Truss démissionne de son poste de Première Ministre. Bon, on va pas en faire toute une salade non plus hein?!

Patrick BETAILLE, octobre 2022

Les Irresistibles – My Year is a Day

 

1966. Ce n’est pas un américain qui débarque à Paris, mais quatre. Quatre garçons de 16 ans : les jumeaux Jim et Steve McMains, Tom Arena et Andy Cornélius. Ils sont arrivés avec leurs parents expatriés et fréquentent l’ ASP, l’American School of Paris. Déjà branchés musique, il commencent à se produire en animant des soirées au sein de leur communauté et, grâce à leurs interprétations proprettes de chansons du moment, finissent par se faire remarquer par CBS.  Sous le nom de Les Irresistibles, un premier single sort en mars 1968. Pour la musique, le label a fait appel à un certain William Sheller, alors jeune compositeur débutant de 21 ans qui, pour la circonstance, utilise une partition écrite à l’origine pour Dalida et qui ne sortira qu’au mois de juin sous le titre de Dans la Ville Endormie pour réapparaitre en 2021 dans la bande son du James Bond No Time to Die (Mourir peut Attendre). Juste avant les grèves du mois de mai 68, My Year Is a Day devient un tube en France, grâce notamment à une campagne promotionnelle rondement menée. Sur la pochette du disque, les quatre minets portent des fringues de couturier à la mode et courent devant la toute nouvelle Triumph que l’on retrouve en trois exemplaires dans le scopitone tourné sur le circuit automobile de Montlhéry…

Énorme succès en Europe. Le single se vend à 2 millions d’exemplaires dans le monde. Malgré d’autres tentatives comme Why Try to Hide paru à l’été 1969, le groupe ne connaîtra jamais un engouement équivalent. Les Irrésistibles repartent aux Etats-Unis puis se séparent en 1971 après avoir enregistré Christmas Bells Will Ring, la version anglo-saxonne de Petit Papa Noël, tout compte fait pas si irrésistible que ça.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Buddy Guy – The Blues Don’t Lie

 

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il a le sourire l’ami Buddy. En poche 4 Grammy Awards, 6 Blues Awards, 1 Billboard Century Awards obtenu en 1993 et le prix du Coup de cœur Blues décerné par l’Académie Charles-Cros en 2018. Un tel succès ne pouvait que laisser présager le meilleur pour ce récent album qui, 4 ans après The Blues is Still Alive and Well, concrétise le retour en studio du dernier blues giant. Ce témoignage arrive à point nommé,  65 ans après que Buddy arrive à Chicago dans un train en provenance de Baton Rouge avec juste quelques fringues et… sa guitare. Avec The Blues don’t Lie, l’âge aidant, le guitariste s’est assagit et joue la carte du calme et de la sérénité. Mais attention: sa guitare est toujours aussi propre, aérienne et musclée. Certains trouveront peut-être l’ensemble trop détendu, trop propre, voir même trop lissé. À ceux là je dis tout de go: ″ne venez pas piétiner ma zone de confort et allez voir du côté de Bigflo et Oli si j’y suis″. Cet album est avant tout, nostalgique, émouvant et sombre mais quand la stratocaster entre en scène, la fougue et l’énergie est au rendez-vous d’un genre dans lequel le guitariste excelle: transmettre avec subtilité et émotion ce qu’il ne peut traduire par les mots. Les ambiances sont variées. Invitée, l’icône du gospel Mavis Staples offre sa voix incomparable à We go back. James Taylor collabore harmonieusement à Follow the Money et Elvis Costello donne le ton sur ​​Symptoms of Love, un boogie lent aux accents ZZTopiens. De la partie également: Bobby Rush sur What’s Wrong with That, Jason Isbell sur un Gunsmoke Blues funky et Wenty Motten qui y va de ses vocalises sur House party. ″Je leur ai promis à tous – BB, Muddy, Sonny Boy! Tant que je serai là, je maintiendrai le blues en vie » disait Buddy Guy. Il tient sa promesse, une fois de plus, et The Blues Don’t Lie le prouve. À 86 ans et pour un trente-quatrième album c’est une putain de belle perf!

Patrick BETAILLE, octobre 2022

Shaka Ponk – Final Fucked Up Tour!

Après vingt ans d’existence, Shaka Ponk annonce mettre fin à son parcours musical. Il ne s’agit pas d’une rupture pour cause de mésententes diverses nuisant traditionnellement à la longévité des groupes, mais plutôt d’une prise de conscience. Les membres de la formation ne vont pas réellement se séparer mais se consacrer à d’autres activités. Frah et Samaha, les deux piliers, vont continuer à œuvrer pour la cause écologique. ″Grâce au public, Shaka Ponk est devenu notre vie, et cette vie nous a nourris″, écrivent-ils. ″Nous voulons maintenant la nourrir en retour et nous investir pleinement dans le développement de projets tels que The Freaks (NDLR – collectif d’artistes et de personnalités qu’ils ont fondé pour lutter contre la surconsommation, la pollution, le réchauffement climatique et protéger la biodiversité) dans lequel nous nous sentons à notre place, utiles et en phase avec les enjeux de notre époque : vivre et agir pour le vivant″.

La fin de l’aventure sera marquée par la parution en 2023 d’un septième et dernier album studio et par The Final Fucked Up Tour, une quarantaine de dates prévues d’octobre 2023 à mars 2024. les places sont déjà disponibles ICI!

Patrick BETAILLE, octobre 2022

The Frost – Rock & Roll Music

 

2’45, applaudissements compris puisque le titre a été enregistré live au Grande Ballroom de Detroit dans le Michigan. Composé par le guitariste chanteur Dick Wagner que l’on retrouvera plus tars en studio aux côtés d’Alice Cooper (Billion Dollars Baby  et School’s Out) et sur scène avec Lou reed ( Rock ‘n’ Roll Animal et Lou Reed Live). Hymne brut, simpliste et efficace, Rock & Roll Music n’y va pas par quatre chemin. Pour ceux qui auraient la comprenette difficile, le gimmick ″rock and roll music″ est répété 30 fois. Simple et efficace vous dis-je!..

Sorti en même temps que le LP en 1969, le single viendra renforcer le succès – hélas éphémère – de The Frost, pourtant déjà populaire sur la scène de Detroit aux côté de MC5 et des Stooges. 


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Patrick BETAILLE, septembre 2022

Pipi Tornado – Pipi of the Apes

 

Il s’en passe de belles sur la scène montpelliéraine, surtout quand en 2019 une chanteuse déjantée croise la route trois gugus habités par l’énergie d’un rock foutraque depuis bien longtemps absent des ondes françaises sur lesquelles l’auto-tune règne en maitre et où les Fatals Picards, Ultra Vomit, Gossip et autres Shaka Ponk brillent par leur absence. C’est donc au cœur de la scène alternative qu’il faut aller chercher ce qui parfois – et heureusement – colle aussi fort qu’un chewing-gum sur la semelle d’une tong en goguette à Palavas-Les-Flots. Sauf que là, c’est à Montpellier que ça se passe et c’est de platform shoes dont il s’agit. Celles de Mélodie Pastor, la chanteuse de ce groupe de quatre énergumènes visiblement portés sur fun, le sauvage et la dérision, y compris quand il s’agit du choix de leur patronyme: Pipi Tornado! Pipi, c’est le prénom suédois de Fifi Brindacier. Quant à Tornado, c’est le cheval de Zorro. Allez comprendre! En tous cas, musicalement, le quatuor assure comme c’est pas permis avec un mélange détonnant de rock, de jazz, de funk, de pop et de grunge bien présents dans ce premier EP éponyme autoproduit. Cinq titres pimentés à la sauce Nina Hagen que Mélodie revendique en tant qu’influence, au même titre que Juliette Lewis, The Bellrays, mais aussi The Clash et The Sex Pistols. Allez donc voir là bas si je n’y suis pas, en tous cas vous en saurez un peu plus sur ce truc déconnant, épique et jouissif: GlobRocker (Merci à  toi!).

Patrick BETAILLE, octobre 2022

 

The Peels – Juanita Banana

 

Voilà une histoire Ô combien épique qui valait bien le témoignage musical qui germa dans la tête du producteur Tash Howard. Son idée? Faire interpréter par un groupe, créé pour la circonstance, une chanson qu’il avait écrite avec Murray Kenton et que sa société de production (Howard-Smith Productions) financerait. Composé de Gail Allan, Bill Spilka, Harvey Davis et Harold Swart, The Peels enregistrent donc le fameux Juanita Banana. Sur la pochette originale, aucune information liée aux sources musicales. Le refrain est pourtant bel et bien tiré d’un air de bel canto extrait du Rigoletto de Giuseppe Verdi écrit 115 ans plus tôt. dès sa parution en 1966 le single devient culte, au point d’atteindre la cinquante-neuvième place au Billboard Hot 100 et de trouver un écho international avec des interprétations plus ou moins loufoques…

En France, c’est le comique de service cher à Maritie et Gilbert Carpentier qui y va de sa version scopitonée. Henri Salvador y apparaît grimé en Juanita aux longs cheveux nattés et en père pourvu de moustaches fournies qui plus tard inspireront Philippe Martinez. Quant à Tash Howard, il fera d’autres tentatives avec deux nouveaux singles, Juanita Banana-Part 2 et Scrooey Mooey, suivis d’un EP également nommé Juanita Banana. Mais le succès ne sera pas au rendez-vous. C’en était fini de The Peels.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Patrick BETAILLE, octobre 2022

Pennie Smith – Le Clash du 14 Décembre 79

© Photo: Pennie Smith

 

Passionnée par le monde du rock, cette photographe britannique a réalisé de nombreux portraits de légendes et couvert bon nombre de concerts pendant lesquels elle a shooté les musiciens témoins actifs des moments forts de la scène musicale. Son premier cachet significatif elle l’obtient en couvrant une tournée de Led Zeppelin dans les années 1970, époque à partir de laquelle elle commence à travailler pour le New Musical Express. Au cours de sa collaboration avec le magazine, Pennie Smith a l’occasion de photographier beaucoup d’icônes et de légendes du Rock. Pink Fairies, Led Zeppelin, The Rolling Stones, The Who, Iggy Pop, The Jam, Debbie Harrie, et beaucoup d’autres se sont ainsi retrouvés au cœur de sa mémoire argentique. L’un de ses plus célèbres clichés est celui de Paul Simonon fracassant son instrument sur la scène du palladium de New York lors d’une tournée en 1979.

Bien avant cet événement mémorable, certains s’étaient déjà prêtés au jeu du ça casse et ça passe. Jerry Lee Lewis incendiant son piano en première partie de Chuck Berry, Pete Townsend éventrant son ampli à grands coups de manche de guitare ou encore Jimi Hendrix immolant sa Stratocaster sur la scène de Monterey. Mais là!.. Dans quelques millièmes de secondes et en gros plan, la Fender Précision Bass va s’écraser on stage et voler en éclats pour exprimer tout ce qui symbolise l’excitation, la puissance et l’urgence énergique du rock. 

Quand il voit le tirage, Joe Strummer envisage de le garder pour le cover art de l’album en devenir. Pennie, elle, trouve la photo de mauvaise qualité et tente de convaincre le chanteur-guitariste de The Clash de changer d’avis. En vain. Il la veut et il l’aura, soutenu en ce sens par le staff du NME qui trouve que le flou incriminé donne encore plus de force au témoignage visuel. 


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈