Black Crowes – Amorica

The Black Crowes: Censure Amorica

[Extrait]: Pari réussi pour les frères Robinson qui passent haut la main le difficile cap du troisième album. Sorti en 1994, le très stonien Amorica se distingue des deux précédents opus (Shake Your Money Maker et The Southern Harmony & Musical Companion) par un côté plus expérimental et une production beaucoup plus brute. En résulte un calibrage beaucoup moins Radio qui entraîne un accueil plutôt mitigé de la part des milieux spécialisés. La jaquette volontairement provoc’ n’arrange pas les choses… Tirée de la couverture d’un numéro du magazine pornographique Hustler de Juillet 1976, l’illustration représente l’entrejambe d’une femme portant un string duquel dépassent des poils pubiens. Le persil qui dépasse du cabas on aime pas ça outre Atlantique; surtout quand le cabas en question n’est ni plus ni moins que le Stars and Stripes…  Le disque est carrément absent des bacs de certains distributeurs et finalement la censure est appliquée via un fond noir sensé gommer toute ambiguïté. Le public quant à lui apprécie le contenant, le contenu et surtout la nouvelle orientation que prend The Black Crowes. Pour preuve, Amorica se vendra à plus de 500 000 exemplaires.

Patrick BETAILLE, décembre 2013


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Horst A. Friedrichs – Pride and Glory

 Horst A. Friedrichs: Pride and Glory

Après Or Glory, 21 st Century Rockers et Im One, 21 st Century Mods, Horst A. Freidrichs continue son exploration ethnologique d’une culture dans laquelle Rock et Bécanes ont toujours fait bon ménage. Pride and Glory, sous titré  The Art of the Rockers’ Jacket, célèbre cette fois le blouson de cuir, seconde peau du motard et du rocker.  Les images témoignent d’un mode de vie à part où le look et les attitudes relèvent d’un subtil mélange de provocation et de folklore. Des instantanés révélateurs, des tronches invraisemblables, des cuirs patinés, ce pavé de 400 pages en regorge. On y trouve également des tonnes de clous, foultitude de pins, mais aussi des patches, des badges, des chaines et des franges. Manquent plus que les relents de bière et les effluves d’huile chaude. Somptueux! Pour l’occasion, Cafe Racer consacre dans son dernier numéro un joli Portfolio « de Cuir et de Clous » où est évoqué le tirage limité à 1000 exemplaires de cet ouvrage qui, pour la modique somme de 1500 euros, se pare d’une couverture en cuir zippée, cloutée et doublée pour l’hiver d’une doublure en tissu rouge.  Les hostiles aux collectors et les démunis du porte monnaie se contenterons de la (déjà très belle) version standard à 90 euros.

Patrick BETAILLE, décembre 2013

Pierre Desproges – À Mort le Foot!

© Photo: Pierdet Jean Claude/ INA

 

Pierre Desproges : ″ Les hémorragies cérébrales sont moins fréquentes chez les joueurs de football. Les cerveaux aussi ! ″ 

″ Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j’entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu’ils existent, subissent à longueur d’antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées et sudoripares qui se disputent sur le gazon l’honneur minuscule d’être champions de la balle au pied. Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s’abaisser à jouer au football.

Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l’esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de bœufs éteints. Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester sa libido en s’enlaçant frénétiquement comme ils le font par paquets de huit, à grand coups de pattes grasses et mouillées, en ululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d’usine ? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois?

Je vous hais, footballeurs. Vous ne m’avez fait vibrer qu’une fois : le jour où j’ai appris que vous aviez attrapé la chiasse mexicaine en suçant des frites aztèques. J’eusse aimé que les amibes vous coupassent les pattes jusqu’à la fin du tournoi. Mais Dieu n’a pas voulu. Ça ne m’a pas surpris de sa part. Il est des vôtres. Il est comme vous. Il est partout, tout le temps, quoi qu’on fasse et où qu’on se planque, on ne peut y échapper.

 Quand j’étais petit garçon, je me suis cru longtemps anormal parce que je vous repoussais déjà. Je refusais systématiquement de jouer au foot, à l’école ou dans la rue. On me disait :  Oh, la fille ! ou bien : Tiens, il est malade. Tellement l’idée d’anormalité est solidement solidaire de la non-footabilité. Je vous emmerde. Je n’ai jamais été malade. Quant à la féminité que vous subodoriez, elle est toujours en moi. Et me pousse aux temps chauds à rechercher la compagnie des femmes. Y compris celles des vôtres que je ne rechigne pas à culbuter quand vous vibrez aux stades ″. Extrait de Chroniques de la haine ordinaire.

Patrick BETAILLE, novembre 2013

 

Queen – Jazz, Bicycle Race.

 

L’excellentissime Jazz, publié en 1978 est le 7ème disque studio de Queen. Parmi les 13 titres figure Bicycle Race, choisi en tant que single destiné à promouvoir l’album. Le groupe a l’idée de tourner un clip au Wimbledon stadium en mettant en scène 65 femmes nues circulant sur des bicyclettes. Une image destinée à la jaquette du single fut extraite des séances photos : celle d’une des participantes, de dos, en tenue d’Eve, juchée sur un vélo Halfords. Ca ne passe absolument pas auprès de la communauté bien pensante, et, pour répondre aux exigences de la censure, la Fat  Bottomed Girl (face B du single en question) est affublée au montage et la hâte d’une petite culotte. Quant au clip, évidemment censuré lui aussi, il est finalement édité après ajouts d’effets kaléidoscopiques destinés à masquer les formes incriminées. Provocation ou vengeance ? L’album Jazz intègre dans son édition originale et, sous forme de poster, une autre des photos prises lors de la même session. Le plus comique dans l’histoire c’est que le loueur de bicyclette exigea et obtint de la part du groupe le remplacement des 65 selles.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, mars 2013

La Censure du Cover Art en Livre : In Vinyle Veritas!

Winston Churchill – Citations Misogynes

Source: Wikimedia Commons – Library of Congress

 


Une députée:  Monsieur Churchill, vous êtes ivre! Churchill: Et vous, Madame, vous êtes laide… Moi demain, je serai sobre!
Lady Astor: Monsieur Churchill, si j’étais votre femme, je verserais du poison dans votre café! Churchill: Et moi, Madame, si j’étais votre mari, je le boirais!


 

 

The Strypes – Snapshot

 

• Doug *: ″ Hey Lee ?! Prends toi une bière et viens t’asseoir! Ecoute moi ça, tu vas m’en dire des nouvelles! ″

• Lee *: ″ Je te préviens si c’est pour me tanner avec un de ces boys band qui se prétend inspiré par Doctor Feelgood c’est pas la peine ! Y’a Gary* et Rory* qui m’attendent pour un poker avec la faucheuse ″.

Déboulent alors le larsen, les accords primaires et le magnifique solo d’harmonica de ″ Mystery Man ″ le premier titre de Snapshot, l’album fraîchement pondu par un quatuor de jeunes irlandais que l’on verrait bien en train poser dans un catalogue hype de fringues vintage plutôt que d’arpenter les planches de la scène Rock. Heureusement l’habit ne fait pas le moine et le deuxième morceau ″ Blue Collar Jane ″, le confirme. C’est sûr, y’a du hit là dessous. A la première écoute c’est l’urgence des guitares et le tempo hypnotique qui prédominent et l’on sait immédiatement qu’on oubliera jamais ce truc. Un peu comme ″ Roxette ″ ou ″ You really got me ″ quoi ! Arrive en troisième position une des reprises que les jeunots – excusez du peu mais à eux quatre ils totalisent à peine 70 balais – exécutent de main de maître : ″ I’m a hog for you baby ″ (Jerry Lieber/Mike Stoller) !

• Lee : ″Y sortent d’où ces gosses?! Combien de fois j’ai joué ça moi aussi!″

• Doug : ″Qu’est ce que tu en penses Lee? Tu aimes ? Ça bombarde non?″

• Lee : ″Tais toi j’écoute ! T’as du feu ? Passe moi une autre bière!″

Nick Lowe (Heart of the city), Muddy Waters (Rollin’ and Tumblin) font également l’objet de covers et même si la version de You can’t judge a book by the cover (Bo Didley) est particulièrement lumineuse, c’est au sein de leurs propres compos que The Strypes sont le plus à l’aise. Au final on se retrouve avec un petit brûlot de Pub Rock imprégné de  Rythm’n Blues. Pas de temps morts et il n’y a rien à jeter. Le tout sonne très Garage et il n’en faut pas plus pour que les riffs incendiaires vous propulsent dans l’ambiance moite des pubs surchauffés où il fait bon taper du pied en sirotant une énième pinte de Smithwick’s.

• Doug : ″ Qu’est ce qu’il t’arrive ? t’es en nage ! La bière était tiède ou quoi? T’en veux une autre?

• Lee : ″ Tu sais quoi ? z’ont rien inventé ces petits cons mais putain ils assurent! Tiens ! Passe moi le téléphone que j’appelle cet enfoiré de Wilko *. Tant que tu y es, trouve moi le numéro de Dave *, je vais le prévenir aussi. Tant qu’ils sont encore en bas ces deux là faut absolument qu’ils aillent voir the Strypes en concert .

Et il a raison le père Brilleaux. Comme en témoigne la version Deluxe de ce Cd qui comporte deux titres Live, les prestations scéniques des Irlandais suintent d’énergie efficace et de mérite.

* Par ordre d’apparition: Doug Fieger (The Knack). Lee Brilleaux (Doctor Feelgood).  Wilko Johnson. Dave Edmunds (Rockpile).

Patrick BETAILLE, octobre 2013

 

Roger Waters – The Pros and Cons of Hitch Hicking

Roger Waters: The Pros and Cons of Hitch Hicking version cendurée

[Extrait]: 1979. Roger Waters propose aux autres membres de son groupe  deux projets: The Pros and Cons of Hitch Hiking et The Wall. C’est ce dernier qui est finalement  retenu, consacré par un énorme succès, et, pour partie, à l’origine de dissensions qui conduisent Pink Floyd à l’éclatement après la sortie de The Final Cut en 1983. L’année suivante Waters, désormais en solo, publie donc ce Pros and Cons. Le disque post Floyd  aborde les thèmes chers à son auteur. L’amour, la trahison, la folie ou encore la propension humaine à l’autodestruction y sont omniprésents. Au-delà des similitudes conceptuelles et musicales avec The Wall, il est intéressant de noter que l’album devient rapidement source de controverses. La pochette signée Gerald Scarfe, représente l’actrice porno anglaise Linzi Drew, nue et de dos, pratiquant l’auto-stop (hitch-hiking en anglais). Il n’en fallait pas plus pour la censure soit appliquée aux Etats-Unis via un rectangle noir judicieusement placé à un endroit que l’honnêteté et la décence m’interdisent de préciser davantage. Bien plus grave: à ma connaissance personne n’a de nouvelles du sac à dos. Quel dommage!

Patrick BETAILLE, octobre 2013


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Van Dyke Parks – Songs Cycled

 

[Extrait]: Connu pour ses collaboration avec les Beach Boys (Smile en 1967) Ry Cooder, Alro Guithrie et Lowell George ; connu également pour des musiques de film telles que celle de Company de R. Altman en 2003, Van Dyke Parks revient en 2013 avec un disque pour le moins atypique.  L’album consiste en un judicieux amalgame de 12 titres relevant soit de matériel déjà diffusé sous forme de singles, soit de réarrangements d’anciennes compostions. Les styles et les idées s’y bousculent. L’accordéon y côtoie la guitare électrique et les cuivres flirtent de façon éhontée avec les percussions ou la mandoline faisant de Songs Cycled une œuvre digne d’une Americana baroque ou déjantée pas toujours facile à comprendre mais habilement orchestrée  et donc jubilatoire. Jubilatoire également le Cover Art de cet album qui est l’œuvre de R. Kenton Nelson dont l’ évocation de la civilisation Américaine n’est pas sans rappeler l’approche d’un Edward Hopper à ceci près qu’ici la technique consiste en une peinture à l’huile sur laquelle est appliqué un lissage subtil obtenu par sablage. Il faut s’en convaincre, l’union de ces deux talents que représente Songs Cycled n’est ni plus ni moins qu’une bouffée d’oxygène bienfaitrice.

 

© Peintures de R. Kenton Nelson
Patrick BETAILLE, septembre 2013
 

L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


 

James Cotton – Cotton Mouth Man

James Cotton: Cotton Mouth Man!A 78 ans James Cotton n’a plus grand-chose à prouver. Il a accompagné les plus grands dont entre autres Big Mama Thornton, Janis Joplin, Howlin’ Wolf, Santana ou encore Johnny Winter et BB King. Muddy Waters fit appel à cet harmoniciste inspiré et Ô combien talentueux sur l’Immense album diffusé en 1977 et produit par Johnny Winter himself, j’ai nommé ″Hard Again″ que tout amateur de Blues viscéral se doit de posséder. Aujourd’hui, avec ″Cotton Mouth Man″, Alligator Records diffuse 13 compositions originales du maître incontesté de l’harmonica qui, dans la plus pure expression du Chicago Blues, nous livre un album puissant et immédiat. James ne chante plus beaucoup. Depuis longtemps il se bat contre un cancer de la gorge et c’est la raison pour laquelle des invités prestigieux apportent leur contribution à cette dernière livraison. Joe Bonamassa, Gregg Allman, Warren Haynes ou Keb ‘Mo’ sont de ceux là. Ne vous méprenez pas! Cotton Mouth Man n’est pas un disque pince fesses alimentaire pas plus qu’une galerie de duos que certains artistes en panne d’inspiration commettent au crépuscule de leur carrière. Non! Ce disque est tout sauf ça et il est surtout un brûlot  étonnant d’énergie, de puissance et de passion qui vous mettra les poils des bras à la verticale. L’émotion y est omniprésente et culmine magistralement sur le dernier titre, ″Bonnie Blue″, où la voix ravagée et l’harmonica redoutable de James Cotton fusionnent de manière absolument poignante: Bonnie Blue!

Patrick BETAILLE, août 2013

The Strokes – Is this it

Strokes: Censure Is This it

[Extrait]: Début des années 2000. Un vent de fraîcheur Rock’n’roll caresse l’industrie musicale. Le géant Show Bizz se réveille, soudain rappelé à l’ordre par des petits galopins bruyants et motivés qui se produisent au sein de groupes décomplexés. Jet, The Datsuns, The Hives, The Veils, The Libertines, The Vines, etc… C’est l’époque des groupes en ″The″, comme dans les sixties, et The Strokes sont parmi les plus prometteurs de ce Revival de la scène  Rock Garage. Is this it le premier album des New Yorkais sort en Europe en août 2001 et  ce n’est que deux mois plus tard qu’il est diffusé aux Etats Unis. Le retard est causé par la pochette qui représente une main gantée de cuir posée sur un beau galbe de cul, pardon, de postérieur féminin.  Considérée comme obscène et provocatrice la jaquette est censurée et remplacée par un entrelas coloré sensé représenter une collision de particules. Un malheur arrivant rarement seul, le titre New York City Cops est supprimé car il est dit dans le refrain: New York City Cops, they ain’t too smart (Les flics de New York, ils ne sont pas très futés). On vit une époque formidable! Les propos en question sont qualifiés d’indécents par rapport aux événements du 11 septembre et le titre est remplacé par When it started qui en 2002 fera partie de la BO de Spider-Man.  L’interdit donne de la saveur parait il!

Patrick BETAILLE, avril 2013


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈